RD Congo et la guerre d’agression : attention à l’usure mentale, spirituelle et intellectuelle

17 décembre 2009 par Jean-Pierre Mbelu


La guerre d’agression et d’usure à laquelle plusieurs d’entre nous résistent depuis plus décennie risque de nous jouer des tours si nous lâchons mentalement, spirituellement et intellectuellement. D’où l’urgence de revenir constamment sur enjeux qu’elle sert et la persévérance de ses commanditaires. Mais aussi sur des erreurs naissant d’une lecture biaisée de notre histoire immédiate et consécutives à l’usure.

Pour rappel, la guerre d’agression qui nous est livrée depuis 1996 est un moyen dont se servent plus d’une transnationales pour avoir accès à nos matières premières du sol et du sous-sol en jouissant d’une protection juridique dans l’un des pays occidentaux au passé non-colonial, le Canada. (Dans un entretien accordé à Renaud Vivien de Cadtm, ce mardi 15 décembre 2009, Delphine Abadie, co-auteure de Noir Canada est suffisamment explicite sur cet enjeu. Pour l’approfondir lire Noir Canada et l’entretien intitulé Pillage, corruption et criminalité en Afrique. « Au Canada, la démocratie est en danger ! ») Le Canada, « paradis juridique » des transnationales, participerait à la mort de l’Afrique en se déclarant Ami de l’Afrique.

Disons que derrière les grosses fortunes des transnationales, il y a des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes juridiques, des crimes sociaux et des crimes économiques. Ce n’est pas tout. Derrière ces grosses fortunes, il y a aussi la criminalisation de toute forme de résistance au crime et de tous les efforts déployés pour les esprits citoyens et indépendants de verser au débat public les stratégies criminelles des entreprises transnationales.

En plus de cet enjeu transnational, nous résistons à la balkanisation de notre pays au profit de l’un de nos voisins, le Rwanda. Depuis plus de quatre mois, Paul Kagame et ses escadrons de la mort tiennent à l’aboutissement de ce plan de balkanisation en déversant sur notre territoire des masses des populations rwandaises. Un rapport très bien documenté traite de cette question. Il est intitulé Rapport sur l’infiltration clandestine rwandaise au Nord-Kivu. Il peut être lu sur le site Internet de Benilubero. L’infiltration dont traite ce rapport est facilitée par les militaires du CNDP qui transportent leurs compatriotes à bord des bus apprêtés à cet effet.

Les stratégies facilitant la réalisation de ces deux enjeux majeurs et permanents sont : un processus électoral biaisé concocté par « petites mains des transnationales », sans recensement, sans débat sur les projets de société défendus par des candidats à la présidentielle, etc., une infiltration des élites politiques et militaires compradors dans toutes les institutions issues de cette mascarade électorale, une corruption endémique, un clientélisme et un népotisme dignes d’un non-Etat, les contrats léonins négociés sur le dos du peuple, etc. Pire, des accords secrets conclus entre certaines de ces élites et Paul Kagame, fer de lance du nouveau désordre africain au cœur de notre continent.

Dès que l’on perd de vue ces deux enjeux majeurs et les stratégies facilitant leur accomplissement, les choses se compliquent intellectuellement et spirituellement. D’où nos cercles vicieux de toutes ces dernières années. Nous allons appeler à notre secours de bourreaux introduits par effraction dans le processus électoral pour nous massacrer. Nous allons appeler gouvernants des mercenaires commis à la facilitation du pillage de nos richesses du sol et du sous-sol. Nous allons nommer «  jeune démocratie » l’institution d’une dérive autoritaire. A ce point nommé, nous prenons notre (rêve ou) désir de démocratie pour un fait accompli sans questionner nos moyens réels de conversion de ce désir en réalité démocratique. Nous semblons croire que « les élites politiques compradors » vont finir par se convertir, comme par enchantement, en hommes d’Etat et nous offrir la démocratie sur un plat doré. Mus par ce rêve, nous faisons le jeu des criminels blanchis en victimes en nous attaquant à toute forme de résistance qui n’est pas avalisée par « les maîtres du monde et ceux qui leur obéissent ».

Il y a comme une urgence de recadrer notre lecture de notre histoire immédiate en ayant toujours présents à l’esprit les stratagèmes auxquels les bourreaux de notre commune humanité recourent pour nous anéantir : la criminalisation de toute forme de résistance, la logique corporatiste, les intimidations judiciaires pour les esprits citoyens et indépendants, la propagande de la pensée unique à travers les médias dominants et apparentés, la corruption des cœurs et des esprits, etc. Certains apprentis démocrates congolais semblent devenir de plus en plus des proies faciles des « cosmoctrates ». Ils reproduisent le discours des « maîtres » et font de l’amnésie leur amie préférée. Ce faisant, ils croient servir la cause de la rupture et de la refondation d’un autre Congo. Non. La rupture mentale, intellectuelle et spirituelle avec la promotion du marché sous le couvert de la rhétorique démocratisante est un premier pas indispensable à l’émancipation de la mentalité servile. Elle est exigeante. Elle est peut-être le fait « des initiés ».

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