Quand Tsipras fait disparaître toute trace de ses contradicteurs !...

22 octobre 2015 par Yorgos Mitralias

Voici donc que le gouvernement Tsipras bis vient de résoudre deux de ses grands problèmes : celui de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique et celui représenté par l’ex-présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou. Comment a-t-il fait pour réussir cet exploit ? Mais tout simplement, en effaçant pour toujours du site officiel du Parlement grec tout ce qui pourrait rappeler Zoe Konstantopoulou et ses initiatives durant sa brève présidence, dont la Commission pour la Vérité de la Dette Publique.

Face à cet impressionnant bond en arrière du gouvernement grec, qui nous ramène aux heures de gloire du stalinisme triomphant des années 30 |1|, mais aussi du maccarthisme le plus envahissant du début des années 50, on est en droit de se demander : est-ce que la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique grecque a pour autant disparu ? Et est-ce que Zoe Konstantopoulou a accepté sa défaite, et s’est décidée à ne plus dire la vérité et taire ses critiques au vitriol ?

La réponse est : non. L’astronomique dette publique grecque continue, imperturbable, sa marche en avant comme d’ailleurs Zoe Konstantopoulou, qui refuse de s’avouer vaincue. Alors, une question s’impose : vu que le nettoyage du site du Parlement des présences indésirables manque manifestement d’efficacité, pourquoi le successeur de Zoe Konstantopoulou, et ses amis, ont procédé de cette manière ? Que cherchaient-ils en réalité ?

La seule réponse possible est qu’en agissant ainsi, tout ce beau monde cherchait à envoyer un message, ou plutôt un signal, à quelqu’un. À qui ? Mais, évidemment, aux célèbres « partenaires européens » avec qui les nouvelles autorités grecques venaient de conclure un accord, qui est en même temps… l’unique programme du gouvernement Tsipras bis. Mais aussi à ceux d’en bas, grecs, pour qu’ils n’aient plus le moindre doute sur l’inéluctabilité de l’écrasement de toute résistance aux Memoranda et à leurs inspirateurs…

En somme, il s’agissait d’un acte hautement symbolique qui, ni plus ni moins, ambitionnait à effacer pour toujours de la mémoire collective des Grecs, non seulement toute trace d’une alternative à la politique des Memoranda, mais aussi, le nom même de celle qui a pu incarner cette alternative !

En réalité, l’acharnement de ces néophytes du néolibéralisme, contre ce qui pourrait s’identifier à leur mauvaise conscience, ne s’est pas limité à faire disparaître tout ce qui rappelait la brève présidence de Zoe Konstantopoulou. En effaçant aussi l’Appel de la campagne internationale de « soutien à la Commission pour la Vérité sur la Dette Publique et au droit des peuples à auditer les dettes publiques » |2|, ces apprentis sorciers de l’école stalinienne de la falsification ont voulu faire disparaître toute trace de ces 24 423 hommes et femmes venants de quatre coins du globe, qui ont – jusqu’à ce moment, car la collecte des signatures continue - manifesté leur appui actif à cette campagne ! En faisant de la sorte, ils n’ont pourtant démontré qu’une chose : leur total mépris pour ces milliers de gens de progrès, dont au moins 2000 professeurs d’université et économistes, qui ne voulaient que soutenir la Grèce contre ses bourreaux !

La prédilection des dirigeants de ce Syriza génétiquement modifié, pour les pires des méthodes administratives, ne peut pas étonner. En effet, bien avant leur spectaculaire capitulation, ils faisaient déjà attaquer violemment et vulgairement la Commission pour la Vérité de la Dette Publique par leurs médias spécialisés en basses besognes, sans pour autant oser la critiquer eux-mêmes, publiquement et sur le fond. D’ailleurs, jusqu’à maintenant, c’est en vain qu’on chercherait le moindre argument sorti de leur bouche contre l’audit citoyen de la dette publique…

En revanche, ces lâches ont toujours préféré les coups bas à la confrontation publique. Cyniques, et armés de l’arrogance du pouvoir, ils se permettent de se foutre royalement de ces dizaines de milliers de gens qui ont signé l’Appel de soutien à la Commission d’audit et qui ne leur sont d’aucune utilité, vu que ces illustres médiocrités se sentent à l’aise seulement en compagnie des « grands » de ce monde. C’est à eux que s’applique parfaitement ce que Jorge Semprun disait de Santiago Carrillo : « Toute sa vie il ne voulait qu’une seule chose, entrer dans les grands salons »…

Vivant dans l’insécurité permanente, et découvrant des ennemis même là où il n’y a que de simples militants qui s’interrogent, il n’est alors pas étonnant que ces adeptes d’un Machiavel au rabais fassent appel aux pires traditions staliniennes, afin de faire disparaître tout ce qui les dérange. Privés – heureusement – des moyens que l’oncle Joseph possédait en son temps, ils se contentent alors d’effacer tout ce qui témoigne de leurs trahisons et autres péchés, à l’instar des inquisiteurs staliniens qui faisaient disparaître par millions les vies, les noms, et même les visages de leurs compatriotes soviétiques. Détail éloquent : comme alors à Moscou, aujourd’hui aussi à Athènes, ces inquisiteurs font disparaître en toute priorité ceux qui osent refuser la modification génétique de leur parti et persistent à se proclamer… communistes, anticapitalistes et critiques radicaux de l’ordre établi !

Notre conclusion se veut optimiste : il faudra beaucoup plus que le « nettoyage » du site du Parlement grec, et même beaucoup plus que l’incessante campagne de dénigrement et de coups – très - bas pour faire disparaître les résistances à ceux qui ont vendu leur âme au diable néolibéral, en acceptant d’appliquer ses politiques inhumaines. Même dans des conditions très difficiles, le combat continue car il s’agit maintenant de la défense de tout ce qu’on a de plus précieux : de notre dignité et de notre (sur)vie…


Notes

|1| Voir sur ce sujet l’extraordinaire classique de David King Le Commissaire disparaît, éd. Calman-Levy.

|2| Voir le site de l’Appel (en 16 langues) ainsi que de la campagne internationale de soutien : http://greekdebttruthcommission.org/index.php. Étant donné que, contre vents et marées, cette campagne continue, les signatures de soutien sont plus que jamais bienvenues…

Auteur.e

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.


http://www.contra-xreos.gr