Entretien avec J.Y. Laffineur, coordinateur de l’équipe du festival Esperanzah !

« Porto Alegre, Mumbai,... et Esperanzah ! »

15 juin 2004 par Yannick Bovy


Jean-Yves Laffineur est coordinateur de l’équipe du festival Esperanzah !, qui compte plus d’une dizaine de personnes (épaulée par de nombreux bénévoles) chargées de l’organisation, de la production artistique, des animations, de la régie, des relations avec les médias, les associations, les partenaires ou les invités, des bars, des restos... Entre maintes autres choses, il s’occupe également de la programmation du festival. Entretien.

Une des volontés d’Esperanzah ! est de rassembler des musiciens dans une démarche de multiculturalité et de rapprochement des peuples. Un engagement affiché qui fait la spécificité du festival ?

Esperanzah !, c’est avant tout une équipe qui croit en un certain nombre de valeurs. Et la principale, celle qui nous rassemble, c’est l’ouverture aux autres cultures et le désir de les découvrir. Par le rassemblement interculturel des artistes, des saveurs, des différents spectacles et des animations qui font vivre Esperanzah !, on peut avoir un impact significatif au niveau de cette ouverture aux autres cultures et à leur découverte.

L’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
quotidienne est fondamentale, bien entendu, mais des initiatives à plus grande échelle, sur un moment bien précis, comme ce festival, sont à mon sens très utiles également. Pendant deux ou trois jours, on a une confrontation d’éléments positifs liés à la fête, au plaisir et à la joie de la rencontre extrêmement importante et influente sur l’ouverture d’esprit des gens.

Esperanzah !, c’est donc une volonté de porter un regard attentif à l’évolution du monde, mais aussi de contribuer à le transformer...

On dit souvent qu’Esperanzah !, c’est le monde tel qu’on a envie de le vivre. Si l’on estime que la rencontre des autres cultures est une richesse extraordinaire, on ne peut pas être insensible à ce qui se passe dans le monde. L’envie de sensibiliser les gens aux réalités de ces autres cultures, de ces autres pays, en découle naturellement. A tout ce qu’ils nous apportent de positif, mais aussi aux difficultés qui sont les leurs, aux contradictions qui traversent leurs sociétés et à l’injustice des rapports Nord-Sud. Vivons la fête et l’énergie qui nous rassemble, mais soyons également sensibles à ces réalités-là, et essayons, à notre échelle, de contribuer à changer les choses.

Le choix de l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde comme thématique centrale du Festival 2004 est donc tout naturel ?

Esperanzah !, c’est vraiment une continuité. La première année, dans cette démarche d’ouverture aux autres cultures, on avait invité au festival des associations qui travaillent à l’intégration des personnes d’origine étrangères en Belgique. Pour donner une visibilité supplémentaire à leur action, et pour sensibiliser aux difficultés que représente pour des personnes originaires d’autres cultures le fait de vivre en Belgique. La deuxième année, on a choisi comme thématique centrale la privatisation de l’eau, les dangers qu’elle représente et toutes ses conséquences.

Pour ce festival 2004, deux options se dégageaient quant à la thématique qui allait traverser tout le festival : la sensibilisation aux rapports Nord-Sud sur une question particulière, et l’impact de la consommation responsable dans le cadre de ces-mêmes relations Nord-Sud.

C’est à ce moment-là que le CNCD et le CADTM ont souhaité nous rencontrer, et nous sommes retrouvés, dès notre première réunion, sur la même longueur d’ondes, sur la volonté commune de défendre les mêmes valeurs. La collaboration qui s’est rapidement mise en place rencontrait parfaitement nos objectifs.

On sent que la démarche d’Esperanzah ! rencontre un écho certain chez les artistes et les musiciens, qui, au delà de leur volonté personnelle d’être de la fête, manifestent la volonté de s’engager, ensemble, sur la question de la dette...

Effectivement. De plus en plus d’artistes « engagés » connaissent Esperanzah !, savent ce qui fait son originalité et donc son engagement socio-politique, et veulent être présents parce qu’ils se retrouvent dans la démarche du festival. Quand on dit à ces artistes-là que la thématique centrale, cette année, sera la revendication de l’annulation de la dette du Tiers Monde, ils n’hésitent pas longtemps...

En fait, nous nous sentons en symbiose avec les revendications portées par le mouvement altermondialiste, et la collaboration avec le CNCD et le CADTM donne une dimension supplémentaire à notre travail dans ce sens-là. Il y a Porto Alegre, Mumbai...Dorénavant, il y aura aussi Esperanzah ! Nous avons la conviction profonde de prendre part au même combat. Le combat pour « d’autres mondes possibles », la volonté d’affirmer des valeurs communes en rassemblant autour d’elles un grand nombre de personnes qui vont se sentir sensibilisées et se réapproprier ces valeurs. Via les concerts, les animations, les débats, les échanges, les prises de paroles, les expos, via la fête, on produit une formidable énergie transformatrice. Et on a bien l’intention de continuer : notre intention n’est pas seulement de nous exprimer au moment du festival, mais bien de mener un travail de fond, toute l’année, par le biais d’autres projets, ou de notre site internet, mobilisé en permanence, et notamment sur des questions sociales.

Parlons de l’affiche du festival : un(e) artiste dont la présence te fait tout particulièrement plaisir cette année ?

Là, tu touches à mes coups de cœur artistiques ! Cette année, je suis particulièrement heureux d’accueillir Lhasa. Lhasa fait une musique très intimiste, que l’on n’a pas forcément l’habitude de retrouver dans des festivals comme celui-ci, mais avec elle, sa voix, son charme et la qualité de sa musique, je suis persuadé que nous aurons droit, côté jardin, à la cerise sur le gâteau d’Esperanzah !...

Propos recueillis par Yannick Bovy, CADTM.



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