Une fois encore sur les causes de la crise alimentaire

9 octobre 2008 par Eric Toussaint

Sur ce texte |1|

De fausses explications de la crise alimentaire dominent la scène. La consommation des Chinois et des Indiens est une des fausses explications qui, à force d’être répétée, devient une évidence. Il est important d’identifier les véritables causes et les authentiques responsables.

Dans son rapport annuel rendu public en juin 2008, la très sérieuse Banque des règlements internationaux |2|
reprend la fable de l’évolution de la consommation des Chinois et des habitants des économies émergentes. La BRI veut mener le public sur une fausse piste afin de cacher, d’une part, la responsabilité des gouvernements du Nord et des entreprises transnationales de l’agrobusiness qui ont fortement augmenté la production d’agro-combustibles et, d’autre part, la responsabilité des grands groupes financiers qui spéculent en Bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). sur les produits alimentaires. Les auteurs de la BRI cherchent à donner une apparence scientifique à leur explication.
Quelle est selon la BRI la cause principale de l’augmentation du prix des aliments ? « S’agissant des denrées alimentaires, la forte croissance du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
dans les économies émergentes ces dernières années a gonflé la demande. Des changements structurels ont accentué cette influence. Par exemple, la hausse du revenu par habitant, notamment en Chine, a entraîné une augmentation de la demande de céréales en particulier pour nourrir les animaux d’élevage. Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la consommation de céréales par habitant dans les PED a augmenté de 20% de 1962 à 2003, tandis que celle de viande triplait. L’incidence de la demande sur le cours des céréales est amplifiée du fait que, selon certaines estimations, il faut de deux à cinq fois plus de céréales, à calories égales, pour produire de la viande. En 2002, environ un tiers de la production mondiale de céréales a servi à l’alimentation d’animaux de boucherie.
 » |3|

Cette explication a une prétention scientifique et elle fait appel au bon sens. Le raisonnement est le suivant : la consommation des habitants des pays en développement (PED) a fortement augmenté, ils mangent de plus en plus de viande, les prix ont suivi.

Mais il y a un hic : comment se fait-il que la forte augmentation des prix n’ait eu lieu qu’en 2007-2008 alors que la consommation des PED croît fortement depuis 40 ans ?
En réalité, les prix des aliments ont baissé tout au long des années 1980 et 1990. Ils ont encore baissé entre 1998 et 2002, ils ont augmenté un peu en 2002-2004, puis baissé en 2005-2006 |4|. Après la récolte 2006, le prix des aliments sur le marché mondial était égal au prix de 1998 qui était bien inférieur au prix des années 1970. En 2008, en dollar constant, le prix des aliments reste inférieur au prix maximum atteint à la fin des années 1970 |5|

. Bref, ce qu’il faut expliquer, c’est l’explosion des prix en 2007 et 2008. Or l’explication donnée plus haut par la BRI n’a aucun rapport avec les causes réelles de l’explosion du prix. Comme le dit Jacques Berthelot : « la hausse de la consommation des produits alimentaires, liée à la hausse rapide du niveau de vie des pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers. comme la Chine et l’Inde (…) est une tendance à l’œuvre depuis de nombreuses années et ne peut rendre compte de la flambée progressive des prix agricoles depuis deux ans  » |6|
. Il relève d’ailleurs que le prix du riz est resté stable jusqu’en octobre 2007. Par contre, il a été multiplié presque par trois entre octobre 2007 et mai 2008.
Voici l’explication en trois points qui est la plus appropriée |7|
 :

Primo, face à un prix des céréales qui était historiquement bas jusqu’en 2005, les grandes entreprises privées d’agrobusiness ont obtenu des gouvernements des Etats-Unis et de l’Union européenne qu’ils subventionnent l’industrie des agro-combustibles. Ces grandes entreprises voulaient gagner sur deux tableaux : vendre leurs céréales et d’autres produits agricoles plus cher et rendre rentable la production d’agro-combustibles. Elles y sont parvenues.
Comme ont-elles procédé ? Elles se sont appuyées sur l’hypothèse suivante : ce que le pétrole ne permettra plus de faire d’ici quelques décennies (en conséquence de la réduction des réserves disponibles), le soja, la betterave, les céréales ou la canne à sucre devraient être en mesure de le permettre. Elles ont donc demandé aux pouvoirs publics d’attribuer des subventions afin que la production très coûteuse d’agro-combustibles devienne rentable. Washington, la Commission européenne à Bruxelles et d’autres capitales européennes ont accepté sous prétexte d’assurer la sécurité énergétique de leur pays ou de leur région |8|
. Les lobbies Lobby
Lobbies
Un lobby est une structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d’un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir. Le lobbying consiste ainsi en des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics. Ainsi, le rôle d’un lobby est d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes.
pro agro-combustibles ont convaincu les gouvernements d’utiliser l’argument mensonger selon lequel les agro-combustibles avaient un impact positif sur l’environnement, contrairement aux hydrocarbures.

Cette politique de subvention a dévié vers l’industrie des agro-combustibles, des quantités importantes de produits agricoles essentiels pour l’alimentation. De même, des terres qui étaient destinées à produire des aliments ont été reconverties en terres de culture pour les agro-combustibles. Cela diminue aussi l’offre de produits alimentaires et fait monter les prix. En somme, pour satisfaire les intérêts de grandes sociétés privées qui veulent développer la production d’agro-combustibles, il a été décidé de faire main basse sur certaines productions agricoles dont le monde a besoin pour se nourrir.
A noter que la BRI dans le rapport déjà cité n’accorde aux subventions publiques envers les agro-combustibles qu’une place mineure dans l’explication de la hausse des prix des aliments |9|
.

Deuzio, la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
sur les produits agricoles
a été très forte en 2007-2008, accentuant un phénomène amorcé au début des années 2000 après l’éclatement de la bulle de l’internet. Après la crise des subprimes Subprimes Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
qui a éclaté aux Etats-Unis à l’été 2007, les investisseurs institutionnels |10|
se sont désengagés progressivement du marché des dettes construit de manière spéculative à partir du secteur de l’immobilier américain et ont identifié le secteur des produits agricoles et des hydrocarbures comme susceptible de leur procurer des profits intéressants. Ils ont acheté les récoltes futures de produits agricoles à la Bourse de Chicago, à celles de Kansas City et de Minneapolis qui sont les principales Bourses mondiales où l’on spécule sur les céréales. De même, ils ont acheté sur d’autres Bourses de matières premières, la production future de pétrole et de gaz en spéculant à la hausse.

Tertio, les pays en développement ont été particulièrement démunis face à cette crise alimentaire car les politiques imposées par le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
depuis la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
les ont privés des protections nécessaires : réduction des surfaces destinées aux cultures vivrières Vivrières Vivrières (cultures)

Cultures destinées à l’alimentation des populations locales (mil, manioc, etc.), à l’opposé des cultures destinées à l’exportation (café, cacao, thé, arachide, sucre, etc.).
et spécialisation dans un ou deux produits d’exportation, fin des systèmes de stabilisation des prix, abandon de l’autosuffisance en céréales, réduction des stocks de réserve de céréales, fragilisation des économies par une extrême dépendance aux évolutions des marchés mondiaux, forte réduction des budgets sociaux, suppression des subventions aux produits de base, ouverture des marchés et mise en concurrence déloyale des petits producteurs locaux avec des sociétés transnationales…

Retour sur les fausses explications

Jacques Berthelot a épinglé une série de citations qui ont en commun de reprendre la fable de l’évolution de la consommation des pays émergents, en particulier des Chinois et des Indiens, en tant que cause principale |11|
. Les voici.

Pour le quotidien les Echos du 15 avril 2008, « Le phénomène nouveau vient surtout des habitudes de consommation qui se modifient à toute allure dans les pays émergents. Les deux géants que sont la Chine et l’Inde sont devenus, avec la hausse de leurs revenus, demandeurs de viande et de céréales  » |12|
.
Le Nouvel Observateur du 17 au 23 avril 2008 place en tête des sept causes identifiées « la modification des comportements alimentaires des pays émergents, notamment la Chine et l’Inde » et ajoute : « D’exportatrices, l’Inde et la Chine sont passées au statut d’importatrices ».
Le Directeur Général de la FAO, Jacques Diouf, a déclaré lors du forum Afrique-Inde du 8 avril 2008, qu’ « après avoir rencontré le ministre de l’Agriculture de l’Inde, Sharad Pawar,… les stocks mondiaux de céréales ne peuvent assurer que de 8 à 10 semaines de consommation mondiale et que cela est dû à la demande supérieure des pays comme l’Inde et la Chine, où le PIB augmente de 8% à 10% et où la hausse de revenus va à l’alimentation » |13|
.
Pour Randy Olson, directeur du Biodiesel Board de l’Iowa, « les raisons pour un prix plus élevé de l’huile de soja incluent la demande accrue des classes moyennes de plus en plus nombreuses de Chine et d’Inde et d’ailleurs  » |14|
.
De même, à la question « Pourquoi les prix des denrées alimentaires augmentent-ils autant ? », Nicolas Bricas, chercheur du CIRAD, répond : «  |15| » |16|
.
Dans Le Monde du 22 avril 2008, à la question « L’arrivée de deux nouveaux ogres sur les marchés internationaux (la Chine et l’Inde), est-elle la vraie principale cause de cette flambée ? », l’économiste Philippe Chalmin répond sans ambages «  Oui » |17|
.
Philippe Lemaître lui fait écho dans la même édition du Monde : « Faute d’infrastructures, un pays comme l’Inde perd environ 30 % de ses récoltes et redevient importateur net de céréales  » |18|
.

Le Président Lula du Brésil déclare le 18 avril 2008 à la FAO : « Ne me dites pas, pour l’amour de Dieu, que la nourriture est chère à cause du biocarburant. Elle est chère parce que le monde n’est pas préparé à voir des millions de Chinois, d’Indiens, d’Africains, de Brésiliens et de Latino-Américains manger trois fois par jour » |19|
.

La Chine et l’Inde ne sont pas responsables de l’envolée des prix des aliments

La Chine et l’Inde exportent plus d’aliments qu’ils n’en importent. Jacques Berthelot démontre chiffres à l’appui que la Chine est toujours exportatrice nette de céréales (blé, maïs, riz) et de viande ! Il en va de même pour l’Inde. Les Indiens sont exportateurs nets d’aliments depuis 1995. Ces deux pays ne sont donc pas à l’origine de l’augmentation du prix des aliments sur le marché mondial |20|
.

L’Inde victime de la libéralisation des importations

L’Inde a connu une expérience particulièrement négative en matière de libre-échange concernant le blé |21|
. Sous la pression de ses partenaires au sein de l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
(OMC), le gouvernement indien de M. Singh, qui est un bon élève néolibéral, a supprimé à partir de février 2006 les droits de douane sur les importations de blé. Cette année-là, pour la première fois depuis 2001, l’Inde a importé plus de blé (6,7 millions de tonnes) qu’elle n’en a exporté (0,6 million de tonnes). Il s’agit d’une politique délibérée du gouvernement indien qui voulait faire d’une pierre deux coups : contenter ses partenaires de l’OMC et acheter sur le marché mondial du blé à un prix inférieur à celui que demandaient les producteurs locaux. L’Etat indien a acheté directement 5,5 millions de tonnes de blé à l’étranger alors que la production nationale aurait suffi à satisfaire la demande interne (la production indienne de blé s’est élevée à 74 millions de tonnes alors que la demande intérieure s’élevait à 60 millions de tonnes).

Or loin de baisser sur le marché intérieur, le prix du blé a augmenté notamment en raison de la constitution de stocks spéculatifs par les commerçants. Cette action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
déplorable du gouvernement de Singh lui a valu un recours devant la Cour suprême indienne de la part des opposants. Echaudé et mis sous pression par la population, le premier ministre indien a battu en retraite en 2007.

Précisons que bien qu’elle ait été importatrice nette de blé durant l’épisode de 2006, l’Inde est restée exportatrice nette de céréales grâce à ces exportations de riz et de maïs.

Face à l’absence d’évidences concernant la responsabilité des Chinois, la presse commence à opérer un virage

Le 19 août 2008, le quotidien financier français Les Echos titrait « Hausse des prix alimentaires : la Chine déclarée non coupable ». S’appuyant sur des statistiques de l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site : http://www.oecd.org/fr/
et sur une étude fournie par un chercheur nord-américain publié par le département nord-américain de l’agriculture, le quotidien français affirme que les Chinois sont autosuffisants notamment au niveau des céréales. De son côté, l’hebdomadaire néolibéral britannique The Economist dans son édition du 16 août 2008 réussit la prouesse de dire une chose et son contraire dans un même paragraphe : « Il n’est pas totalement faux de dire que l’énorme demande chinoise de denrées alimentaires et d’énergie fait grimper les prix des biens de consommation dans le monde ». Quelques lignes plus loin, l’éditorial de The Economist poursuit : « Et la production alimentaire de la Chine a augmenté plus vite que sa consommation au cours des dernières années. En tant qu’exportateur –modeste mais en pleine expansion- de blé, de maïs et de riz, la Chine a sûrement contribué à son échelle, à contenir les cours mondiaux des céréales ». Quelle acrobatie ahurissante !

Les politiques menées par les gouvernants des Etats-Unis et de l’Union européenne sont les principales responsables de la crise alimentaire mondiale

Alors que la Chine et l’Inde exportent plus d’aliments qu’ils n’en importent, les Etats-Unis et l’Union européenne se trouvent dans la position inverse |22| . En 2006-2007, les Etats-Unis étaient importateurs nets d’aliments. Il en va de même de l’Union européenne qui se situe en 3e position mondiale sur la liste des importateurs nets de céréales (après le Japon et le Mexique). C’est donc la demande qui vient des Etats-Unis et de l’Union européenne qui est susceptible d’entraîner les prix à la hausse.

Mais, concrètement, en quoi les Etats-Unis et l’UE sont-ils responsables de la flambée des prix alimentaires ?

D’abord il faut tenir compte du fait que les Etats-Unis jouent un rôle déterminant dans la fixation des prix mondiaux des grains (céréales, oléagineux et protéagineux) car les autres pays exportateurs adaptent leur prix en fonction des cotations sur les Bourses de Chicago, Kansas City ou Minneapolis |23|
. Par ailleurs, l’augmentation du prix des grains se traduit directement par une augmentation du prix de la viande car les animaux d’élevage consomment ces grains |24|
.

Deux facteurs fondamentaux qui dépendent directement des Etats-Unis et de l’Europe entrent en jeu dans l’augmentation brutale des prix des aliments en 2006-2008.
Le premier, c’est la forte progression de la production d’agro-combustibles aux Etats-Unis et en Europe.
Le second, c’est la formidable spéculation sur les prix des aliments (et des hydrocarbures |25| . ) sur les marchés boursiers.

Enorme augmentation de la production d’agro-combustibles aux Etats-Unis

En 2007, les Etats-Unis représentaient 43% de la production mondiale d’agro-combustibles |26|

Entre 2005 et 2006, aux Etats-Unis, la production d’éthanol de maïs a été multipliée par cinq. Entre 2005 et 2009, cette production aura été multipliée par neuf ! La part de la production de maïs consacrée à la production d’éthanol est passée de 14,4% à 23,7% entre 2005-2006 et 2007-2008. Une partie de la production de soja est également destinée à la production d’agro-combustibles (en août 2007, 23,2% de la consommation intérieure d’huile de soja était destinée à la production de biodiesel) mais le coût de revient est beaucoup plus élevé que l’éthanol de maïs. Une quantité énorme de terres qui servait à la production de blé et de soja a servi à la culture du maïs, ce qui a fait grimper le prix du blé et du soja. Le prix du maïs destiné à la consommation animale et humaine a lui aussi flambé puisqu’une part importante de la production de maïs a été déviée vers la production d’éthanol. Le prix du riz produit aux Etats-Unis a lui-même explosé car sa production a baissé vu qu’il était plus rentable de cultiver du maïs, du soja, du blé ou des céréales fourragères (voir encadré).

L’augmentation de la production des agro combustibles n’est en rien le résultat du libre jeu des forces du marché, il est la conséquence directe de l’intervention de l’Etat sous la pression de l’agrobusiness. Malgré l’augmentation du prix du pétrole, la production d’agro-combustible n’est pas rentable sans les subventions apportées par le budget fédéral des Etats-Unis. En 2005, le Congrès états-unien a adopté une loi sur l’énergie qui a dopé la production des agro-combustibles. Cette politique de promotion a été renforcée par la loi du 19 décembre 2007 sur l’indépendance énergétique. Cette dernière loi impose à l’industrie pétrolière, sous peine de lourdes amendes, d’incorporer dans la fourniture de combustibles 57 milliards de litres d’agro-combustibles en 2015 (15 milliards de gallons |27|
US) et 136 milliards de litres en 2022. Pour atteindre cet objectif, la part de la production de maïs destinée aux agro-combustibles atteindrait 32,8% en 2011-2012.

Grâce à cette législation contraignante, aux Etats-Unis, les revenus du secteur agricole dominé par les grandes entreprises de l’agrobusiness ont bondi de 48% en 2007.

En ce qui concerne la responsabilité des Etats-Unis dans la crise alimentaire mondiale, on peut suivre Jacques Berthelot qui déclare : « Les Etats-Unis sont indubitablement les principaux responsables de la flambée des prix agricoles et des émeutes de la faim actuelles par les objectifs déments qu’ils se sont fixés pour la production de biocarburants et parce que, comme on l’a vu, ce sont les prix des grains des Etats-Unis qui font les prix mondiaux sur lesquels les autres pays exportateurs s’alignent.  » |28|.
On verra plus loin qu’il faut y ajouter le rôle de la spéculation qui s’est particulièrement développée aux Etats-Unis.

Comment l’augmentation des agro-combustibles aux Etats-Unis se traduit par une augmentation du prix du riz sur le plan mondial |29|

La spéculation sur le riz a été particulièrement forte et le boom de l’éthanol partage aussi une responsabilité dans l’explosion du prix du riz, bien que l’on affirme généralement qu’il n’y a aucun lien entre les deux. Selon l’USDA, les Etats-Unis ne représentent que 2% de la production mondiale de riz mais ils en sont le 4e exportateur… En 2007/08, les prix du riz brun produit aux Etats-Unis étaient d’ailleurs les plus élevés depuis 1980/81. D’autre part : « Des prix bien supérieurs du carburant et des engrais depuis 2005 et des prix extrêmement élevés pour les cultures alternatives depuis 2006/07 ont rendu le riz non rentable par rapport au soja, aux céréales fourragères et au blé » |30|
.
De fait, la production de riz des Etats-Unis a baissé de 12% de 2006 à 2007 après une baisse de 16% en surface semée, si bien que les exportations de riz des Etats-Unis ont baissé de 20%, même si elles n’ont représenté que 12% des exportations mondiales en 2006 et 9,6% en 2007. Or Daryll Ray et al. ont montré que les Etats-Unis sont aussi « faiseurs de prix » pour le prix mondial du riz : « Quatre-vingt quatre pour cent de la variation dans le prix du riz thaïlandais peut s’expliquer par le prix du riz du Texas et le ratio des stocks aux utilisations totales, et une hausse de dix pour cent dans le prix du riz des Etats-Unis résulte en une hausse de 4,7 pour cent du prix thaïlandais. Cette corrélation est une preuve irréfutable que même là où les Etats-Unis ne sont pas un exportateur dominant, les prix sur ses marchés à terme influencent les prix mondiaux » |31|
.

La responsabilité de l’Union européenne

Comme l’écrit Jacques Berthelot : « L’UE-27 |32|
prétend vouloir nourrir le reste du monde tout en agitant l’épouvantail de la Chine et de l’Inde ! Cela est risible et affligeant au regard de la dure réalité des faits qui montre que c’est l’Union européenne, plus encore que les Etats-Unis, qui reçoit une aide alimentaire nette massive des PED.
 » |33|

Sous la pression de l’agrobusiness, l’Union européenne a adopté une politique comparable à celle de Washington. D’ici à 2010, les carburants devront contenir 5,75% d’agro-combustibles (10% en 2020). L’Union européenne produit du biodiesel principalement à partir de l’huile de colza (l’Union européenne produit 77% du biodiesel mondial) et de l’éthanol à partir du blé, de l’orge, du maïs, de la betterave et de la distillation des excédents de vin. La production européenne d’agro-combustibles n’est pas rentable. Elle n’est viable qu’à coups de subventions. Pour atteindre l’objectif cité plus haut en 2012 sans recourir à des importations, il faudrait consacrer 20% des terres arables actuellement cultivées.

L’Union européenne veut faire croire que sa politique vise à réduire ses émissions de gaz à effet de serre alors que, selon de nombreux scientifiques, les coûts environnementaux des agro-combustibles sont supérieurs à tous les avantages que l’on peut en attendre. Pour sa part, l’OCDE dans un rapport publié le 12 septembre 2007 affirmait que « La poussée actuelle d’expansion de l’utilisation des biocarburants crée des tensions insoutenables qui déstabiliseront les marchés sans générer d’avantages significatifs pour l’environnement… Les gouvernements devraient cesser de se fixer de nouveaux objectifs pour les biocarburants et rechercher les moyens de les éliminer…  ». |34|
Le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, écrivait : « au lieu de permettre de lutter contre le changement climatique, le recours à certains types d’agrocarburants pourrait accélérer celui-ci. » |35|

Les agro-combustibles produits par la Chine, l’Inde et le Brésil jouent-ils un rôle important dans la montée des prix des aliments ?

La Chine. Jusqu’en 2006, la Chine était le 3e producteur mondial d’éthanol de maïs (elle venait très loin derrière les Etats-Unis et l’Union Européenne) mais en juin 2007, les autorités chinoises ont interdit toute nouvelle production de maïs pour l’éthanol pour faire face à l’augmentation de 42% du prix du porc sur le marché intérieur. La production chinoise d’éthanol a effectivement baissé de moitié en 2007. Jacques Berthelot précise : « Comme, malgré la production d’éthanol de maïs, la Chine a encore exporté beaucoup de maïs en 2007, on ne peut imputer à son éthanol une responsabilité dans la flambée des prix mondiaux des céréales. Et comme elle n’a produit que 50 000 t de biodiesel en 2006 contre un objectif de 2 Mt en 2010, sa production de biodiesel n’est pas responsable de la flambée des prix des oléagineux. » |36|

L’Inde. Le gouvernement indien, tout comme ses homologues nord-américains et européens, a lui aussi imposé à l’industrie pétrolière d’incorporer 5% d’agro-combustibles dans les carburants pour 2010, et 20% d’ici 2025. L’Inde était devenue, en 2006, le 4e producteur mondial de bioéthanol mais, en 2007, la production indienne s’est littéralement effondrée (elle est passée de 1,9 milliard de litres à 200 millions de litres, soit une réduction de près de 90%). Jacques Berthelot conclut : « Comme ce bioéthanol est produit à partir de mollasse de canne à sucre, que l’Inde exporte du sucre et que le prix du sucre a chuté depuis 2006 et n’a dépassé qu’en janvier 2008 son niveau de 2007, on ne peut imputer à l’Inde une responsabilité dans la flambée des prix des céréales.  »J. |37|
Par ailleurs, l’Inde a décidé de développer la production de biodiesel à partir des graines d’une plante non comestible, la jatropha. Mais, selon J. Berthelot, ce programme n’aboutira pas car le gouvernement a fixé un prix du biodiesel inférieur au coût de production. A noter que «  les organisations paysannes indiennes et les ONG de défense de l’environnement sont résolument opposées au développement des biocarburants, y compris à partir de jatropha ou à ceux de l’éventuelle seconde génération provenant de produits cellulosiques  ». |38|

Le Brésil. Troisième producteur mondial d’agro-combustibles, le Brésil vient tout juste derrière les Etats-Unis et l’Union européenne. Il devance de très loin la Chine et l’Inde. En effet, il produit 10 fois plus d’agro-combustibles que la Chine et trente fois plus que l’Inde. Jusqu’ici l’écrasante majorité de la production brésilienne provient de la canne à sucre (une partie très faible mais en croissance provient du soja). L’impact environnemental et social du développement de la monoculture Monoculture Culture d’un seul produit. De nombreux pays du Sud ont été amenés à se spécialiser dans la culture d’une denrée destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide, tabac, etc.) pour se procurer les devises permettant le remboursement de la dette. de la canne à sucre est très clairement négatif et la politique des autorités de Brasilia est fortement critiquée par de nombreux mouvements sociaux. Par contre, la production d’agro-combustibles à partir de la canne à sucre ne peut pas être retenue comme un facteur ayant provoqué la hausse du prix des aliments sur le plan mondial car le prix du sucre a baissé depuis 2006.

En conclusion, la production d’agro-combustibles par la Chine, l’Inde et le Brésil |39|
, bien que très critiquable du point de vue environnemental et social |40|
, n’est pas une cause de la flambée des prix des aliments.

Rôle fondamental de la spéculation dans l’envolée des prix des aliments

La spéculation sur les principaux marchés boursiers des Etats-Unis où se négocient les prix mondiaux des biens primaires (produits agricoles et matières premières) a joué un rôle primordial. Les acteurs principaux de cette spéculation ne sont pas des francs-tireurs, ce sont les investisseurs institutionnels (les zinzins Zinzins On surnomme ’zinzins’ les investisseurs institutionnels, c’est-à-dire les gestionnaires de fonds collectifs qui ont atteint un poids financier paroxysmique sur les marchés financiers, tels les fonds de pension, les compagnies d’assurance et autres organismes de placements collectifs. ) : les banques d’affaires |41|
, les fonds de pension Fonds de pension Fonds d’investissement, appelé aussi fonds de retraite, qui a pour vocation de gérer un régime de retraite par capitalisation. Un fonds de pension est alimenté par l’épargne des salariés d’une ou plusieurs entreprises, épargne souvent complétée par l’entreprise ; il a pour mission de verser des pensions aux salariés adhérents du fonds. Les fonds de pension gèrent des capitaux très importants, qui sont généralement investis sur les marchés boursiers et financiers. , les fonds d’investissements, les sociétés d’assurances et les banques commerciales Banques commerciales
Banque commerciale
Banque commerciale ou banque de dépôt : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.
. Les hedge funds Hedge funds Les hedge funds, contrairement à leur nom qui signifie couverture, sont des fonds d’investissement non cotés à vocation spéculative, qui recherchent des rentabilités élevées et utilisent abondamment les produits dérivés, en particulier les options, et recourent fréquemment à l’effet de levier (voir supra). Les principaux hedge funds sont indépendants des banques, quoique fréquemment les banques se dotent elles-mêmes de hedge funds. Ceux-ci font partie du shadow banking à côté des SPV et des Money market funds.

Un Hedge funds (ou fonds spéculatif) est une institution d’investissement empruntant afin de spéculer sur les marchés financiers mondiaux. Plus un fonds aura la confiance du monde financier, plus il sera capable de prendre provisoirement le contrôle d’actifs dépassant de beaucoup la richesse de ses propriétaires. Les revenus d’un investisseur d’un Hedge funds dépendent de ses résultats, ce qui l’incite à prendre davantage de risques. Les Hedge funds ont joué un rôle d’éclaireur dans les dernières crises financières : spéculant à la baisse, ils persuadent le gros du bataillon (les zinzins des fonds de pension et autres compagnies d’assurance) de leur clairvoyance et crée ainsi une prophétie spéculative auto-réalisatrice.
et les fonds souverains |42|
ont aussi joué un rôle, même si leur poids est bien inférieur à celui des investisseurs institutionnels |43| de 1 000 milliards de dollars.]]
.

Michael W. Masters, qui dirige depuis douze ans un hedge fund à Wall Street, en apporte la preuve dans un témoignage qu’il a présenté devant une commission du Congrès à Washington le 20 mai 2008. |44| Devant cette commission chargée d’enquêter sur le rôle possible de la spéculation dans la hausse des prix des produits de base, il déclare : « Vous avez posé la question : Est-ce que les investisseurs institutionnels contribuent à l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. des prix des aliments et de l’énergie ? Ma réponse sans équivoque est : OUI  » |45|

. Dans ce témoignage qui fait autorité, il explique que l’augmentation des prix des aliments et de l’énergie n’est pas due à une insuffisance de l’offre mais à une augmentation brutale de la demande venant de nouveaux acteurs sur les marchés à terme des biens primaires (« commodities ») où l’on achète les « futurs ». Sur le marché des « futurs » (ou contrat à terme), les intervenants achètent la production à venir : la récolte de blé qui sera faite dans un an ou dans deux ans, le pétrole qui sera produit dans 3 mois ou dans 6. En temps « normal », les principaux intervenants sur ces marchés sont par exemple des compagnies aériennes qui achètent le pétrole dont elles ont besoin ou des firmes alimentaires qui achètent des céréales. Michael W. Masters montre qu’aux Etats-Unis, les capitaux alloués par les investisseurs institutionnels au segment « index trading Activités de marché
Trading
opération d’achat et de vente de produits financiers (actions, futures, produits dérivés, options, warrants, etc.) réalisée dans l’espoir d’en tirer un profit à court terme
 » des biens primaires des marchés à terme sont passés de 13 milliards de dollars fin 2003 à 260 milliards en mars 2008 |46|
. Les prix des 25 biens primaires cotés sur ces marchés ont grimpé de 183% pendant la même période. Il explique qu’il s’agit d’un marché étroit |47|
. Il suffit que des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension allouent 2% de leurs actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
pour bouleverser la situation. Le prix des biens primaires sur le marché à terme se répercute immédiatement sur le prix actuel de ces biens. Il montre que les investisseurs institutionnels ont acheté des quantités énormes de maïs et de blé en 2007-2008, ce qui a produit une flambée des prix |48|
.

Le 22 septembre 2008, en pleine tourmente financière aux Etats-Unis, alors que le président Bush annonçait un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars, le prix du soja faisait un bond spéculatif de 61,5% !

Jacques Berthelot, qui consacre six pages de son étude au rôle de la spéculation, montre lui aussi le rôle crucial qu’elle a joué dans la montée des prix |49|
. Par ailleurs, il donne l’exemple d’une banque belge, KBC, qui a mené une campagne publicitaire pour vendre un nouveau produit commercial : un investissement des épargnants dans 6 matières premières agricoles. Pour convaincre des clients d’investir dans son fonds de placement « KBC-Life MI Security Food Prices 3 », la publicité de KBC affirme : « Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires ! ». Cette publicité présente comme une « opportunité » la « pénurie d’eau et de terres agricoles exploitables » ayant pour conséquence « une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix des denrées alimentaires  » |50|
.

Les accords commerciaux imposés par les pays industrialisés et les institutions qu’ils dominent (BM, FMI et OMC) affaiblissent la capacité des pays en développement à faire face à la montée des prix des aliments

En 2007-2008, plus de la moitié de la population de la planète a vu se dégrader fortement ses conditions de vie car elle a été confrontée à une très forte hausse du prix des aliments. Cela a entraîné des protestations massives dans au moins une quinzaine de pays dans la première moitié de 2008. Le nombre de personnes touchées par la faim s’est alourdi de plusieurs dizaines de millions et des centaines de millions ont vu se restreindre leur accès aux aliments (et en conséquence à d’autres biens et services vitaux |51|
). Tout cela suite aux décisions prises par une poignée d’entreprises du secteur de l’agrobusiness (productrices d’agro-combustibles) et du secteur de la finance (les investisseurs institutionnels qui contribuent à la manipulation des cours des produits agricoles) qui ont bénéficié de l’appui du gouvernement de Washington et de la Commission européenne. Pourtant la part des exportations dans la production mondiale des aliments reste faible. Une faible partie du riz, du blé ou du maïs produit dans le monde est exportée, l’écrasante majorité de la production est consommée sur place. Par exemple pour le riz, selon Oxfam, « seuls 4 à 5% de la production sont commercialisés sur le marché mondial  » |52|
, alors que le chiffre approche 20% pour le blé |53|
. Néanmoins ce sont les prix sur les marchés d’exportation qui déterminent le prix sur les marchés locaux. Or, comme nous l’avons vu, les prix des marchés d’exportation sont fixés aux Etats-Unis principalement dans trois bourses (Chicago, Minneapolis et Kansas City). En conséquence, le prix du riz, du blé ou du maïs à Tombouctou, à Mexico, à Nairobi, à Islamabad est directement influencé par l’évolution du cours de ces grains sur les marchés boursiers des Etats-Unis.

En 2008, dans l’urgence et sous peine d’être renversées par des émeutes, aux quatre coins de la planète, les autorités des pays en développement ont dû prendre des mesures pour garantir l’accès des citoyens aux aliments de base.

Si on en est arrivé là, c’est que durant plusieurs décennies les gouvernements ont renoncé progressivement à soutenir les producteurs locaux de grains - qui sont en majorité des petits producteurs - et ont suivi les recettes néolibérales dictées par des institutions comme la Banque mondiale, le FMI dans le cadre des plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. et des programmes de réduction de la pauvreté. Au nom de la lutte contre la pauvreté, ces institutions ont convaincu les gouvernements de mener des politiques qui ont reproduit, voir renforcé, la pauvreté. De plus au cours des dernières années, de nombreux gouvernements ont souscrit des traités bilatéraux (notamment des traités de libre commerce) qui ont encore aggravé la situation. Les négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha de l’OMC ont également entraîné de funestes conséquences.

Que s’est-il passé ?

1er acte. Les pays en développement ont renoncé aux protections douanières qui permettaient de mettre les paysans locaux à l’abri de la concurrence des producteurs agricoles étrangers, principalement les grandes firmes d’agro-exportation nord-américaines et européennes. Celles-ci ont envahi les marchés locaux avec des produits agricoles vendus en dessous du coût de production des agriculteurs et éleveurs locaux ce qui a provoqué leur faillite (nombre d’entre eux ont émigré vers les grandes villes de leurs pays ou vers les pays les plus industrialisés). Selon l’OMC, les subsides versés par les gouvernements du Nord à leurs grandes entreprises agricoles sur le marché intérieur ne constituent pas une infraction aux règles anti-dumping. Comme l’écrit J. Berthelot : « alors que, pour l’homme de la rue, il y a dumping si on exporte à un prix inférieur au coût moyen de production du pays exportateur, pour l’OMC il n’y a pas de dumping tant qu’on exporte au prix intérieur, même s’il est inférieur au coût moyen de production. » Bref, les pays de l’Union européenne, les Etats-Unis ou d’autres pays exportateurs peuvent envahir les marchés des autres avec des produits agricoles qui bénéficient de très importantes subventions internes.
Le maïs exporté au Mexique par les Etats-Unis est un cas emblématique. A cause du traité de libre commerce (TLC) signé entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, ce dernier a abandonné ses protections douanières face à ses voisins du Nord. Les exportations de maïs des Etats-Unis au Mexique ont été multipliées par neuf entre 1993 (dernière année avant l’entrée en vigueur du TLC) et 2006. Des centaines de milliers de familles mexicaines ont dû renoncer à produire du maïs car celui-ci coûtait plus cher que le maïs provenant des Etats-Unis (produit avec une technologie industrielle et fortement subventionné). Cela n’a pas seulement constitué un drame économique, il s’est agi aussi d’une perte d’identité car le maïs est le symbole de la vie dans la culture mexicaine notamment chez les peuples d’origine maya. Une grande partie des cultivateurs de maïs ont abandonné leur champ et sont partis chercher du travail dans les villes industrielles du Mexique ou aux Etats-Unis.

2e acte. Le Mexique qui dépend dorénavant pour nourrir sa population du maïs des Etats-Unis est confronté à une augmentation brutale du prix de cette céréale provoquée, d’une part, par la spéculation sur les bourses de Chicago, de Kansas City, de Minneapolis et, d’autre part, par la production chez le voisin du Nord d’éthanol de maïs.

Les producteurs mexicains de maïs ne sont plus là pour satisfaire à la demande interne et les consommateurs mexicains sont confrontés à une explosion du prix de leur nourriture de base, la tortilla, cette crêpe de maïs qui remplace le pain ou le bol de riz consommé sous d’autres latitudes. En 2007, d’énormes protestations populaires ont secoué le Mexique.

Ces événements doivent nous amener à définir une série de propositions alternatives qui devraient prendre la forme de revendications. La dernière partie de cette étude reprend les conclusions provisoires des travaux de la commission « Souveraineté alimentaire » de l’organisation paysanne Via Campesina. Ces propositions en cours d’élaboration n’ont pas (encore) été adoptées par les instances de Via Campesina, elles sont donc susceptibles d’être modifiées partiellement ou profondément. A ce stade-ci, l’auteur reprend à son compte ces propositions telles quelles.

Pistes alternatives |54|

La sécurité alimentaire de tous passe par des prix agricoles stables qui couvrent les coûts de production et assurent une rémunération décente pour les producteurs. Le modèle des prix agricoles bas, promus par les gouvernements occidentaux pour augmenter la consommation de masse de produits manufacturés et des services (tourisme, divertissement, télécommunications, etc.), n’est pas durable, ni sur le plan social ni sur le plan environnemental. Ce modèle bénéficie essentiellement aux grandes entreprises et, en détournant les attentes démocratiques des populations vers la consommation de masse, aux élites politiques et économiques des pays qui confisquent ainsi le pouvoir.

Face aux crises alimentaires et environnementales actuelles, des changements radicaux sont indispensables et urgents. Les propositions ci-dessous offrent des pistes pour des politiques agricoles et commerciales basées sur la souveraineté alimentaire et qui permettraient une stabilisation des prix agricoles à des niveaux capables d’assurer une production alimentaire durable dans la grande majorité des pays du monde.

Au niveau local :

- Soutenir la production agricole locale, notamment en soutenant l’activité agricole et en facilitant des mécanismes de crédit pour les petits producteurs, hommes et femmes

- Soutenir et développer les circuits de commercialisation directs/courts entre producteurs et consommateurs pour assurer des prix rémunérateurs pour les paysans et abordables pour les consommateurs

- Encourager la consommation de produits locaux

- Soutenir des modes de production plus autonomes par rapport aux intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. chimiques et ainsi moins sujets aux variations des coûts de production (élevage à l’herbe plutôt qu’au maïs/soja par exemple).

Au niveau national :

Le droit international permet aux Etats de poser des actes unilatéraux souverains afin de protéger leur agriculture et de garantir l’utilisation souveraine des ressources naturelles. Ainsi, le Pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels reconnaît le droit à l’alimentation. Il est de la responsabilité des Etats de faire en sorte que ce droit fondamental prime sur, par exemple, le droit commercial. Les Etats peuvent justifier la rupture avec des traités signés et qui menacent la souveraineté et la sécurité alimentaire de leur population au nom de changements fondamentaux des circonstances (flambée des prix agricoles, changement climatique) et de l’état de nécessité pour maintenir la paix sociale et permettre aux populations de satisfaire leurs besoins fondamentaux. C’est sur cette base juridique que s’appuient les propositions suivantes, que les Etats nationaux ont la responsabilité de mettre en place.

- Rétablir de vraies politiques de soutien à la production agricole familiale

- Ne pas signer et le cas échéant dénoncer les accords de libre-échange multilatéraux (OMC) et bilatéraux (ALE et APE) qui contredisent la souveraineté alimentaire

- Etablir ou rétablir des protections douanières face aux importations agricoles

- Reconstituer des réserves alimentaires publiques dans chaque pays

- Rétablir des mécanismes de garantie des prix agricoles

- Développer des politiques de maîtrise de la production pour stabiliser les prix agricoles

- Contrôler les marges des intermédiaires

- Mettre en place des réformes agraires globales (sur la terre bien sûr, mais aussi l’eau et les semences) pour assurer que les paysans et les paysannes qui produisent l’alimentation pour les populations aient accès aux ressources agricoles, plutôt que les grandes entreprises qui produisent pour l’exportation.

- Interdire la spéculation sur l’alimentation.

Au niveau international :

- Interdire la spéculation sur l’alimentation ; spéculer sur la vie des gens est un crime, c’est pourquoi les gouvernements et les institutions internationales doivent interdire les investissements spéculatifs sur les produits agricoles

- Inscrire le droit à la souveraineté alimentaire dans le droit international pour que le droit de chaque pays à développer ses propres politiques agricoles et à protéger son agriculture, sans nuire aux autres pays, soit reconnu (notamment dans la Chartre des droits économiques, sociaux et culturels)

- Mettre en place un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. sur les agro-combustibles industriels
Etablir ou rétablir des organisations internationales de régulation des marchés et des productions des principaux produits d’exportation (cartels de pays producteurs par exemple dans les secteurs du café, du cacao, des bananes, du thé...) pour assurer des prix stables au niveau international

- Mettre fin aux plans d’ajustement structurel (PAS) qui obligent les Etats à renoncer à leur souveraineté alimentaire

- Mettre fin aux mécanismes asservissants de la dette extérieure

- Réformer la Politique agricole commune de l’UE et le Farm Bill des Etats-Unis qui ont des effets dévastateurs sur l’équilibre des marchés agricoles. |55|

Conclusion

Cette recherche a pris le contre pied des explications en vogue. L’idée selon laquelle la Chine et l’Inde seraient à la base de la crise alimentaire est un leurre destiné à cacher la vérité.

En fait, les décisions des grands groupes capitalistes des Etats-Unis et en second lieu de l’Europe occidentale sont à la base de la crise alimentaire, notamment les investisseurs institutionnels (« zinzins ») responsables de la spéculation sur les aliments les hydrocarbures et des grandes entreprises de l’agrobusiness qui ont fortement développé la production des agro-combustibles pour provoquer une hausse des prix et augmenter leur rentabilité.

La crise alimentaire mondiale met à nu le moteur de la solution capitaliste : la recherche du profit privé maximum à court terme. Pour les capitalistes, les aliments ne sont qu’une marchandise qu’il faut vendre avec le plus de profit possible. L’aliment, élément essentiel du maintien en vie des êtres humains, est transformé en pur instrument de profit. Il faut mettre fin à cette logique mortifère. Il faut abolir le contrôle du capital sur les grands moyens de production et de commercialisation.

La crise alimentaire mondiale, dont les conséquences seront aggravées par la crise économique mondiale et par le changement climatique en cours, nous oblige à mettre en œuvre un ensemble de politiques publiques radicales. Avancer dans ce sens concerne l’ensemble de l’humanité.


Notes

|1| L’auteur s’est fortement inspiré de la remarquable étude de 57 pages de Jacques Berthelot intitulée : « Démêler le vrai du faux dans la flambée des prix agricoles mondiaux » du 15 juillet 2008. L’auteur invite le lecteur à en prendre connaissance :www.cadtm.org/spip.php ?article3762. L’auteur remercie également Daniel Munevar pour la recherche documentaire sur le rôle de la spéculation. L’auteur a également consulté d’autres sources : Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies sur le Droit à l’alimentation et son successeur depuis mai 2008, Olivier De Schutter, la Banque des Règlements internationaux, la Banque mondiale, l’OCDE, la FAO, The Economist, The Financial Times et d’autres médias qui sont clairement référencés dans le présent article. Enfin, l’auteur est aussi redevable des discussions auxquelles il a participé en tant que conférencier au cours du séminaire organisé aux Canaries du 21 au 24 juillet 2008 par la commission Souveraineté alimentaire de l’organisation La Via Campesina. Evidemment le contenu de la présente étude est de l’entière responsabilité de l’auteur, il n’engage en rien les personnes et les organisations citées

|2| La BRI est la banque des grandes banques centrales, son site : www.bis.org Pour une description de la BRI : http://www.bis.org/about/profile_fr.pdf

|3| BRI, 78e Rapport annuel, Bâle, juin 2008, p. 41.

|4| Voir les données fournies par Martin Wolf dans The Financial Times du 30 avril 2008 et par Jacques Berthelot, op. cit.

|5| Le FMI le confirme : « Le boom actuel, qui est plus général et prolongé que de coutume, contraste vivement avec la tendance baissière de la plupart des produits de base dans les années 80 et 90. Cela dit, en dépit du retournement de tendance apparent, les prix réels de nombre d’entre eux restent bien inférieurs aux niveaux observés dans les années 60 et 70 ». Voir www.imf.org/external/pubs/ft...

|6| Jacques Berthelot, op. cit., p. 2.

|7| Cette explication est reprise de l’article de Damien Millet et Eric Toussaint au mois d’août 2008 sous le titre : « Retour sur les causes de la crise alimentaire mondiale », www.cadtm.org/spip.php ?article3625

|8| Remarquons une nouvelle fois la politique du « deux poids deux mesures » : pour assurer la sécurité énergétique, les gouvernements du Nord n’hésitent pas à subventionner l’industrie privée, alors que via la Banque mondiale, le FMI et l’OMC, ils nient le droit des gouvernements du Sud à subventionner leur producteurs locaux, que ce soit dans l’agriculture ou l’industrie.

|9| BRI, 78e Rapport annuel, Bâle, juin 2008, p. 41.

|10| Les principaux investisseurs institutionnels sont les fonds de pensions, les sociétés d’assurance et les banques ; ils disposent de 70 000 milliards de dollars qu’ils placent là où c’est le plus rentable. Sont aussi actifs les hedge funds (fonds spéculatifs), qui peuvent mobiliser 1 500 milliards de dollars.

|11| Toutes les citations ci-dessous sont reprises de l’étude de Jacques Berthelot déjà citée.

|12| www.lesechos.fr/info/agro/47...

|13| www.nationalpost.com/news/wo...

|14| www.desmoinesregister.com/ap...

|15| Les habitudes de consommation sont en pleine mutation en Chine ou en Inde, où le pouvoir d’achat tend à augmenter. Résultat, la demande explose. Les populations veulent acheter davantage et réclament une meilleure alimentation. Elles consomment plus de viande. Pour leur bétail, les éleveurs ont besoin de cultiver davantage de plantes fourragères. Tout ceci attise la hausse des prix alimentaires dans leur globalité. A l’échelle internationale, les tarifs agricoles ont également flambé à cause de leur dérégulation

|16| Voir www.lexpansion.com/economie/...

|17| Voir www.lemonde.fr/archives/arti...

|18| Voir www.lemonde.fr/opinions/arti...

|19| Voir www.lemonde.fr/ameriques/art...

|20| Jacques Berthelot consacre de manière tout à fait convaincante 15 pages à démontrer que la Chine et l’Inde ne sont pas responsables de l’envolée des prix alimentaires. Le lecteur se reportera à sa précieuse démonstration.

|21| Voir Berthelot, p. 27.

|22| Nous renvoyons de nouveau à J. Berthelot qui consacre 8 pages de son étude à démontrer le caractère déficitaire des échanges alimentaires des Etats-Unis et de l’UE avec le reste du monde.

|23| Voir Berthelot, p. 3.

|24| Le prix de la viande bovine a augmenté de 47% de janvier 2006 à avril 2008, celui de la viande de poulet de 42% dans le même temps, celui de la viande ovine de 31%. A remarquer que le prix de la viande de porc dont les Chinois sont particulièrement friands a stagné. Voir Berthelot, p. 6.

|25| L’augmentation du prix des hydrocarbures se répercute également directement sur le prix des aliments car leurs coûts de production augmentent (transport, fonctionnement des équipements engrais chimiques).

|26| Viennent ensuite le Brésil avec 32% de la production d’agro-combustibles (nous aborderons le cas du Brésil plus loin), l’Union européenne avec 15%, la Chine avec 3%, l’Inde et la Thaïlande 1% chacune. Le reste du monde représente 5%.

|27| 1 gallon US = 3,78 litres.

|28| Voir Berthelot, p. 32.

|29| Le contenu de cet encadré est tire de J. Berthelot, p. 9.

|30| Voir http://www.ers.usda.gov/briefing/Ri...

|31| Voir http://agpolicy.org/blueprint/APAC%...

|32| L’Union européenne est constituée par 27 pays en 2008.

|33| Voir Berthelot, p. 38.

|34| http://www.cfr.org/publication/1429...

|35| Olivier De Schutter, carte blanche publiée par le quotidien Le Soir, 6-7 septembre 2008 sous le titre : « Il faut suspendre les programmes d’investissement dans les agrocarburants » http://www.lesoir.be/forum/cartes_b...

|36| J. Berthelot, p. 23.

|37| Berthelot, p. 29.

|38| Berthelot, p. 29 qui se réfère à http://www.grain.org/agrofuels/?ind...
.

|39| Même si le Brésil n’est pas coupable de l’envolée des prix des aliments, son industrie d’agrobusiness d’exportation en tire un énorme profit. Au Brésil, les revenus tirés des exportations agricoles ont très fortement augmenté en 2007 et en 2008.

|40| Il est inacceptable de destiner des terres arables à la production d’agro-combustibles car cela prive les paysans de terres pour la culture d’aliments. De plus, la production de la canne à sucre est aux mains des grands propriétaires terriens et de grandes sociétés capitalistes de l’agrobusiness qui surexploitent les travailleurs agricoles et empêchent les paysans sans terre d’accéder à la propriété. Quant à l’aspect négatif du point de vue de l’environnement, il est tout aussi évident. Deux exemples : émission de dioxyde de carbone lors de la récolte de la canne (car elle est préalablement brûlée sur pied) et déforestation massive – notamment de la forêt amazonienne - pour développer la culture de la canne.

|41| Goldman Sachs, Morgan Stanley et, jusqu’à leur disparition ou leur rachat, Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch.

|42| Les fonds souverains sont des institutions publiques qui appartiennent, à quelques exceptions près, à des pays émergents comme la Chine ou à des pays exportateurs de pétrole. Les premiers fonds souverains ont été créés dans la deuxième moitié du XXe siècle par des gouvernements qui souhaitaient mettre de côté une partie de leurs recettes d’exportation provenant du pétrole ou de produits manufacturés.

|43| Au niveau mondial, au début de l’année 2008, les investisseurs institutionnels disposaient de 70 000 milliards de dollars, , les fonds souverains de 3 000 milliards de dollars et les [[hedge funds

|44| Testimony of Michael W.Masters, Managing Member/Portfolio Manager Masters Capital Management, LLC, beforethe Committee on Homeland Security and Governmental Affairs United States Senate http://hsgac.senate.gov/public/_fil...

|45| « You have ask the question “Are Institutional Investors contributing to food and energy price inflation ?” And my answer is “YES” ».

|46| « Assets allocated to commodity index trading strategies have risen from $13 billion at the end of 2003 to $260billion as of March 2008”.

|47| « En 2004, la valeur totale des contrats futurs concernant 25 biens primaires s’élevait seulement à 180 milliards de dollars. A comparer avec le marché mondial des actions qui représentait 44.000 milliards, ou plus de 240 fois plus. ». Michael W. Masters indique que cette année-là, les investisseurs institutionnels ont investi 25 milliards de dollars dans le marché des futurs, ce qui représentait 14% du marché. Il montre qu’au cours du premier trimestre 2008, les investisseurs institutionnels ont augmenté très fortement leur investissement dans ce marché : 55 milliards en 52 jours ouvrables. De quoi faire exploser les prix !

|48| A noter que l’organe de contrôle des marchés à terme, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) ne considère pas les investisseurs institutionnels comme des spéculateurs. La CFTC considère les zinzins en tant que participants commerciaux sur les marchés (« commercial market participants »). Cela lui permet d’affirmer que la spéculation ne joue pas un rôle significatif dans l’envolée des prix. Voir une critique de la CFTC dans Michael W.Masters op. cit. et surtout dans le témoignage de Michael Greenberger, professeur de droit à l’université de Maryland, devant la commission du Sénat le 3 juin 2008. Michael Greenberger qui a été directeur d’un département de la CFTC de 1997 à 1999, critique le laxisme des dirigeants actuels de la CFTC qui font l’autruche face à la manipulation des prix de l’énergie par les investisseurs institutionnels. Il cite une série de déclarations de dirigeants de la CFTC dignes de figurer dans une anthologie de l’hypocrisie et du crétinisme. Michael Greenberger considère que 80 à 90% des transactions sur les bourses des Etats-Unis dans le secteur de l’énergie sont spéculatives (p. 22). Voir Testimony of Michael Greenberger, Law School Professor, University of Maryland, before the US Senate Committee regarding “Energy Market Manipulation and Federal Enforcement Regimes”, June 3, 2008.

|49| J. Berthelot, p. 51 à 56.

|50| http://www.lalibre.be/index.php?vie...

|51| En effet, afin d’acheter des aliments dont le prix a fortement augmenté, les ménages pauvres ont réduit les dépenses de santé et d’éducation ainsi que les dépenses en matière de logement.

|52| Voir www.madeindignity.be/Public/...

|53| Voir www.fimarc.org/Fiche1BLE.pdf

|54| Cette partie intitulée pistes alternatives est tirée de « Proposition de document de position de la Via Campesina sur les prix agricoles et la spéculation », juillet 2008.

|55| Ici s’arrête le document de travail de Via Campesina mentionné à la note précédente.

Auteur.e

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014, Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il est coordonnateur de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.