Stoppons le financement du Barrage Gibe 3 en Ethiopie

24 mars 2010 par Eric De Ruest


Un collectif d’ONG internationales composé de la coalition Counter Balance, Les Amis de la Terre, Campana per la riforma della banca mondiale (CRBM), Friends of Lake Turkana, International Rivers et Survival international, a lancé le 23 Mars dernier une pétition contre la construction du barrage Gibe III en Ethiopie.

Gibe III menace les conditions de vie de quelques 500 000 personnes dans le Sud de l’Ethiopie et le Nord du Kenya. Il détruirait également la basse vallée de l’Omo, site préhistorique de renommée mondiale, et l’écosystème du Lac Turkana, tous deux inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Gibe III interrompra la crue naturelle de l’Omo qui dépose le limon fertile sur ses berges. Dans une région où la sécheresse est chronique, le barrage aura des conséquences dévastatrices sur les moyens de subsistance des riverains qui y pratiquent une agriculture de décrue.

La campagne lancée ce mardi demande au gouvernement éthiopien d’interrompre la construction du barrage Gibe III et exhorte les investisseurs internationaux, dont la Banque africaine de développement, la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le gouvernement italien à se retirer du projet.

La compagnie italienne Salini Costruttori contractée pour ce barrage a déjà construit le barrage Gibe II dont une partie s’est effondrée dix jours à peine après sa mise en service en janvier dernier.

La plupart des peuples indigènes qui seront affectés par le barrage ne connaissent rien du projet. Le gouvernement éthiopien qui impose une forte répression sur les organisations indigènes a dissous 41 associations communautaires locales, empêchant ainsi les communautés d’organiser des réunions à propos du barrage. Il projette de céder de grandes parties des territoires indigènes de la vallée de l’Omo à des compagnies et des gouvernements étrangers pour y pratiquer l’agriculture à grande échelle, dont celle d’agrocarburants qui sera irriguée par l’eau du barrage.

« Ce projet a été lancé sans étude d’impact préalable, en violation de la loi éthiopienne. Il viole aussi la Constitution éthiopienne et plusieurs Conventions internationales, notamment sur les droits des populations indigènes. La situation politique dans le pays ne permet pas aux populations de protester, et de toute façon, elles ne sont pas informées ou consultées », a expliqué Anne-Sophie Simpere, des Amis de la Terre, dans un communiqué de presse.

« Ce projet est un désastre annoncé qui viole les lois nationales et internationales. Il ne doit pas être financé par l’argent de l’aide au développement. Les institutions financières internationales doivent refuser catégoriquement de soutenir ce barrage » conclut Caterina Amiccuci, de l’organisation italienne CRBM, membre de Counter Balance.

Le CADTM co-signe cette demande et vous invite à faire entendre votre voix en la signant à votre tour : http://www.stopgibe3.org/pages/petition.php

Pour une analyse approfondie du cas Gibe III, cette page contient cinq études (en anglais) sur le sujet



cadtm.org
Eric De Ruest

est membre du CADTM Belgique et co-auteur avec Renaud Duterme de La dette cachée de l’économie, Les Liens qui Libèrent, 2014.

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