Un an après les inondations au Pakistan, les femmes continuent de se battre pour reconstruire leur vie

5 octobre 2011 par Bushra Khaliq


Il y a un an, au cours des mois de juillet- août, les eaux qui ont ravagé le sud du Pakistan ont mis du temps à se retirer. Bien que les camps de tentes de fortune aient disparu du bord des routes, le retour à une vie normale demeure un défi. Des milliers de personnes sont dans une lutte quotidienne pour subvenir aux besoins de leur famille et retrouver des moyens de subsistance. Alors que la mousson est de retour, le traumatisme et les difficultés économiques persistent. Les victimes de l’an dernier luttent pour se relever et d’autres craignent que les dérèglements climatiques ne causent de nouvelles inondations.

Les dégâts engendrés par les inondations de 2010 sont sans précédent dans l’histoire du Pakistan. Près de 2 000 personnes ont trouvé la mort, une vingtaine de millions ont été touchées ou déplacées et 1/5 du territoire s’est retrouvé sous les eaux. Les pluies diluviennes ont causé une catastrophe jamais vue dans un pays déjà ébranlé par les conséquences de la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis. Un an après, le constat est maussade.

La plupart des réfugiés sont retournés dans leurs foyers, mais on sait peu des conditions misérables dans lesquelles ils vivent et de leur lutte quotidienne contre les terribles conséquences des inondations sur leurs vies et leurs moyens de subsistance. Les femmes sont particulièrement touchées et doivent toujours faire face un an après à de nombreux problèmes. Alors que les maris et les hommes des familles pauvres s’efforcent de trouver un gagne-pain comme travailleurs journaliers, les femmes sont attelées à la reconstruction de leur maison. Dans les petits villages, on voit les femmes faire des travaux de maçonnerie et enduire leurs maisons aux murs de boue à moitié cimentées. Celles qui ont terminé ce travail de reconstruction sont aux champs pour aider leurs maris. Elles ne semblent avoir que très peu de répit et de repos.

Ce qu’elles ont perdu a été remplacé à un prix supérieur ou ne l’a pas été du tout. Beaucoup de filles en âge de se marier ayant perdu leur dot et leurs biens de valeur essaient de la reconstituer afin de pouvoir se marier. Face à ce problème, une nouvelle culture de mariages collectifs, inconnue jusque-là dans ces régions, gagne du terrain. Malheureusement, ce phénomène donne lieu à une augmentation des mariages de très jeunes filles. Cette tradition existait déjà au Pakistan auparavant, mais les circonstances nées des inondations ont renforcé cette tendance. Il faut stopper ce mouvement et le seul moyen de s’attaquer au phénomène est de mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté ciblés sur les femmes. Ainsi, tout projet d’allocation de terres de l’État et de distribution de bétail aux femmes pauvres serait d’une grande aide pour faire face à cette pratique .

Un autre problème généralement négligé concerne la santé des femmes. Pendant les inondations, les femmes enceintes ont pu avoir accès à des soins prénataux et postnataux fournis dans les camps de médecine d’urgence ; la phase de secours d’urgence achevée, ces femmes se sont retrouvées sans soins et exposées à des problèmes de santé reproductive. De plus, l’absence d’une alimentation saine et suffisante confronte les femmes et les enfants à des carences nutritionnelles. Ceux qui ont perdu leur bétail sont de fait privés de lait et d’une source pérenne de moyens de subsistance.

Les indemnisations du gouvernement ont été distribués de manière inégale. Les veuves et les femmes chefs de famille ont souffert de discriminations dans la distribution des cartes Watan (donnant droit à une aide monétaire) et dans les programmes de réhabilitation. Malgré des déclarations ronflantes, après un an le gouvernement n’est pas parvenu à réduire la vulnérabilité croissante des femmes vis-à-vis de la pauvreté, et les promesses de quelque 600 millions de dollars d’aide des bailleurs n’ont pas été tenues. Résultat : des moyens de subsistance restreints qui, couplés à des hausses des prix, ont un effet désastreux sur les familles et les femmes pauvres.

Le mois dernier, je me suis à nouveau rendue à Dera Shahwala, un petit village du district de Muzaffargarh, une des zones les plus touchées du sud du Pendjab. Les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis ma première visite sur le terrain juste après les inondations. Certes, les travaux pour réaménager les routes, les digues et les canaux ont été effectués, mais il reste à résoudre la question des moyens de subsistance. Une des principales sources de revenus pour les femmes pauvres sans terre de cette région est le travail de cueillette du coton. Avec la perte des récoltes, elles n’ont pu trouver d’alternatives. Dans certains cas, les terres ont été recouvertes de sable et ne pourront plus être cultivées, laissant les paysans sans ressources d’une part, et privant les cueilleuses de coton d’une source de revenus d’autre part.

Une des victimes des inondations, Myriam Bibi, se souvient que l’eau a tout balayé sur son passage dans sa maison. Elle vit désormais dans une petite pièce fraîchement reconstruite, tandis que ses enfants ont été envoyés chez des proches. Elle reconstruit sa maison brique par brique avec l’aide de son mari après sa journée de travail. Les travaux progressent lentement, et pour l’instant la maison a des allures de ruines sans toit. « Des proches et des amis nous aident, mais tout le monde n’a pas cette chance. C’est très difficile de reconstruire nos vies », témoigne-t-elle. « Je ne pense pas que ma maison sera terminée avant deux ou trois ans ».

Aysha Bibi, une jeune mère de cinq enfants et épouse d’un travailleur agricole, nous explique que bien que « naturelles », les inondations ont été profondément discriminatoires dans la manière dont elles ont touché les populations. Tou-te-s n’ont pas été affecté-e-s de la même manière. « Nous avons perdu notre foyer et notre unique vache. Nous ne pouvons pas en racheter une. Je ne peux pas donner de lait à mes enfants. Tout l’argent que nous gagnons va à la reconstruction de notre maison ».

Une autre villageoise, Zohra Begum, explique qu’elle et les six autres membres de sa famille sont partis suite aux inondations. « Nous avons un petit lopin de terre où ma fille de 16 ans et moi-même devons travailler dur pour aider mon mari. Nous devons de l’argent à nos proches et nous devons les rembourser. Mes deux enfants qui allaient à l’école doivent maintenant rester à la maison pour surveiller leurs frères et sœurs. Quand nous sommes arrivés ici, il y avait des installations pour nous. Depuis, elles ont été démontées. Désormais, des gens viennent, mais ne font que parler. Ils ne nous viennent plus en aide ».

Des rumeurs d’inondations importantes mettent les habitants à cran. Dans certaines zones proches de l’Indus, les gens passent des nuits sans sommeil. « C’est une torture mentale d’entendre dire qu’il pourrait de nouveau y avoir des inondations à cause des pluies de mousson », confie Parveen, qui se démène pour reconstruire sa maison endommagée.



Traduit par Stéphanie Jacquemont