Un an après ses fausses déclarations, Emmanuel Macron se paye une nouvelle fois la tête des africain·es avec son appel à un New Deal

29 avril par Milan Rivié


Image d’illustration - « President Kagame and President Macron attend VivaTech | Paris, 24 May 2018 » by Paul Kagame is licensed with CC BY-NC-ND 2.0. To view a copy of this license, visit https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/

Presqu’un an jour pour jour après ses fausses déclarations pour « une annulation massive » de la dette africaine [1], le président français, Emmanuel Macron, s’assure un nouveau coup de comm’ en plaidant pour un New Deal sur le continent. L’opération vise avant tout à faire la promotion du sommet des 17 et 18 mai prochain à Paris et tenter de (re)faire de la France un acteur incontournable en Afrique. Ces dernières semaines, l’État français s’est pourtant davantage signalé par sa volonté de faire perdurer la Françafrique que par celle d’une refonte complète de sa politique de coopération.

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 L’annonce d’un « New Deal » pour l’Afrique

En marge d’un déjeuner à l’Élysée (Paris, France) avec le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, Emmanuel Macron s’est adressé à la presse concernant l’impact économique désastreux de la pandémie en Afrique. Faisant état du « ralentissement très fort » des économies africaines, le président français a déclaré : « Nous sommes en train collectivement d’abandonner l’Afrique à des solutions qui datent des années 60. Nous devons absolument inventer pour le 17-18 mai prochain, un New Deal New Deal Le terme New Deal (nouvelle donne) est utilisé pour la première fois, devant la Convention du Parti démocrate à Chicago en juillet 1932. Il désignera l’expérience tentée, dès 1933, par le président Franklin Roosevelt pour mettre fin à la profonde crise économique que les Etats-Unis traversaient depuis 1929. L’expression New Deal recouvre un ensemble de mesures allant de l’aide aux secteurs économiques les plus touchés par la crise jusqu’à des réformes sociales. Dès 1938, une nouvelle récession intervient et marque les limites du New Deal. La relance se fera sous les auspices de la Seconde Guerre mondiale. Roosevelt n’a pas développé un programme cohérent qui serait similaire au programme des Travaillistes britanniques de 1945. du financement de l’Afrique, c’est-à-dire des solutions profondément novatrices, une échelle d’ambition qui corresponde à ce que nous sommes en train de vivre. Sans quoi, nous laisserons le continent africain face à la pauvreté, nous laisserons le continent africain et sa jeunesse face à la réduction de leurs opportunités économiques, à une migration subie et à une expansion du terrorisme » [2].

69 millions d’Africain·es supplémentaires – principalement des femmes – seront poussé·es dans l’extrême pauvreté d’ici la fin 2021

Avec une contraction du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
de 2,1 % en 2020, une chute drastique des flux financiers extérieurs (investissements directs étrangers, aide publique au développement, envois de fonds de la diaspora), la dépréciation Dépréciation Dans un régime de taux de changes flottants, une dépréciation consiste en une diminution de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies due à une contraction de la demande par les marchés de cette monnaie nationale. d’une majorité de devise, une hausse vertigineuse de l’endettement extérieur, une insécurité alimentaire croissante symbole de la vulnérabilité du continent aux facteurs exogènes, et 69 millions d’Africain·es supplémentaires – principalement des femmes – poussé·es dans l’extrême pauvreté [3] d’ici la fin 2021 [4], la situation à laquelle doivent faire face les africain-es est effectivement critique.

 Macron c’est la Françafrique

Avant de plaider pour un « New Deal du financement de l’Afrique », Macron devrait d’abord balayer devant sa porte. Hier comme aujourd’hui, l’État français a une responsabilité majeure dans les trajectoires de développement des pays africains.

En qualité d’ « ancienne » puissance coloniale, l’hexagone a laissé une empreinte quasi-indélébile, tant géographiquement (découpage arbitraire de l’Afrique lors de la conférence de Berlin de 1884), que politiquement (destruction des syndicats et ingérence permanente dans les élections), militairement (accords de défense [5], opération Turquoise au Rwanda, etc.), culturellement (imposition du catholicisme et de la francophonie), qu’économiquement (Franc CFA, accords économiques et commerciaux exclusifs ou préférentiels).

Quoi qu’en dise Macron, l’impérialisme multiforme français perdure encore et toujours sous son mandat. Soft-power ou néocolonialisme, il continue de défendre sous sa présidence ses propres intérêts

Quoi qu’en dise Macron, cet impérialisme multiforme perdure encore et toujours sous son mandat. Soft-power ou néocolonialisme, l’État français continue de défendre sous sa présidence ses propres intérêts. Économiques d’abord, en appuyant les projets écocidaires gaziers et pétroliers de Total au Mozambique et en Ouganda, des concessions portuaires de Bolloré ou encore via le vrai-faux remplacement du Franc CFA. Stratégiques ensuite par son soutien armé à nombre de dictatures [6], ou à son appui aussi continue qu’inefficace à l’opération Barkhane au Sahel [7]. Politiques encore, en accueillant à bras ouvert des chefs d’État fort peu fréquentables, parmi lesquels l’égyptien Al-Sissi en décembre 2020, l’ivoirien Alassane Ouattara en mars ou encore le togolais Faure Gnassingbé en avril 2021. Historiques enfin, en se refusant à délivrer les dossiers classés « secret défense » afin de lever le voile sur les implications françaises dans le génocide des tutsis au Rwanda en 1994 [8] et dans l’affaire de l’assassinat du président burkinabè, Thomas Sankara, en octobre 1987 [9]. « Cerise sur le gâteau », il a été le seul chef d’État européen à se rendre aux funérailles du président tchadien, Idriss Déby, sans jamais critiquer le bilan d’un dictateur en place depuis 1990. Préférant saluer la « perte d’un ami courageux », il a officiellement reconnu le Conseil militaire de transition de son fils Mahamat Déby, en violation totale des dispositions prévues dans la constitution tchadienne.

 Le « New Deal » ou le « Consensus de Wall Street »

Macron a beau appeler à un « New Deal », ses recettes continuent de promouvoir mal-développement et dépendance. En novembre 2020 déjà, il présentait son « Consensus de Paris », basé sur la promotion « d’un partenariat avec les investisseurs mondiaux pour financiariser le développement et privatiser les biens publics » en Afrique, ce que Daniela Gabor et Ndongo Samba Sylla renommeront plus justement « La Doctrine Macron ou le Consensus de Wall Street » [10]. Ce « New Deal », c’est laisser l’Afrique comme dernier maillon d’une chaîne de valeur pilotée par les intérêts financiers. Les investisseurs véreux et autres fonds vautours Fonds vautour
Fonds vautours
Fonds d’investissement qui achètent sur le marché secondaire (la brocante de la dette) des titres de dette de pays qui connaissent des difficultés financières. Ils les obtiennent à un montant très inférieur à leur valeur nominale, en les achetant à d’autres investisseurs qui préfèrent s’en débarrasser à moindre coût, quitte à essuyer une perte, de peur que le pays en question se place en défaut de paiement. Les fonds vautours réclament ensuite le paiement intégral de la dette qu’ils viennent d’acquérir, allant jusqu’à attaquer le pays débiteur devant des tribunaux qui privilégient les intérêts des investisseurs, typiquement les tribunaux américains et britanniques.
en salivent déjà.

Ce « New Deal », c’est laisser l’Afrique comme dernier maillon d’une chaîne de valeur pilotée par les intérêts financiers. Les investisseurs véreux et autres fonds vautours en salivent déjà

Macron devrait avant tout s’en tenir au respect de ses engagements. En portant d’abord l’aide publique au développement à 0,7 % du revenu national brut (RNB), sans conditionnalité et uniquement sous forme de don. À ce jour, c’est à peine 0,4 % du RNB, avec une comptabilisation fort discutable et principalement sous forme de prêts. En la matière, seul le Japon fait moins bien [11]. Mieux encore, en annulant comme promis en avril 2020 [12], les quelques 14 milliards de créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). françaises sur les États africains. Tout en arrêtant de défendre le Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. En 2019, les membres du Club de Paris détiennent plus de 10 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
, cartel de créanciers aussi illégitime qu’inefficace. Ou enfin en plaidant au sein de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, institutions où la France dispose d’un poids important, l’annulation pure et simple de leurs créances. En Belgique, une telle résolution parlementaire est en cours de discussion [13], preuve qu’il est possible de faire bouger les lignes. Sans cela, Macron promeut effectivement « des solutions qui datent des années 60 ».

 (Re)faire de la France un acteur incontournable en Afrique

Derrière l’annonce d’un « New Deal », Macron souhaite surtout faire la promotion du sommet sur le financement des économies africaines qui se tiendra à Paris les 17 et 18 mai prochain. Toujours plus bousculé par les nouvelles puissances impérialistes, au premier rang desquelles se trouvent la Chine, les pays du Golfe et les BRICS, Macron tente une nouvelle fois de rendre incontournable l’État français dans les affaires africaines.

Tout changer pour que rien ne change, voilà l’agenda de Macron pour l’Afrique. S’il souhaite réellement instaurer un « New Deal » à la Roosevelt, qu’il le fasse au sein de ses propres frontières

Également à l’agenda de ce sommet, le Soudan. 25 après le lancement de l’initiative pays pauvres très endetté (I-PPTE PPTE
Pays pauvres très endettés
(En anglais : HIPC).
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en 4 étapes particulièrement exigeantes et complexes.
Tout d’abord, le pays qui sollicite une aide au titre de cette initiative doit mener docilement, en général pendant 3 ans, des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire, et avoir obtenu des résultats dans l’application de cette stratégie pendant au moins un an.

À la fin de ces 3 années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allègement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %.
Troisième temps, si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allègements de la part des États créanciers et des banques privées, et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période est déterminée par la mise en œuvre satisfaisante des réformes clés convenues au point de décision, dans un souci de maintien de la stabilité macroéconomique.

A l’issue, arrive le point d’achèvement. Le reste de allègement est alors fourni, pour permettre au pays de revenir à des critères de soutenabilité (exposés ci-dessus) jugés satisfaisants.
Le coût de cette initiative est estimé à 54 milliards de dollars, soit environ 2,6% de la dette extérieure du Tiers Monde.
Les PPTE sont au nombre de 42 seulement, dont 34 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, la Guyana, le Laos, le Vietnam et Myanmar.
Au 30 septembre 2003, 27 pays ont atteint le point de décision, et seulement 8 sont parvenus au point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin.
), le Soudan devrait finalement voir sa dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
bilatérale être annulée dans le cadre des conditionnalités imposées par le trio Banque mondiale/FMI/Club de Paris [14]. Pour Macron, c’est l’occasion rêvée de faire passer cette annulation comme un acte généreux. Mais il n’en est rien [15]. D’un côté, la France refuse de reconnaître le caractère odieux de la dette du pays, pourtant contractée contre l’intérêt des populations par des dictateurs successifs (Gaafar Nimeiry – 1969-85, Omar el-Béchir – 1989-2019). De l’autre, la BNP Paribas, toujours très proche de l’État français, a été condamnée à une amende de 6,6 milliards d’euros pour avoir violé l’embargo étasunien et financé la guerre au Darfour [16]. Et depuis la révolution populaire ayant conduit à la chute d’Omar el-Béchir en avril 2019, l’hexagone lorgne sur les opportunités d’investissements dans les secteurs pétrolier et aurifère du pays. Une nouvelle opportunité pour la France de convertir ses créances odieuses en investissements dans le cadre d’un contrat dit de désendettement et de développement (C2D) ?

Tout changer pour que rien ne change, voilà l’agenda de Macron pour l’Afrique. S’il souhaite réellement instaurer un « New Deal » à la Roosevelt, qu’il le fasse au sein de ses propres frontières. Dans un pays où la pauvreté et les inégalités ne font que s’accroître, nul doute que nombre de français·es se réjouirait à l’idée d’une reprise de contrôle sur le secteur bancaire en séparant les banques de dépôt Banques de dépôt
Banque de dépôt
Banque de dépôt ou banque commerciale : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.
des banques d’investissement Banques d’investissement
Banque d’investissement
Société financière dont l’activité consiste à effectuer trois types d’opérations : du conseil (notamment en fusion-acquisition), de la gestion de haut de bilan pour le compte d’entreprises (augmentations de capital, introductions en bourse, émissions d’emprunts obligataires) et des placements sur les marchés avec des prises de risque souvent excessives et mal contrôlées. Une banque d’affaires ne collecte pas de fonds auprès du public, mais se finance en empruntant aux banques ou sur les marchés financiers.
, ou en taxant bien davantage le capital et les plus riches comme viennent de le proposer de façon surprenante (mais non désintéressée) le FMI et Joe Biden aux États-Unis.




Notes

[1Milan Rivié, « Effet d’annonce, mensonge et omission sur les dettes africaines, Macron mise sur le Club de Paris », CADTM, 1er juillet 2020. Disponible à : https://www.cadtm.org/Effet-d-annonce-mensonge-et-omission-sur-les-dettes-africaines-Macron-mise-sur

[2« Déclaration conjointe du Président Emmanuel Macron et de Félix Tshisekedi Tshilombo, Président de la République démocratique du Congo », Élysée, 27 avril 2021. Disponible à : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2021/04/27/declaration-conjointe-du-president-emmanuel-macron-et-de-felix-tshisekedi-tshilombo-president-de-la-republique-democratique-du-congo

[3Selon les dernières données disponibles, 40,2 % de la population d’Afrique subsaharienne vit dans l’extrême pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1,90 $US par jour. Il va sans dire que l’indicateur de 1,90$US/jour défini par la Banque mondiale est hautement discutable. Voir notamment Éric Toussaint, Milan Rivié, « Le fardeau insupportable de la dette pour les peuples d’Afrique subsaharienne », CADTM, 5 mars 2021. Disponible à : https://www.cadtm.org/Le-fardeau-insupportable-de-la-dette-pour-les-peuples-d-Afrique-subsaharienne

[4Toutes les données de ce paragraphe sont extraites du rapport « Perspectives économiques de l’Afrique 2021 », de la Banque africaine de développement. Disponible à : https://www.afdb.org/fr/documents-publications/perspectives-economiques-en-afrique

[5Voir Saïd Bouamama, « L’œuvre négative du néocolonialisme français et européen en Afrique : Les Accords de défense : de la Garnison à la Projection », 15 août 2018. Disponible à : https://bouamamas.wordpress.com/2018/08/15/lœuvre-negative-du-neocolonialisme-francais-et-europeen-en-afrique-les-accords-de-defense-de-la-garnison-a-la-projection/#more-413

[6Survie, « Coopération militaire et policière en Françafrique, De l’héritage colonial au partenariat public-privé, mars 2018 ». Disponible à : https://survie.org/publications/brochures/article/cooperation-militaire-et-policiere-en-francafrique

[7Rémi Carayol, « Barkhane, une opération dans l’impasse », Mediapart, 15 février 2021. Disponible à : https://www.mediapart.fr/journal/international/150221/barkhane-une-operation-dans-l-impasse

[8Survie, « Rwanda - Décryptage du rapport Duclert : une analyse superficielle qui exonère à tort l’État français », 27 mars 2021. Disponible à : https://survie.org/themes/genocide-des-tutsis-au-rwanda/la-france-et-le-genocide-des-tutsis/article/decryptage-du-rapport-duclert-une-analyse-superficielle-qui-exonere-a-tort-l

[9Réseau international justice pour Sankara justice pour l’Afrique, « Affaire Sankara et compagnons. Le procès vite ! … Blaise Compaoré doit être extradé et la France doit coopérer ! », thomassankara.net, 14 avril 2021. Disponible à : https://www.thomassankara.net/affaire-sankara-proces-vite-blaise-compaore-etre-extrade-france-cooperer-communique-de-presse/

[10Daniela Gabor, « Ndongo Samba Sylla, La doctrine Macron en Afrique : une bombe à retardement budgétaire », Le Grand Continent, 24 décembre 2020. Disponible à : https://legrandcontinent.eu/fr/2020/12/24/la-doctrine-macron-en-afrique-une-bombe-a-retardement-budgetaire/

[11OCDE, “Covid-19 spending helped to lift foreign aid to an all-time high in 2020”, 13 avril 2021 https://www.oecd.org/dac/financing-sustainable-development/development-finance-data/ODA-2020-detailed-summary.pdf

[12Op. cit. note de bas de page n°1.

[13Voir « Belgique : Proposition de résolution relative à l’annulation des dettes des pays en développement », 19 mars 2021. Disponible à : https://www.cadtm.org/Video-Belgique-Proposition-de-resolution-relative-a-l-annulation-des-dettes-des et Renaud Vivien, Aurore Guieu, Anaïs Carton, Femmy Thewissen, Leïla Oulhaj, « La Belgique à l’avant-garde d’une annulation de dettes en temps de pandémie ? », Le Soir, 4 mars 2021. Disponible à : https://plus.lesoir.be/358918/article/2021-03-04/la-belgique-lavant-garde-dune-annulation-de-dettes-en-temps-de-pandemie

[14Voir « Club de Paris - Comment sont restructurées les dettes souveraines et pourquoi une alternative est nécessaire », PFDD, mars 2020. Disponible à : https://dette-developpement.org/IMG/pdf/club_de_paris.pdf

[15Milan Rivié, « Somalie, Soudan : le FMI conditionnera l’annulation d’une dette impayable par une thérapie de choc néolibérale », CADTM, 23 décembre 2019. Disponible à : https://www.cadtm.org/Somalie-Soudan-le-FMI-conditionnera-l-annulation-d-une-dette-impayable-par-une

[16Voir le documentaire de Thomas Lafarge et Xavier Harel, « Dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne », France 3 production, 2018. Disponible gratuitement sur internet en quelques clics

Milan Rivié

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Twitter : @RivieMilan

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