Semaine mondiale d’action contre la dette et les Institutions financières internationales (IFI)

Communiqué de presse de la CAD-Mali

27 novembre 2018 par CAD Mali


À l’occasion de la Semaine mondiale d’action contre la dette et les Institutions financières internationales (IFIs), célébrée chaque année au mois d’octobre, elle s’articule autour d’analyses, d’appels et de revendications sur la problématique de dette et le rôle des politiques des institutions financières internationales. L’objectif de cette semaine est d’informer et de sensibiliser les populations, medias du Mali et d’ailleurs sur les effets pervers des politiques de développement des Institutions financières internationales (IFI) la Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI) ainsi que leurs conséquences désastreuses sur le développement de nos pays.

Les crises socio-économiques, financières, climatiques et terroristes sans précédent ne sont que la conséquence des politiques antisociales développées par ces institutions pour perpétuer l’exploitation et la domination des pays du Sud par ceux du Nord. La Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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sont les instruments d’application de ces politiques.

Le rythme de surendettement du Mali est inquiétant puisqu’il pourrait aboutir à une crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
dans les prochaines années. Le taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
des emprunts contractés par notre gouvernement est plus élevé et le recouvrement des recettes publiques est bien inférieur. L’encours de la dette intérieure au Mali au 31 mars 2018 est de 971 395 564 846 francs CFA. Celui de la dette extérieure à la même date (créanciers bilatéraux et multilatéraux) est de 2 237 224 000 francs CFA [1]. Donc, on a un stock de dette dépassant le budget d’Etat pour l’exercice 2019. Pire, la Société de gestion et d’intermédiation (SGI) CGF Bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). , basée dans la capitale sénégalaise Dakar, a annoncé le 17 avril 2018, que le pourcentage de la dette malienne par rapport à son PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
en fin 2017 était de 93%, ration dépassant le seuil fixé par l’UEMOA qui est de 70% [2].

Pour éviter une crise profonde de la Dette et prendre le chemin d’une véritable politique endogène de développement, nous exigeons de la part des gouvernements du Nord et du Sud ainsi que des Institutions Financières Internationales :

  1. Le refus systématique de la promotion « des Banques de l’Ombre » par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale dans les Pays du Sud, stratégie visant à réorganiser les marchés financiers Marchés financiers
    Marché financier
    Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
    des pays appauvris pour mieux attirer les investisseurs mondiaux, une idée profondément troublante qui menace en réalité tout progrès en matière des Objectifs de Développement Durable ;
  2. Démocratiser le fonctionnement des IFI afin de garantir une représentativité équitable et équilibrée des pays en développement : il s’agit d’abandonner le système de vote censitaire selon le principe « 1 dollar = une voix » qui assure la domination des pays riches, Etats Unis en tête, sur les IFI ;
  3. Amener les administrateurs des IFI à rendre compte devant les parlements des pays qu’ils représentent ;
  4. Redéfinir la place et le rôle des IFI dans la gouvernance mondiale en les rattachant à l’ONU : cette subordination des IFI à l’ONU est logique car les IFI sont des organisations spécialisées, et doivent donc avoir des compétences limitées, alors que l’ONU est une organisation universelle, ayant pour référence la déclaration universelle des droits de l’homme ;
  5. Des audits parlementaires ouverts, transparents et participatifs en collaboration totale avec les mouvements sociaux ;
  6. L’Abolition immédiate et totale des dettes illégitimes sans conditions externes imposées avec comme objectif de permettre à nos pays d’assumer leurs responsabilités en matière de respect des droits humains ;
  7. L’Arrêt de la privatisation des services publics, de l’emploi et des ressources publiques au profit du privé ;
  8. L’Arrêt de la promotion de projets néfastes pour l’environnement tels que la construction d’immenses barrages et l’exploitation nocive de gisement de pétrole, de gaz, de charbon et d’autres énergies polluantes ;
  9. L’arrêt du programme Doing Business de la Banque Mondiale qui ne s’appuie que sur le registre de la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
    Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
    au détriment des critères sociaux et environnementaux ;
  10. L’Appui au financement des Plans Nationaux d’Adaptation aux Changements Climatiques des Pays du Sud afin de diminuer les effets des Changements Climatiques sur leurs économies déjà affaiblies.

Fait à Bamako le 30 octobre 2018

Le Secrétariat National de la CAD-Mali


CAD-Mali Récépissé n°0656 // Tél./Fax : 20 24 01 34 //BP 2521 Djélibougou Rue : 326 Porte : 26
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Notes

[1Direction Générale de la Dette publique malienne