23 août > 27 août

Université d’été européenne des mouvements sociaux

Du 23 au 27 août 2017, l’Université d’été européenne des mouvements sociaux initiée par le réseau des Attac d’Europe se tiendra à Toulouse. Soyons nombreux et nombreuses à nous y retrouver pour nous informer, débattre, agir. Le CADTM y sera. On se voit là-bas ?

Nous vivons une époque où les crises s’enchevêtrent inextricablement. Le monde est entré dans une ère de déstabilisation généralisée. La mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale révèle son vrai visage – une véritable tragédie pour des centaines de millions de personnes partout dans le monde.
Les défis sont immenses, mais un autre monde est possible !

Des mouvements sociaux conséquents émergent un peu partout, porteurs d’un espoir de changement : les peuples ne se laissent pas faire, ils se soulèvent pour leurs droits. Notre mobilisation contre le TTIP et le CETA a amené des millions de citoyen.ne·s de l’UE à agir contre le pouvoir des multinationales : de ce fait, le TTIP est pratiquement abandonné. Dans plusieurs pays du Sud de l’Europe l’opposition à l’austérité est portée des mouvements populaires. Des citoyen·es ordinaires expérimentent des manières différentes de faire fonctionner l’économie et la société, de créer de la solidarité et de tracer la voie vers un monde plus démocratique, répondant aux besoins de justice sociale et écologique.

Oui, nous pouvons reprendre notre destin en mains.

L’université d’été à Toulouse s’inscrit dans la droite ligne de ces diverses tentatives. Il n’y a évidemment pas de recettes toutes faites, mais ensemble, nous sommes plus fort·e·s. Apprenons les un·e·s des autres, développons des alternatives et élaborons, ensemble, analyses et actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
sur les problèmes cruciaux de notre époque :

Le capitalisme financier n’a pas été désarmé après l’effondrement de 2008. Derrière un calme de façade, le système casino s’est à nouveau imposé, nourri par les tentatives désespérées des banques centrales de stabiliser les marchés par « l’assouplissement quantitatif » ( quantitative easing ) et des taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
nuls. Le système bancaire est fragile dans plusieurs pays de l’UE et, dans le même temps, des niveaux d’endettement toujours plus élevés représentent une véritable bombe à retardement.

Les politiques néolibérales en matière de commerce se poursuivent, ce qui constitue une menace pour le fonctionnement de la démocratie, la justice sociale et les services publics. Dans le même lot d’accords nocifs que le TTIP et le CETA, l’Accord sur le Commerce des Services (TISA en anglais) esquisse un horizon de privatisations tous azimuts.

Les inégalités augmentent. Ainsi, les riches deviennent encore plus riches tandis que la grande majorité s’appauvrit. Notre système social est menacé par des mesures d’austérité impitoyables, des attaques contre nos conquêtes sociales, des coupes dans les dépenses publiques (notamment les services publics) et les réductions d’impôts pour les riches et les multinationales. Le travail précaire devient la norme. Le chômage (en particulier le chômage des jeunes) atteint des niveaux insoutenables dans plusieurs pays de l’UE.

Les réfugié·e·s et les migrant·e·s meurent par milliers en tentant de traverser la Méditerranée alors que des pays européens décident d’interdire l’accès à leur territoire à des gens qui fuient la guerre et la misère. Des populistes de droite attisent le racisme en accusant les immigrés d’être responsables des problèmes entraînés par la crise néolibérale, ce qui pose la question de savoir comment construire un mouvement favorisant, au contraire, une société multiculturelle.

La démocratie est menacée par différentes formes de corruption, par l’autoritarisme, la xénophobie, le racisme et la montée de forces d’extrême-droite. La démocratie sociale connaît un déclin spectaculaire du fait de sa complaisance vis à vis de mesures néolibérales. Dans bien des cas, des partis d’extrême-droite s’engouffrent dans la brèche.

Le changement climatique et la destruction de la nature s’accèlérent. Les modestes avancées de l’accord de Paris en 2015 sont tout à fait insuffisantes. La perte de biodiversité et la pollution des sols, des nappes phréatiques et des océans s’accélèrent.

La guerre et la terreur sont malheureusement plus que jamais à l’ordre du jour. La répression de soulèvements populaires favorables à la démocratie ainsi que des interventions militaires illicites en Afghanistan, Irak, Libye et Syrie ont mené à une situation de violations des droits humains, de déstabilisation de toute la région, à la terreur djihadiste et à un exode massif de réfugié.es. La guerre menée par l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
en Yougoslavie avait ouvert la voie à des situations de guerre sur le sol européen ; aujourd’hui l’Ukraine est déchirée par un nouveau conflit armé. Une militarisation inquiétante et le spectre d’une nouvelle guerre froide hantent le continent. Après 500 ans de colonisation, la domination occidentale sur le monde prend de nouvelles formes. Nous nous aventurons sur le terrain non balisé d’un monde multipolaire.

L’Union européenne fait face à une crise existentielle. Il est devenu impossible de faire comme si de rien n’était. S’il est encore temps d’éviter une rupture chaotique, il nous faut imaginer de nouvelles stratégies et de nouveaux concepts pour l’avenir de tout le continent.

En dépit de ce contexte bien sombre, les luttes et la résistance de millions de personnes en quête d’une société plus juste partout en Europe nous donnent le courage de continuer à œuvrer pour un autre monde.
Retrouvons-nous donc à Toulouse au mois d’août !

L’Université d’été européenne des mouvements sociaux offrira un espace militant qui se veut également convivial et festif. Par des débats, des concerts, des activités culturelles, des excursions et des rencontres avec des militants de partout en Europe et dans le monde, nous partagerons nos idées et apprendrons les uns des autres. Cette université d’été comprendra des ateliers, des séminaires et des possibilités d’expérimentations directes – voire même d’actions concrètes – et bien sûr sera l’occasion de faire la fête !

Informations complémentaires et inscriptions disponibles sur le site de l’ESU.


À venir