Premières réactions au rapport sur la Troïka soumis au Parlement Européen

14 mars 2014 par Troïka Watch


Des investigations limitées qui aboutissent à des conclusions encore plus limitées…

Aujourd’hui le Parlement Européen vote le « Rapport sur l’enquête sur le rôle et les actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. (BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
, Commission et FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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) ». Pendant ces trois dernières années, les institutions financières ont été renflouées aux dépens des citoyens avec des sommes jamais atteintes jusque-là. Le rapport ne donne aucune réponse satisfaisante : pourquoi cela a-t-il été fait et comment peut-on éviter que cela se reproduise. La décision de limiter le mandat de cette enquête à la Grèce, à l’Irlande, au Portugal et à Chypre annonçait déjà cette esquive. Il semble que le Parlement a décidé de détourner son attention sur le fait que l’Espagne aussi a signé un Mémorandum avec la troïka.

Alors que les gens ordinaires ont subi des pertes d’emplois, des coupes sévères sur les salaires et les retraites et sont morts du fait de coupes sur les dépenses de santé, les institutions financières ont été renflouées sans qu’elles ne cèdent jamais le moindre droit d’intervention dans leur fonctionnement aux gouvernements qui les ont financées.

Le rapport mentionne qu’il y a eu un débat au sein de la Troïka au cours duquel le FMI a demandé une restructuration de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
au début des opérations, qui a été refusée par l’UE. La seule raison invoquée dans le rapport est que la BCE craignait de mettre à mal les institutions financières européennes et le risque de contagion d’un tel choix. Cependant le rapport a complétement évité d’enquêter pour savoir si cet argument était fondé, compte tenu notamment de la taille du problème de la dette grecque par rapport au PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
de l’Eurozone.

Mais même si les arguments de la BCE étaient véridiques, on peut se demander pourquoi ce sont les populations d’un nombre limité de pays qui ont dû payer le plan de sauvetage du système bancaire européen et non pas tous les pays. En effet, le plan de sauvetage n’a pas bénéficié uniquement aux institutions financières des pays concernés mais aussi, très largement, au secteur financier de pays comme l’Allemagne et la France. Alors que dans certains pays la population a souffert au-delà de ce qui est normal, d’autres pays comme l’Allemagne ont bénéficié de cette crise en faisant des profits énormes sur leurs emprunts, pour lesquels ils ont obtenu des taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
très bas et ont tiré avantage de flux de capitaux importants de cette situation de crise.

Le rapport mentionne que la BCE a exercé des pressions très fortes sur certains gouvernements pour qu’ils renflouent les banques. Mais il ne suffit pas que le rapport « souligne que les institutions européennes doivent respecter la loi de l’Union, y compris la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne, en toute circonstance ». On aurait attendu de cette enquête une liste de tous ceux qui ont violé ces lois et quand et comment ces violations ont eu lieu, qui aurait permis une mise en cause des personnes et institutions impliquées.

En ce qui concerne les propositions du Parlement, notamment en ce qui concerne la mise en place d’un Fonds Monétaire Européen (FME) : Une Europe qui reposerait sur le principe de la solidarité a besoin d’autres changements que la création d’un FME. Même avec la mise en place d’une telle institution, le Parlement européen ne deviendra probablement pas, de manière automatique, une institution capable de réagir, de manière plus radicale qu’il ne l’a fait avec cette enquête limitée sur la Troïka, la prochaine fois où les institutions financières seront sauvées. Nous attendons de ce Parlement d’entreprendre des enquêtes plus audacieuses sur ce genre d’affaires dans le futur. Cela, avec d’autres changements qui permettront d’évoluer vers une Europe plus solidaire (qui n’acceptera pas de sauver les banques à n’importe quel prix et qui s’engagera dans des audits des dettes), est nécessaire pour arrêter la redistribution actuelle de la richesse des plus pauvres en faveur des plus riches.

Contacts :

Stephan Lindner (Attac Germany ; Germany ; German and English) :

stlindner chez ipn.de, +49 176 24342789

Thanos Contargyris (Attac Hellas ; Greece ; Greek, English and French) :

thanos chez dialogos.gr, +30 6949727390

Leonie Hogervorst (Corporate Europe Observatory ; Belgium/the Netherlands, Dutch and English)
 :
leonie chez corporateeurope.org, +32 2 893 0930

Chiara Filoni (CADTM ; Belgium/Italy ; Italian, French and English)
 :
chiara chez cadtm.org, +32 486 119832

Ajda Pistotnik (Humanitas ; Slovenia ; Slovenian and English)
ajda chez humanitas.si, +386 1 43 00 343

Sargon Nissan (The Bretton Woods Project ;UK ; English)
snissan chez brettonwoodsproject.org, +44 20 3122 0644


Note :

TroikaWatch est un réseau de citoyens avec des opinions diverses. Les opinions exprimées dans des communiqués de presse ou des prises de position individuelles ne sont pas obligatoirement partagées par tous les autres personnes membres de ce réseau.

Annex
Here are some of the highlights from the report we think worth mentioning. You can find the complete report in the version agreed on in the Committee on Economic and Monetary Affairs here.

  • Point 17 about the Greek program :
    Notes that the first agreement of May 2010 could not contain provisions for a restructuring of the Greek debt, despite it being first proposed by the IMF, which, in line with its usual practice, would have preferred an early debt restructuring ; recalls the ECB’s reluctance to consider any form of debt restructuring in 2010 and 2011 on the grounds that it would have led to the crisis having a contagion effect on other Member States, as well as its refusal to participate in the restructuring agreed in February 2012 ;
  • Point 19 about Ireland :
    Recalls the bilateral pressure reportedly exerted by the ECB on the Irish authorities prior to the initial agreement between the latter and the EU and IMF being adopted on 7 December 2010 and 16 December 2010, respectively in the relevant MoUs containing the policy conditionality for EU-IMF assistance ; […]
  • Point 54 about the ECB :
    […] notes that throughout the crisis the ECB has had crucial information on the health of the banking sector and financial stability in general, and that with this in mind it has subsequently exerted policy leverage on decision-makers, at least in the cases of the Greek debt restructuring, where the ECB insisted that CACs were to be removed from government bonds it held, the Cypriot ELA operations, and the Irish non-inclusion of senior-bondholders in the bail-in.

And a part of an IMF protocol from 2010 with speculations about the true reasons of the Greek bailout :

  • Brazil’s executive director Paulo Nogueira Batista in a prepared statement to the board for the May 9, 2010 meeting :
  • “The risks of the program are immense…As it stands, the programs risks substituting private for official financing. In other and starker words, it may be seen not as a rescue of Greece, which will have to undergo a wrenching adjustment, but as a bailout of Greece’s private debt holders, mainly European financial institutions.”
  • Source : http://blogs.wsj.com/economics/2013/10/07/imf-document-excerpts-disagreements-revealed


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