8 septembre 2015

Grenoble, France

« Pourquoi et comment résister à l’agriculture productiviste ? »

Intervention sur agriculture et alimentation dans le cadre de l’Alternatiba par Nicolas Sersiron, président du CADTM France. Mardi 8 septembre à 20h à la MDA (rue Berthe de Boissieux, Grenoble)

Question : ce type agriculture est-il nécessaire pour nourrir les humains comme le proclame les Monsanto, Syngenta, Bayer et autres FNSEA ? Non, aujourd’hui encore l’agriculture vivrière et familiale nourrit 70 % de l’humanité sans réchauffer le climat. L’industrialisation de l’agriculture, qui est à base de pétrole et chimie de synthèse, (azote et pesticides) sert pour l’essentiel à produire de la viande. 80 % des terres agricoles de la planète sont aujourd’hui dédiées à l’élevage sous forme de pâturages, fourrages et grains.

La viande est-elle nécessaire pour être en bonne santé ? Non, la moitié des habitants de l’Inde et une grande partie des Chinois d’aujourd’hui ne mangent pas de viande, et cela depuis des siècles ? Mais la viande rapporte énormément d’argent à une immense galaxie d’entreprises, soit en aval, soit en amont. L’élevage concentrationnaire nourrit au soja OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
, au maïs, aux pesticides, aux antibiotiques, etc, fournit une viande nuisible pour la santé.

Pourquoi parler d’agro-extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique.  ? NPK les trois composants des engrais implique l’extraction de ressources naturelles. Gaz, phosphate et potasse sont en voie de disparition. De plus cette agriculture est pétrolivore : pour la mécanisation, pour les transports de ses intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. et de ces productions. Or pour ne pas réchauffer au-de là de 2°, il faut laisser 80 % des ressources fossiles dans le sol. La relocalisation de l’agriculture et l’abandon des intrants miniers et fossiles s’imposera.

L’utopie des agrocarburants Le retour énergétique des agrocarburants est plus ou moins égal à 0. Il faut investir un baril de pétrole pour obtenir un baril d’agrocarburant. De plus, s’ils sont produits sur des déforestations leur bilan carbone est négatif (soja, palme, etc)

La destruction de la matière organiques des sols En un demi-siècle d’agriculture productiviste on a détruit la plus grande part de la fertilité des sols et émis de très grandes quantités de CO2 enfermés dans cette biomasse. D’immenses famines nous attendent en plus du réchauffement si cette agriculture continue à imposer ses désastres, à déforester et à gagner de nouveaux espaces en Afrique ou ailleurs.

Responsabilité de l’agriculture et de l’alimentation industrielles dans le réchauffement climatique Selon l’association Grain, l’ensemble de la filière, du champ à la bouche, produit entre 44 et 57 % des GES (gaz à effet de serre) Aux Etats-Unis, la transformation-distribution de l’alimentation émet 4 fois la quantité de GES émises par la production.

L’urgence d’une véritable agro-écologie Aujourd’hui se tourner vers une véritable agro-écologie, pas celle du ministère de l’agriculture française, qui est mensongère est indispensable. Une agriculture qui remet la biomasse dans les sols en captant le CO2. Qui ne se fait pas avec de gros tracteurs mais avec beaucoup d’emplois. Qui serait capable de refroidir la planète et de nourrir parfaitement l’ensemble de l’humanité en relocalisant l’ensemble de ses productions et de ses consommations.

Source : https://alternatiba.eu/grenoble/


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