Pour l’Asie : un prélèvement fiscal mondial exceptionnel !

10 janvier 2005 par Jacques Nikonoff


« Il faut soigner d’abord et comprendre ensuite », disait Albert Camus dans La Peste. Tel est en effet l’objectif à atteindre d’urgence face à la tragédie provoquée par la vague géante qui a causé des centaines de milliers de morts et de blessés en Asie, des millions de sans abri et des pays entiers dévastés. En quelques jours, la seule Croix rouge française a ainsi rassemblé 10 millions d’euros de dons (la moitié de l’aide alors annoncée par le gouvernement américain). De nombreuses collectivités locales se sont mobilisées. Oui, il faut donner ! A une catastrophe sans précédent, doit répondre un élan sans précédent de la générosité publique. Elle aidera ceux qui en ont besoin et lavera la honte qu’inspire l’attitude de la plupart des gouvernements de la planète. Mais il faut faire vite, car une fois le tsunami médiatique retombé, dans quelques jours, les victimes seront oubliées et abandonnées à leur sort. Comme pour l’Iran où les promesses internationales de dons aux victimes du tremblement de terre se montaient à 1 milliard de dollars, dont seulement 1 % ont été versés, sans que plus personne ou presque ne s’en préoccupe.

Calés dans nos fauteuils, nous regardons en direct à la télévision, et pour ainsi dire comme si nous y étions, les images du drame. Par solidarité et compassion vraies, de nombreuses personnes ont envoyé ou enverront un chèque aux organisations humanitaires. Elles ont eu raison, et tout doit être fait pour amplifier l’effort. Mais est-ce suffisant ? Peut-on en rester là ? Que faire de plus ? Nous devrions sérieusement méditer sur les hypocrisies de l’époque. Et agir en conséquence.

Quelque chose en effet ne va pas dans l’attitude des médias et les commentaires faits par la plupart des responsables politiques : cette catastrophe hors de toute mesure n’est pas pensée. Réduite à une comptabilité et à des images macabres, elle est présentée comme une fatalité du destin justifiant toutes les impuissances présentes, passées et futures des autorités publiques nationales et internationales. Devant cette opération de lobotomie médiatique, quelques vérités sont bonnes à rappeler.

D’abord, acceptons d’admettre que les morts d’un jour valent les morts de tous les jours. Certes, la démesure du séisme, sa soudaineté, sa localisation géographique, la symbolique biblique du déluge qu’il portait au moment des fêtes ne pouvaient qu’entraîner le choc et l’émotion. Mais n’oublions pas ceci : chaque jour, selon la Food and Agricultural Organization (FAO), à cause de la faim et de la malnutrition, la mort fauche 25 000 vies, principalement des enfants. Rappeler cette réalité vise nullement à relativiser la tragédie que nous connaissons aujourd’hui en Asie. On ne peut pas subir, chaque jour, un choc émotionnel d’une même intensité pour des drames diffus, atomisés sur l’ensemble de la planète, résultant d’une lente agonie, difficiles à traduire en scoop d’images médiatiques. Peut-être ces affamés pourraient-ils consentir, pour leur propre bien, à un effort supplémentaire et se mettre d’accord pour disparaître le même jour ? Le total fait 9 millions, ce serait le record toutes catégories. Alors seraient sans doute réunis les 40 milliards de dollars nécessaires annuellement, selon le Programme des Nations unies pour le développement PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
(PNUD), afin de réaliser et de maintenir l’accès universel à l’éducation de base, à l’eau potable et à des infrastructures sanitaires, ainsi, pour les femmes, qu’aux soins de gynécologie et d’obstétrique.

Reconnaissons, ensuite, que l’aide annoncée par les gouvernements et les instances internationales est ridiculement dérisoire. Le vendredi matin du 31 décembre, 500 millions de dollars avaient été réunis, alors que l’Organisation des nations unies (ONU) estime les besoins à plusieurs milliards. Les Etats-Unis ont annoncé 15 millions de dollars d’aides, puis, devant les protestations que suscitait cette contribution grotesque, 20 millions supplémentaires ont été ajoutés (25 millions d’euros au total). Par comparaison, Monsieur Bush vient de demander au Congrès américain une rallonge budgétaire de 80 milliards de dollars pour financer la guerre en Irak, qui en coûte 150 millions par jour. Par comparaison encore, les 400 plus gros contribuables des Etats-Unis d’Amérique ont eu un revenu brut, avant impôts, de 70 milliards de dollars en 2000, dont 50 milliards provenant de revenus en capital : dividendes, intérêts, plus-values. Ce chiffre ne reflète pourtant pas le véritable revenu de ces personnes : ni leur revenu brut, ni leur revenu imposable. Leur revenu brut est inférieur à la réalité car il ne comptabilise pas les milliards de dollars qui sont allés dans les paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
. Leur revenu imposable est également inférieur à ce qu’il devrait être, car de nombreux revenus bénéficient d’exonérations fiscales : les intérêts sur les obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
d’Etat, les primes d’assurance-vie, les cotisations aux fonds de pension Fonds de pension Fonds d’investissement, appelé aussi fonds de retraite, qui a pour vocation de gérer un régime de retraite par capitalisation. Un fonds de pension est alimenté par l’épargne des salariés d’une ou plusieurs entreprises, épargne souvent complétée par l’entreprise ; il a pour mission de verser des pensions aux salariés adhérents du fonds. Les fonds de pension gèrent des capitaux très importants, qui sont généralement investis sur les marchés boursiers et financiers. ... Mais il y a plus. Ces très riches contribuables n’en ont jamais assez. Alors que leur taux d’imposition était de 29,93 % en 1995, ils sont parvenus à le faire baisser, avec l’aide d’un gouvernement complaisant, à 22,29 % en 2000.

La France, avec 40 millions d’euros d’aides versées, est le premier contributeur. Nous ne pouvons que nous réjouir de constater qu’ainsi notre pays va égaler la somme engloutie pour le sacre de Monsieur Sarkozy à la tête de l’UMP. Cependant, et sans vouloir faire injure aux amateurs de football, on remarquera que l’achat de l’exclusivité des droits de rediffusion du football français par Canal + a coûté 600 millions d’euros à cette chaîne.

En outre, l’instrumentalisation politique de la tragédie est désormais lancée. La concurrence, ce principe fondateur de l’idéologie néolibérale, s’est même étendue à l’aide humanitaire. Nous assistons à une sorte d’enchères, chaque pays voulant, dans des limites évidemment « raisonnables », ne pas donner le moins, et chaque jour annonce une nouvelle offre. Certes, ces aides, dont on ne doute pas qu’elles viennent du fond du coeur, vont probablement grossir, et c’est tant mieux. Mais, sauf mobilisation populaire, elles resteront très loin des besoins. L’initiative de Monsieur Bush de constituer une « coalition internationale d’aide humanitaire » avec l’Inde, le Japon et l’Australie, dotée de sommes et de moyens dérisoires, n’a pour but que de contourner et d’humilier l’ONU, c’est-à-dire la seule source de droit international. La coopération internationale, pour coordonner efficacement les efforts n’a, à aucun moment, été le premier réflexe des élites mondialisées.

Et l’Europe ? Où est l’Europe ? Un obscur factotum a annoncé, dans un premier temps, une aide de 3 millions d’euros. Se rendant compte que la somme était significativement médiocre - cette seule prise de conscience montre qu’il ne faut pas désespérer de l’Europe -, 30 millions d’euros ont été accordés en plus. Rien n’est plus symbolique que cette attitude incroyable de l’Union européenne. Il est vrai qu’un des articles du traité constitutionnel stipule que « le budget de l’Union est, sans préjudice des autres recettes, intégralement financé par des ressources propres ». Cela signifie que l’Union européenne, contrairement aux particuliers, aux entreprises et aux Etats, ne peut emprunter. Or l’emprunt permet l’investissement dans les grands travaux d’infrastructures publiques, que ce soit en Europe ou au titre de la solidarité internationale. Cette castration politique de l’Europe, dont nous avons aujourd’hui un exemple emblématique, ne pourra que renforcer notre détermination à assurer le succès du « non » lors du référendum sur le traité constitutionnel.

Et le marché ? Où est le marché ? Car cette interdiction faite à l’Europe d’emprunter pour investir dans les équipements publics, a été décidée au nom du marché. On nous explique en effet, ad nauseum, que le libre jeux des marchés, sans entrave, et particulièrement dans le domaine de la finance, permettrait une « allocation optimale des ressources ». Si c’était vrai, nous aurions dû voir affluer en Asie, immédiatement et spontanément, des masses de capitaux - une sorte de tsunami financier - pour aider au redressement de la région. Hélas ! Hélas ! Les morts, les blessés et les sans abri ne sont pas solvables, et aucun capital ne pourra fructifier dans ces conditions. Dans les grands moments, ceux qui façonnent la collectivité humaine, le marché est toujours défaillant. C’est bien la volonté politique qui compte, et c’est elle que la mobilisation populaire doit restaurer.

D’autant que pendant le drame, les affaires continuent. Aucune morale, aucune retenue, aucune décence n’est de mise, c’est business as usual. Certes, les tsunamis ont tué des dizaines de milliers de personnes, dévasté des pays entiers, mais les Bourses d’Indonésie et d’Inde battent des records, portées par un climat économique jugé favorable. Selon Eddie Wong, analyste en chef pour l’Asie chez la banque ABM Amro : « Les dommages subis par les bons hôtels ne semblent pas graves et il y a aussi des gagnants en termes économiques, tels que les producteurs de ciment ». On pourrait ajouter aussi les cercueils ! Alors voici une idée d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
immédiate : fermez d’urgence vos comptes bancaires chez ABM Amro, si vous en avez, et transférez-les à la Poste, tant qu’elle existe encore !

Devant cette nouvelle faillite des élites mondialisées, la mobilisation des citoyens et des peuples pourrait s’organiser autour de cinq objectifs : un prélèvement fiscal mondial exceptionnel préfigurant une véritable fiscalité mondiale ; l’augmentation de l’aide publique au développement ; l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique des pays pauvres concernés par la catastrophe ; la coordination internationale des services publics pour reconstruire les pays dévastés ; la mise en place dans la région de systèmes d’alerte des catastrophes.

Un prélèvement fiscal mondial exceptionnel. Il est largement temps d’imaginer une fiscalité internationale pour réduire la fracture qui va croissant entre le Sud et le Nord. L’exigence d’une fiscalité globale, au plan mondial, s’impose pour répondre, notamment, à des catastrophes comme celle de l’Asie. Les possibilités techniques sont nombreuses :

Taxe sur les transactions financières dont le modèle est la taxe Tobin Taxe Tobin Taxe sur les transactions de change (toutes les conversions de monnaie), proposée à l’origine en 1972 par l’économiste américain James Tobin pour stabiliser le système financier international. L’idée a été reprise par l’association ATTAC et par d’autres mouvements altermondialistes dont le CADTM, dans le but de diminuer la spéculation financière (de l’ordre de 1.200 milliards de dollars par jour en 2002) et de redistribuer le bénéfice de cette taxe aux plus démunis. Les spéculateurs internationaux qui passent leur temps à changer des dollars en yens, puis en euros, puis en dollars, etc., parce qu’ils estiment que telle monnaie va s’apprécier et telle autre se déprécier, devront payer une taxe minime, entre 0,1 % et 1 %, sur chaque transaction. Selon ATTAC, elle pourrait rapporter au moins 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Qualifiée d’irréaliste par les classes dirigeantes pour justifier leur refus de la mettre en place, l’analyse méticuleuse de la finance mondialisée menée par ATTAC et d’autres a au contraire prouvé la simplicité et la pertinence de cette taxe. qui vise les transactions sur les monnaies (elle peut néanmoins être étendue à l’ensemble des transactions financières). L’actuelle administration américaine rend difficile une avancée dans ce domaine. C’est de l’Union européenne que l’initiative devrait venir. Elle a, en effet, la puissance économique et financière pour mettre en œuvre, de manière unilatérale, de telles taxes. A un taux de 0,1 %, cette taxe rapporterait 110 milliards de dollars.

Taxe unitaire sur les bénéfices : quel que soit le pays ou la région du monde où s’installe une entreprise transnationale, elle sera soumise au même taux d’imposition sur ses bénéfices. Cela limitera très fortement l’évasion et la fraude fiscales.

Taxe sur les investissements directs étrangers (IDE Investissements directs à l’étranger
IDE
(extrait de CHESNAIS, 1994, p. 40)
Les investissements étrangers peuvent s’effectuer sous forme d’investissements directs ou sous forme d’investissements de portefeuille. Même s’il est parfois difficile de faire la distinction pour des raisons comptables, juridiques ou statistiques, on considère qu’un investissement étranger est un investissement direct si l’investisseur étranger possède 10% ou plus des actions ordinaires ou de droits de vote dans une entreprise. Bien qu’arbitraire, ce critère a été retenu car on estime qu’une telle participation est un investissement à long terme qui permet à son propriétaire d’exercer une influence sur les décisions de gestion de l’entreprise.
En revanche, un investissement étranger qui est inférieur à 10% sera comptabilisé comme un investissement de portefeuille. On considère que les investisseurs de portefeuille n’exercent aucune influence sur la gestion d’une société dont ils possèdent des actions. Les investissements en portefeuille désignent l’ensemble des dépôts bancaires et des placements financiers sous forme de titres publics ou privés.
Les flux d’investissement directs, quelle que soit leur destination, représentent la somme des éléments suivants : - apports nets en capital accordés par l’investisseur direct sous forme d’achat d’actions ou de parts, d’augmentation de capital ou créations d’entreprise ; - prêts nets, y compris les prêts à court terme et avances consenties par la maison mère à sa filiale ; - bénéfices non distribués (réinvestis).
) qui viserait à s’opposer à l’évasion fiscale en freinant le choix de pays à faible fiscalité, et à l’érosion des droits des salariés dans les pays d’accueil. Un taux de 15 % sur une assiette de 800 milliards rapporterait 120 milliards de dollars.

Impôt sur la fortune. On peut taxer le stock, sur le modèle français, ou son revenu, sur le modèle américain (les 1 % les plus riches ont autant que les 57 % les plus pauvres). Un taux forfaitaire de 1 % appliqué à 5 000 milliards de dollars donnerait 50 milliards.

Taxe sur les émissions de carbone qui devra fortement inciter les producteurs à réduire leurs émissions. Un prélèvement de 21 dollars par tonne de contenu en carbone rapporterait 125 milliards de dollars.

Il est évident que la mise en place de telles taxes demandera des années. Sans attendre, pour faire face à l’urgence, un prélèvement exceptionnel pourrait être décidé par la communauté internationale ou, par défaut, par l’Union européenne. Il pourrait correspondre, pour donner un exemple concret, à 0,05 % de la capitalisation boursière mondiale (nombre d’actions cotées en Bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). à l’échelle mondiale, multiplié par la valeur de ces actions) qui s’élevait, fin 2002, à 20 000 milliards d’euros. Un tel prélèvement exceptionnel rapporterait 10 milliards d’euros. Personne ne pourra croire qu’il mettra les actionnaires à genou et qu’il suscitera la panique sur les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
. Prenons l’exemple d’un actionnaire de Renault. Le 31 décembre 2004, l’action cotait 61,55 euros. Avec le prélèvement de 0,05 %, ledit actionnaire versera 3 centimes d’euros ! Ainsi les marchés financiers seront-ils punis (modestement) par là où ils ont péché. Ils sont en effet responsables de la crise financière qui s’est abattue sur l’Asie en juillet 1997. En quelques mois le chômage était multiplié par 4 en Corée, par 3 en Thaïlande, par 10 en Indonésie. Au total, 12 millions de chômeurs supplémentaires étaient comptabilisés dans la région. La cause de cette crise ? Une libéralisation «  au pied de biche » des marchés financiers dans ces pays, sous l’impulsion du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI), qui a attiré des masses de capitaux spéculatifs. Comme d’habitude, le FMI et le Trésor américain croyaient que cette libéralisation aiderait ces pays à se développer plus vite. Mais les pays asiatiques n’avaient aucun besoin de capitaux supplémentaires de cette nature, leur taux d’épargne était très élevé. Ce ne serait donc que justice de faire payer ceux qui ont déjà, en toute impunité pour l’instant, appauvris cette région.

L’augmentation de l’aide publique au développement. Selon l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site :
, elle était en 2003, pour les USA, de 0,1 % du Produit national brut PNB
Produit national brut
Le PNB traduit la richesse produite par une nation, par opposition à un territoire donné. Il comprend les revenus des citoyens de cette nation vivant à l’étranger.
(PNB), soit 16 milliards de dollars ; pour le Japon de 0,2 % ; pour la France de 0,4 % ; contre 0,7 % auxquels ces pays s’étaient engagés dans la déclaration du millénaire. Il est urgent d’atteindre les objectifs fixés qui permettraient de collecter 49 milliards de dollars.

L’annulation de la dette publique des pays pauvres concernés par la catastrophe. Le Canada a décidé un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. unilatéral de la dette publique de certains pays à son égard. L’Allemagne, de son côté, a proposé un moratoire de la dette de l’Indonésie et de la Somalie auprès du Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. En 2019, les membres du Club de Paris détiennent plus de 10 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
(groupe des pays créanciers). Actuellement, pour ne prendre que quelques exemples, la dette de l’Indonésie est de 131 milliards de dollars, de 58 milliards pour la Thaïlande et de 11 milliards pour le Bangladesh. La perspective doit être clairement d’aller vers l’annulation de la dette publique des pays les plus pauvres de la région, même si, dans un premier temps, des moratoires et des réductions des créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). sont toujours bons à prendre. Nous aurons tous les yeux tournés vers le Club de Paris qui doit se réunir le 12 janvier.

Coordination internationale des services publics pour reconstruire les pays dévastés. L’esprit de service public est capable de soulever des montagnes. Si, dans chaque pays, les services des Postes, de l’électricité et du gaz, des chemins de fer, des télécommunications, de l’eau, de l’éducation, de la santé, etc., se concertaient à l’échelle internationale (les organisations syndicales peuvent puissamment y contribuer), l’aide d’urgence et la reconstruction des pays dévastés serait assurée. Des moyens et des agents seraient détachés sur place. Les anciens services publics, qui ont été privatisés, verraient leurs moyens réquisitionnés par la puissance publique. C’est bien ce que font les gouvernements lorsqu’il y a la guerre...

Mise en place dans la région de systèmes d’alerte des catastrophes. Il se dit que la base militaire des Etats-Unis à Diego Garcia, située pourtant au sud du Sri Lanka, n’aurait pas été affectée par le tsunami. Elle aurait été prévenue par la National Oceanic & Atmospheric Administration. Celle-ci, pas plus que les militaires, n’aurait pensé à prévenir les gouvernements asiatiques concernés... La preuve serait ainsi administrée qu’un système d’observation et d’alerte aurait permis d’éviter le drame.

Le 6 janvier, l’ONU a convoqué une réunion internationale des pays donateurs. Le monde attend qu’y soient prises des décisions d’ampleur, à la mesure de la situation. Les 110 Chefs d’Etat qui ont soutenu récemment l’idée de taxes globales ont l’opportunité, au-delà de la simple déclaration d’intention - qu’il fallait faire néanmoins - de passer aux actes. Les Chefs d’Etat des 25 pays de l’Union européenne, devraient ensuite se réunir pour organiser, enfin, l’aide de l’Europe.

Oui ou non l’hypocrisie des bons sentiments va-t-elle cesser, et laisser la place aux vraies mesures susceptibles de répondre aux vrais problèmes ?

Par Jacques Nikonoff,
président d’Attac-France



Source : Attac (http://www.attac.org), 2 janvier 2005.