Pour une Taxe Tobin dans une perspective d’émancipation

5 février 2013 par ATTAC/CADTM Argentina


Le système capitaliste a plongé l’humanité dans une crise de civilisation sans précédent qui se traduit par un ensemble de crises économique, financière, politique, alimentaire et environnementale. L’existence même de l’humanité se retrouve menacée si nous n’avançons pas vers la création d’un nouveau système de production et de consommation basé sur la satisfaction des besoins des peuples, en harmonie avec la nature, et non au service du capital transnational.

Malheureusement, du côté des peuples, nous ne comptons pas encore la force nécessaire pour imposer une sortie anticapitaliste. Alors que, en attendant, la crise continue d’être administrée par ceux qui l’ont provoquée.

Récemment, l’Union Européenne a autorisé onze de ses membres à avancer vers la mise en place, au niveau national, d’une taxe sur les transactions financières (TTF), connue également sous le nom de taxe Tobin Taxe Tobin Taxe sur les transactions de change (toutes les conversions de monnaie), proposée à l’origine en 1972 par l’économiste américain James Tobin pour stabiliser le système financier international. L’idée a été reprise par l’association ATTAC et par d’autres mouvements altermondialistes dont le CADTM, dans le but de diminuer la spéculation financière (de l’ordre de 1.200 milliards de dollars par jour en 2002) et de redistribuer le bénéfice de cette taxe aux plus démunis. Les spéculateurs internationaux qui passent leur temps à changer des dollars en yens, puis en euros, puis en dollars, etc., parce qu’ils estiment que telle monnaie va s’apprécier et telle autre se déprécier, devront payer une taxe minime, entre 0,1 % et 1 %, sur chaque transaction. Selon ATTAC, elle pourrait rapporter au moins 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Qualifiée d’irréaliste par les classes dirigeantes pour justifier leur refus de la mettre en place, l’analyse méticuleuse de la finance mondialisée menée par ATTAC et d’autres a au contraire prouvé la simplicité et la pertinence de cette taxe. .

De cette manière, l’Autriche, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Estonie, la Slovénie, la Slovaquie, la France, la Grèce, l’Italie et le Portugal avanceront vers la mise en place de cette taxe qui imposera à hauteur de 0,1 % les transactions financières de tous types d’instruments, mis à part les dérivés Dérivés
Dérivé
Dérivé de crédit : Produit financier dont le sous-jacent est une créance* ou un titre représentatif d’une créance (obligation). Le but du dérivé de crédit est de transférer les risques relatifs au crédit, sans transférer l’actif lui-même, dans un but de couverture. Une des formes les plus courantes de dérivé de crédit est le Credit Default Swap.
qui seront taxés à 0,01 %. Il est estimé que 37 milliards pourraient être collectés chaque année de cette façon.

Ceux qui impulsent aujourd’hui la taxe Tobin sont ceux qui, depuis 2007, ont affecté des milliards pour renflouer les banques et les corporations transnationales, au détriment des peuples européens qui assument les coûts de ces sauvetages par l’augmentation insoutenable de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique de leurs États. Il s’agit d’une dette publique qui s’inscrit dans le concept de dette « odieuse », car contractée au bénéfice du capital transnational et non de la population, qui est celle qui la paie en définitive.

Dans ce contexte, la taxe Tobin se transforme en un instrument fonctionnel du système financier. Sa finalité est de limiter ses excès, afin d’éviter son effondrement.

En effet, reprenant ce que nous disions en introduction, la crise est systémique. Le problème est la nature propre du système capitaliste et non ses excès.

Pour cette raison, affronter la crise financière requiert que la taxe Tobin fasse partie d’un programme qui vise à la construction d’une Nouvelle Architecture Financière. Heureusement, au niveau régional il existe des alternatives en cours comme la Banque du Sud [1] et le S.U.C.R.E [2].

Et, autant en Europe que dans notre région latinoaméricaine, il est fondamental d’avancer vers un Audit de la Dette Publique. Nous devons obtenir l’annulation des dettes publiques illégitimes et illégales qui pèsent sur nos États. Il n’y aura pas de souveraineté tant que la dette continuera d’être l’instrument privilégié du capital transnational pour drainer nos richesses vers ses pays d’origine et pour nous imposer son agenda néolibéral.

En définitive, un impôt de type Tobin a du sens dans une perspective anticapitaliste, un processus de construction dans notre Amérique latine. Nous avions raison quand nous soulevions la nécessité d’affronter le capitalisme et la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
, utilisant la taxe Tobin dans une perspective d’émancipation des peuples.

Buenos Aires 29 janvier 2013



Notes

[1La Banque du Sud est une entité financière créée dans le cadre de l’UNASUR qui a pour objet de financer le développement économique et social des pays qui la composent, de manière équilibrée et stable, en faisant usage de l’épargne intra et extra-régionale, renforçant l’intégration, réduisant les asymétries et promouvant la distribution équitable des investissements au sein des pays membres de la Banque.

[2Le SUCRE est le Système Unique de Compensation Régional, créé par les pays de l’ALBA (Nicaragua, Bolivie, Cuba, Honduras, Équateur et Venezuela). Il s’agit d’une monnaie virtuelle qui est utilisée pour valoriser les échanges commerciaux entre les pays de la région et comme moyen de paiement entre les banques centrales des États Pparties, réduisant ainsi la dépendance par rapport au dollar. , lesquelles doivent être élargies et approfondies