Togo : Baisse des transferts de fonds des migrants

26 novembre 2012 par Samir Abi


Le dernier rapport de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
sur les transferts de fonds des migrants paru cette semaine révèle, contre toute attente, une hausse toujours plus forte des envois de fonds des migrants vers leur pays d’origine malgré la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. Contrairement à la tendance générale et pour la première fois depuis dix ans, les transferts de fonds des migrants togolais ont connu cette année une légère baisse passant de 337 millions de dollars US à 330 millions de dollars US. Trop tôt encore pour parler de la fin des dix glorieuses années des envois de fonds des migrants togolais, mais une chose reste certaine : la diaspora togolaise reste encore et de loin la première source de financement non génératrice de dette du pays. De 34 millions en l’an 2000, les envois de fonds des Togolais de l’extérieur ont été multipliés par dix ces dernières années avec la forte émigration qu’a connu le pays. Une analyse comparative des transferts de fonds et de l’aide publique au développement fait ressortir que les sommes envoyées chaque année par la diaspora togolaise représentent trois à quatre fois l’aide publique au développement accordée au Togo par les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux.

Le Togo est ainsi devenu en quelques années le troisième pays de la zone UEMOA par l’importance des transferts de fond de ces migrants, après le Sénégal et le Mali, et devant le Bénin et la Côte d’ivoire qui pourtant comptent près de quatre millions de migrants à l’extérieur contre un million cinq cent mille pour le Togo. En considérant le Produit Intérieur Brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
(PIB), les transferts de fonds des migrants togolais représentent 9,4% du PIB cette année, plaçant le Togo en deuxième position dans la zone CEDEAO, après le Liberia qui a connu une hausse record de 1000% des transferts de fonds de ses migrants ces deux dernières années. Ces différentes données viennent remettre à l’ordre du jour de l’agenda national la nécessité d’une meilleure prise en compte de la diaspora togolaise dans les politiques de développement national.

Vers une politique migratoire au Togo

En cette fin de semaine marquée par la clôture du sixième Forum mondial sur la migration et le développement des Nations Unies à l’île Maurice et par le début prochain du Forum social mondial sur la migration au Philippines, il apparaît important de revenir sur la palpitante mobilisation cette année autour des questions de migration au Togo.

2012 a sans nul doute consacré une rupture avec le grand oubli dans lequel était plongée la diaspora togolaise, tant l’année a été dense en actualité sur la situation des Togolais de l’extérieur. En effet, aussi complexe soit-elle, l’histoire togolaise, caractérisée par une forte dictature et de multiples crises socio-politiques depuis le début du processus démocratique il y a vingt ans, a généré de nombreux réfugiés politiques dans la région et hors d’Afrique. Le degré de politisation assez fort de cette diaspora et sa mobilisation continue pour réclamer une justice sociale au Togo est à l’origine de relations souvent tendues entre l’Etat et les Togolais de l’Extérieur. L’opérationnalisation à la fin 2011 d’une Direction des Togolais de l’Extérieur au Ministère des Affaires Étrangères et la mise sur pied d’une Initiative pour le recours aux compétences de la diaspora togolaise au niveau de la primature a permis d’amorcer une nouvelle ère de collaboration. Cependant, la méfiance demeure encore de part et d’autre et affecte une plus grande contribution de la diaspora au pays. Au nombre des éléments traduisant cette méfiance, on peut citer le projet de recensement des Togolais de l’extérieur en attente depuis deux ans, la question de la double nationalité toujours non autorisée et le refus de la participation de la diaspora au processus électoral.

Les études et activités de plaidoyer menées par la société civile en 2012 ont mis en évidence l’incidence de la migration sur le développement économique du pays. Cela a favorisé la prise en compte de la diaspora dans le deuxième document stratégique de réduction de la pauvreté et les plans d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
prioritaires de certains ministères pour les cinq prochaines années. Un autre point non moins important apparu cette année est le plaidoyer autour de la ratification par le Togo de la convention internationale sur la protection des travailleurs migrants et de leur famille, que le Togo hésite encore à ratifier malgré la forte demande d’une meilleure protection sociale pour de nombreux migrants économiques togolais, notamment les travailleuses migrantes togolaises victimes d’exploitation au Nigeria, au Liban et dans les pays du golfe persique. Les diverses recherches menées par la société civile ont réaffirmé la nécessité pour l’Etat togolais d’envisager une réelle politique migratoire pour le pays, assortie d’actions significatives à l’endroit des Togolais de l’extérieur. Une des premières actions recommandées par la société civile et non encore réalisée est la diminution des coûts des transferts de fonds de la diaspora, qui est une des causes selon la Banque mondiale des baisses constatées dans le transfert des fonds des migrants cette année. D’ici que ce vœu de la société civile se réalise, des milliers de familles togolaises pourront toujours compter sur leurs enfants hors des frontières pour faire face à la dure réalité sociale de la vie au Togo.



Samir Abi

ATTAC-CADTM Togo

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