Séminaire international de stratégies des mouvements sociaux

Synthèse du séminaire

12 octobre 2006


Cette synthèse ne se veut ni un catalogue des idées entendues lors du séminaire ni un projet de texte de référence. Tout simplement, nous avons tenté de donner une cohérence à ces idées pour faciliter le débat à cette étape de nos travaux en partant de ce qui a été dit.

 Etat de guerre permanent

Les mouvements sociaux sont aujourd’hui confrontés à une nouvelle étape de l’offensive du système capitaliste dans sa phase néolibérale. Cette période se caractérise avant tout par l’instauration d’un état de guerre globale permanente. Cette guerre prend la forme, pour la majeure partie de l’humanité d’une guerre de recolonisation. Sous couvert de « lutte contre le terrorisme », cet état de guerre vise avant tout au contrôle des ressources naturelles par le pillage des peuples du monde entier. Les projets états-uniens de Grand Moyen Orient ou en Amérique du Sud en sont les aspects les plus visibles. Mais ils ne sauraient cacher les guerres « oubliées » menées sur les continents africain ou asiatique. L’expansion sioniste s’intègre dans cette volonté de mise sous contrôle de la planète entière.

Les mobilisations des mouvements sociaux contre cet état de guerre permanent incluent la définition de nouvelles solidarités internationales avec les peuples qui résistent. La nature de certaines résistances nous interroge, en particulier en fonction des valeurs que nous partageons. C’est un débat que nous devons mener ouvertement.
Mais la violence du système prend d’autres formes que la guerre ouverte contre les « peuples rebelles » au credo néolibéral. La répression des mouvements sociaux, la restriction des droits fondamentaux sont une autre arme pour casser ces mêmes résistances. Les occupations militaires, la mise en place de bases étrangères sont une atteinte ouverte à la souveraineté des populations et à leur volonté d’émancipation de la domination impériale.

Les déplacements forcés de population, les expropriations, autres formes de violence, sont les conséquences de la volonté de marchandiser la terre, l’eau et les autres ressources naturelles. Cet état de guerre s’étend à l’ensemble de la société, les violences deviennent la forme naturelle de l’oppression. Les femmes en sont les premières victimes.
La planète elle-même subit les conséquences de cette fuite en avant du système. La recherche du profit maximal le plus rapide met en danger, par le changement climatique, la pollution... met en crises les équilibres naturels.

Cette violence s’étend également à tous les niveaux de la vie sociale. Le refus de la privatisation des ressources naturelles, au bénéfice des transnationales est assimilé au terrorisme. En remettant en cause la souveraineté des peuples, l’utilisation et le partage de leurs richesses naturelles ou produites, ce sont les bases mêmes de la démocratie que l’on sape. Les dictatures, la corruption se nourrissent de cette situation. Les droits élémentaires sont niés aux victimes que sont les classes productives, travailleurs formels ou informels, petits paysans, etc ... Les populations les plus pauvres se voient encore davantage précarisées, au Nord comme au Sud. Des milliards de personnes se voient privées des biens communs élémentaires que sont l’éducation, la santé, le droit au logement...

L’exigence de la souveraineté alimentaire est une réponse des organisations paysannes, de pêcheurs et de l’ensemble des populations visant à satisfaire leurs besoins en toute autonomie vis-à-vis du marché mondial.

Les populations victimes de ces politiques, des conflits qui y sont liés sont souvent contraintes de fuir leur pays. A l’heure de la libre circulation des capitaux, la défense des droits des migrants, des réfugiés du néolibéralisme et de l’oppression, des femmes qui fuient les mariages forcés ou les mutilations sexuelles est une tâche élémentaire des mouvements sociaux que nous sommes.

Le patriarcat se trouve renforcé par le système économique dominant. Le trafic des enfants, la prostitution sont une preuve supplémentaire de la marchandisation de tous les aspects de la vie. La situation des femmes au travail se voit aussi aggravée, en particulier dans les zones franches où elles représentent la plus grande part d’une main d’œuvre sans droits.

Nos ennemis directs sont clairement identifiés. Le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. tout d’abord, mais aussi la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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qui imposent, via le mécanisme de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, des politiques qui sont les vecteurs de cette recolonisation. La dette permet non seulement d’imposer la privatisation des richesses du monde entier, mais aussi son transfert du Sud vers les classes dominantes majoritairement basées au Nord.

L’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
et les accords bilatéraux aggravent encore cette situation, les APE par exemple. Que ce soit pour l’agriculture, le travail, l’environnement, la propriété intellectuelle, les migrations, la libéralisation des services, un cadre s’impose aux peuples du monde entier. Les Etats eux-mêmes impulsent ou appliquent ces politiques. L’enjeu pour les mouvements sociaux est de permettre la convergence des mobilisations globales contre ces ennemis, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays riches dont les populations subissent les effets de ces mêmes politiques.

Enfin les producteurs que ce soit dans l’économie formelle ou informelle voient leurs droits se restreindre au nom de la compétitivité et de la concurrence. Faire baisser le coût du travail devient une des priorités du capitalisme financier. Que ce soit par les réformes des politiques sociales, la généralisation des zones franches, les délocalisations, les travailleurs se voient soumis eux aussi à la concurrence.

Ce tableau ne doit pas masquer les difficultés que le système connaît pour réaliser ses objectifs. Son projet a connu des échecs significatifs dus aux résistances populaires. La guerre au Liban, le blocage du mécanisme de négociation à L’OMC, la résistance de la jeunesse française contre la précarisation de l’emploi, montrent notamment qu’il est possible de contrecarrer ses plans. Mais notre plus grande victoire est d’avoir détruit l’évidence qu’il n’y aurait pas d’alternative possible. La « pensée unique » a été remise en cause, la légitimité même du système dominant se pose à une échelle de masse.

 L’Assemblée des Mouvements sociaux et ses objectifs

— L’Assemblée s’est développée en lien avec le Forum social mondial, mais elle s’en distingue par le fait d’être un espace ouvert pour construire des agendas communs. Il s’agit d’un groupe de divers mouvements ayant des objectifs régionaux et nationaux spécifiques, mais qui ensemble veulent lutter à l’échelle mondiale contre le capitalisme dans sa phase néolibérale, impérialiste et militaire (guerre globale et permanente), contre le racisme et contre le patriarcat. Il se veut un espace ouvert à tous ceux et toutes celles qui luttent, dans leur diversité.

— En même temps, il veut donner un contenu au « Un autre monde est possible » en proposant des alternatives qui expriment un modèle de développement et de vie commune différent, basé sur les besoins et les aspirations des populations et le respect des ressources naturelles. Quel autre commerce voulons nous ? Quelles relations individuelles et collectives entre les hommes et les femmes ? Entre les peuples ? Nous devons donner un contenu concret à ces questions en partant de la primauté des droits pour tous, des biens communs de l’humanité, en partant des acquis des luttes sociales elles-mêmes. L’Assemblée n’est pas la seule initiative existante et les mouvements concernés ne représentent ni l’ensemble des régions géographiques, ni tous les secteurs de lutte, notamment des premiers intéressés, mais sa réalité constitue un acquis dans la volonté de rassemblement et d’extension.

— La constitution d’acteurs communs est un processus destiné à briser l’isolement des luttes, à accumuler des forces et à créer des articulations. Elle permet l’identification de l’ennemi commun et de préciser les mécanismes multiples de l’exploitation et de la soumission. En effet, l’Assemblée est aussi un espace de débats et d’échanges sur la conjoncture internationale, sur les rapports avec les partis politiques et les gouvernements de gauche, sur le caractère et le dialogue avec les résistances, afin d’arriver, dans le respect des autonomies, à définir des axes de travail communs, des accords, des agendas, des calendriers et des campagnes concertées. Un tel processus se doit de respecter le rythme de la constitution des acteurs collectifs, sous peine de paralyser cette dernière ou de déconcerter les militants de base. Il s’agira aussi de produire un agenda propre, indépendant de celui des institutions du monde capitaliste.

— La méthode de travail s’inscrit nécessairement dans l’esprit de ces orientations, c’est-à-dire dans la clarté des objectifs et la démocratie. Elle est destinée à créer l’espace public de l’Assemblée. A cet effet les propositions suivantes ont été avancées sans figer le processus : constitution d’un groupe de suivi et de facilitation composé des réseaux et organisations qui ont initié ce séminaire et, sans délai précis (en fonction des rythmes) étendu aux régions ou continents.

Le mandat de ce dernier groupe est :
— de s’assurer de la diffusion du rapport de cette réunion en plusieurs langues,
— de préparer le FSM de Nairobi. En particulier quant au contenu du quatrième jour dédié aux campagnes. L’assemblée des mouvements sociaux doit permettre la convergence des campagnes et mouvements et projeter ce que seraient les points politiques fondamentaux à débattre,
— de diffuser le calendrier des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
,
— de créer les outils de communication (site web).

D’autres propositions ont été faites qui restent à approfondir :
— une journée d’action globale, donnant une visibilité à notre projet commun,
— à terme, réfléchir à un document de référence à partir de nos avancées collectives.




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