Propositions écofeministes comme alternatives aux coupures budgétaires

21 juin par Yolanda Fernández Vargas


Depuis de nombreuses années, l’ecoféminisme dénonce que circonscrire la réalité dans toute sa complexité à une équation binaire est limité et réductionniste. Nous dépendons des ressources naturelles, des écosystèmes, de la biosphère et nous avons besoin de soins dans les premières années de notre vie, à la vieillesse et en cas de maladie.

Simone de Beauvoir dans son œuvre Le deuxième sexe a approfondit le thème de la condition féminine, qui a été définit tout au long de l’histoire par et pour les hommes. Placées dans une position subordonnée et asymétrique au sein de ces relations de pouvoir, nous avons été caractérisées comme l’autre, comme le non être. Les hommes, néanmoins, ont été mis en lumière comme des êtres transcendants, car ils dominent la nature, prennent des décisions, agissent, tandis que les femmes nous sommes des êtres immanents, attachés au quotidien et aux soins.

Cette construction sociale binaire a façonné l’imaginaire collectif culturel de la pensée hégémonique occidentale, où la nature, le féminin et la femme, c’est-à-dire l’Autre a été représenté avec des caractéristiques inférieures, expropriables et malléables, car nous avons seulement été reconnues depuis l’infériorité. Cette pensée androcentrique divise et décrit toute la complexité de la réalité en paires dichotomiques, opposées et hiérarchisées : culture/nature, homme/femme, raison/émotion, public/privé, science/savoir traditionnel, travail productif/travail reproductif ; accordant plus de valeur à ceux considérés traditionnellement comme masculins et rendant invisibles et sous-estimant le monde symbolique féminin.

Depuis plusieurs années, l’ecoféminisme dénonce que circonscrire la réalité dans toute sa complexité à une équation binaire est limité et réductionniste. Dans cette comparaison des femmes avec la nature, en plus de les priver de leur capacité de raisonnement et de pensée, cela place toutes deux dans une relation de position subalterne et laisse de côté de façon flagrante et vitale que nous sommes des êtres interdépendants et écodépendants. Nous dépendons des ressources naturelles, des écosystèmes, de la biosphère et nous avons besoin de soins dans les premières années de notre vie, à la vieillesse et en cas de maladie. C’est impossible de vivre dans la solitude.

Cette évidence a été réglée pendant de nombreuses années par le système patriarcal à travers la division sexuelle du travail, en privatisant la survie et en l’offrant à l’espace domestique, où ont été confinées les femmes depuis la révolution industrielle. Là, loin de l’opinion publique, la majorité des femmes ont été obligées d’assumer ces fonctions, non parce qu’elles seraient mieux dotées génétiquement pour cela, mais parce que c’est le rôle que le patriarcat leur a assigné.


Le mauvais développement

On vit le paradoxe d’un modèle économique et d’une logique de marché qui prône et défend un système de croissance illimitée, avec des ressources naturelles finies. Ce mauvais développement comme le dénomme Vandana Shiva, produit des tensions et des inégalités sociales entre le Nord et le Sud mondialisé et a des conséquences désastreuses pour la nature et pour les femmes, qui sont considérées comme de la matière première. Comment a été obtenu le si salué développement économique ? Il est clair qu’il a été possible grâce à la surexploitation du travail gratuit et caché des femmes et à la domination et subordination de la nature, conditions essentielles pour produire les règles actuelles de production et de consommation.

Le système patriarcal, soutenu et aidé par le système capitaliste a déclaré la guerre aux corps humains et aux territoires et les a placés au service du capital. Ces soins et ces ressources naturelles ne sont pas comptabilisés dans le PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
, indicateur macroéconomique de la richesse économique d’un pays. Les soins, bien que nécessaires à la survie ne sont pas pris en compte par cet indicateur économique. Ce n’est pas considéré comme de l’économie, ni même comme du travail. La naissance d’un fleuve, l’aire non pollué n’encaissent pas non plus.

Cependant, les catastrophes environnementales produisent des échanges monétaires et le travail des employées dans les maisons lui est pris en compte, même s’il est précaire et sans garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). de travail.

Ça n’est qu’ainsi que l’on explique que depuis des organismes comme le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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on évoque le risque de longévité ou le coût du vieillissement, avertissant qu’il faut réduire le montant des pensions, car cette augmentation de l’espérance de vie est un coût énorme pour les gouvernements, les entreprises, les assurances et les particuliers, menaçant la stabilité des finances publiques.

On ne peut pas vivre le dos tourné à la crise écologique et à la crise des soins. Les politiques d’austérité ou l’austéricide qui agissent essentiellement dans le champ social, sanitaire et éducatif finissent par affecter la responsabilité de travail des femmes et redynamiser les rôles de genre liés à la dérivation des soins qui étaient auparavant couverts ou aidés par l’Etat vers nous les femmes, augmentant les disparités de genre. Les recoupes des services publics ou dépendance renferment à nouveau dans le cadre domestique le bien-être des personnes et essaient d’attribuer aux femmes une responsabilité, que nous ne devons pas assumer en solitaire.

Notre incorporation au marché du travail et à un modèle masculin de répartition du temps et de l’espace a eu pour effet la double journée ou l’externalisation des tâches domestiques, qui ont coutume de retomber sur les femmes. De sorte que ce que l’on fait dans ce monde globalisé depuis les pays les plus développés c’est de transférer les soins de certaines femmes à d’autres, qui généralement viennent de pays moins développés, mettant en place ce qu’on appelle des chaines globales de soins.


Mettre la vie au centre

L’occupation des territoires du sud par des mégaprojets d’entreprises transnationales, qu’ils soient extractifs ou d’infrastructures, ont pour but uniquement l’accumulation de pouvoir et de gains des grandes corporations et cachent en grande partie, la violation des droits des femmes et l’exploitation de la nature. Cette logique du système capitaliste hétéropatriarcal dépossède la population native des biens communs et d’une forme de vie durable se ressentant davantage chez les femmes, car cela détruit souvent les sources de revenus dont elles disposaient.

L’absence de moyens de subsistance s’ajoute à la détérioration de l’environnement de leur territoire, à la disparition des terres dédiées à l’agriculture et aux formes de vies traditionnelles et à la rupture du tissu social et des réseaux d’appui qui soutenaient la solidarité communautaire. La marchandisation des services de l’eau, de l’électricité, de la santé et de l’éducation place avant tout l’obtention de gains au dessus de leur fonction sociale et de nombreux secteurs de la population, avec de très faibles revenus, ne peuvent y accéder. Tout cela affecte d’une façon plus directe les femmes, qui disposent des pires conditions socioéconomiques et de disponibilité réduite de ressources.

Nous avons donc besoin de penser la réalité de notre monde actuel avec les clés que nous donnent le féminisme et l’écologisme : changer le paradigme et arrêter de considérer le marché comme mesure de valeur et mettre au centre des politiques publiques la durabilité de la vie.



Source : commonpolis

Source originale en espagnole : El Salto Diario

Yolanda Fernández Vargas

Comission d’Ecoféminisme de Ecologistas en Acción Madrid