Sauvetage de la Grèce ? Ou sauvetage des spéculateurs ?

14 mars 2012 par Olivier Chantry

En effet, les créanciers et le gouvernement grec ont mis en place un montage complexe : les créanciers privés échangent leurs titres grecs contre de nouveaux titres d’une valeur inférieure. Ainsi, pour une obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
échangée d’un montant initial de 100 euros, les créanciers vont recevoir un nouveau titre d’une valeur de 46,5 euros. Les créanciers privés troquent des titres qu’ils avaient rachetés sur le marché secondaire à moins de 40 euros, contre des nouveaux garantis par la Troika et reçoivent immédiatement l’équivalent de 15 % de ces dettes en argent frais |1|.

Mais les banques ne sont pas seulement gagnantes à travers cet échange. Elles sont surtout protégées du défaut de paiement de la Grèce tant annoncé. Dans ce cas, les banques auraient été obligées de déclarer dans leur bilan les titres grecs à leur valeur de marché. Jusqu’à présent et dans le respect des normes de comptabilisation et d’évaluation des instruments financiers Instruments financiers Les instruments financiers sont les titres financiers et les contrats financiers.
Les titres financiers sont :
• les titres de capital émis par les sociétés par actions (actions, parts, certificats d’investissement, etc.),
• les titres de créance, à l’exclusion des effets de commerce et des bons de caisse (obligations et titres assimilés),
• les parts ou actions d’organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM).
Les contrats financiers, également dénommés « instruments financiers à terme », sont les contrats à terme sur taux d’intérêt, les contrats d’échange (swaps), les contrats à terme sur toutes marchandises et denrées, les contrats d’options d’achat ou de vente d’instruments financiers et tous les autres instruments de marché à terme.
en vigueur dans l’UE |2| les banques peuvent déclarer ces titres de dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
à leur valeur d’émission. Avec des bilans remplis d’actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
financiers spéculatifs qui se déprécient, les banques ont trouvé une parade comptable en spéculant à la baisse sur les titres de dette. L’objectif principal a été de pouvoir acheter à moins de 40 euros des bons de dette qu’elles déclarent à 100 euros dans leur bilan. Elles ont gonflé ainsi en toute légalité leur bilan. Au passage elles ont racheté des dettes dont le rendement est passé à plus de 20% (pour 100 euros investis, les intérêts perçus sont de plus de 20 euros par an). Enfin, grâce aux marchés de dérivés Dérivés
Dérivé
Dérivé de crédit : Produit financier dont le sous-jacent est une créance* ou un titre représentatif d’une créance (obligation). Le but du dérivé de crédit est de transférer les risques relatifs au crédit, sans transférer l’actif lui-même, dans un but de couverture. Une des formes les plus courantes de dérivé de crédit est le Credit Default Swap.
financiers elles ont pu parier sur la baisse des prix de ces dettes et ainsi générer des profits supérieurs ou équivalents aux pertes possibles qu’elles ont pu avoir dans ce jeux d’achat-revente à la baisse sur le marché secondaire des titres de dette. Après avoir spéculé jusqu’en 2010 tant et plus sur le marché de dettes grecques (voir le graphique suivant) les banques ont alors arrêté leurs transactions et amplifié ce jeu sur les marchés secondaires des dettes des autres pays, classés à risque par les agences de notations.

Dans le cas d’un défaut de paiement la valeur des dettes grecques sur le marché secondaire aurait été voisine de 0 euros et non plus les 20 ou 30 euros actuels. Pire encore, les banques n’auraient plus eu la possibilité de déclarer ces dettes à leur valeur d’émission ! Pour ce faire, jusqu’à présent, il leur suffit de prétendre vouloir conserver les titres de dette jusqu’à échéance. Or, comme la norme IAS 39 le spécifie, pour que les actifs financiers soit considérés comme des « placements détenus jusqu’à leur échéance » il faut bien sur qu’ils soient « remboursables ». Et en cas de défaut incontrôlé, c’est bien toutes les dettes grecques qui seraient alors considérées comme non remboursables. Les banques et autres investisseurs financiers qui ont joué avec la Grèce risquaient de tout perdre. Il était donc logique qu’ils consentent à dégonfler un peu leur bilan. Mais rappelons qu’ils n’ont, au final, pas perdu un centime. Bien au contraire, ils ont gagné en échangeant des titres à 46,5 euros qu’ils avaient achetés moins de 40 euros. C’est donc le peuple grec qui paie le prix. Ainsi, pour 107 milliards de réduction, la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. octroie un nouveau prêt de 130 milliards à la condition que le montant soit utilisé pour payer la dette, soutenir les banques et plonger dans la pauvreté la population... Les banques et autres spéculateurs ont été sauvés ! Pour l’instant...