Que sait-on de la dette grecque ?

5 juillet 2012 par Damien Millet , Angélique Schaller


« Le terme sauvetage laisse croire que le pays était en train de couler et que l’on a sauvé le peuple. Pas du tout ; on a sauvé les banques. »

Dans une interview au journal « La Marseillaise », Damien Millet (professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans et porte-parole du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du tiers monde) analyse le cas grec et présente les cas des pays qui se sont opposé à la finance. Extraits :

Que sait-on de la dette grecque ?

« Pour le savoir, il faudrait un audit. Par qui a-t-elle été faite, pourquoi, à quoi a-t-elle servi… il faut une sorte de facture. Ceci posé, elle est multiple.

On sait qu’une partie remonte à la dictature des Colonels, une partie donc « odieuse ». Une autre viendrait des Jeux olympiques qui d’abord budgétisés à 2 milliard d’Euros, on terminé à 13 ou 14 milliards. On sait aussi qu’il y a eu des affaires de corruption, comme avec Siemens qui voulait les contrats du système de sécurité pour ces J.O. Il y a aussi la question du matériel militaire. Au moment de la crise, la Turquie, qui a pourtant toujours des conflits avec la Grèce notamment à Chypre, a proposé aux grecs un accord pour baisser de 20 % les budgets militaires. Allemagne et France ont réalisé des pressions pour que ce budget ne baisse pas. On sait enfin qu’il y a eu des malversations financières quand Goldman - Sachs conseillait à la fois l’État grec et l’aidait à maquiller ses comptes pour entrer dans l’Europe, et spéculait sur la faillite grecque. Tout cela n’a pas profité à la population grecque et pose donc la question du remboursement.

Tout ceci se passe dans un contexte où l’on accuse le peuple grec de ne pas payer ses impôts. Il faut arrêter les caricatures. Le peuple grec paye des impôts, notamment via la TVA qui est très élevée. En revanche, ceux qui ne payent pas sont les armateurs et l’église orthodoxe. »

Propos recueillis par Angélique Schaller, parus dans « La Marseillaise » du 15 juin 2012.

Lire l’entièreté de l’interview en pj

interview La Marseillaise


Damien Millet

professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), auteur de L’Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec Frédéric Chauvreau des bandes dessinées Dette odieuse (CADTM-Syllepse, 2006) et Le système Dette (CADTM-Syllepse, 2009), co-auteur avec Eric Toussaint du livre Les tsunamis de la dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec François Mauger de La Jamaïque dans l’étau du FMI (L’esprit frappeur, 2004).

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