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Vidéos : Retour sur la séance du 1er mars 2016 au Parlement européen « Restructuration de la dette – Reconstruction de la démocratie »
par Eric Toussaint , Maria Lucia Fattorelli , Cephas Lumina , Zoe Konstantopoulou
14 mars 2016

Lors de la rencontre du 1er mars 2016 qui s’est tenue au Parlement européen à Bruxelles sur le thème « Restructuration de la dette - Reconstruction de la démocratie », de nombreux membres de la Commission pour la vérité sur la dette grecque se sont réunis.

Cette séance encadrée par Nikolaos Chountis, vice-ministre du gouvernement Tsipras 1 (janvier-juillet 2015), député européen d’Unité Populaire depuis septembre 2015 (en remplacement de Manolis Glezos), a apporté de nouveaux éclaircissements sur les diktats imposés par les créanciers et les autorités européennes à la Grèce, à la lumière des conclusions tirées dans le rapport de cette Commission.

Nous vous proposons de revenir sur quatre interventions en particulier. Zoé Konstantopoulou, ex-Présidente du Parlement grec (février-octobre 2015) qui est à l’initiative de la création de la commission d’audit ; Eric Toussaint, porte-parole du CADTM International et coordinateur scientifique de la commission ; Maria-Lucia Fattorelli, également membre de la commission et coordinatrice de l’audit citoyen de la dette au Brésil ; Cephas Lumina, membre de la commission, Professeur, ancien rapporteur indépendant auprès du Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies, et spécialiste de l’impact des dettes extérieures sur l’exercice des droits humains.

Zoé Konstantopoulou : « Le rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque a effrayé les créanciers »

Si certain.e.s avancent avec raison une capitulation du gouvernement Tsipras en juillet 2015, Zoé Konstantopoulou met davantage en avant une trahison de celui-ci, autant envers le peuple grec qu’envers les engagements du parti Syriza. Cette trahison s’exprime encore par l’attitude négative adoptée par le gouvernement Tsipras II envers la Commission pour la vérité sur la dette grecque et son refus de s’appuyer sur les résultats de l’audit de la dette grecque.
Par ailleurs, Zoé Konstantopoulou revient sur les véritables causes de la crise grecque causée entre ingérence de la Troïka et corruption multiple, tout en revenant sur les résultats éclairants du rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque.


Eric Toussaint : « La crise de la dette publique grecque : une narration mensongère »

Après être revenu sur le lien existant entre la création de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et l’importance de la naissance préalable de l’initiative d’audit citoyen ‘ELE’ en Grèce en 2011 créée avec une très forte participation citoyenne d’en bas, Eric Toussaint décrypte la « narration mensongère » pratiquée par les autorités européennes visant à camoufler le sauvetage des banques privées françaises, allemandes et grecques.

Cela ne constitue qu’un des nombreux exemples du double langage employé par les autorités européennes à l’image de Jean-Claude Trichet, Manuel Barroso ou encore Dominique Strauss-Kahn pour cacher la vérité sur la dette publique grecque. Eric Toussaint met notamment en exergue que la Grèce n’est pas un cas particulier, des mécanismes similaires ayant opéré en Irlande, au Portugal ou encore en Espagne.


Maria-Lucia Fattorelli : « Avant toute action, il faut qu’il y ait un audit de la dette »

Maria-Lucia Fattorelli décrypte le système-dette. Ce processus sans légitimité, rongé par la corruption, fonctionne comme un instrument permettant de transférer les ressources vers le secteur financier au détriment de l’économie des Etats. Le système-dette voit une immixtion permanente du FMI, accompagné des pouvoirs financiers visant à promouvoir les privilèges des créanciers.

Dans le cas de la Grèce, elle met en avant deux mécanismes qui ont notamment créé de la dette : la création d’instruments financiers avec les swaps de Goldman Sachs ou encore le Fonds européen de stabilité financière (FESF).

Forte de son expérience en Amérique du sud, Maria-Lucia Fattorelli établit un parallèle entre la situation grecque actuelle et le Brésil, l’Argentine ou encore l’Equateur avec le plan Brady dans les années 1990.


Cephas Lumina : « Le Club de Paris n’a aucune légitimité »

Selon les principes des Nations unies adoptés et approuvés par le conseil des droits de l’Homme en 2012, la préservation des droits humains fondamentaux dans le pays concerné prime sur les droits des créanciers.

En dépit de leur présence dans les textes internationaux et les juridictions internationales, ses principes n’ont jamais été appliqués par les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis qui réfutent, à tort, la légitimité de l’ONU de pouvoir délibérer sur les questions de restructuration de la dette.

Cephas Lumina invoque ici le rôle majeur joué par le Club de Paris, organisation sans aucune légitimité, et le FMI dans la promotion des intérêts des créanciers au détriment de la protection des droits humains fondamentaux.

Vous pouvez également consulter l’entièreté de cette séance en bas de page de cet article :
Des eurodéputés de la Gauche et des Verts soutiennent la Commission pour la vérité sur la dette grecque - Un nouveau début pour la Commission, avec sa transformation en association et l’élaboration d’un rapport sur le système bancaire grec


Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

Maria Lucia Fattorelli

CADTM Brésil et coordinatrice nationale de l’audit citoyen de la dette du Brésil. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque. A participé aussi à l’audit de la dette de l’Équateur en 2008.

Cephas Lumina

membre de la Commission pour la vérité de la dette grecque, professeur de droit public à l’Université Fordham (Pretoria-Afrique du Sud), ancien rapporteur indépendant du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, spécialiste de l’impact des dettes et d’autres obligations économiques internationales des États sur les Droits de l’Homme, notamment dans les domaines des droits économiques, sociaux et culturels et rédacteur en 2013 d’un rapport spécial sur la Grèce du Conseil des Nations Unies sur les Droits de l’Homme.

Zoe Konstantopoulou

avocate et femme politique grecque. Ex-députée du parti de la gauche radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier 2015 en Grèce, a été la plus jeune présidente de la Vouli (Parlement grec), de janvier à octobre 2015, et la deuxième femme seulement à exercer cette fonction. Dès son élection elle mandata, en avril 2015, un audit de la dette publique grecque avec la formation de la Commission pour la vérité sur la dette publique. Zoé Konstantopoulou s’est opposée à la trahison du résultat du référendum du 5 juillet 2015 par le gouvernement d’Alexis Tsipras. En 2016, elle a fondé une nouvelle organisation politique appelée Trajet de Liberté.