Promenade au Congo : petit guide anticolonial de Belgique

Epuisé

24 juin 2010 par Lucas Catherine

Traduit du néerlandais (Belgique) par Jacquie Dever
Introduit par Pauline Imbach et Eric Toussaint (CADTM Belgique)
Relu et augmenté par Denise Comanne et Pauline Imbach (CADTM Belgique)

Visiter le Congo sans quitter la Belgique, c’est possible !

Lucas Catherine vous convie à redécouvrir la Belgique sous un angle original : de Bruxelles à Ostende, ce guide propose des promenades sur les traces du patrimoine congolais. Ces itinéraires constituent un véritable guide anticolonial qui donne à voir de manière saisissante à quel point la Belgique s’est enrichie et métamorphosée sur le dos de sa colonie.

Parution : 2010
ISBN : 978-2930402932
176 pages
12,5 x 20 cm
18 €

Ce guide anticolonial des villes belges, traduction augmentée de l’ouvrage de Lucas Catherine Wandelen naar Kongo |1|, vous invite à une relecture de l’histoire coloniale de la Belgique à travers des promenades, au détour d’une rue, d’un monument ou d’un bâtiment. De la conquête coloniale aux indépendances, en passant par l’époque léopoldienne (1885-1908) où le Congo fut une possession privée du Roi, le patrimoine public |2|. de cette poque dévoile l’histoire de la colonisation. Les vieilles pierres délivrent leurs secrets : vous en découvrirez les acteurs, les grands événements et aussi une myriade d’anecdotes, parfois burlesques, souvent tragiques.

Dans cette édition, la contribution du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) consiste à introduire la question de la responsabilité de la Belgique à l’égard du peuple congolais, de la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Le patrimoine public constitue un angle d’approche très intéressant. Chacune de nos villes connaît un monument, une stèle ou une rue qui commémore de façon positive la colonisation et exalte le mythe de son action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
civilisatrice. Le patrimoine public n’est pas neutre, il représente à la fois le pouvoir, qui en est le commanditaire, et la doxa « c’est-à-dire un ensemble d’opinions, de préjugés populaires, de présuppositions généralement admises sur lesquelles se fonde toute forme de communication ». Analyser ce patrimoine architectural urbain apparaît dès lors comme un bon moyen de remettre en question l’histoire officielle, tout en soulevant des questions de fond, comme le maintien des rapports de domination, notamment à travers le mécanisme de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
ou le pillage des richesses. La position du CADTM vis à vis de l’histoire coloniale est résolument critique ; comme toute lecture historique, elle n’est pas neutre, elle exprime un parti pris à travers le choix de certains éléments et l’importance qui leur est accordée.

La colonisation n’a pas été synonyme de civilisation mais bien souvent de barbarie et les rapports actuels entre le Belgique et le Congo sont encore tributaires de cette histoire, qui doit être reconnue. « La mémoire des Etats n’est absolument pas la nôtre. Les nations ne sont pas des communautés et ne l’ont jamais été. L’histoire de n’importe quel pays, présentée comme une histoire de famille, dissimule les plus âpres conflits d’intérêts (qui parfois éclatent au grand jour et sont le plus souvent réprimés) entre les conquérants et les population soumises, les maîtres et les esclaves, les capitalistes et les travailleurs, les dominants et les dominés, qu’ils le soient pour des raisons de race ou de sexe. Dans un monde aussi conflictuel, où victimes et bourreaux s’affrontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intellectuels de ne pas se ranger aux côtés des bourreaux ». |3| Nous préférons donc analyser cette histoire commune du point de vue des colonisés.

La rencontre entre Lucas Catherine et le Comité pour l’Abolition de la Dette du Tiers Monde (CADTM) s’est faite au sein du Collectif Mémoires Coloniales ; créé sous l’impulsion du CADTM Belgique en mars 2008. Le Collectif rassemble des membres d’associations, des écrivains, des historiens, des journalistes et des citoyens. Des actions s’appuyant sur le Manifeste pour une relecture de l’Histoire coloniale |4|, véritable charte du collectif, sont menées depuis septembre 2009. Ces actions ont pour objectifs, d’une part, de mettre en lumière les aspects négatifs et meurtriers de la colonisation belge et, d’autre part, d’exiger une relecture globale de la colonisation soumise à la rigueur de la recherche historique (notamment par l’accès total aux archives), l’érection de monuments à la gloire de figures oubliées, l’annulation de la dette du Congo et des réparations pour la population congolaise |5|.

Parmi ces actions, le Collectif a régulièrement organisé des « promenades anticoloniales », dont la première, à Bruxelles, fut guidée par Lucas Catherine. Muni de son livre Wandelen naar Kongo, Lucas a tenu en haleine une centaine de personnes. Enchantés par son discours, par les informations qu’il nous délivrait, ou encore par son humour cocasse à l’égard de certains colons, le CADTM et le Collectif Mémoires Coloniales décidaient de faire connaître son travail, à la fois à travers les « promenades anticoloniales » mais en proposant également à un large public ce guide du patrimoine public colonial, traduit en français. Ce livre est donc destiné à toutes celles et ceux qui souhaitent découvrir une autre histoire coloniale de la Belgique. C’est pourquoi cette édition propose, en introduction aux textes de Lucas Catherine, différentes analyses publiées par le CADTM |6|. Elles apportent des éléments de compréhension du contexte historique et retracent la démarche du Collectif Mémoires Coloniales pour obtenir une reconnaissance des crimes coloniaux, des excuses et des réparations de la Belgique vis à vis du peuple congolais.

La sortie de cet ouvrage en 2010, année des célébrations du cinquantenaire de l’indépendance congolaise, constitue une contribution du Collectif Mémoires Coloniales et du CADTM aux débats sur l’histoire coloniale belge qui, nous l’espérons, accompagneront ces commémorations.

Bonne lecture et bonnes promenades !

Pauline Imbach (CADTM Belgique)


Notes

|1| Lucas Catherine, Wandelen naar Kongo, EPO, 2006 (Promenade au Congo)

|2| Le patrimoine public englobe les édifices administratifs et les monuments édifiés en mémoire de personnages ou d’événements (stèles, statues, monuments aux morts…)

|3| Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2002, page 15.

|4| A lire sur : http://www.cadtm.org/Belgique-Le-co...

|5| Notamment à travers la mise en place des recommandations de la commission parlementaire belge de 2001, dans lesquels le gouvernement belge s’était engagé à financer une Fondation Patrice Lumumba à hauteur de 3,750 millions d’euros complétés par une dotation annuelle de minimum 500.000 euros dans le but d’aider au développement démocratique au Congo.

|6| L’ensemble des articles, dont certains ont été retravaillé dans le cadre de cette publication, est disponible sur le site www.cadtm.org. Quelques uns ont également été publiés dans la revue du CADTM : Les Autres Voix de la Planète.

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