Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde
CADTM

Une grève exceptionnelle au CONGO Brazzaville

11 octobre 2006 par Isabelle Likouka


Du 3 au 8 juillet 2006, les bus et taxis du Congo ont suivi une grève exceptionnelle en réaction à l’augmentation des prix du carburant. Pourtant, ils n’étaient pas les seuls menacés. Lorsque le carburant augmente, c’est la population entière qui souffre encore un peu plus : toutes les dépenses de transport, de nourriture, de charbon, de pétrole, etc. augmentent car tout est transporté par camions, bus... Les populations doivent donc remercier ces bus et taxis d’avoir lancé cette résistance.

L’APASH, Association pour une Alternative au Service de l’Humanité, est membre du réseau CADTM au Congo. Elle nous a fait parvenir une déclaration qu’elle a rédigée et signée avec 11 autres associations le 27 juin 2006. La déclaration met l’accent sur la nécessité pour la société civile de pousser le gouvernement à résister au FMI qui impose une augmentation du tarif de l’essence à la pompe, totalement injustifiée.

Le gouvernement avait décidé d’augmenter les prix du carburant parce que le FMI ordonnait au Congo de couper la subvention qu’il octroie à la CORAF (entreprise publique productrice de l’essence vendue à la pompe) depuis des années et de faire maintenant payer par les consommateurs, donc la population, le prix réel du litre d’essence, qui est beaucoup trop élevé pour les revenus et salaires des Congolais.
C’est une politique générale : le FMI impose aux pays endettés depuis des dizaines d’années une interdiction des subventions, c’est-à-dire des aides que donne l’Etat à certains secteurs de produits (agricoles, essence, pain...) ou de services (écoles, hôpitaux, électricité...) pour qu’ils restent à des prix qui évitent à la population de sombrer dans la misère totale. Cette exigence, incluse au départ dans les Plans d’Ajustement Structurel, maintenue par les conditions de l’Initiative PPTE, sera peut-être aussi confortée par les accords en négociations à l’OMC, tout à fait défavorables aux pays en développement et surtout à leur population.

Le Congo, souverain, avait choisi d’aider ("subvention") la CORAF (entreprise publique productrice de l’essence vendue à la pompe) afin de maintenir le carburant à un prix accessible pour la survie de la population. C’est ce qu’a rappelé le Président Sassou Nguesso dans sa déclaration du 13 juin 2006 reprise dans "La Semaine Africaine" du 16 juin : "Pour que la raffinerie ne s’arrête pas, il faut que le gouvernement fasse la subvention. Quelque part, il faut toujours avoir la possibilité de faire ces subventions-là : ce que les partenaires du Fonds monétaire et de la Banque Mondiale n’acceptent pas, parce qu’ils considèrent cela comme de la mauvaise gestion." Aider son peuple serait donc de la "mauvaise gestion" !

Le Congo n’est pas obligé d’obéir à cet ordre du FMI. Le Congo donne déjà 38 à 40% de son budget au FMI pour rembourser sa dette, dette augmentée année après année par le simple jeu des intérêts et retards de paiement et non par augmentation des prêts. Il n’a donc pas à sacrifier encore un peu plus son budget et sa population pour donner au FMI les milliards de cette subvention vitale pour la population.


Les associations Solidaires et APASH, associations du réseau CADTM, tentent depuis 2 ans de coordonner leurs actions au Congo Brazzaville. Solidaires étant essentiellement basée à Pointe-Noire et APASH à Brazzaville, cette collaboration est rendue difficile par les conditions de vie dans le pays (coupures de courant, coût des communications téléphoniques, absence d’internet à domicile et lenteur de la connexion...) mais surtout par la distance entre les deux villes (510km), ralliées surtout par avion ou éventuellement par train une fois par semaine mais dans des conditions extrêmes et en traversant des zones non sécurisées. Le coût du voyage par avion étant celui du salaire d’un enseignant, le voyage ne peut que rarement être envisagé.
De ce fait, organiser une action nationale se révèle lent et compliqué. Cependant, les deux associations ont décidé de faire des actions conjointes (conférences, émissions...), dans le cadre des Journées d’information sur les politiques de la Banque mondiale et du FMI du 14 au 20 septembre 2006 et ont initié leur collaboration par une action contre l’augmentation des prix du carburant décrétée par le gouvernement congolais sur injonction du FMI. En effet, le Congo a été sommé de cesser sa subvention à la raffinerie nationale afin de rembourser ses arriérés au FMI, conséquence de l’accession du pays au "point de décision" de l’Initiative PPTE en mai 2006.
Ainsi, alors que les chauffeurs de taxi des deux villes se mettaient en grève, les deux associations ont communiqué quotidiennement par mail et participé à des réunions simultanées afin de coordonner l’action avec 33 autres associations réunies au sein d’un collectif informel |1| diffusant les mêmes documents à Brazzaville et à Pointe-Noire.

Notes

|1| collectifcarburant@yahoo.fr

Source : Les Autres Voix de la Planète n°32.

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