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Notre première du lobby tour de la dette à Bruxelles !
par Chiara Filoni
12 décembre 2016

Les rues de Bruxelles et en particulier le tristement célèbre quartier européen cachent [1] tout un tas d’institutions financières liées à la machine à fabriquer de la dette tant au niveau national qu’européen et international.
C’est pour cette raison que le CADTM Belgique a décidé d’organiser le 19 novembre dernier un « tour guidé » critique de ces institutions. Une trentaine de personnes y ont participé... ainsi que les marionnettes de notoires personnages et des animaux bizarres !


Premier arrêt (au 30 Avenue des Arts) : l’agence de la dette, évidemment au cœur du système dette, fait partie du Trésor belge. Cette institution est chargée de la gestion de la dette publique fédérale, qu’elle gère de manière opaque, et dont le financement est influencé par les investisseurs privés et la libéralisation des taux d’intérêts. Un exemple de l’opacité de cette agence : il est impossible pour quelconque de connaître l’identité des détenteurs de la dette publique ou d’avoir d’autres informations de ce type via l’agence de la dette.


C’est justement vers un des principaux créanciers des dettes publiques que le tour se dirige ensuite : le siège bruxellois de Goldman Sachs (Square de Meeûs – 38/40), symbole d’un système bancaire puissant et arnaqueur, fortement lié aux autorités politiques européennes. Cette banque, déjà impliquée dans le maquillage des comptes publics de la Grèce lors de son entrée dans la zone euro en 2001, compte aujourd’hui plusieurs amendes et litiges concernant ses investissements dans les subprimes et autres produits dérivés. [2]
La banque a annoncé, il y a plusieurs mois, le recrutement de José Manuel Barroso, ancien premier ministre du Portugal et Président de la Commission européenne de 2004 à 2014. [3] Et on nous parle d’une séparation stricte entre le contrôleur et le contrôlé !? A vous de juger !!

Dans le même bâtiment, se situe le siège de l’ISDA - Association Internationale des Swaps et Dérivés- une des institutions censées promouvoir des pratiques de management “sûres” (c’est ce qu’ils disent sur le papier) comme par exemple les dérivés, c’est-à-dire les instruments financiers qui sont à l’origine de la crise bancaire de 2007-2008 ! Les fonds spéculatifs Aurélius et Elliott, qui viennent de faire plier l’Argentine aux termes d’un procès qui a duré 10 ans, sont également représentés par cette institution. La spécialité de ces fonds ? Spéculer sur les dettes de certains pays en difficulté économique comme ceux du Sud (mais pas seulement comme le démontre le cas de la Grèce en 2012) [4] en les rachetant à prix cassé, pour ensuite attaquer les États en justice et exiger un remboursement plein pot qui peut allerjusqu’à 2000% de leur mise de départ.

Arrêt suivant : un autre créancier “d’excellence” (surtout pour l’État belge), la banque Belfius (il y a beaucoup d’agences Belfius à Bruxelles, nous avons choisi celle en rue de la Loi 82 qui était sur notre parcours !). Belfius est la nouvelle mue dela banque belge Dexia, qui a fait l’objet d’une série de sauvetages sur fonds publics en 2008, 2011 et 2012. Des sauvetages, qui -parmi d’autres bien entendu- sont responsables, de l’accroissement de la dette publique belge qui est passée de 87% du PIB en 2007 à 113% en 2016. Aujourd’hui Belfius, nettoyée de tous les crédits toxiques venant de Dexia, s’avère sous contrôle de l’État belge, qui en est actionnaire à 100%, bien que sa gestion se cantonne encore à une maximalisation des profits. La campagne “Belfius est à nous !” cherche à informer la population de cette situation et à proposer une véritable gestion publique et la socialisation de la banque au profit de l’intérêt général. [5]

Notre tour se conclut « en beauté » avec la Commission européenne et la Banque Centrale européenne (BCE) (Rue de la Loi 200 et au 223 le Representative office de la BCE), l’incarnation publique du pouvoir de la finance et des multinationales à l’échelle européenne. La Commission avec ses 30,000 lobbyistes [6] est non seulement la gardienne des traités de l’UE (comme l’indique ses statuts), mais aussi le cœur pulsant de la politique néolibérale européenne. Les lettres secrètes envoyées aux États membres demandant plus de flexibilisation du marché du travail et plus de coupes dans les dépenses de santé, d’éducation, de culture...afin de rentrer dans les fameux critères de Maastricht [7], sont un des exemples les plus concrets de l’influence de cette institution dans la gestion de comptes publics des États membres et dans l’application de l’austérité au prétexte du remboursement de la dette publique.

Le vautour est toujours là..il faudrait le chasser à un moment..

La BCE, la grande amie des banques, leur rachète massivement à partir de 2010 des titres de la dette grecque, espagnole, portugaise et italienne dans le but de les soulager de ces investissements risqués. De plus, elle poursuit sa politique d’assouplissement quantitatif permettant aux banques privées de se renflouer à des taux historiquement bas [8], sans oublier l’application de mesures d’ajustement macroéconomiques imposées en Grèce à travers sa participation à la Troika. [9]

Si vous avez raté cette première et que vous êtes curieux et curieuses de découvrir ce tour, pas des stress : on vous attend au printemps pour la deuxième édition du tour, avec plein de nouvelles surprises et animations !

Relecture par Anouk Renaud
Merci à Ludivine Faniel et Giorgio Grasso pour les photos !


Notes :

[1Le verbe cacher n’est pas employé ici au hasard, car nous avons pu constater que bien souvent le nom des institutions ne figure pas sur la façade des bâtiments où elles se trouvent, voire même sur leur sonnette, comme dans le cas de l’ ISDA (http://www2.isda.org/about-isda/contact-us/) ou de Goldman Sachs (http://www.goldmansachs.com/who-we-are/locations/)

[7Les critères de convergence (ou « critères de Maastricht » ) sont des critères établis en 1991-1993 par le Traité de Maastricht et fondés sur des indicateurs économiques que doivent respecter les pays membres de la zone euro. Parmi ces critères on trouve : la stabilité des prix (le taux d’inflation annuel d’un État membre donné ne doit pas dépasser de plus de 1,5 % la moyenne des trois États membres présentant les taux d’inflation annuels les plus bas), le déficit public inférieur à 3 % du PIB, dette publique inférieure à 60 % du PIB

Chiara Filoni

CADTM Belgique