Forum Social Mondial Belém 2009. Dialogue des mouvements sociaux d’Amérique latine avec les présidents Evo Morales, Hugo Chavez, Rafael Correa et Fernando Lugo

Trajectoire et défis vers une intégration alternative

24 mars 2009 par Camille Chalmers


Camarade Président Hugo Chavez Frias
Camarade Président Rafael Correa
Camarade Président Fernando Lugo
Camarade Président Evo Morales Ayma

Nous sommes heureux et honorés de vous apporter un chaleureux salut fraternel au nom de tous les mouvements sociaux anti-systémiques du continent Abya Yala.

Des saluts affectueux des peuples rebelles de la Caraïbe qui ont produit José Martí, Fidel Castro Ruiz, Jean Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, Francisco Caamaño, Ramón E. Betances et Maurice Bishop. Les peuples de la Caraïbe nous enseignent par leur résistance le chemin à suivre pour vaincre et donner vie à des ruptures radicales avec la logique capitaliste du système mondial.

Bonjour camarades

Nous sommes en train de vivre un processus de changement dans le monde et sur notre continent. L’Amérique latine est la seule région du monde où nous passons de la résistance face à la domination du capitalisme transnational néo-libéral à la construction d’alternatives concrètes.

Il est clair que les conquêtes actuelles s’enracinent dans un processus héroïque long et continu de luttes de nos Peuples. Des luttes contre l’invasion des armées européennes et contre le génocide des peuples d’origine. Des luttes contre l’exclavage. Des luttes contre le patriarcat. Des luttes contre le racisme et de nombreuses formes d’exclusion. Des luttes contre les différentes formes de colonialisme. Des luttes contre le néo-colonialisme et les nombreuses formes de domination impérialiste.

Les victoires populaires actuelles naissent d’un large processus d’accumulation des forces dans lequel la résistance et les innovations politiques de l’exemplaire révolution cubaine ont joué et continuent de jouer un rôle clé. Vive Cuba révolutionnaire !

Il est clair que ce processus d’accumulation n’est pas linéaire. Il véhicule des contradictions, des avancées et des reculs, des ambiguïtés, des lacunes, des erreurs, des échecs et des victoires. Mais il véhicule aussi des apprentissages riches de potentialités.

Les changements actuels et la construction de l’énorme vague d’espoirs qui est en train de s’élever, naissent d’un extraordinaire processus d’accumulation des forces. Il est impossible de signaler ici toutes les étapes d’un processus caractérisé par une grande richesse et diversité dans les formes de lutte et dans le processus de construction des sujets historiques revendicatifs qui s’inscrivent dans la contestation de l’ordre dominant. Le cas bolivien est exemplaire avec la lutte permanente des ouvriers, des mineurs, des cocaleros, l’articulation née des convergences dans la lutte de Cochabamba pour le droit à l’eau, la défaite successive de trois gouvernements néo-libéraux vendus et la victoire du MAS en décembre 2006. La récente approbation de la nouvelle Constitution est un pas important pour tous les peuples du continent. Vive la lucidité politique du Peuple de Bolivie !

La contribution des luttes de guérilla des années 1960-1980 fut fondamentale. Nous puisons également notre inspiration dans la révolution de Grenade, la révolution sandiniste et les luttes centro-américaines, spécialement au Salvador et au Guatemala.

Il est important de mentionner l’éveil de nouvelles formes de mobilisation avec la campagne de 1992 que nous appelons « 500 années de résistance indigène, noire et populaire ». Le cri anti-néolibéral des zapatistes le 1er janvier 1994, leur discours novateur et leurs pratiques innovantes autour de la fameuse consigne « commander en obéissant ». Le nouveau processus de mobilisation sociopolitique qui a donné le jour à des organisations très créatives comme le Mouvement des sans terre au Brésil, la CONAIE [1] et les multiples expériences dans quasi tous les pays du continent qui ont rénové les méthodes de lutte et ont introduit de nouvelles façons de faire de la politique en questionnant les paradigmes traditionnels autoritaires. La réalisation des Forums Sociaux (FSM et FSA) ont aussi contribué à consolider une nouvelle culture politique ouvrant des espaces pour la concrétisation de nouveaux processus de solidarité internationaliste.

Nous avons appris des leçons importantes de l’irruption de nouvelles formes d’articulation entre des partis politiques et des mouvements sociaux, dans l’invention de nouvelles formes d’articulation entre des luttes politiques et des cultures populaires, dans la décision affirmée de donner la priorité aux luttes des masses en luttant contre les tendances à la bureaucratisation, en inventant de nouvelles et authentiques formes de pratiques participatives de démocratie populaire. A ce sujet, il nous reste encore un long chemin à parcourir pour démanteler réellement l’Etat bourgeois qui a démontré sa capacité à se reproduire y compris à l’intérieur de nos projets de libération.

La lutte contre l’ALCA [2] a offert un magnifique terrain d’interpellation du système de domination ainsi qu’un terrain pour la construction de l’unité entre les forces progressistes du continent. Elle a permis une convergence inédite qui fut animée d’une intense lutte idéologique avec les propositions alternatives synthétisées par l’Alliance Sociale Continentale (ASC), par les processus de mobilisations articulées lors des Rencontres hémisphériques de La Havane et d’autres forums populaires dans plusieurs régions du continent. Le document « Alternatives pour les Amériques » synthétisé par l’ASC offre un espace merveilleux de réflexion et de propositions d’actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pour sortir de la pensée unique et construire des alternatives concrètes. Depuis le Chili (1998) et Québec (2001), un rapide processus d’accumulation des forces du refus à la domination du capitalisme néo-libéral mondialisé s’est produit. La collaboration de gouvernements progressistes qui ont créé un nouveau nationalisme (à partir de la victoire du projet bolivarien au Venezuela en 1998 et d’autres victoires importantes depuis 2002), a permis de démanteler la peur et l’invincibilité supposée de l’impérialisme. Nous avons vaincu l’ALCA, ce projet monstrueux de recolonisation que nous avons enterré lors du grand sommet des Peuples du continent en novembre 2005 à Mar del Plata (Argentine).

A partir de 1998 avec la victoire d’Hugo Chavez et au cours des années 2000 (Equateur et Bolivie), nous avons enregistré un saut qualitatif avec la rupture de la domination impérialiste sur le jeu électoral et nous avons découvert la capacité de construire de larges fronts politiques anti-néolibéraux qui rompent avec la tradition de collaboration et de soumission d’une partie des forces politiques traditionnelles, avec la domination de l’empire et des oligarchies locales. Ces fronts se sont convertis en forces politiques nouvelles qui ont acquis la capacité d’occuper l’espace politique formel de la bourgeoisie. Ces forces, dans certains cas, essayent de matérialiser des projets sociaux qui rompent avec la domination néo-libérale et modifient les rapports de force au bénéfice des masses exploitées, opprimées, marginalisées.
Il est difficile de caractériser la richesse des processus de ruptures actuelles spécialement en République Bolivarienne, en Bolivie, en Equateur et au Paraguay. Nous signalerons la récupération de la dignité qui a rendu possibles des espaces de construction de nouveaux projets socio-économiques nationaux, le début de la récupération de la souveraineté sur les ressources économiques stratégiques, la récupération de nos territoires dans la lutte contre les bases militaires de l’empire, un début d’inversion dans les processus de privatisation et de pillage, l’émergence (insuffisante jusqu’à présent) d’un nouveau modèle de développement qui ne soit pas basé sur la domination des forces du capital, l’expérimentation de nouvelles formes institutionnelles amplifiant les espaces de participation des classes exploitées et dominées. Les nouvelles Constitutions du Venezuela, d’Equateur et de Bolivie constituent des avancées importantes dans la destruction de l’Etat néo-colonial au service du pillage et la création de nouveaux Etats plurinationaux renforçant l’espace public et le contrôle des appareils de l’Etat par la population. Evidemment, dans ce domaine comme sur d’autres fronts, un long chemin semé d’embûches subsiste dans la tâche de la destruction de la domination de l’Etat bourgeois et de ses multiples formes de violences contre nos Peuples. A bas l’Etat bourgeois !

Il est aussi important de signaler la rupture avec la vision libérale et néo-classique de l’intégration des marchés sous modalité d’une intégration subalterne dans le marché capitaliste mondial. L’émergence de l’ALBA a permis de ressusciter le rêve de Bolivar, d’Artigas, de Jean-Jacques Dessalines et de Che Guevara d’une intégration solidaire avec et à partir des Peuples. Une construction à partir d’en bas et à gauche ! En peu d’années, nous assistons à un merveilleux développement de l’ALBA qui au début regroupait le Venezuela et Cuba puis qui s’est enrichi avec le Traité de Commerce entre les Peuples signé par Cuba, le Venezuela et la Bolivie. Aujourd’hui, l’ALBA comprend six pays : Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Honduras, La Dominique. Non seulement de nouveaux pays s’incorporent mais des accords de tous types vont s’amplifiant entre beaucoup de pays du continent. En peu d’années, l’espace de l’ALBA a réalisé des conquêtes impressionnantes comme la disparition de l’analphabétisme au Venezuela et en Bolivie, la récupération de la vue pour plus d’un million et demi de personnes de 23 pays différents, l’augmentation de projets de formation universitaire. Tout cela ouvre des espaces stratégiques nouveaux de lutte contre la pensée unique et la domination des transnationales sur les moyens de communication. La déclaration de Tintorero des mouvements sociaux et la création du Conseil de ceux-ci dans l’ALBA sont des innovations que nos mouvements doivent s’approprier. La lettre des mouvements sociaux est un pas en avant que nous devons saluer. De ce point de vue, nous soulignons la nécessité d’approfondir la rupture avec les oligarchies et les classes dominantes locales ainsi que la réflexion à avoir sur les perspectives d’application d’une nouvelle matrice énergétique.

Le chemin parcouru se caractérise aussi par une maturité croissante dans l’identification des champs de lutte et le choix des thématiques. Ces thématiques expriment clairement des avancées vers des luttes qui s’attaquent aux structures des systèmes de domination.

L’accent a été mis sur la nécessité d’articuler la lutte contre la domination de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
avec la lutte contre les accords d’annexion, mal nommés de libre commerce, et la lutte contre les processus de militarisation. Et on a pas mal avancé dans cette articulation en ouvrant un espace où il est possible, enfin, de dépasser la dispersion à travers de multiples luttes sectorielles et de générer des espaces de convergences pour agir contre le système de domination dans son ensemble. Néanmoins, de ce point de vue, beaucoup de confusions persistent et une rupture sans ambiguïtés avec les appareils institutionnels de l’empire (FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, BID, CIRDI CIRDI Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a été créé en 1965 au sein de la Banque mondiale, par la Convention de Washington de 1965 instituant un mécanisme d’arbitrage sous les auspices de la Banque mondiale.

Jusqu’en 1996, le CIRDI a fonctionné de manière extrêmement sporadique : 1972 est la date de sa première affaire (la seule de l’année), l’année 1974 suivit avec 4 affaires, et suivirent de nombreuses années creuses sans aucune affaire inscrite (1973, 1975,1979, 1980, 1985, 1988, 1990 et 1991). L’envolée du nombre d’affaires par an depuis 1996 (1997 : 10 affaires par an contre 38 affaires pour 2011) s’explique par l’effet des nombreux accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements (plus connus sous le nom de « TBI ») signés a partir des années 90, et qui représentent 63% de la base du consentement à la compétence du CIRDI de toutes les affaires (voir graphique)). Ce pourcentage s’élève à 78% pour les affaires enregistrées uniquement pour l’année 2011.

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, etc.) nous paraît fondamentale dans l’étape actuelle.

Sur le front de la dette, on a beaucoup avancé en passant de la revendication de la condamnation des dettes impayables à la bannière de l’illégitimité de la dette et à l’introduction d’une vision intégrale attaquant les multiples facettes de la dette dans ses dimensions financières, historiques, sociales et écologiques. La réalisation de l’audit équatorien constitue une victoire pour nos peuples. L’audit annoncé dans d’autres pays et les avancées de l’audit citoyen, sont des éléments clés en ce moment. Rappelons qu’en janvier 2006, le camarade Hugo Chavez, Président de la République bolivarienne du Venezuela, lors d’une édition antérieure de ce type de dialogue que nous réalisons aujourd’hui, défendait aussi la nécessité de lancer des audits des dettes dans tous nos pays. Le camarade Président Evo Morales a parlé en beaucoup d’occasions de la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
et historique ainsi que de la nécessité d’impulser des processus d’audits et de réparations. Le camarade Président Fernando Lugo a lancé également un processus d’audit de la dette au Paraguay. Actuellement, il nous paraît fondamental d’avancer dans la concrétisation de projets stratégiques comme celui de la Banque du Sud et la création d’une monnaie continentale. Nous pourrions évoquer le même changement qualitatif à propos des femmes, des peuples d’origine, des luttes écologiques illustrées ces dernières années par les luttes exemplaires pour l’eau et la défense des biens communs, contre les privatisations, contre les transnationales, l’agrobusiness, les OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
et les agro-combustibles.

Le récent sommet de Salvador de Bahia (décembre 2008) démontre l’immense chemin parcouru vers une Amérique latine unie sans la présence de l’empire et capable de réclamer d’une seule voix la réintégration de Cuba. Les objectifs de l’administration Bush d’isoler Cuba et le Venezuela sont un échec retentissant.

Une des avancées les plus importantes des temps que nous vivons (en partie grâce à la lucidité et à la vision du leadership de Hugo Chavez), c’est l’actualité du débat autour de la construction d’un nouveau socialisme enraciné dans la tradition et la pensée marxiste mais capable de dépasser les erreurs et les graves déficiences des expériences dites du socialisme réel du vingtième siècle en Europe. La construction du socialisme est à l’ordre du jour et est débattue au sein de nos organisations. Cette discussion fleurit en un moment de crise profonde du système capitaliste mondial plongé dans ses contradictions internes et submergé par la sauvagerie et les destructions de la gestion néo-libérale.

Nous avançons. Un long chemin est devant nous avec des luttes difficiles et aiguës parce que l’offensive destructrice du capital transnational contre nos Peuples, contre notre planète, contre des civilisations élaborées par des milliers d’années de sagesse populaire, continue et s’intensifie. Nous devons dépasser la tentation de nous limiter à de simples projets néo-développementistes. La réinvention de nouvelles formes de relation entre gouvernements progressistes et mouvements sociaux est un des éléments clés pour accélérer le processus d’accumulation des forces orientées vers la destruction du système capitaliste et l’édification des sociétés socialistes nouvelles ainsi que d’hommes et de femmes nouveaux.

Vive Cuba ! Vive le Paraguay ! Vive la Bolivie ! Vive l’Equateur ! Vive la République Bolivarienne du Venezuela ! Vive la lutte de tous nos Peuples !

Camarades, la lutte continue. Nous vaincrons !



Camille Chalmers, militant anti-impérialiste et anticapitaliste, est membre de la Coordination internationale de Jubilé Sud, membre fondateur de la COMPA, membre du Conseil exécutif de l’Assemblée des Peuples de la Caraïbe, membre de l’Alliance sociale continentale (ASC). Camille est par ailleurs membre d’autres réseaux et articulations internationales dont le CADTM. Actuellement, il anime un réseau de mouvements sociaux, la PAPDA et il enseigne à l’université d’Etat d’Haïti (UEH)

Traduit par Denise Comanne

Notes

[1Confédération des Nationalités Indigènes d’Equateur

[2Zone de libre échange des Amériques (Area de Libre Cambio de las Américas)

Camille Chalmers

Économiste, professeur, représentant de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), membre du réseau CADTM-AYNA

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