RDC : Le « vrai parler » de Kengo wa Dondo et ses limites

20 mars 2008 par Jean-Pierre Mbelu


Plusieurs compatriotes ayant lu le discours du président du Sénat congolais à l’ouverture de la session parlementaire de mars 2008 l’ont trouvé musclé. Contrairement à Joseph Kabila qui, à l’an 1 de son règne comme « président élu », avait affirmé que le Congo se porte mieux qu’il y a 15 ans, Léon Kengo wa Dondo a relevé que notre pays est traversé par des crises multiformes au plan politique, économique social, et juridique.« Le vrai parler » du Président du Sénat ne semble pas résister à un examen sérieux de ses fondamentaux. En effet, « le vrai parler » de Kengo wa Dondo semble négliger les conséquences néfastes (et actuelles) des programmes d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
- dont l’initiative PPTE PPTE
Pays pauvres très endettés
(En anglais : HIPC).
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en 4 étapes particulièrement exigeantes et complexes.
Tout d’abord, le pays qui sollicite une aide au titre de cette initiative doit mener docilement, en général pendant 3 ans, des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire, et avoir obtenu des résultats dans l’application de cette stratégie pendant au moins un an.

À la fin de ces 3 années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allègement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %.
Troisième temps, si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allègements de la part des États créanciers et des banques privées, et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période est déterminée par la mise en œuvre satisfaisante des réformes clés convenues au point de décision, dans un souci de maintien de la stabilité macroéconomique.

A l’issue, arrive le point d’achèvement. Le reste de allègement est alors fourni, pour permettre au pays de revenir à des critères de soutenabilité (exposés ci-dessus) jugés satisfaisants.
Le coût de cette initiative est estimé à 54 milliards de dollars, soit environ 2,6% de la dette extérieure du Tiers Monde.
Les PPTE sont au nombre de 42 seulement, dont 34 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, la Guyana, le Laos, le Vietnam et Myanmar.
Au 30 septembre 2003, 27 pays ont atteint le point de décision, et seulement 8 sont parvenus au point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin.
est la nouvelle version- appliqués chez nous au moment où il était aux affaires dans les années 80. Tout en ne dédouanant pas à moindre frais les gouvernants actuels et « les réseaux d’élite » prédateurs auxquels certains d’entre eux ont appartenu et appartiennent jusqu’à ce jour, n’est-il pas souhaitable qu’une nouvelle écriture de notre histoire commune se fasse sans falsification aucune et que les responsabilités historiques des acteurs politiques d’hier soient établies de façon que la renaissance du Congo soit fondée sur des données assez « vraies » ?

De toutes les façons, une lecture assez calme du discours de Kengo wa Dondo met à nu « un marionnettisme » auquel nos gouvernants d’hier et d’aujourd’hui participent et pose la question de l’avènement d’une autre classe politique au Congo et/ou du travail en réseau entre les résistants congolais et les mouvements sociaux en gestation au cœur de l’Afrique.

« Le vrai parler » de Kengo wa Dondo

Revenant sur un secret de polichinelle, le Président du Sénat a défendu la thèse selon laquelle, au Congo, tous les indicateurs sont au rouge. Deux ou trois articles rédigés sur ce discours relèvent les critiques pertinentes et les propositions formulées par Kengo wa Dondo à l’endroit du gouvernement et des autres instances dirigeantes du pays. Citons l’article rédigé par Amba Wetshi intitulé « Léon Kengo censuré par la télévision nationale » et publié sur le site de Congoindependant. Pour Amba Wetshi, Kengo interpelle le pouvoir exécutif.

En effet, « sur le plan politique, note Amba Wetshi, le président du Sénat a déploré un « retard notable » perceptible dans la mise en œuvre des recommandations de la Conférence de Goma sur la paix et la sécurité dans les provinces du Kivu. Il a regretté le fait qu’on entend à nouveau résonner « des bruits de bottes et l’on sent l’odeur de la poudre » au Kivu. Sur le plan sécuritaire, il s’est attardé sur la présence des « éleveurs Mbororo » dans la Province Orientale. Depuis plusieurs années, ces « éleveurs » armés, accompagnés de plusieurs milliers de vaches, sillonnent cette région du pays sans rencontrer la moindre présence d’un représentant des pouvoirs publics. » Kengo wa Dondo a aussi parlé du Bans-Congo. « Jetant un regard sur la province du Bas-Congo, l’ancien Premier ministre s’est inquiété du duel à mort auquel se livrent les adeptes de Bundu dia Kongo et les forces publiques « alors qu’il est des moments où le dialogue doit être privilégié à la force et à la violence » et « surtout, si comme vécues ailleurs celles-ci ne pourront qu’exacerber les tensions. » » Pour Amba Wetshi, « c’est une condamnation implicite des opérations policières menées actuelles au Bas-Congo en vue de « rétablir l’autorité de l’Etat ». Le président du Sénat qui fait l’éloge du dialogue se démarque ainsi de l’option musclée arrêtée par Joseph Kabila et les « faucons » de son entourage. Il se démarque également de son collègue de l’Assemblée nationale qui a adressé une « mise en garde sévère et une vigoureuse interpellation » au député Ne Muanda Nsemi « pour qu’il cesse d’encourager toutes ses actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
qui troublent la paix. » Opposé à ce genre d’envolée lyrique, Kengo estime qu’« ouvrir les bras vaut mieux que montrer les poings ». » Kengo wa Dondo n’est pas resté insensible aux abus dont l’appareil judiciaire fait les frais. « Survolant la situation dans les autres provinces, Kengo n’a pas manqué de relever au passage « l’insécurité et l’abus de droit » qui y règnent. « L’ordre public s’en trouve partout troublé, a-t-il fait remarquer. L’Autorité de l’Etat ébranlée. » Pour lui, le mieux à faire est d’aider les pouvoirs publics à corriger les « imperfections ». Au plan institutionnel, « Léon », qui a décidément engagé le pari du « parler vrai », est revenu sur le mouvement opéré par le chef de l’Etat notamment au sein de l’appareil judiciaire « alors que certains projets et propositions de lois ont été votés, d’autres sont en cours de l’être. » Aux termes de plusieurs ordonnances présidentielles, des hauts magistrats ont été nommés, permutés ou mis à la retraite sur proposition du ministre de la Justice. Celui-ci s’est arrogé une prérogative constitutionnelle réservée au Conseil supérieur de la magistrature. « Cette mise en place s’est assurément effectuée sur base d’anciennes lois, sans tenir compte de la Constitution, de l’esprit et de la lettre des réformes », a-t-il relevé. « Ces nominations sont-elles provisoires ou définitives ? », s’est-il interrogé avant d’ajouter : « Les réformes ne se résument pas aux remplacements des anciens par des nouveaux animateurs, mais doivent au travers des textes législatifs et réglementaires montrer la volonté déterminante du changement. » »

Le journal Le Potentiel paru ce lundi (17 mars 2008) à Kinshasa semble partager le point de vue selon lequel Léon Kengo aurait décidé d’engager « le pari du »parler vrai«  ». Dans un article intitulé « Léon Kengo : »Personne n’a le droit de lutter contre l’ordre établi« , Le Potentiel estime que dans un »discours direct, sans faux-fuyants, Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, n’est pas allé par le dos de la cuillère pour marquer de façon remarquable cette rentrée parlementaire du mois de mars."

Sans nier la pertinence de ce diagnostic kengiste et du souci du Président du Sénat de réformer les institutions actuelles de l’intérieur, le discours de Kengo a des limites internes sérieuses et pourrait être dangereux pour notre devenir commun. Explicitons.

Kengo avalise « le cinéma de Goma »

Bien que reconnaissant que « hormis la nomination du Coordinateur, le Comité de suivi institué par l’Ordonnance du Président de la République tarde à se mettre en place, et cause ainsi un retard notable à la mise en application des recommandations de la Conférence », Kengo exprime « sa gratitude à la Communauté Internationale et aux pays amis qui ont soutenu la tenue de ces assises ». Il affirme que ces derniers devraient être satisfaits et fiers, eu égard à la pertinence des recommandations de ces assises.

Aucune allusion n’est faite ni à la conférence parallèle tenue par la société civile à Kinshasa ni à celle tenu par les bubolais « dans la rue » (en marge du « cinéma de Goma »).

Or contrairement au « cinéma de Goma », les deux autres conférences parallèles sont allées tout droit au but. Fustigeant la thèse d’une guerre interethnique soutenue par Goma, elles ont établi le lien entre le pillage des matières premières et le soutien offert aux forces négatives par les gouvernants de Kinshasa, du Rwanda et les multinationales.

Ceux qui fréquentent le site de Beni-Lubero peuvent encore y lire un article très bien rédigé sur ces questions et intitulé « La guerre du coltan et des haricots ». Ils peuvent aussi y lire un autre intitulé « Le consulat américain à pied d’œuvre au Nord-Kivu ». Ce dernier article note que « l’administrateur civil du Nord-Kivu ce n’est ni le gouverneur, ni l’assemblée provinciale, ni les administrateurs du territoire, mais le consul américain. L’administrateur militaire n’est autre que le CNDP de Nkunda. Cette situation date de la conférence de Goma qui a jeté les bases du statut spécial du Kivu. » Les preuves existent. « Plusieurs membres du gouvernement provincial ainsi que certains de l’Assemblée provinciale affirment sous couvert de l’anonymat que le consulat américain leur a volé la vedette. (…) Il n’y a que la parole du consul américain qui compte. C’est lui et lui seul qui est en mesure de faire revenir Nkunda ou les autres groupes sur la table. L’Abbé Malu Malu nommé coordinateur national du Programme Amani n’est qu’une grosse mascarade du projet machiavélique sur le Kivu. (…) D’après les Maï Maï qui ont participé à la rencontre du début de cette semaine, le consul américain est le boss du Nord-Kivu. Malu Malu n’est qu’un énième paravent qui vient compléter la série des Wamba dia Wamba, Onusumba, etc. » Cet article indique que « quand les rebelles de Nkunda avaient ouvert leur feu, ils avaient attaqué les FARDC et épargné les FDLR. Chaque fois que les FARDC capitulent pour faire la paix, Nkunda fait resurgir les FDLR avec l’accusation qu’ils sont armés par Kinshasa. Ce jeu de ping-pong avec les FDLR démontre bien que les FDLR ainsi que certains groupes Maï Maï sont une pure création de Nkunda et ses alliés internationaux pour maintenir le Kivu en état de guerre jusqu’à la capitulation du peuple congolais. Le fait de devoir passer par ce long contour pour faire aboutir leur projet démontre combien la guerre du Kivu n’a pas de fondement au Congo. Elle est une création extérieure au Congo, imposée au Congo, etc. »

Le Président du Sénat congolais semble donner raison aux Bubolais quand ils estiment que « la hiérarchie congolaise ainsi que les politiciens congolais sont plus préoccupés par leurs intérêts égoïstes que de mettre à nu ce mensonge criant sur lequel repose la guerre au Kivu. »

En effet, s’il y a des FDLR créés par Nkunda, il y en a aussi qui ont bénéficié de l’appui du gouvernement congolais. Cet appui n’a pas été clairement fustigé par « le cinéma de Goma ». La rencontre de dimanche à Goma (16 mars 2008) entre les généraux Kayembe et James Kabarebe a jeté plus de lumière sur le jeu auquel le Rwanda et le Congo se sont adonnés en sacrifiant mensongèrement des millions de vies humaines.

La rencontre convoquée à la demande du Rwanda sur les questions sécuritaires a abouti à un double engagement : « En ce qui nous concerne nous FARDC, (a confié le général Kayembe à la radio Okapi) nous sommes engagés à ne pas appuyer les FDLR. En ce qui concerne le Rwanda, il s’est engagé à ne pas appuyer le groupe de Laurent Nkunda. »En avalisant « le cinéma de Goma », un jour avant la rencontre de Goma, « Léon » reconduit un mensonge entretenu par « les puissances d’argent », les voisins « aux longues dents » et « leurs collabos » au pouvoir à Kinshasa.

A ce point nommé, certaines questions non abordées par Kengo wa Dondo méritent d’être posées : « Comment un pouvoir appuyant les forces négatives dressées contre les populations civiles et pillant les ressources du sol et du sous-sol sur son (prétendu) territoire peut-il se reformer de l’intérieur ? Le mouvement que ce pouvoir effectue au niveau de l’appareil judiciaire n’aurait-il pas pour finalité de couvrir ses multiples trahisons et sa mauvaise foi ? Les crises multiformes que connaît le pays ne seraient-elles pas à mettre au passif Passif Partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (capitaux propres apportés par les associés, provisions pour risques et charges, dettes). d’un »Etat manqué« ou plutôt d’un »conglomérat d’aventuriers« , membres des réseaux maffieux organisés contre les intérêts des populations congolaises ? »

Pour nous, il n’y a aucun doute que c’est tout cela à la fois. Le sort d’un pareil « conglomérat » serait d’être mis hors d’état d’agir politiquement au nom des populations congolaises. Telle est la conclusion politique que le Président du Sénat devrait tirer de son discours. Il n’y ait malheureusement pas arrivé. Pourquoi ? A cause du « marionnettisme » ambiant ; de son implication dans un système téléguidé (de l’extérieur) du suicide collectif au Congo.

Kengo et les Institutions Financières Internationales

Traitant de l’engagement du gouvernement congolais sur la voie du redressement économique, Kengo wa Dondo pense que « le gouvernement doit arriver à améliorer le niveau des recettes et à redimensionner le train de vie de l’Etat, en veillant à une bonne adéquation entre les moyens et les besoins. » Pour lui, « cela passe par la mise en place d’une politique fiscale qui sauvegarde non seulement le pouvoir d’achat de la population, les intérêts des opérateurs économiques mais qui permette également aux pouvoirs publics de disposer des ressources nécessaires pour l’exécution de leurs programmes. » En fidèle client des IFI, « Léon » affirme que « la priorité doit être la reprise du programme d’ajustement (structurel) avec les institutions de Bretton Woods. » Il sait que « le dossier de la République Démocratique du Congo pourra être soumis au Conseil d’administration du Fonds Monétaire International FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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pour : premièrement, bénéficier de l’annulation d’au moins 9 milliards de dollars de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure si l’ont atteint le point d’achèvement de l’Initiative PPTE. Deuxièmement, les décaissements de 4 milliards de dollars américains promis lors de la réunion du Groupe consultatif sur la République Démocratique du Congo tenue à Paris à la fin du mois de novembre. »

Ce « discours savant » est une bombe pour nos populations. Il est incohérent. Il n’est pas possible, d’une part, de sauvegarder le pouvoir d’achat des populations et, d’autre part, de reprendre les programmes d’ajustement structurel avec les institutions de Bretton Woods.

Pour rappel, le FMI et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
sont les instruments de l’impérialisme néolibéral triomphant. « Les gagnants et les défenseurs de ce système sont convaincus que le salut des peuples d’Afrique passe par la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale. D’où la mission du Fonds monétaire internationale (FMI) et la Banque mondiale : depuis plus de deux décennies dans le cas de la plupart des pays africains, ils infligent des souffrances indicibles à des populations qui n’ont pas demandé à être converties et, même si elles le voulaient, n’auraient ni les moyens, ni la liberté d’embrasser la religion dominante : l’argent. » (A. TRAORE, Le viol de l’imaginaire, Paris, Fayard, 2002, p.19)

Quand « Léon » recommande la poursuite du programme d’ajustement structurel, il fait fi du fait que « l’ajustement structurel est au corps social ce que le virus du sida est au corps humain : il fragilise par les réformes économiques inopportunes, à tel point que les défaillances qu’il aurait dû être en mesure de gérer prennent des dimensions dramatiques, d’autant plus que les solutions prônées sont externes. » (Ibidem, p.44) En effet, « le processus de transformation de l’Afrique par l’ajustement structurel consiste à créer la rareté et à déprécier le travail- qui devient lui-même rare-, de telle sorte que la société ne parvient plus à assurer à ses membres les biens et services dont la production et la circulation garantissent la cohésion du groupe. » (Ibidem, p.44-45) Léon Kengo en sait quelque chose. Les crises multiformes qu’il fustige sont les conséquences actuelles des programmes d’ajustement structurel imposé au Congo (Zaïre) vers les années 80 quand il était aux affaires. Dans son discours, il a manqué de poser un acte de courage politique digne de ce nom : la remise en cause de l’initiative PPTE. Pourquoi ? Cette initiative est la nouvelle dénomination des PAS. Il aurait rejoint Victor Nzuzi et les autres mouvements sociaux congolais et africains luttant contre la reconduction de la dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Pour Sack, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte. Une dette contractée par un régime autoritaire doit, selon Sack, être remboursée si elle sert les intérêts de la population. Un changement de régime n’est pas de nature à remettre en cause l’obligation pour le nouveau régime de payer les dettes du gouvernement précédent sauf s’il s’agit de dettes odieuses.

Traité juridique et financier par A.-N. SACK, ancien professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Petrograd.

Depuis cette définition « conservatrice », d’autres juristes et mouvement sociaux comme le CADTM ont élargi la définition de la dette odieuse en prenant notamment en compte la nature du régime emprunteur et la consultation ou nom des parlements nationaux dans l’approbation ou l’octroi du prêt.

Citons notamment la définition de la dette odieuse utilisée par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, qui s’appuie à la fois sur la doctrine de Sack mais aussi sur les Traités internationaux et les principes généraux du droit international :

Une dette odieuse est soit
1) une dette qui a été contractée en violation des principes démocratiques (ce qui comprend l’assentiment, la participation, la transparence et la responsabilité) et a été employée contre les plus hauts intérêts de la population de l’État débiteur alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède." soit
2) une dette qui a pour conséquence de dénier les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède"
.
du Sud.

En effet, « tandis que les organisations non gouvernementales du Sud comme du Nord réclament l’annulation pure et simple de la dette extérieure du Tiers-Monde – qui justifie le désengagement de l’Etat, la privatisation des services et la paupérisation en masse-, l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), lancée en 1996 au sommet G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. à Lyon, est le dernier mécanisme conçu par la communauté des créanciers à l’intention des Etats surendettés en vue de parachever leur conversion rapide à l’économie du marché. Elle consiste en des rééchelonnements successifs de la dette pour les pays ayant réalisé de façon durable de »bonnes performances« selon les critères des IFI. » (Ibidem, p.46) Politiquement, cette initiative a des répercussions gravissimes sur le fonctionnement des institutions. « Puisqu’elle prévoit que le FMI et la Banque mondiale décident de l’éligibilité d’un pays, elle tend à institutionnaliser l’ingérence politique, les Etats concernés se trouvant pris en tenailles entre une demande sociale forte et l’exigence de réduction des dépenses publiques pour répondre aux recommandations des créanciers. » (Ibidem) En d’autres termes, il est quasi-impossible de se conformer à l’initiative PPTE et d’assurer une éducation, des soins de santé et des emplois de qualité à ses populations.

Aussi, dans la lutte pour réaliser « les bonnes performances », « les sociétés civiles (…) sont totalement écartés des processus de décision et n’ont aucun moyen de se faire entendre de leurs dirigeants. Ces derniers se verront récompensés pour bonne conduite par les institutions de Bretton Woods et disposeront alors de fonds et d’une marge de manœuvre élargie s’ils souhaitent, comme c’est souvent le cas, se maintenir au pouvoir. » (Ibidem, p.46-47) Dans les pays qui réussissent encore à organiser les mascarades électorales, le Parlement sert d’appendice à la réalisation de « bonnes performances ». Et la boucle est bouclée. « Ainsi, tout en ne jurant que par la démocratie, les droits de l’homme et le renforcement de la société civile, les nations riches et les IFI fonctionnent de telle sorte que les chefs d’Etat (et leurs collabos) ne se sentent pas redevables envers leurs peuples. » (Ibidem, p.47)

Donc, tout en faisant un bilan négatif de l’an 1 du gouvernement actuel et de Joseph Kabila, Léon Kengo les invite à s’engager davantage sur la voie choisie par Gizenga dans son programme de gouvernement : la voie de l’endettement lourd et du néolibéralisme suicidaire pour nos populations. Par son discours, Léon Kengo agresse et piège notre imaginaire politique.

Pour une nouvelle écriture de notre histoire

Cette relecture du discours du Président du Sénat participe d’un désir ardent et idéaliste de relire notre histoire immédiate pendant que certains de ses acteurs majeurs sont encore en vie. En effet, de leur vivant, certains de ces acteurs tentent, tant soit peu, d’effacer l’histoire réelle où leur rôle dans la mutilation de notre pays est de plus en plus sous-estimé. Une bonne partie de la dette odieuse que Léon Kengo somme le gouvernement actuel de payer a été contractée, avec son accord implicite ou explicite, par M. Mobutu auprès des IFI. « Léon » sait que cette dette est odieuse parce qu’elle n’a pas servi les intérêts de nos populations. N’aurait-il pas fait amende honorable en sortant des chemins battus des IFI et en s’engageant aux côtés des mouvements sociaux congolais luttant pour l’annulation de cette dette odieuse au lieu de jouer le jeu des « bailleurs de fonds » décidés à utiliser la dette comme « arme de destruction massive » de l’humanité de nos populations et de notre solidarité agissante ? Et nous qui applaudissions à l’écoute du discours du Président du Sénat Congolais, connaissons-nous encore notre histoire et ses acteurs de premier plan ?

Il serait simpliste que les actuels gouvernants se dédouanent à moindre frais en accusant « l’homme de la rigueur » d’avoir contribué à creuser le gouffre sans fond où nos populations se retrouvent aujourd’hui.

A quelques exceptions près, tous les gouvernants actuels sont soit des mobutistes, des« Kengo Boys » ou des kabilistes.

Si la part des mobutistes et des « Kengo Boys » dans la descente de notre pays en enfer n’est pas négligeable, celle des kabilistes ne l’est pas non plus. Ces derniers ont participé à des « réseaux d’élite » prédateurs. Un petit résumé du rapport Kassem tel que rédigé par Damien Millet est très éloquent à ce sujet. « En octobre 2002, le Groupe d’experts de l’ONU sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesse de la RDC, dirigé par l’Egyptien Mahmoud Kassem, a remis son rapport. Il révèle que ces pillages sont le fait de »réseaux d’élite« , résultant de l’association de groupes criminels avec des élites politiques et militaires congolaises, ougandaises, rwandaises et zimbabwéennes. Le rapport recommande des sanctions envers 54 notables majoritairement africains (notamment hommes d’affaires, des militaires de haut grade et des ministres) et 85 multinationales, dont des banques (comme Fortis ou Barclays) et des compagnies minières (comme De Beers ou Anglo-American), mises en cause pour violation des règles éthiques. La collusion est évidente. Le rapport n’épingle pas que des responsables africains, lucide quant aux implications occidentales : »Le rôle des entreprises et des particuliers qui ravitaillent les armes et pillent les ressources doit faire l’objet de mesures de restriction. Ces activités illégales sont d’une très grande envergure internationale et multinationale." [1]
Et ce rapport ainsi que celui de Lutundula l’ayant suivi n’ont jamais vu le début de l’application des mesures restrictives à l’endroit de tous les réseaux d’élite maffieux de la prédation.

Donc, nous nous retrouvons dans un contexte où une simple critique de l’action des gouvernants actuels devient insuffisante pour comprendre « la multiplication immorale des fléaux » dont nos populations souffrent dans « leur attentisme ».

Une nouvelle écriture de l’histoire nous impose de ne pas perdre de vue le fonctionnement du système « marionnettiste ». De Mobutu à Joseph Kabila, de « la guerre froide » où Mobutu fut l’un des maillons importants de la chaîne des supplétifs américains à « la guerre d’agression » où les Kabila ont servi de « pantins » aux agresseurs du Congo, « le marionnettisme » a fonctionné à plein régime.

Il est essentiel que dans nos élans d’auto-flagellation, nous ne perdions pas de vue que « le marionnettiste est bien plus responsable que la marionnette, même si cette dernière a la possibilité de prendre quelques initiatives. Le marionnettiste pilote le système économique capitaliste depuis le Nord et dirige la marionnette noire des classes dominantes africaines dans son propre intérêt » (Ibidem) ou en garantissant « des commissions » à la marionnette.

Le discours du Président du Sénat enfonce le Congo dans « le marionnettisme » et son corollaire d’attentisme populaire. Les recettes qu’il propose ne peuvent pas aider les Congolais à détricoter ce système. Une nécessité se fait de plus en plus sentir : recomposer le paysage politique congolais avec de nouveaux acteurs politiques, reconvertir les progressistes des réseaux d’élite d’hier et d’aujourd’hui en responsables politiques et lutter aux côtés des mouvements sociaux résistants au « marionnettisme ».

Tel est l’un des enjeux majeurs auxquels les résistants congolais doivent faire face. A court, moyen et long terme. Il leur appartient d’initier une nouvelle écriture de l’histoire congolaise tout en cherchant à protéger notre mémoire collective des falsifications des « marionnettes » d’hier et d’aujourd’hui.

Une petite conclusion

Evaluer la portée du discours du Président du Sénat congolais aurait entres autre exigé que l’on connaisse les tenants et les aboutissants de la conférence de Goma, des conférences parallèles de Butembo et de Kinshasa. Que l’on sache plus ou moins comment fonctionnent les IFI et ce que signifie « l’initiative PPTE ». Ceci demande que l’on s’adonne à l’étude et à une lecture assidue de la marche historique de ces IFI. Une bonne connaissance des acteurs politiques majeurs de notre pays paraît aussi indispensable.

Un beau discours critique peut être une bombe pour nos populations. La beauté de sa forme peut cacher un fond suicidaire pour les générations actuelles et futures. Le Congo politique a besoin des fouineurs, des veilleurs-protecteurs de notre mémoire collective. Mais aussi des empêcheurs de penser en rond. (à suivre)



Notes

[1D. MILLET, La multiplication immorale des fléaux. L’Afrique mutilée, dans www.cadtm.org du 17 mars 2008