Un regard féministe sur la criminalisation des mouvements sociaux et de la pauvreté

21 juillet 2009 par Tárzia Medeiros


Les avancées du capitalisme globalisé, particulièrement en Amérique
latine, situe cette région dans l’oeil du cyclone des protestations
sociales et de la convergence de diverses luttes anticapitalistes.
Depuis quelques années, des secteurs du mouvement féministe
anticapitaliste s’additionnent à cette convergence, contribuant ainsi
une analyse féministe transversale dans plusieurs débats et articles.
La confluence de ces résistances populaires a été fondamentale pour
percer le blindage d’un « capitalisme sauvage » qui se définit lui-même
comme sans alternative possible. Comme dit Claudio Katz, « les
travailleurs, les exploités et les opprimés de toute la planète sont les
opposants irréductibles de l’impérialisme du XXI siècle ». Or, les
tentatives successives de criminaliser les mouvements sociaux et la
pauvreté, à partir des appareils de l’État (police, secteurs du pouvoir
judiciaire, etc.) et les grands médias de communications, ainsi que
l’emprisonnement et l’assassinat de militants, nous placent devant la
croisée des chemins. Dans un monde où l’exclusion et la violence sont
toujours plus fortes, où 70% de la population pauvre est de sexe
féminin, le rôle des femmes dans les mouvements anticapitalistes et les
répercussions de la criminalisation dans leurs vies mérite une brève
réflexion.

Femmes contre la privatisation et la destruction des ressources
naturelles

Le concours macabre de la restructuration de la production, la
suspension des droits, l’intervention militaire dans les pays de la
périphérie pays périphériques et l’appropriation des ressources
naturelles sous le patronage du capitalisme patriarcal retombe durement
sur les femmes. C’est pourquoi la lutte contre les « déserts verts »,
contre les transnationales de l’agro-industrie et contre la
privatisation de l’eau ont un visage de femme, parce que ce sont
également elles qui assurent la souveraineté alimentaire par les
activités de subsistance ; ce sont elles qui marchent plusieurs
kilomètres dans la chaleur du sol semi-aride du Nordeste pour chercher
l’eau qu’utiliseront leur famille. L’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
des femmes de Via Campesina
au Brésil, qui ont détruit la substitution aux eucalyptus d’ Aracruz
Celulosa a été un exemple victorieux de ce protagonisme de femmes. La
lutte pour la préservation des forêts et des rivières et fleuves a eu
pour conséquence la condamnation des « brûleuses » de coco et des femmes
des rivages, dont le mode de vie durable, centré sur la pêche et des
activités d’extraction en harmonie avec l’environnement assure leur
survie et celle de notre Amazonie. Dans tous les coins de « Notre
Amérique », que ce soit à Oaxaca ou à Ciudad Juárez, dans les quartiers
de Caracas ou les rues de Quito, on peut remarquer la participation des
femmes et leur détermination à ne pas se soumettre au néocolonialisme
sur notre continent, en dénonçant également les gouvernements
pro-impérialistes latino-américains qui sont complices de ces visées.

La lutte pour la légalisation de l’avortement point de mire de la
criminalisation

Malgré différentes initiatives du mouvement latino-américain et
certaines victoires importantes – comme la décriminalisation de
l’avortement au Mexique jusqu’à la douzième semaine de gestation – nous
subissons une forte offensive de la part de secteurs religieux et
conservateurs qui mettent en pratique les dites « Campagnes pour la vie
 », et exercent de fortes pressions pour que les lois qui criminalisent
l’avortement deviennent encore plus restrictives. C’est ce qui est
arrivé au Nicaragua il y a un peu plus d’un an, lors de l’adoption d’une
loi criminalisantl’avortement thérapeutique ! Ici, au Brésil, les femmes
sont harcelées par les trois pouvoirs de l’État. Le président Lula
continue à faire des compromis avec le Vatican, en envoyant des signaux,
y compris sur l’éventualité d’inscrire l’enseignement religieux aux
programmes d’études. À la fin de 2008, le président du Congrès, le
député Arlindo Chinaglioa (PT/SP) nous a présenté la création d’une
commission d’enquête parlementaire (CPI, le sigle en portugais) de
l’avortement, dont l’objectif est rien de moins que
l’institutionnalisation de la criminalisation des femmes qui défendent
la légalisation de l’avortement et de celles qui sont obligées de le
réaliser. Nous étions également surprises dernièrement par une action
arbitraire du Pouvoir judiciaire de l’État de Mato Grosso do Sul, à la
ville de Campo Grande, qui a cité plus que dix mille femmes pour la
pratique de l’avortement, avec comme preuve les dossiers médicaux
requis dans une clinique clandestine. De ces femmes, environ 1 200
subissent des procès, et revivent leurs drames personnels, cruellement
exposés.

Donc, si nous analysons la forme avec laquelle le capitalisme
marchandise et contrôle des aspects fondamentaux de la vie des femmes,
pour les utiliser comme des instruments et les exploiter à partir des
fondements du patriarcat, alors nous pouvons comprendre pourquoi les
femmes ont joué un rôle de premier plan dans les mouvements
anticapitaliste. En conséquence, c’est une évidence qu’elles se
retrouvent au point de mire de la criminalisation à cause de leur
participation à ces mouvements.




Tárzia Medeiros est une militante féministe brésilienne de la Marche
mondiale des femmes et dirigeante nationale du Parti socialisme et
liberté (PSOL) au Brésil.