Zone de libre-échange continentale africaine : Quel panafricanisme ? (Partie 3/3)

13 novembre par Jean Nanga


Port autonome de Douala, Cameroun (CC - Wikimedia)

Le 21 mars 2018, soit cinq ans après avoir célébré le demi-siècle d’existence de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)/Union Africaine (UA) – considéré dans la novlangue de l’UA comme « cinquante ans de succès » [1] –, 44 des 55 États membres de l’UA ont signé à Kigali l’Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), soit la création d’un « marché unique pour les marchandises et les services facilité par la circulation des personnes […], un marché libéralisé pour les marchandises et services », selon le texte dudit Accord.

Nous publions ici la troisième et dernière partie de cette analyse consacrée à la ZLECAf. Il y sera abordé sa prétendue articulation avec les APE, la ZLECAf comme poursuite d’une politique de subordination/complicité et la nécessité de dépasser des politiques basées sur l’extractivisme.

Un panafricanisme parrainé par l’Union européenne ?

Du point de vue des laudateurs/laudatrices du processus de la ZLECAf, le risque de son enrayement incombe au chef d’État nigérian, ainsi qu’à ses soutiens dans la société civile, à cette alliance “patriotique” considérée comme protectionniste. Alors que l’attitude officielle nigériane manifeste la prévalence de l’enthousiasme sur la lucidité – déjà la diversité des intérêts au sein de la classe capitaliste locale – pendant le processus non démocratique et assez pressé de négociation de la ZLECAf.

Dans le cadre de l’APE intérimaire, les dix premiers mois dudit accord Cameroun/UE se sont soldés par une perte en recettes douanières de 600 millions de FCFA pour le Cameroun

Pourtant cet État capitaliste périphérique avait un précédent en matière de signature d’accord de libre-échange : le Nigeria a longtemps traîné les pieds concernant la signature de l’Accord de partenariat économique (APE) régional entre l’UE (27 économies capitalistes dites développées) et la CEDEAO (15 économies capitalistes dites sous-développées ou en voie de développement), accord libre-échangiste dans le cadre de la Convention de Cotonou entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Finalement, il a confirmé, en avril 2018, son refus de le signer, avec comme argument principal : « Presently, our industries cannot compete with the more efficient and highly technology-driven industries in Europe. We have to protect our industries and our youths » selon son président [2]. Ce qui ne lui est pas reproché. Alors que mise à part la dimension symbolique de la ZLECAf – supposée être “une zone africaine conçue par les Africain·e·s pour les “Africain·e·s” et la non signature par le pays le plus peuplé d’Afrique et sa première ou deuxième économie –, il s’agit du même principe protectionniste. Voire avec un lien qui ne peut être considéré comme ténu entre les deux accords. Comment, en effet, le Nigeria peut-il signer la ZLECAf qui permettrait aux marchandises relevant de l’APE régional, signé par des États voisins avec l’Union européenne, ainsi que celles en provenance des États non ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) comme le Maroc et la Tunisie ayant des accords bilatéraux avec l’UE, de se retrouver aussi sur son marché ? Attitude, partagée par la Tanzanie, qui ne manque pas de cohérence.

Ces APE relèvent du cadre des accords entre l’UE (anciennement Communauté économique européenne) et les pays ACP établis dans les années 1970 et constamment mises à jour depuis. Un partenariat qui n’a jamais été égalitaire, avec une position subordonnée des ACP en général, des pays africains impliqués en particulier. Autrement dit une relation qui à travers des mécanismes dits préférentiels, censés profiter aux pays ACP, les a maintenus dans une situation de dépendance néocoloniale, les spécialisant dans la fourniture aux “partenaires” européens des matières première brutes (agricoles et minières). L’un des facteurs du faible taux du commerce formel intra-africain. Ce qui, malgré la prétendue “aide au développement” de la CEE/UE à leurs “partenaires” africains, en l’occurrence, a principalement profité au capital européen, qu’il soit actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
en Europe ou en Afrique. Certes, il a aussi profité alors à une partie du capital africain, à l’instar de gros planteurs.

Celui-ci va s’adapter au tournant néolibéral, piloté technocratiquement par la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI) et l’Organisation mondiale du Commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
(OMC). L’Union européenne assurant à leurs côtés, en partenaire politique, la “mission civilisatrice” néolibérale de l’Afrique, de l’Union Africaine. Les APE relevant ainsi de sa mise à jour du logiciel de domination des ses “partenaires” ACP, l’Afrique en l’occurrence, en plus de l’“aide publique au développement” aux États et d’une particulière contribution au financement de l’Union Africaine. N’hésitant pas, de ce fait, à recourir, en fripouille, au chantage en cas d’indocilité. À l’instar de celui subi par le Kenya dont la réticence à accepter l’APE proposé à la Communauté d’Afrique de l’Est, a fini par céder face à la menace de fermeture du marché européen à ses fleurs, l’une de ses principales exportations, dont « l’industrie [est] contrôlée par des grandes sociétés transnationales tout comme par de riches Kenyans influents » (Yash Tandon, Le commerce, c’est la guerre). Envoyant paître la demande de révision de l’APE faite au nom de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) par le Congo et le Gabon spécialisés pendant des décennies dans l’exportation du pétrole, du bois et quelque autre minerai, n’ayant ainsi presque rien d’autre à exporter vers l’Union européenne, mais beaucoup à en importer, à la différence du Cameroun – pétrolier mais aussi exportateur agricole. Celui-ci s’étant désolidarisé des autres en acceptant un APE intérimaire, auquel ceux-ci sont appelés à se soumettre ou rien. Alors que les dix premiers mois dudit accord Cameroun/UE se sont soldés par une perte en recettes douanières de 600 millions de FCFA pour le Cameroun [3].

Au moment où était signé à Kigali l’accord de la ZLECAf, des organisations de la société civile des pays ACP, [...] émettaient la crainte d’une continuation de cette politique de subordination-complicité

En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire et le Ghana, où transnationales d’origine extra-africaine et bourgeoisies indigènes sont concernées par l’exportation agricole, ont accepté un APE intérimaire contre l’unité de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), un des supposés piliers de la ZLECAf, avec aussi des conséquences douloureuses en recettes douanières [4]. Certes, des gains pour l’agrobusiness privé (capital étranger et national), mais des pertes pour les trésors publics. Sans oublier les filières locales confrontées à la concurrence des marchandises importées ayant occasionné ces pertes. Et les répercussions de telles pertes sur les budgets sociaux dans des pays où l’extrême pauvreté est estimée à 22,7 % de la population au Cameroun, 22,3 % en Côte d’Ivoire, presque 10 % au Ghana, 29,5 % au Kenya. Ainsi, l’Union européenne – championne (sans le Royaume-Uni) en matière de stock d’investissements directs étrangers en Afrique (236 mds $ en 2016, contre 55 mds et 40 mds, respectivement pour les États-Unis et la Chine [5]) – est concrètement non seulement une actrice – aux côtés de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de l’Organisation mondiale du Commerce – de l’intégration de l’Afrique à l’étape néolibérale de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
capitaliste, mais elle participe aussi à l’organisation de son intégration régionale ou continentale, supposée « réaliser le rêve des pères fondateurs » du panafricanisme post-colonial, en semant aussi des graines de désintégration de fragiles CER existantes. Ce qui est un pied de nez à l’auteur de Le néo-colonialisme, dernier stade de l’impérialisme, Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser, Ahmed Ben Bella, Patrice Emery Lumumba, etc., ces anti-néocolonialistes [6]. Et cet activisme de l’Union européenne pour “l’intégration africaine” ne semble pas sur le point de cesser.

En effet, au moment où était signé à Kigali l’accord de la ZLECAf, des organisations de la société civile des pays ACP, réunies à Accra à propos des négociations ACP-UE de 2020 l’Accord post-Cotonou, émettaient la crainte d’une continuation de cette politique de subordination-complicité : « Compte tenu des délais serrés pour les préparations et le lancement des négociations, le manque relatif de préparation au niveau de l’ACP par rapport à l’UE va probablement entrainer une répétition du modèle suivant lequel l’ACP, au lieu d’entrer dans les négociations avec ses propres conditions, s’adapte au programme de négociation de l’UE et reproduit ainsi les déséquilibres qui sont au cœur des négociations préalables » [7]. Rien n’indique que l’Afrique – comptant le plus d’États ACP – est l’exception à ce constat général. C’est bien dans la même logique que ce qui a été rapporté par Ndongo Samba Sylla : « J’ai participé du 29 février au 1er mars 2016 à Accra à un colloque international sur la ZLEC. J’ai été stupéfait d’entendre des représentants de l’Union Africaine nous dire que la ZLEC est un projet censé partir des acquis des APE » [8].

L’éventuel passage à un accord ACP-UE post-Cotonou signifiera la continuation de cette relation de subordination-complicité. En attendant, pour consolider celle-ci, sous le prétexte de les aider à réaliser les “objectifs de développement durable”, afin d’enrayer les flux migratoires, l’Union européenne a initié un Plan d’investissement extérieur (PIE) « qui encouragera l’investissement dans les pays partenaires d’Afrique et du voisinage de l’Union […] bâti sur un modèle qui a largement fait ses preuves dans l’UE, celui du “plan Juncker” qui a déjà généré des centaines de milliards d’investissements en Europe » [9] (avec quels résultats concernant la lutte contre le chômage, l’emploi précaire, la croissance des inégalités sociales dans l’UE ?). Son lancement a eu lieu en juin 2018 au Maroc.

L’industrialisation de l’Afrique que la ZLECAf est censée favoriser, se fera aussi en fonction des intérêts des transnationales originaires de l’UE, associés ou en concurrence avec ceux des transnationales originaires d’ailleurs – les fameux investissements directs étrangers – et d’Afrique. Les entreprises transnationales africaines n’ont pas d’autre projet que s’atteler au train conduit en Afrique par les transnationales originaires d’ailleurs. Et, selon une conception productiviste saupoudrée de quelques mesures de la pseudo-écologie de marché, écocide, car semblable à du sparadrap infecté posé sur une plaie [10]. Ce qui sera inévitablement une augmentation de la part, actuellement basse (4 %), de l’Afrique à l’émission des gaz à effet de serre. Autrement dit, une contribution au réchauffement climatique avec des effets, nocifs évidemment, sur le … développement capitaliste supposé de l’Afrique –“grâce à” la ZLECAf, entre autres –, comme l’affirment diverses prévisions sur les conséquences socio-économiques, nocives, du réchauffement climatique [11]. Sans oublier la destruction de la biodiversité.

Avec le nouveau cycle d’endettement critique, de nombreux États ont des problèmes de trésorerie, sont obligés de repasser sous les fourches caudines des institutions de Bretton Woods, avec des conséquences néfastes pour les classes populaires

De même, l’équipement de l’Afrique en infrastructures inscrit à l’agenda de l’UA, de la Banque africaine de développement (12 de ses 27 États actionnaires non africains – 40 % de voix – appartiennent à l’UE, dont 2 – Allemagne : 4,1 % de voix et France : 3,7 % contre moins de 3 % pour l’ensemble des 6 États de la CEMAC – font partie, avec le Canada, les États-Unis et le Japon, des 5 membres du G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. détenteurs de 25 % du capital de cette institution dite panafricaine), considéré comme un pilier du développement capitaliste intégré de l’Afrique l’intégration africaine, dont le coût est estimé à 6000 milliards de dollars sur deux décennies est un pactole qui fait probablement saliver les grands groupes de construction de l’Union européenne, de Chine, etc.

À l’occasion de l’édition 2018 du Forum de l’AGOA (Loi états-unienne sur la croissance et les possibilités en Afrique, sur les échanges commerciaux Afrique-États-Unis d’Amérique), le représentant au Commerce extérieur des États-Unis d’Amérique, aussi préoccupé par ladite intégration africaine, a exprimé l’intérêt pour ce marché : « Il y a un besoin croissant d’infrastructures et d’autres projets de développement en Afrique […] Les États-Unis – et en particulier les entreprises américaines et la diaspora africaine aux États-Unis – sont bien placés pour contribuer à ces efforts » [12]. Ce qui peut être la motivation du battage fait autour de la nécessité de ces infrastructures, dans une incroyable évacuation des problèmes écologiques déjà posés ailleurs par la taille des « infrastructures modernes de classe mondiale » que l’Agenda 2063 prévoit pour l’Afrique, c’est-à-dire à l’image de ce qui est la norme et écologiquement décriée dans les sociétés capitalistes développées. Par ailleurs, leur réalisation ne pourrait se faire sans risque de surendettement, de consolidation de la dépendance.

Certes, l’UA a initié un processus de réduction de sa dépendance financière à l’égard des donateurs publics et privés extra-africains [13], de l’Union européenne à la Chine, en passant par la Turquie et la Fondation Bill et Melinda Gates [14], mais compte tenu du fait que des États africains parmi les cinq principaux contributeurs publics africains, manifestent une certaine réticence à l’égard de la modalité de prélèvement retenue (une taxe de 0,2 % sur les importations extra-africaines) et que les CER (Communautés économiques régionales) se caractérisent par de colossaux arriérés (non versés par les États), il est peu probable que la chaîne de la dépendance soit brisée à court, voire à moyen terme. D’autant plus qu’avec le nouveau cycle d’endettement critique, de nombreux États ont des problèmes de trésorerie, sont obligés de repasser sous les fourches caudines des institutions de Bretton Woods, avec des conséquences néfastes pour les classes populaires.


Pour un panafricanisme émancipateur

Il n’y a rien dans ce processus de la ZLECAf qui indique une réelle préoccupation de l’Union Africaine pour l’émancipation des peuples africains de l’exploitation et de la domination

En fait, il n’y a rien dans ce processus de la ZLECAf qui indique une réelle préoccupation de l’Union Africaine pour l’émancipation des peuples africains de l’exploitation et de la domination. Ce serait un miracle que celle-ci soit réalisée à partir d’un projet conçu, cautionné et mis en œuvre par celles et ceux qui bénéficient principalement de l’articulation de cette exploitation et des diverses formes de domination, malgré les divergences qui peuvent accompagner leur communauté d’intérêt hiérarchisée : capital transnational d’origine extra-africaine, capital transnational africain, capitalistes africain·e·s [15] n’opérant qu’à l’échelle nationale, acteurs et actrices politiques qui leur sont lié·e·s, technocrates des institutions sous-régionales et régionales (continentales) africaines, intellectuel·le·s apparemment indépendant·e·s mais dont le discours est justificateur et contribue à la reproduction de l’ordre capitaliste mondial, y compris en occultant son existence, ainsi qu’à son articulation avec des dominations dites “valeurs africaines” essentialisées, etc. Le panafricanisme dans lequel s’inscrit la ZLECAf est le leur, élaboré avec une conscience de classe capitaliste ou pro-capitaliste dont le cynisme n’est plus à démontrer.

Un panafricanisme pour le secteur dominant du capital, qui, tout en détruisant des emplois du secteur dominé du capital, peut certes, en créer d’autres, pour les classes populaires. Car l’exploitation de la force de travail lui est vitale, aussi pour son expansion. Vu que ce n’est pas, évidemment et malgré tout, le patronat qui crée les richesses qu’il accumule, mais celles et ceux qu’il exploite, avec la complicité de l’État oppresseur. Ce qui est accentué dans le cadre actuel d’une néolibéralisation très poussée de la mondialisation capitaliste dont participe la vague libre-échangiste. Ainsi, les exploité·e·s et opprimé·e·s ne peuvent espérer quelque émancipation d’un panafricanisme organisé par l’alliance de ces forces exploiteuses et opprimantes.

Du point de vue de l’émancipation des classes populaires africaines, structurellement perdantes dans l’ordre capitaliste, l’enrayement de la ZLECAf ne serait donc pas à déplorer. Sa mise en œuvre, d’autant plus qu’en relation avec l’APE et d’autres accords de libre-échange bilatéraux, ne pourra qu’être, en général, facteur de plus de malheur pour ces damné·e·s de la terre. Avec, évidemment, des répercussions sur la traditionnelle domination phallocratique ou patriarcale, d’ordinaire justifiée par l’évocation de “valeurs africaines” essentialisées. Ainsi, quel que soit ce qu’il adviendra de la ZLECAf – mise en œuvre ou non –, ce n’est qu’en optant la nécessité de construire, par interaction entre la pratique et la théorie – ce qui est à transformer doit aussi être interprété –, des projets – produits dans les cerveaux par les luttes – alternatifs au capitalisme (transnational étranger, transnational africain, national) et à son panafricanisme, sans illusion sur la démagogie, l’opportunisme que pourraient manifester des secteurs dominés du capital africain.

Dans le contexte actuel, le panafricanisme des classes exploitées, dominées, du genre victime de la domination phallocratique/patriarcale, des opprimé·e·s ethniques, etc., en tant que secteur régional d’un internationalisme (mondial), sans centre géographique, ne peut partager la conception générale de l’économie contenue aussi bien dans l’Agenda 2063 que dans l’accord de la ZLECAf. Comme il a été dit là-haut, l’industrialisation et la construction des infrastructures, auxquelles on peut ajouter l’agriculture, ne peuvent pas être considérées en faisant abstraction des exigences écologiques ou en les soumettant à la logique marchande/capitaliste. Les associations, réseaux, etc. de petite production agricole (familiale et paysanne), secteur qui occupe la grande majorité de la population africaine – majoritairement des femmes dans plusieurs pays –, des classes sociales populaires africaines, ont une tradition de réflexion, de pratique, sur les alternatives à l’agriculture capitaliste. C’est une base importante pour la discussion des projets panafricains alternatifs. Mais, il n’en existe pas encore des équivalents concernant les infrastructures et une industrialisation non écocides.

Malgré les recommandations du Groupe d’expert·e·s intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en matière d’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. , c’est, malheureusement, encore la règle, de vanter l’Afrique pour ses ressources minières et énergétiques. La Vision du Régime minier de l’Afrique adoptée par l’Union Africaine (février 2009), s’inscrivant fondamentalement dans l’extractivisme, est malheureusement évoquée par la « Consultation multi-acteurs de la ZLECA » d’Accra (juin 2018), de façon acritique, comme une politique de référence à articuler à la ZLECAf [16]. Alors que par exigence écologique ou vitale, il faudrait apprendre à ne plus mettre l’accent sur ces richesses du sous-sol des pays africains. Autrement dit réfléchir à une transition écologique, économico-sociale, tournant le dos à l’extractivisme, au productivisme, au gigantisme, au consumérisme de l’économie capitaliste. Y compris au discours sur l’innovation technologique assez diffusé en Afrique dans cette partie de la jeunesse éblouie par les récits sur la Silicon Valley. Contre l’innovation par néomanie dans le cadre de la compétition, de la concurrence intracapitaliste [17], il s’agit de concevoir autrement l’innovation, en articulant la nécessité sociale (pour le bien de tous et toutes) et le principe du moins d’effets nocifs possibles, voire de leur absence, sur la nature (humaine et non humaine).

Le panafricanisme dans lequel s’inscrit la ZLECAf est le leur, élaboré avec une conscience de classe capitaliste ou pro-capitaliste dont le cynisme n’est plus à démontrer

Il s’agit en fait pour parler comme Fanon d’ « orienter les cerveaux dans une direction nouvelle » (non pas celle des transhumanistes), pour aborder ces « problèmes neufs qui exigent de véritables inventions » (non pas réduites à la technologie, aux besoins des marchés, de la concurrence, etc.) en tirant des leçons du désastre de la civilisation capitaliste, pour d’autres rapports entre les humains, sans exploitation, inventant des formes de socialisation des principaux moyens de production, et sans oppressions/domination, pour d’autres rapports égalitaires entre les humains, ces êtres naturel·le·s aussi, avec l’ensemble de la nature extra-humaine. Ce qui ne peut être détaché du combat multidimensionnel permanent, déjà mené quotidiennement aux niveaux national et international contre les diverses violences sociales (exploitation de la force de travail, pauvreté, patriarcat, chômage, etc.), contre la nature non-humaine, organisées par, non seulement les transnationales d’origine extra-africaine et leurs États, mais aussi par les États et autres pouvoirs dits traditionnels, les capitaux africains et leur Union Africaine : « la libération et l’unité africaine ne se réaliseront que par la lutte contre les alliés africains du capital international » (Walter Rodney) [18]. Le panafricanisme émancipateur ne peut qu’être écologiste, féministe, socialiste, contre toutes les autres oppressions (ethniques/raciales, sexuelles, etc.).


- Partie 1 sur 3 : Zone de libre-échange continentale africaine : Quel panafricanisme ?
- Partie 2 sur 3 : Zone de libre-échange continentale africain : Quel panafricanisme ?
- Partie 3 sur 3 : Zone de libre-échange continentale africain : Quel panafricanisme ?



Article publié dans la revue Inprecor n° 655-656 septembre-octobre 2018

Notes

[1Union Africaine, Cinquante ans de succès : la voix de l’Afrique de 1963 à 2013 (contrairement à ce que peut laisser entendre le titre, il ne s’agit pas d’un livre bilan du demi-siècle mais d’un recueil des discours prononcés lors de la création de l’OUA et à l’occasion de son cinquantième anniversaire). Comme dans le roman de George Orwell, 1984, il est affirmé que « La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force », l’Union Africaine affirme en quelque sorte que l’échec c’est le succès.

[2Cité par Olalekan Adetayo, « Why Nigeria didn’t sign Economic Partnership Agreement – Buhari », Punch, 5 April 2018, https://www.bilaterals.org/./?why-nigeria-didn-t-sign-economic. Cf. aussi, par exemple, Marius Sagna : « appliquer la Zlec, c’est ouvrir un deuxième boulevard après les APE, aux multinationales de l’UE, des États-Unis, de la Chine » ; « Interview de Marius Sagna », Bilaterals.org, 5 janvier 2017, http://www.bilaterals.org/./?interview-de-guy-marius-sagna.

[3« En 10 mois, les APE Cameroun-UE ont fait perdre 600 millions de FCfa de recettes douanières », Investir au Cameroun, 22 juin 2017, https://www.investiraucameroun.com/index.php/gestion-publique/2206-9054-en-10-mois-les-ape-cameroun-ue-ont-fait-perdre-600-millions-de-fcfa-de-recettes-douanieres.

[4Cf. J. Berthelot, « Pertes douanières de l’Afrique de l’Ouest avec APE et sans APE », Sol. Alternatives agroécologiques et solidaires, 13 février 2018, et « Le Ghana n’aurait jamais dû mettre en œuvre son APE intérimaire », 13 février 2018, http://www.sol-asso.fr/analyses-politiques-agricoles-jacques-b/.

[5Chiffres tirés de Thierry Pairault, « Investissements en Afrique : Chine vs “partenaires traditionnels” », 8 juillet 2018, https://www.pairault.fr/sinaf/index.php/15-references/1357-investissements-en-afrique-chine-vs-partenaires-traditionnels.

On y apprend aussi qu’en 2016, les IDE italiens en Afrique sont semblables à ceux de la Chine (2,4 mds $), après avoir été en 2013, 2014 et 2015 de 2,8, 3,7 et 3,9 mds pour l’Italie contre 3,4, 3,2 et 3 mds pour la Chine.

[6Paul Kagame peut-il être considéré comme un anti-néocolonialiste, alors qu’il bat campagne pour l’élection de sa ministre des Affaires étrangères à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (dont le Rwanda devenu anglophone, après le génocide de 1994, est demeuré membre), avec, semble t-il, le soutien du président français Emmanuel Macron ? Serait-il un aficionado de la “culture française” ? Malgré la participation de la Belgique, du Canada et de la Suisse à cette organisation, il s’agit avant tout d’un instrument du rayonnement de la France puissance.

[7« Un appel pour des relations transformatrices et équitables entre l’ACP et l’UE », lancé à l’issue de la réunion des organisations de la société civile d’Afrique, Caraïbes, Pacifique, du 20 au 22 mars 2018, à Accra, disponible sur http://www.twnafrica.

[8Ndongo Samba Sylla, « La Zone de Libre Echange Africaine est une erreur ». Cf. aussi Cornelius Adedze, « CFTA blues as Africa hastens to establish Free Trade Area », African Agenda, Issue, Vol. 19, N° 2, 2016, p. 5-7, www.twnafrica.org.

[9La documentation est disponible sur : https://ec.europa.eu/commission/external-investment-plan_fr

[10En matière d’écologie de marché, cf. par exemple, Groupe de la Banque mondiale, Pour que demain ne meure jamais. La Côte d’Ivoire face au changement climatique, juillet 2018, www.banquemondiale.org/fr/country/cotedivoire. Et Seyni Nafo (chef du groupe Afrique aux négociations de l’ONU sur le climat, la COP 21, Paris 2017) : « L’Afrique a besoin que les fonds publics aillent en priorité aux mesures d’adaptation aux impacts du réchauffement. Car les autres mesures (celles destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre, dans l’énergie, les transports, l’industrie), le secteur privé et le marché vont s’en charger », Seyni Nafo (propos recueillis par Catherine Hours pour l’AFP), « Pour L’Afrique, le climat est une question de développement », Le Point Afrique, 11 décembre 2017, http://afrique.lepoint.fr/actualites/climat-seyni-nafo-pour-l-afrique-le-climat-est-une-question-de-developpement-11-12-2017-2178743_2365.php.

[11Cf., par exemple, Verisk Maplecroft, « Emerging économies will slow down as températures rise – Africa, SE Asia exports tipped to feel the heat », 2 août 2018, https://www.maplecroft.com/portfolio/new-analysis/2018/08/02/emerging-economies-will-slow-down-temperatures-rise-africa-se-asia-exports-tipped-feel-heat/

[12Déclaration du représentant des États-Unis au commerce extérieur, M. Robert Lighthizer, lors de la séance plénière d’ouverture du Forum de l’AGOA 2018, Medium, 11 juillet 2018, sur bilaterals.org : https://www.bilaterals.org/./?declaration-du-representant-des

[13Joan Tilouine et Ghalia Kadiri, « Longtemps sous perfusion, l’Union africaine est en quête d’autonomie financière », Le Monde, 07 février 2018, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/02/07/longtemps-sous-perfusion-l-union-africaine-cherche-a-recouvrer-sa-dignite-economique_5253264_3212.html

[14Concernant le NEPAD, érigé en agence de l’UA, son directeur, le Nigérien Ibrahim Assane Mayaki, indique que « 80 % de nos financements par rapport aux activités de développement sur le terrain viennent de l’agence allemande GIZ, de l’Agence française de développement » Parmi « les partenaires de développement », il y a aussi « la fondation Bill et Melinda Gates, l’agence de développement de Norvège ou encore l’Agence française de développement (AFD) dans les enjeux de transformation rurale » (Ibrahim Assane Mayaki, (entretien avec Nathalie Tissot et Vincent Dublange), « On peut se passer de l’aide si… », Le Point Afrique, 29 janvier 2018, http://afrique.lepoint.fr/economie/union-africaine-ibrahim-assane-mayaki-on-peut-se-passer-de-l-aide-si-page-2-28-01-2018-2190275_2258.php.) La Fondation est aussi impliquée dans le PIE.

[15Cf., par exemple, J. Nanga, « Aperçu sur l’actuelle classe dominante en Afrique », cadtm.org, 29 janvier 2018, www.cadtm.org/Apercu-sur-l-actuelle-classe.

[16Cf. « AfCFTA – hasty décisions and incoherences ». Pour une critique de l’extractivisme en Afrique, cf., par exemple, la revue eco Instigator de la Health of Mother Earth Foundation (Homef), Lagos, www.homef.org. Sur les femmes en particulier, cf., par ex., WoMin, Women, gender and extractivism in Africa, http://womin.org.za.

[17Pour l’expression de cette néomanie, cf. par exemple, le site www.afrikatech.com.

[18Walter Rodney, « Panafricanisme et lutte des classes » (1974-1975), Période, http://revueperiode.net/panafricanisme-et-lutte-des-classes/.

Jean Nanga

est militant du CADTM en Afrique, il collabore régulièrement à la revue Inprecor.