Quel que soit le résultat des négociations avec la Troïka, le peuple grec peut compter sur notre solidarité !

8 juillet 2015 par Pascal Franchet

Négociations en cours : une issue incertaine, la responsabilité de l’UE, des néolibéraux et des médias à leur botte !

Rarement, on a assisté à un tel déferlement de haine, à une telle campagne de désinformation, à une telle ingérence contre la démocratie. Même la campagne en faveur du Traité Constitutionnel n’avait pas donné à une telle débauche de pratiques ordurières et pourtant, on pouvait croire en 2005 le sommet de la vilenie atteint. L’Union Européenne, Hollande et Merkel en première ligne, ont mené et mènent une campagne mensongère et ignoble contre le droit souverain du peuple grec à choisir son destin.

L’Eurogroupe, structure artificielle qui n’a aucune valeur selon le traité européen, s’est érigé en tête de file d’une mobilisation en faveur du « oui ». Après avoir triché avec les lois européennes à maintes reprises, tout comme le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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a bafoué ses propres statuts, après avoir renié le droit international, ce qu’a démontré la commission pour la vérité sur la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique grecque, l’Union Européenne et la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
ont montré leur véritable nature : celle d’une arme de destruction massive contre la démocratie et les droits souverains des peuples.

Les médias, détenus par les groupes industriels et financiers, ont travesti la réalité et se sont livrés à une véritable guerre haineuse et nauséabonde contre les aspirations du peuple grec, en Grèce et dans tous les pays européens.

En France, cette campagne a des noms : les « Leparmentier » du journal Le Monde, les « Quatremer » de Libération et invité permanent d’Arte, les Apathie » de Canal+. Ces éditocrates eurobéats se sont joints aux Pujadas, Lenglet et consorts des télévisions privées et publiques, au JDD, au Figaro et autres torchons à la philosophie néolibérale affirmée, pour déverser leur bile contre le gouvernement et le peuples grec rejoignant le reste de la presse bourgeoise européenne.

Les partis politiques dominants, PS, Républicains, unis dans un même combat pro libéral, ont montré toute leur obscénité en luttant pied à pied contre la démocratie et le droit souverain du peuple grec, n’hésitant pas, avec les institutions européennes, à dicter aux grecs le vote pour le oui.

De Sapin à Moscovici, de Hollande à Sarkozy, jusqu’au faux « soutien » réactionnaire et xénophobe du Front National, ils y sont tous allé de leurs sentences puantes et autres injonctions au gouvernement démocratiquement issu des urnes le 25 janvier dernier.

En Grèce, les partis corrompus (PASOK et ND) sont défaits, les dirigeants des nazis d’Aube dorée sont embastillés pour implication dans un meurtre. Le parti Potami (la rivière), ramassis de corrompus recyclés, mène, avec les déchets de cette classe politique pourrie une campagne forcenée, financée par les corrupteurs grecs et étrangers auxquels ils sont soumis.
La campagne pour le oui est menée directement par la Commission européenne, la bourgeoisie grecque et est orchestrée par les médias à sa botte (95% des médias grecs sont ouvertement anti- gouvernement). C’était une campagne de classe contre classe. La finance grecque n’était pas en reste avec comme tête de pont, le gouverneur de la banque de Grèce et comme seconds couteaux, les dirigeants des 4 principales banques grecques.

La jeunesse et les classes populaires ont répondu massivement que NON, cette Europe austéritaire, les grecs n’en veulent pas !

Nous saurons nous souvenir des adversaires du peuple grec comme de ses amis. Nous ne sommes pas rancuniers, mais nous gardons la liste !

L’issue du référendum était présentée comme incertaine, malgré 3 certitudes :
Le « oui » au référendum garantissait la poursuite et l’aggravation de l’abomination sociale.
Le « non » ouvre la voie à des possibles, mais voués à l’échec sans solidarité internationale.
Le peuple grec a répondu. Son choix concerne tous les peuples européens.

Brisons le mur du silence !

Le devenir de la dette grecque est maintenant présent à la table des négociations, ce que ni Hollande, ni Merkel ne voulaient jusque là, mais personne ne parle des travaux de la commission. La vérité les effraie à ce point ?

Levons le black-out sur l’audit de la dette grecque !

La commission pour la vérité sur la dette publique grecque a rendu ses premières conclusions les 17 et 18 juin dernier (voir son rapport sur le site du CADTM). Aucun média n’en a rendu compte ou si peu alors qu’il s’agit d’un évènement sans précédent en Europe. Ce silence illustre bien leur peur de la vérité et de la démocratie !

La Commission, instituée par le Parlement, a pu démontrer :

1) que la crise de 2009 n’était pas une crise des finances publiques mais une crise des finances privées, et au premier rang, celles des banques grecques endettées auprès des banques françaises et allemandes qui ont spéculé sur les taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
grecs ;
2) que les « plans d’aide » n’ont pas profité aux finances publiques grecques mais à ces mêmes banques françaises et allemandes ;
3) que le 1er plan d’aide a consisté en la transformation des dettes privées en dettes publiques et que les prêts bilatéraux ont surtout fait gagné des centaines de millions d’euros aux 14 Etats prêteurs ;
4) que le second plan d’aide a surtout permis le désengagement des créanciers privés qui se sont défaussés sur les institutions européennes ;
5) que selon la commission et ATTAC Autriche, à peine 10% de ces 2 plans d’aide ont alimenté les finances publiques grecques- dont ses dépenses militaires ;
6) la BCE et le FMI savaient que ces endettements supplémentaires allaient précipiter l’économie et la population grecques dans le chaos ;
7) que le droit a été constamment bafoué depuis 2009, qu’il s’agisse du droit grec, européen ou international ;
8) qu’au regard de la jurisprudence du droit international, et ce n’est pas là un jugement moral, l’ensemble de la dette publique grecque a un caractère illégitime, odieux et illégal ;
9) que cette dette est également insoutenable et qu’elle ne doit pas être payée sauf à provoquer la poursuite et l’aggravation des droits humains fondamentaux du peuple grec.
10) ces premiers éléments permettent au gouvernement grec de décider d’utiliser son droit souverain de ne pas payer du tout cette dette.

Le rapport sera disponible très prochainement en français sur le site du CADTM. Diffusons-le largement !

Au delà du seul moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. (justifié par le caractère insoutenable de la dette), c’est bien de l’annulation de la totalité de cette dette qu’il est question (fondée sur le caractère illégitime, odieux et illégal de cette dette). L’annulation permettra la rupture nécessaire avec le système-dette, outil de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
financiarisée de l’économie. D’autres ruptures radicales sont également nécessaires.

Arrêtons l’hypocrisie avec les discours sur une « saine restructuration » de la dette !

Du FMI jusqu’à une certaine frange d’économistes dits de gauche, chacun propose des solutions « techniques » sur la dette pour que la Grèce aille mieux, qu’elle sorte de l’impasse et qu’elle renoue avec la croissance (sic !). Et tout un chacun y va de son « nécessaire défaut partiel », de sa « restructuration raisonnable », d’un « bon aménagement des échéances » ou encore, pour les plus « radicaux » de ces êtres bienveillants d’un « moratoire temporaire », toutes ses propositions aboutissant à la même chose : que la Grèce « honore ses engagements » vis-à-vis de ses créanciers.

Je ne sais pas ce qui est pire entre une agression directe (celle de l’UE) et une hypocrisie à peine voilée avec des propositions pour payer une dette qui n’est en tous cas, pas celle du peuple grec, ce qui est maintenant bien établi !

Avant et après le référendum, soutenons le peuple grec !

L’issue victorieuse du référendum ne règle pas tout. C’est une belle étape pour le processus du changement en Grèce et en Europe. En attendant, l’économie du pays est en lambeaux comme après une guerre, (c’est bien de cela qu’il s’agit, le néolibéralisme, avec les mémorandums et l’attitude de l’UE, a mené une véritable guerre contre la Grèce et son peuple).
Il faudra des années pour que l’Etat grec puisse honorer ses obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
en matière de droits humains fondamentaux envers la population. Il est plus qu’urgent de construire un système de santé et de protection sociale digne de ce nom.

Notre solidarité ne doit pas s’arrêter malgré la victoire du « non », mais prendre encore plus d’ampleur dans tous les domaines. La solidarité santé avec la Grèce ne peut attendre !

ON NE LACHE RIEN !

Il y a une chape de plomb médiatique de la part de la grande majorité des médias sur les conclusions des travaux de cette commission. Mais qu’ils le sachent bien : la peur qui attise la haine qui dégouline de leurs pages et images n’évitera pas le danger !
En 2005, selon Acrimed, ces mêmes médias ont fait campagne à 98% pour le « oui » au Traité. Il a fallu l’escroquerie constitutionnelle portée par le PS et l’UMP pour contredire le vote majoritaire pour le « NON ». Cette fois, un peuple fait respecter le mandat donné à ses élus.


Auteur.e

Pascal Franchet

Président du CADTM France