Sénégal
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14 septembre 2004 par Virginie de Romanet
Du 18 au 21 décembre 2003, le CADTM a participé au Forum social sénégalais (FSS) et à l’Université des mouvements sociaux. A l’occasion de ce deuxième événement, organisé au lendemain de la clôture du FSS par le Comité sénégalais pour l’Annulation de la dette, nous avons rencontré Mamadou Diop Castro, secrétaire général adjoint de l’UNSAS (Union nationale des Syndicats autonomes du Sénégal), et lui avons demandé de faire le point sur les quatre principales revendications mises en avant par son organisation - le cours des denrées, le statut des travailleurs journaliers, la retraite à 60 ans dans le privé et la mobilité urbaine et interurbaine -, ainsi que sur sa position sur la question de la dette externe du pays.
Le cours des denrées. La baisse du cours des denrées représente une modalité de hausse du pouvoir d’achat des travailleurs, surtout dans la mesure où la hausse des salaires en 2002 a été engloutie par une disposition du Fonds national des Retraites pour le secteur public : le gouvernement a voulu régler le problème du déficit du Fonds par l’augmentation des cotisations.
Les politiques de libéralisation, de leur côté, ont entraîné une flambée des prix et, à cause d’une situation de monopole de fait ou de concertation entre les opérateurs, la concurrence ne joue pas. Or, l’Etat ne joue pas son rôle pour faire appliquer ces mécanismes de concurrence.
De même, il n’y a pas de politique conséquente d’augmentation de la production locale pour faire face aux besoins. Il est donc nécessaire de renverser la perspective et d’appuyer l’agriculture à l’aide de subventions et d’un plan de modernisation pour augmenter la production, arriver à l’autosuffisance alimentaire et faire baisser les coûts.
Le statut des travailleurs journaliers. Aujourd’hui, 60% des emplois permanents sont occupés par des travailleurs journaliers. Il n’est pas rare de rencontrer des journaliers ayant de 10 à 25 ans d’ancienneté. Il y a donc une réelle nécessité d’assainir ce secteur. La stabilisation des emplois représente un facteur essentiel de lutte contre la pauvreté et s’inscrit dans la perspective d’accorder à chacun un travail décent, de renforcer la sécurité sociale pour la prise en charge des journaliers. Nous revendiquons donc l’engagement permanent de la plupart des journaliers et la possibilité pour les autres de s’affilier à des caisses de prévoyance sociale. Nous estimons que la compétitivité des entreprises ne doit pas signifier une dégradation de la qualité de vie.
La retraite à 60 ans dans le privé. Il s’agit d’abord de mettre à égalité les salariés du privé avec ceux du public, étant donné que cette mesure est déjà acceptée pour le secteur public. En Europe, vous cherchez logiquement à travailler moins longtemps, puisque vous avez normalement accès à une pension qui vous permet de vivre. Or, ici, c’est le contraire : le montant des pensions est tellement dérisoire - parfois moins de 10.000 francs CFA par trimestre (18 euros) - que travailler jusqu’à 60 ans au lieu de 55 permet de cotiser 5 ans de plus et donc de contribuer davantage au Fonds des retraites, d’avoir 5 ans de « survie » en plus et de retarder l’engrenage retraite=misère.
La solution définitive réside bien évidemment dans la mise en œuvre d’une véritable politique salariale qui débouche sur des pensions conséquentes.
La mobilité urbaine. Le transport est considéré comme un élément essentiel dans le rendement des travailleurs. On parle, dans le secteur de l’éducation, d’entrant pédagogique. L’Etat perd des milliards à cause des difficultés de circulation, et il en est de même pour le patronat. Nous préconisons le développement du transport public ainsi que l’amélioration du parc automobile, la réhabilitation des routes ainsi qu’un plan de circulation qui rendrait les échanges fluides. Ce n’est que par cette voie que l’on pourra faire respecter les horaires, augmenter la productivité et assurer la libre circulation des personnes et des biens. Il s’agit d’une revendication que les travailleurs partagent avec le patronat.
La dette externe. Par rapport à la dette, nous préconisons d’une part l’abandon des plans d’ajustement structurel et plus d’investissement dans les secteurs sociaux et les services de base, et, d’autre part, l’annulation pure et simple de la dette, qui a déjà été payée de nombreuses fois. Nous revendiquons sa reconversion à des fins de développement. C’est pourquoi les travailleurs restent attentifs à la mise en œuvre du DSRP (Document stratégique de réduction de la pauvreté) dans certains de ces aspects, puisqu’il n’est qu’une forme déguisée de l’ajustement structurel. L’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), en se rapportant à des remises de dettes ou des rééchelonnements, ne s’attaque pas à l’essence du problème.
En ce qui concerne l’annulation de la dette, nous travaillons sur plusieurs aspects. D’une part, nous mettons en avant l’information et participons à des campagnes de dénonciation, d’autre part, via la participation au Forum social africain, nous visons la constitution d’un rapport de forces et la mise sur pied d’une plate-forme revendicatrice en opposition au gouvernement.
Propos recueillis par Virginie de Romanet.