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Pierre Rousset
21 janvier 2005 par Pierre Rousset
Le drame du tsunami a relancé la campagne pour l’annulation de la dette du tiers monde. Après la réunion internationale de Djakarta et celle du Club de Paris, la tenue du Forum social mondial à Porto Alegre, fin janvier, doit aider à poursuivre l’effort en ce domaine aussi.
L’impact politique du tsunami permet de poser de nouveau, en termes concrets et actuels, la question de la dette des pays du tiers monde. Il est très significatif que le Parlement européen ait adopté, le 13 janvier, une résolution demandant « à la Commission et aux États membres de prendre l’initiative, dans les instances tant multilatérales que bilatérales, d’annuler progressivement la dette extérieure de pays en développement et leur demande aussi de poursuivre activement l’objectif que 0,7 % du PNB soit consacré à l’aide au développement à l’étranger ». Cette résolution, adoptée à une très large majorité (473 voix pour, 66 contre et 14 abstentions) n’est pas exempte d’ambiguïtés ; mais elle marque un net progrès par rapport aux documents passés. Pour autant, la bataille pour l’annulation immédiate de la dette extérieure des pays frappés par le tsunami et, plus généralement, du tiers monde, n’est pas gagnée. Diverses organisations ont porté cette exigence solidaire le 12 janvier, devant le ministère des Finances, alors que se réunissait le Club de Paris (qui rassemble dix-neuf pays créanciers, dont la France). Ce club des nantis se contente en effet, pour l’heure, de prudentes propositions de moratoire. Un report des remboursements donc, pendant lequel les intérêts de la dette continueront à s’empiler. Un report qui sera évalué par le Fonds monétaire international (FMI), dont on connaît pourtant les orientations néolibérales désastreuses. Certains gouvernements hésitent à accepter le moratoire. Ils ont peur de perdre en « crédibilité » auprès des investisseurs étrangers, alors même que toutes leurs ressources devraient être consacrées à la reconstruction et à l’aide aux populations sinistrées. Voilà qui en dit long sur la dictature que le système de la dette fait peser sur les peuples du tiers monde ; car ce sont bien eux qui se privent de l’indispensable pour payer les intérêts faramineux d’une dette illégitime aux riches créanciers du Nord. Le système s’alimente lui-même, rendant la dette perpétuelle. Selon l’évaluation du CADTM, les Indonésiens ont déjà remboursé onze fois ce que leur État devait en 1982 ; et l’endettement continue, se renouvelant sans fin, maintenant le pays sous la loi du FMI. « Maintenant plus que jamais, en cette période d’immenses besoins, la demande historique des peuples du Sud pour annuler les dettes extérieures réclamées à leurs pays doit être entendue. » Sur cette exigence, le réseau Jubilée Sud a lancé un appel intitulé « Face à la dette et au désastre : voici un soulagement durable ». « S’il existe un peu de sincérité dans les généreuses expressions de compassion proférées par les gouvernements du Nord envers les peuples du Sud, elle devrait se manifester par des actions concrètes. En plus de la mobilisation des secours d’urgence et de réhabilitation, ce dont nous avons un besoin immédiat, c’est l’annulation de la dette sans condition et dès maintenant. Les gouvernements du Sud ne devraient plus continuer à donner la priorité au service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. extérieure en gaspillant ainsi les ressources publiques. » Une première liste de signatures a été collectée dans l’urgence, pour être présentée à la réunion de Djakarta sur l’aide aux pays frappés par le tsunami. Au 15 janvier, des réseaux internationaux avaient apporté leurs signatures, tels que Jubilée Sud, le Conseil mondial des Églises, le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM), les Amis de la Terre, l’International Rivers Network, Oxfam International, la Marche mondiale des femmes... Il en va de même pour de nombreux réseaux régionaux, des organisations d’Asie, d’Afrique, des Amériques et d’Europe. Mais à cette date, il n’y avait encore que six associations françaises signataires, dont le CADTM, France-Amérique latine (FAL) et Europe solidaire sans frontières (ESSF). L’appel de Jubilée Sud sera distribué à Porto Alegre, au cinquième Forum social mondial. Il est donc encore temps de le faire signer par de nouvelles organisations, notamment françaises.
Par Pierre Rousset
Source : Rouge (http://www.lcr-rouge.org), janvier 2005.