Idées pour faire face au Coronavirus

Série Covid-19 mise à jour (2/4) : Exemples de solidarités en cours

4 mai par CADTM Belgique


Quelques idées pour soutenir les luttes en cours - en particulier les revendications du collectif « la santé en lutte » et des autres premières lignes en ce moment de crise -, renforcer les réseaux d’entraide et aider les personnes le plus démunies.

Ce texte fait partie d’une série de quatre articles. Ceux-ci seront mis à jour suivant l’évolution de la situation. N’hésitez pas à nous envoyer vos éventuelles idées ou remarques à info(at)cadtm.org. Publication originale le 21 mars. Dernière mise à jour : 04 mai.

Les autres articles de la série :

Les effets de la Covid-19 [1] illustrent à quel point le système économique actuel nous rend fragiles. Face aux basculements écologiques en cours, cette nouvelle pandémie mondiale [2] n’est qu’un avertissement. Un avertissement dont il faut nous saisir.

En parallèle de la pandémie (partie 1), une crise financière a démarré [3]. Les détenteurs de capitaux sont en train de négocier avec les gouvernements et les « corps intermédiaires » (dont les syndicats) pour maintenir au maximum les bénéfices qu’ils avaient prévus pour 2020 et, surtout, leur modèle économique. Les contradictions inhérentes au capitalisme sont en train de nous exploser à la figure et la manière dont nous allons réagir à cette expérience va être déterminante pour nos avenirs.

Nous aurions dû stopper la production non essentielle depuis la mi-mars et mettre en place une allocation de quarantaine, sous la forme d’une cotisation de crise.

Cet avenir et le présent que nous sommes en train de traverser ne sont pas vécus de la même manière par tout le monde. Les plus précaires travaillent, malgré le manque criant de moyens, pour permettre le confinement (voire la fuite temporaire) des autres. Nous aurions dû stopper la production non essentielle depuis la semaine dernière (mi-mars) et mettre en place une allocation de quarantaine, sous la forme d’une cotisation de crise (partie 2). Les oublié·e·s sont encore plus soumis·es à l’injonction de disparaître qu’en temps « normal ».

Heureusement, les solidarités et luttes en cours font toute la différence (partie 3), et elles vont déterminer à quoi ressemblera « l’après Coronavirus ». Cette expérience peut être utilisée par le pouvoir en place comme « stratégie du choc » (à l’image de ce que tente l’État français), mais elle est aussi une brèche qui pourrait chambouler nos rapports sociaux et nos rapports au reste du vivant (partie 4).

 Ne plus se prendre pour le centre du monde

La Covid-19 est une des rares pandémies qui touchent l’ensemble des continents, mais c’est depuis que ses conséquences se sont faites sentir en Europe qu’on a commencé à en parler sérieusement, et depuis qu’elle en est l’épicentre qu’on ne parle plus que de cela. Il est normal de se sentir premièrement concerné·e·s par ce qui nous entoure directement, mais ce n’est pas la même chose que de partir du principe que cette réalité est le centre du monde. Comme Aurélien Barrau le rappelle régulièrement, cette vision ethnocentrée ne nous permet pas de comprendre ce monde et nous mène le plus souvent à apporter de mauvaises réponses.

 En parler avec ses proches, ses collègues, informer et prendre des décisions ensemble

On voit que les personnes qui n’ont pas pu comparer leurs ressentis, informations, doutes, décisions, … ont perdu du temps avant de pouvoir adopter un comportement cohérent et compatible pour soi et les autres. Juger comme « irresponsable » les personnes qui ne fonctionneraient pas comme nous ne mène nulle part, par contre lorsque nos choix concernent directement les autres personnes que nous côtoyons (couples, collocations, familles « recomposées »...) il faut alors passer par l’étape de négociation. Et puisque la situation évolue, ainsi que la perception que nous en avons, les étapes de renégociation. En somme : la vie.

Suivre les mesures étatiques sans réfléchir par soi-même n’est pas suffisant.

Nos différences d’appréhension de la situation peuvent provoquer de fortes tensions et rancœurs, créer les conditions de cette comparaison est donc un apprentissage à part entière. Suivre les mesures étatiques sans réfléchir par soi-même n’est pas suffisant. De plus, les gouvernements se comportent généralement envers leurs populations de manière paternaliste : c’est-à-dire en leur disant quoi faire mais en communiquant très mal sur le pourquoi. Ce sont les communications des professionnel·le·s de la santé et des prises d’initiatives autonomes (fermetures, etc.) qui ont pour l’instant fait la différence. Les mesures d’hygiène ne supplantent pas notre besoin d’analyser par nous-mêmes la situation, avec nos libres arbitres, au contraire.

 Vérifier les informations avant de les diffuser et mettre du soin dans nos communications

Il est important de se rappeler qu’Internet est rempli de désinformation et que vérifier une information avant de la propager est le minimum de responsabilité dont nous pouvons faire preuve envers les autres. Lorsqu’on hésite sur une information, on peut entre autres la taper dans un moteur de recherche et voir si le travail de vérification a déjà été fait. Avant d’ajouter du bruit au bruit, on peut se poser deux minutes pour réfléchir à l’utilité réelle de cet ajout. Enfin, rappelons que le fonctionnement des réseaux asociaux se base sur la sélection d’informations qui vont confirmer nos représentations et produisent des biais de confirmation (le fait de prêter plus d’attention à ce qui confirme nos opinions et de discréditer celles qui les contredisent). Écouter certaines personnes en désaccord, total ou partiel, avec nous peut parfois permettre de maintenir notre esprit critique.

 Ne pas ajouter de la panique aux angoisses légitimement présentes

Non seulement cela ne sert strictement à rien (même au milieu d’une tornade), si ce n’est à empirer le problème, mais en plus ce n’est pas bon pour l’immunité ;). Comme on le dit souvent, les catastrophes ce ne sont pas forcément les événements en tant que tels, ce sont surtout les manières dont on y réagit. Au-delà de la panique, cette expérience exerce un puissant pouvoir de fascination sur une partie d’entre nous, notre santé mentale est mise à l’épreuve et nous vivons énormément d’émotions en peu de temps. Celles-ci peuvent se transférer aux autres très facilement. C’est à peu près inévitable, mais le prendre en compte peut nous permettre de mieux le vivre avec les autres. Enfin, rire et vivre ensemble est une des meilleures manières de garder un bon système immunitaire, nous ne sommes pas des machines.

 Constituer des stocks de manière raisonnable

Dans notre région, la plupart des gens n’a plus la culture de réserves (de 2, 3 semaines ou plus) et nous avons été habitué·e·s à une forme d’abondance à flux tendus. Alors que les chaînes d’approvisionnement ne sont actuellement pas menacées, certaines personnes ont été prises d’une panique plus ou moins forte (entre autres alimentée par la peur que d’autres aient peur). Cette panique relative ne réagit pas à une situation de pénurie partielle et temporaire, elle la provoque. La culture de réserves a du sens en amont des crises, surtout pas pendant et de manière précipitée. Si les personnes qui n’en ont pas veulent tout de même en constituer, et c’est légitime, alors le mieux est de le faire progressivement.

Prenons un exemple : ne pas avoir de boite d’analgésiques chez soi (ou considérer ne pas en avoir assez), ne pas en avoir directement besoin et malgré tout se précipiter sur les stocks présents en magasins est inutile (puisqu’il n’y a actuellement pas de problème d’approvisionnement) et particulièrement antisocial (puisque cela a pour seul effet concret d’en priver les personnes qui en ont effectivement besoin). Un mécanisme similaire a eu lieu avec les masques disponibles à la vente, même si de nombreuses solidarités sont en train de corriger le tir. Il serait utile de travailler collectivement sur cette question, puisque des situations similaires se reproduiront, et en pire.

 Soutenir « La santé en lutte » et toutes les premières lignes

Caissières/ers, pompiers, pharmacien·ne·s, garde d’enfants, secteur du nettoyage, production et transformation alimentaires, livreurs/euses, transports publics, éboueurs, cpas … Ces personnes sont actuellement sur-exposées, sous-équipées, surmenées et ceci pour la plupart sans aucune prime ou autre forme de soutien conséquente de la part des pouvoirs publics pour l’instant. « Nous ne voulons pas des remerciements hypocrites, nous voulons des moyens ! ». Si on fait des commandes par Internet, on peut aussi se poser la question, à chaque fois, si cela est vraiment nécessaire et penser aux conditions de travail qui se cachent derrière (Amazon, poste, ...). Leur exprimer notre reconnaissance à chaque fois que nous en avons l’occasion et, surtout, soutenir leurs revendications.

La santé en lutte :
« Le tournant managérial de la gestion hospitalière laisse des équipes soignantes sans supervisions professionnelles aptes à traiter les questions de santé. Heureusement que nous savons encore comment faire notre métier. Pour exemple, les soins à domiciles, laissés sans directives et qui ont eu le professionnalisme de se donner des guidelines propres et concrètes pour la gestion de la pandémie. De plus, la gestion managériale du « juste à temps » laissant les unités avec très peu de stock, ce qui présage des grosses pénuries de matériel. »
Témoignage d’un pompier :
« Nous savons que nous allons tomber malade. Notre combat à nous est de l’être le plus tard possible pour garder le service le plus efficace le plus longtemps possible. J’espère revoir tous mes frères d’armes la garde prochaine. En attendant, je note tout. Toutes les failles, toutes les pénuries ou les pertes de temps. Les services publics ont été pillés. Cela n’est pas acceptable. Les comptes devront être réglés quand cela sera terminé.  »
Médecin généraliste :
« Des gens nous ont apporté de la soupe à la maison médicale. Ça tombe vraiment bien, car on n’a pas trop le temps de penser à nous alimenter sainement. Nous avons également des bénévoles qui scannent et envoient des ordonnances et des certificats, ou appellent nos patients de plus de 80 ans pour voir si tout va bien. »

Si nous sommes confiné·e·s, profitons-en pour harceler les pouvoirs publics jusqu’à ce qu’ils prennent leurs responsabilités et répondent immédiatement à ces revendications. De plus en plus de personnes mettent des banderoles à leurs fenêtres ou prennent d’autres initiatives pour visibiliser ces revendications.

 Faire don de ses masques à particules aux personnels du soin et en fabriquer

Si on en a, et en fabriquer (correctement) pour les autres. Les conseils du SPF Santé sur la confection de masques sont bons à prendre mais malheureusement trop peu sérieux. Des bénévole ont fait une autre synthèse. Les premières estimations montrent que ces bénévoles sont à l’écrasante majorité – plus de 94 % – des femmes (quelle surprise) et en grande partie des personnes précarisées. « Ils causent, elles cousent ». Il a également été « demandé » aux prisonniers de faire des masques. La question de la rémunération de ce travail aurait dû être posée dès le départ de la pandémie, mais les États préfèrent détruire les stocks stratégiques de masques et ensuite se reposer sur le travail gratuit et invisible des personnes qui paient ses impôts. Bas les masques ! Après nous avoir dit qu’en porter ne servait à rien, on va désormais en faire un business de masse et dire que cela nous permet de retourner travailler dans de bonnes conditions sanitaires…

Bénévole :
« Je trouve ça extrêmement rageant que ce soit la meilleure solution trouvée par les gouvernements belges  : recourir à du travail non qualifié, non payé, sans aucun contrôle sanitaire, après avoir rogné le budget de la santé au fil des ans. »

 Organiser la solidarité envers les personnes fragilisées

Personnes âgées et/ou isolées, confinées seules, à mobilité réduite, sans abris, sans papiers, sans patrimoine et sans source de revenu stable, femmes battues, personnes enfermées, toxicomanes, avec handicap mental et/ou physique, locataires de logements exigus et/ou insalubres, …). S’intéresser à leur situation, les appeler régulièrement et les soutenir. Leur demander si quelque-chose peut leur être utile. L’abandon peut faire autant, voire plus, de dégâts que la pandémie elle-même. Les personnes pour qui le « chez soi » peut être pire que l’extérieur. Les personnes qui n’ont pas de « chez soi ». Les questions difficiles des visites dans les maisons de repos (où des enfants envoient des dessins), de l’hébergement de personnes migrantes qui ont besoin de continuer à aller dehors, de l’accompagnement de personnes à troubles mentaux qui ne comprennent pas forcément la situation, etc. en sont des illustrations.

Comme à chaque crise, c’est avant tout le tissu social qui fait le travail et sauve, il faudra s’en souvenir.

Dans l’ensemble de la société, cette manière d’avoir « géré » la situation aura provoqué combien de suicides, de féminicides, de dépressions, d’internements… supplémentaires ? Heureusement, et comme toujours en cas de crises, les travailleuses/eurs sociaux et les personnes solidaires ont maintenu la société debout. La JOC Bruxelles a tout de suite lancé un formulaire de coups de main : constitution et distribution de colis alimentaires « à retirer », matériel sanitaire, garde d’enfants, veille. Des groupes se sont ensuite multipliés sur Internet (Tournai, Namur, Liège, Bruxelles, …) pour organiser cette solidarité. Certain·e·s se sont aussi inspiré·e·s de Naples où un système de paniers à balcons a vu le jour : « Si tu peux, tu mets ; si tu ne peux pas, tu prends ». Des « brigades de solidarité populaire » et d’autodéfense sanitaire se mettent en place. Des ouvertures de bâtiments (comme la « Casa sin papel » à Bruxelles) se font pour soutenir les personnes dans le besoin. La ville de Namur a par exemple organisé un point de chute pour toute demande de soutien pour soi-même ou pour autrui (solidarite[at]ville.namur.be). À Liège, plusieurs services aux personnes alternatifs ont été mis en place, même si c’est largement insuffisant et, souvent, inadéquat. Des demandes concrètes sont faites par les associations et collectifs de terrain, entre autres celles qui soutiennent les personnes sans abri et/ou réfugié·e·s. Sous leur pression, le gouvernement a mis en place (un peu tard) une nième task force chargée d’identifier les personnes qui ne sont pas couvertes par les mesures socio-économiques prises. Comme à chaque crise, c’est avant tout le tissu social qui fait le travail et sauve, il faudra s’en souvenir et reprendre les moyens qu’ils nous ont retiré.

Visibiliser les « invisibles ».

 Visibiliser la situation des personnes enfermées

Dans de nombreux pays, et comme à chaque « crise » vécue au dehors, la situation à l’intérieur des prisons et des centres fermés est tout simplement catastrophique. Les grèves de la faim, émeutes et tentatives de suicide se multiplient. Luttons pour faire lever l’interdiction de visites aux personnes enfermées et pour dépeupler ces cages (voir partie 3). La Belgique est un des pays qui décarcélarise le moins dans ce contexte de pandémie, appuyons les revendications des personnes détenues. À la prison de Lantin, 100 détenus ont été libérés (temporairement) en un mois, et il y reste malgré tout 850 personnes enfermées pour 650 cellules, c’est dire si la surpopulation est la norme dans les prisons belges…

Solidarité 1er mai 2020 (prison de St-Gilles)

 Visibiliser la situation des personnes à la rue

Moins d’une heure après le début des mesures de confinement, la police commençait déjà à disperser des groupes de personnes sans abris et/ou sans papiers - ce qui est un non sens sanitaire - et c’est à nouveau la population qui apporte des réponses à ces situations inacceptables. Pour prendre un seul exemple, la cuisine collective solidaire Zig Zag s’est vue recevoir des amendes hypocrites pour avoir « créé un attroupement » lors de la distribution de repas au parc Maximilien. Les appels à la solidarité de notre gouvernement sonnent bien creux... Nous avons besoin de créer un cadre sécurisé pour que ces soutiens puissent se dérouler dans de bonnes conditions, puisque l’État est incapable de prendre ses responsabilités qu’il arrête au moins de nous mettre ses battons sur le chemin.

Collecti·e·f 8 maars :
« Sortez, seul, à deux, en prenant vos distances et vos précautions, mais sortez et filmez, interrogez ces personnes sur ce qu’il se passe dans la rue, pendant que nous n’y sommes plus. La police ne va pas organiser ses descentes partout. Dans les quartiers susceptibles d’être harcelés, près des parcs et des places publiques, soyons au taquet, laissons les fenêtres ouvertes, sifflons nos voisins quand quelque chose se passe, filmons la police, hurlons-leur tous ensemble d’arrêter. »

 Visibiliser les agressions policières

Le constat qui existait déjà avant la pandémie se confirme et s’accentue : la police agresse beaucoup plus les personnes racisées et précarisées que les autres, cela fait partie de sa fonction institutionnelle et historique. Si la police tue et tabasse à Anderlecht ou dans les Marolles, elle danse avec la population à Uccle ou à Wolluwé st-Lambert. De tristes nouvelles occasions de faire connaître l’existence essentielle de la plateforme PoliceWatch et de la campagne Stop Répression. De manière plus générale, à défaut de mesures adéquates pour lutter contre une pandémie, la répression a été augmentée, alors que – comme le rappelle à juste titre la Ligue des droits humains – il aurait fallu éviter au maximum les contacts et surtout les arrestations et enfermements afin de limiter les risques sanitaires. La journée du 1er mai à Bruxelles illustre à un niveau particulièrement ridicule que l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
policière ne se situe pas dans un registre sanitaire.

 Visibiliser l’impact spécifique de la pandémie sur les femmes

Comme en Chine et en Italie, les violences contre les femmes vont augmenter durant le confinement. Le Collecti·e·f 8 maars et les autres collectifs féministes rappellent le numéro 0800/30/030 et la nécessité de réquisitionner des bâtiments pour en faire des abris facilement accessibles (voir plus bas). Il ne faut pas seulement mettre en place une task force pour répondre à cette montée de violences contre les femmes, il faut débloquer des moyens tout de suite (comme en Australie).

Ensuite, les initiatives de solidarité citées ci-dessus, et de manière plus générale le soin et le soutien, sont majoritairement portés par des femmes. Les hommes avec papiers, en bonne santé et sans stress matériel avons une nouvelle occasion d’apprendre à faire notre part.

Enfin, ce sont des femmes qui composent la majorité du personnel soignant (infirmières, sages-femmes, cuisinières, personnel de nettoyage) et des autres secteurs du soin fortement sollicités dans les périodes de crise (soins aux personnes âgées, dépendantes, enfants, …). En ce qui concerne les aides-ménagères, à 96 % femmes et à 98 % d’origine immigrée pour Bruxelles, elles restent sous-payées, le plus souvent inconsidérées et presque toujours sans égard à leur santé. À la précarité structurelle de leur métier s’ajoute le fait qu’elle travaillent au contact direct de malades, le plus souvent sans protection ni suivi. Les femmes travaillant dans les titres-services font désormais entendre leurs voix.

 Ne pas déserter l’espace public

Ne pas se limiter au numérique en général, et à Internet en particulier (très énergivore et inégalitaire). De nombreux groupes ont affiché ou distribué le visuel ci-dessous (disponible en 7 langues) dans les rues ou dans les bâtiments où ils et elles habitent. Puisque les pouvoirs publics semblent découvrir que tout le monde ne s’informe pas par la télévision ou Internet, d’autres affichages très utiles ont été diffusés.

Sortons. Diverses initiatives individuelles et groupées, cohérentes sanitairement peuvent être prise. C’est le moment de partager quelques blagues, idées, poèmes, revendications sur les murs ou ailleurs. Les graffitis, banderoles, affiches, chants, musique, slogans, jeux, spectacles seul·e ou à plusieurs en rue se multiplient. Préparer vos arguments face à la police qui - même si cela reste actuellement incomparable avec le contexte français funeste - peut profiter de la situation pour imposer des restrictions qui n’ont rien de sanitaires. Il est d’ailleurs triste d’observer qu’il ait fallu attendre un relâchement des mesures gouvernementales (alors que le virus est toujours là) pour que des personnes osent enfin prendre l’initiative de se revoir dans des conditions sanitaires pourtant sûres.

 Mettre en place ou rejoindre un comité d’entraide dans son quartier

Identifier les problèmes rencontrés et se mettre en contact avec d’autres personnes qui le peuvent/veulent (cela peut passer par une application numérique comme Signal, mais pas uniquement). Nous ne sommes pas obligé·e·s de nous limiter aux personnes que nous connaissons ou avec qui nous nous entendons bien, c’est un bon contexte pour aller un peu plus loin.

 Se donner des signes et des moments de réconfort communs

Par exemple, par cette action ou par l’appel à applaudir tous les soirs à 20h le personnel de première ligne, ou encore d’autres échanges par balcons fenêtres, cour, ou des flash mob à l’extérieur avec grande distance (arts martiaux, chants, percussions, …). Des voisin·e·s organisent des « soirées », chacun·e dansant devant chez soi. D’autres organisent des « criées » en mettant une petite boite dans la rue où tout le monde peut déposer des messages, qui seront lus le soir.

Au-delà des applaudissements, le secteur de la santé nous demande de relayer ses justes revendications. Certain·e·s le font avec cette chanson ou encore celle-ci :

 Archiver les vécus de cette période trouble

De superbes initiatives ont été prises pour récolter des témoignages et/ou archiver les vécus de cette période trouble. Citons par exemple Radio Pandémik et Les Confins.

Associations21 a également archivé les différentes cartes blanches publiées dans les médias par le monde associatif.

 Aider les héro·ïne·s qui tentent de faire fermer leur entreprise non essentielle

Les personnes qui font grève pour de meilleures conditions de travail et celles qui font usage de leur droit de retrait (voir partie 3).

 Participer à la construction d’un mouvement populaire de premières lignes

Les premières lignes sont utilisées comme de la chaire à canon par l’État, sans amélioration conséquente des moyens à leur disposition (voir partie 3). Or, c’est sur ces bases-là, des choses essentielles contre les choses fastes, que nous pouvons mener des émancipations à la fois écologiques, féministes, anticoloniales et socialistes au sens révolutionnaire (voir partie 4). Toutes ces émancipations s’entrecroisent en ce point.



Notes

[1Covi = corona virus, d = disease et 19 = 2019. Corona = couronne de petites protéines pointues. Grâce à ses piques, le virus s’accroche aux membranes cellulaires des voies respiratoires et parvient parfois à pénétrer dans la cellule humaine (en brisant une protéine, ACE2, produite par ces membranes) pour y libérer son matériel génétique.

[2Épidémie = propagation d’une maladie infectieuse à un grand nombre de personnes ; Pandémie = propagation qui s’étend à toute la population ; Pandémie mondiale = qui s’étend à tous les continents.