Afrique de l’Ouest : Séminaire d’Abidjan

Séminaire sur l’audit de la dette : déclaration finale

5 janvier 2008 par CADTM , FNDP


Le Forum National sur la dette et la pauvreté de Côte d’Ivoire (FNDP), en partenariat avec le réseau international du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde), a organisé un séminaire régional de l’Afrique de l’Ouest autour de la problématique de la dette intitulé : « l’Audit citoyen de la dette ».

Cette rencontre d’échanges d’informations, d’expériences et de stratégies, a regroupé du 19 au 22 décembre 2007 des représentants des organisations de la société civile et acteurs du mouvement social oeuvrant pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et contre les politiques néolibérales imposées par les institutions financières internationales, notamment la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI) et l’organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
(OMC).

Les participants à ce séminaire venant du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Mali, de la Mauritanie, de la Rébublique Démocratique du Congo, du Sénégal et du Togo, ainsi que de la Belgique et de la France observent avec espérance et ferme conviction l’appréhension, voire l’appropriation par les organisations de la société civile de l’Afrique de l’Ouest, du phénomène d’endettement des pays de la région, qui constitue à la fois un fléau et un obstacle au développement social, économique et culturel de nos pays.

Les participants, après des réflexions, débats et analyses sur

— l’environnement économique mondial et la dette,

— l’incidence de la dette publique sur le processus de développement et la souveraineté des Etats,

Constatent : que la dette continue à accentuer la pauvreté et à spolier les peuples de l’Afrique en particulier et du Tiers Monde en général de leurs droits humains fondamentaux.

Constatent : que les règles inéquitables du commerce international, en particulier les accords de partenariat économiques (APE) loin de profiter aux populations conduisent à leur appauvrissement.

Constatent : le déficit d’information des citoyens sur le niveau d’endettement de leurs pays, pendant que leurs gouvernements respectifs sont engagés dans des négociations ou des programmes de remise de dettes de type PPTE PPTE
Pays pauvres très endettés
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en plusieurs étapes particulièrement exigeantes et complexes.

Tout d’abord, le pays doit mener pendant trois ans des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement structurel. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire. À la fin de ces trois années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %. Si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allégements de son service de la dette et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période varie entre un et trois ans, selon la vitesse de mise en œuvre des réformes clés convenues au point de décision. À l’issue, arrive le point d’achèvement. L’allégement de la dette devient alors acquis pour le pays.

Le coût de cette initiative est estimé par le FMI en 2019 à 76,2 milliards de dollars, soit environ 2,54 % de la dette extérieure publique du Tiers Monde actuelle. Les PPTE sont au nombre de 39 seulement, dont 33 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter l’Afghanistan, la Bolivie, le Guyana, Haïti, le Honduras et le Nicaragua. Au 31 mars 2006, 29 pays avaient atteint le point de décision, et seulement 18 étaient parvenus au point d’achèvement. Au 30 juin 2020, 36 pays ont atteint le point d’achèvement. La Somalie a atteint le point de décision en 2020. L’Érythrée et le Soudan n’ont pas encore atteint le point de décision.

Alors qu’elle devait régler définitivement le problème de la dette de ces 39 pays, cette initiative a tourné au fiasco : leur dette extérieure publique est passée de 126 à 133 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,5 % entre 1996 et 2003.

Devant ce constat, le sommet du G8 de 2005 a décidé un allégement supplémentaire, appelée IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale), concernant une partie de la dette multilatérale des pays parvenus au point de décision, c’est-à-dire des pays ayant soumis leur économie aux volontés des créanciers. Les 43,3 milliards de dollars annulés via l’IADM pèsent bien peu au regard de la dette extérieure publique de 209,8 milliards de dollars ces 39 pays au 31 décembre 2018.
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Considérant l’ampleur des luttes du mouvement social mondial, considérant les actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
d’audits citoyens ou publics menés à travers le monde, entre autres en Equateur, aux Philippines, au Mali, et en République Démocratique du Congo, convaincus que ces audits sont réalisés dans les seuls intérêts des populations des pays du Sud et du Nord,

S’engagent : dans une stratégie globale de refus de la domination dont l’audit citoyen de la dette constitue un outil approprié, afin d’assurer le développement social, économique et culturel des pays, en s’appuyant sur leurs richesses naturelles.

Les participants, pour plus d’efficacité et d’efficience dans leurs interventions contre le phénomène de la dette et pour assurer une synergie sous régionale entre les organisations de la société civile ouest africaine, dans le cadre des mouvements sociaux, conviennent de se mettre en réseau pour toute la problématique de la dette et pour la mise en œuvre de l’audit citoyen des pays de la sous région.

Le réseau favorisera l’amplification et la dynamique dans la mobilisation des organisations de la société civile ouest africaine. Il favorisera l’interpellation des représentants publics en vue d’obtenir leur collaboration dans la mise en œuvre de cet audit. Il permettra d’assurer une meilleure prise en compte des préoccupations des populations de nos pays dans le respect de l’ordre constitutionnel et du droit international.

Un autre monde est possible
Une autre Afrique est possible
Une autre Afrique de l’Ouest est possible

Abidjan, le 22 décembre 2007

Pour le FNDP-Cote d’Ivoire : Mme KONE Solange (1er vice président)

Pour le CADD-Bénin : Mme ATCHAKA Emilie (présidente)

Pour CERIDA-Guinée : SYLLA Sekou Mohamed (président)

Pour le CAD-Mali : DIABATE Bassidy (représentant)

Pour le CS/ASCM-Mauritanie : IBRAHIMA Ba (représentant)

Pour la NAD-UNIKIN-RDCongo : DANI NDOMBELE (Délégué Afrique centrale)

Pour APROFES-Sénégal : BABACAR Ngom (représentant)

Pour ATTAC- Togo : ABI Samir (représentant)

Pour le CADTM-Belgique : Myriam BOURGY (représentante)

Pour le CADTM-France : Claude QUEMAR (président)




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