Communiqué de presse

Solidarité avec la résistance du peuple palestinien face aux atrocités commises par l’armée israélienne 

17 janvier 2009 par CADTM


La guerre actuelle menée par l’Etat d’Israël n’est pas une guerre de défense, ni de protection de ses citoyens. Israël est en train de perpétrer un carnage à Gaza :

- Bombardements de la zone la plus densément peuplée au monde (où la moitié des habitants sont des enfants) au moyen d’armes interdites, comme le phosphore blanc, l’uranium appauvri, les bombes à fragmentation ou à haute densité en particules métalliques ;

- Extermination de familles entières brûlées vivantes et enterrées dans les décombres de leurs maisons après que ces bombes interdites aient été larguées par des avions F-16 et des hélicoptères Apache américains ;

- Écoles, cliniques, mosquées, prisons, infrastructures civiles (routes, ponts, universités, immeubles civils) bombardés ;

- Blocus alimentaire et énergétique en plein hiver d’un million et demi de personnes enfermées dans une « souricière » géante ;

- Mitraillage des convois des Nations-Unies, du CICR, des ambulances... jusqu’au meurtre de médecins et de personnels sanitaires.

C’est une tuerie et un massacre qui a officiellement pour cible le Hamas, mais dans un tel contexte, tout palestinien est potentiellement dans la ligne de mire.

Il y a cinq ans déjà, le gouvernement israélien définissait l’ensemble de la Bande de Gaza, femmes et enfants compris, comme « entité hostile  », dont l’éradication devenait légitime. Le carnage actuel permet de dire que ce n’était pas une métaphore, mais un plan d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
. Parler de guerre signifierait un minimum de capacité de contre-attaque de la part des Palestiniens de Gaza. Or, ils n’ont à leur disposition qu’un armement sommaire, dont la capacité de nuisance est limitée. En ce sens, comparer le bombardement massif de Gaza et les roquettes tirées par quelques groupes militants comme le Jihad islamique est dénué de tout fondement. Il n’y a pas de symétrie militaire entre la Palestine et Israël, mais surtout, il n’y a aucune symétrie morale.

Gaza est aujourd’hui à la fois le Guernica de la guerre civile espagnole et le Ghetto de Varsovie. Et alors que les journalistes sont interdits d’accès, Israël accumule les violations massives de droits humains, civils, sociaux, économiques, politiques et culturels. Silence, on tue.

En méprisant la convention de Genève, Israël commet, en effet, des crimes de guerre et contre l’humanité avec l’appui actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
ou le silence complice des gouvernements des grandes puissances :

- L’Union Européenne, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner, vient de renforcer son traité de Coopération avec Israël, dont le Parlement Européen avait pourtant réclamé la suspension.

- L’appui actif et criminel de Washington (que ce soit George W. Bush ou Barack Obama).

- Nous dénonçons l’indécence et l’hypocrisie morale qui consistent à mettre sur un pied d’égalité des roquettes artisanales lancées par le Hamas et le déluge de bombes qui s’abat sur la Palestine en ce moment.
Ces tirs de roquettes ne sont pas, comme veulent nous le faire croire certains diplomates européens, des « provocations que rien ne peut expliquer », mais des ripostes, assez dérisoires, à un embargo sauvage imposé par Israël, depuis un an et demi, au million et demi de résidents de la Bande de Gaza, femmes, enfants, vieillards compris, avec la collaboration criminelle des Etats-Unis mais aussi de l’Europe.
Tout comme l’attaque du Liban en 2006, l’agression israélienne s’inscrit dans la guerre globale permanente et préventive des stratèges néoconservateurs en place à Tel Aviv.

Nous appuyons la résistance palestinienne face aux agressions systématiques dont elle fait l’objet de la part des autorités israéliennes et de leur armée. Nous soutenons fermement le droit du peuple palestinien à un Etat pour vivre en paix sur son territoire.

Une guerre pour s’approprier les richesses naturelles de la Palestine

A l’horreur du crime, s’ajoute l’abject des motivations immédiates : dans moins de deux mois se dérouleront en Israël des élections et les victimes palestiniennes sont aussi des arguments électoraux. Les martyrs de l’attaque israélienne sur Gaza sont l’objet d’une concurrence médiatique entre Ehoud Barak, Tsipi Livni et Ehoud Olmert, à qui sera le plus déterminé dans la brutalité. Le criminel de guerre qui dirige le Parti Travailliste se vante d’avoir gagné quatre points dans les sondages. En plus de ces motivations électoralistes, il faut ajouter des objectifs économiques.
Le long de la côte de Gaza, à quelques encablures seulement, dans les limites de la souveraineté maritime reconnue aux Etats, se trouvent d’immenses gisements de gaz naturel. Depuis des années, ils sont l’objet de négociations entre British Gaz, Israël et l’Autorité Palestinienne bien qu’ils appartiennent au peuple palestinien. Les bénéfices potentiels de leur exploitation sont estimés à plus de 4 milliards de dollars. Ils pourraient également subvenir jusqu’à 10% des besoins énergétiques d’Israël, et ce à moindre coût car, outre la proximité des gisements, les conditions tarifaires auraient été négociées à des conditions avantageuses…
Bien sûr ces négociations sont pour l’instant dans une impasse. Alors que ces gisements de gaz naturel devraient participer à l’amélioration des conditions de vie des Palestiniens, aucune exploitation de ce gaz n’est faite : en lieu et place, la marine israélienne bombarde sans cesse la population civile palestinienne.

Paix et justice avant tout

- Depuis longtemps nous dénonçons les crimes commis par l’Etat d’Israël contre la Palestine et le Liban. Aujourd’hui, plus que jamais, nous joignons notre voix à la clameur mondiale exigeant la fin immédiate de l’agression criminelle de Tsahal contre le peuple palestinien, le retrait de ses troupes, la levée immédiate du blocus inhumain imposé sur un million et demi de personnes, et la liberté de circulation à la frontière égyptienne.

- Après application de ces premières mesures fondamentales, nous réclamons un embargo total et absolu sur les ventes d’armes à l’Etat d’Israël et la mise en place d’un boycott international culturel et économique comme celui décrété par les Nations Unies contre l’état raciste d’Afrique du Sud.

- A l’instar du Venezuela, nous interpellons les nations qui se disent civilisées jusqu’à ce qu’elles expulsent les diplomates israéliens présents sur leur sol et la Communauté Européenne afin qu’elle suspende immédiatement ses accords économiques avec Israël.

- Nous exigeons la mise en place immédiate d’une Commission internationale d’enquête sur les crimes contre l’humanité et de guerre qui sont perpétrés en territoire palestinien. Nous demandons que cela soit assorti du déploiement d’une force capable de procéder à la détention, l’incarcération préventive des militaires, dirigeants politiques et autres acteurs pouvant être poursuivis pour ces faits, en vue de leur jugement par la Cour internationale de justice ou la Cour pénale internationale.

- Pour une paix définitive, œuvrons pour que soit imposé à Israël de démanteler toutes ses colonies en Cisjordanie ainsi que le mur de la Honte, de rendre toutes les terres volées aux Palestiniens en les dédommageant pour les centaines de milliers d’oliviers et d’arbres fruitiers abattus, pour les milliers de fermes et puits d’eau détruits, pour les dommages écologiques infligés à leur environnement.

Le peuple palestinien ne doit rien

- Nous devons apporter toute notre expérience et nos capacités d’analyse pour enquêter et dénoncer les crimes économiques subis par le peuple palestinien depuis des décennies et pour aider à la qualification de dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Pour Sack, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte. Une dette contractée par un régime autoritaire doit, selon Sack, être remboursée si elle sert les intérêts de la population. Un changement de régime n’est pas de nature à remettre en cause l’obligation pour le nouveau régime de payer les dettes du gouvernement précédent sauf s’il s’agit de dettes odieuses.

Traité juridique et financier par A.-N. SACK, ancien professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Petrograd.

Depuis cette définition « conservatrice », d’autres juristes et mouvement sociaux comme le CADTM ont élargi la définition de la dette odieuse en prenant notamment en compte la nature du régime emprunteur et la consultation ou nom des parlements nationaux dans l’approbation ou l’octroi du prêt.

Citons notamment la définition de la dette odieuse utilisée par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, qui s’appuie à la fois sur la doctrine de Sack mais aussi sur les Traités internationaux et les principes généraux du droit international :

Une dette odieuse est soit
1) une dette qui a été contractée en violation des principes démocratiques (ce qui comprend l’assentiment, la participation, la transparence et la responsabilité) et a été employée contre les plus hauts intérêts de la population de l’État débiteur alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède." soit
2) une dette qui a pour conséquence de dénier les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède"
.
, dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
de guerre, dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
, dette historique et dette coloniale, toutes les dettes que certains bailleurs de fonds voudraient récupérer illégitimement.

- Veillons à ce que la Palestine ne paie pas un sou qui pourrait lui être réclamé à titre de dette, si elle n’est pas justifiée.

Le peuple palestinien est créancier net

- Veillons également à ce que l’Etat d’Israël soit considéré comme débiteur des sommes nécessaires pour réparer intégralement les immenses dommages de guerre infligés au peuple palestinien ainsi que la reconstruction de la Palestine à travers un fonds alimenté par le Trésor israélien.

- Faisons entendre haut et fort que les États-Unis devraient participer au financement de ce fonds du fait de leur complicité militaire et criminelle avec Israël : plus de 90% de l’équipement de l’armée israélienne est de technologie ou de fabrication états-unienne. Dans ce mécanisme de réparation, il devra y avoir un volet qui prendra en charge le retour des réfugiés et leur dédommagement. Ce fonds devra être géré par et pour le peuple palestinien.

Mais l’urgence, aujourd’hui, est d’arrêter les massacres.

- Nous appelons toutes les organisations syndicales, tous les partis politiques, mairies, administrations territoriales, entreprises, et citoyens du monde entier à dénoncer l’entreprise criminelle de la 4è armée du monde contre tout un peuple, et à s’engager au côté du peuple palestinien.

Sans justice il n’y aura pas de paix.
Nous sommes tous des palestiniens.



Liste provisoire de signataires des organisations membres du réseau international CADTM : CADTM Belgique, CADTM France, Réseau National Dette et Développement (RNDD-Niger), VAK (Inde), CADTM Pakistan, Cercle d’Auto promotion pour le Développement Durable (CADD/Bénin), ATTAC Togo, CADTM-Suisse, FNDP (Côte d’Ivoire), ROAD (Réseau Ouest Africain pour le Développement), ATTAC-CADTM Maroc, CERIDA (Guinée–Conakry), Plateforme haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA-Haïti), Solidaires-Pointe-Noire (Congo Brazzaville), CADTM Lubumbahsi (AMSEL- RDC), RAID ATTAC Tunisie, CADTM Tunisie, Coalition des Alternatives Africaines Dette et Developpement (CAD-Mali)
APASH Brazzaville (Congo Brazzaville), Red venezolana contra la deuda (Venezuela), Attac Argentine.

Autres signataires :
Other Citizens Against Zionist Aggression (Pakistan), Comité International Education pour la Paix (Massimo de Santi) (Italy), Ligue internationale Femmes pour la Paix et la Liberté (Italy / Gianna Pagani-Wilpf), Corriente Roja ( Angeles Maestro / España), Peter Custers (Chercheur / Netherlands) antimil chez hotmail.com, Forum social autrichien (Leo Gabriel) gabriel.lai chez magnet.at , François Houtart, Réseau pour le Développement Local et l’Autopromotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille (RDL/AFEF), Alliance contre la Pauvreté au Mali (AP/Mali), Proyecto Utopia/Tercer camino (Venezuela), Franck Gaudichaud, Rebelión,
Eduardo Lucita, EDI et Espacio Otro camino para superar la crisis (Argentine), Claudio Katz, EDI (Argentine), Julio Gambina FISyP/Attac (Argentine), Beatriz Rajland, FISyP/Attac (Argentine), Maria-Elena Saludos, Attac (Argentine), Todos por la patria (Paraguay), José Martinez Cruz, coordinateur du Forum Social Mondial à Morelos (Mexique), Tárzia Maria de Medeiros, Marche mondiale des femmes (Brésil), Pedro Urbina, Enrique Gonzales, Gidalsy Jímenez, Pedro Reyes, Alejandro Gónzalez, José Guerrero, Arturo Albarán, Coromoto Hernández, Itzamana Núnez, Karibay Núñez, Miguel Angel Núñez, tous de L’Instituto para la Producción e Investigación de la Agricultura Tropical (IPIAT) (Venezuela), Martin Mantxo, Ekologistak Martxan (Euskal Herria/Pays Basque), Guillermo Parodi, professeur d’université (Paraguay), Detman Mirabal Arismendi, avocat et écrivain (Venezuela),
Jorge Marchini, professeur d’économie à l’Université de Buenos Aires (Argentine), Margarita Aguinaga, Colectivo feminista et CADTM Equateur, Oscar Andino, radio comunitaria Raices (Uruguay)

Traduction(s)