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Grèce : Le rejet des dettes illégitimes, un combat qui rassemble
par Eric Toussaint
19 juillet 2017

Près de deux cents personnes s’étaient rassemblées dans le cinéma en plein air Dexameni (dans le quartier de Kolonaki) à Athènes le lundi 17 juillet pour assister à une conférence et à la projection de deux documents réalisés en liaison avec le CADTM. L’activité était organisée conjointement par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque et par l’association Justice pour tous. La vidéo d’animation intitulée « La dette grecque, une tragédie européenne » a été projetée en début de séance. Cette vidéo qui a été réalisée par l’équipe liégeoise des productions du Pavé et par le CADTM a été très applaudie.

Parmi les militants et militantes qui s’étaient réunis ce soir là on reconnaissait différentes figures provenant d’un large éventail de la gauche qui résiste aux mémorandums : Zoe Konstantopoulou (l’ex-présidente du parlement grec, qui est aussi fondatrice du mouvement politique Trajet de Liberté), trois ex-ministres du gouvernement Tsipras 1 (Panagiotis Lafazani, Dimitri Stratoulis et Nadia Valavani, membres tous les trois d’Unité Populaire), le juriste Nikos Konstantopoulos (ex-président de Syriza, au début des années 2000), Aris Chatzistefanou (le réalisateur des films Debtocracy, Catastroïka,… et animateur du site Infowar), Leonidas Vatikiotis (co scénariste de Debtocracy et de Catastroïka), Moisis Litsis du CADTM grec, Kostas Bitsani (compagnon de l’eurodéputée Sofia Sakorafa, retenue à Bruxelles ce soir-là), Antonis Ntavanelos (ex-membre du bureau politique de Syriza) et Sotiris Martiris (tous deux membres de DEA et d’Unité Populaire), Stathis Kouvelakis (ex-membre du Comité central de Syriza, membre d’Unité populaire), Diamantis Karanastasis, un des animateurs de Trajet de Liberté, Marie Laure Coulmin, coordinatrice du livre collectif Les Grecs contre l’Austérité ; des militants syndicaux, et beaucoup de citoyens et de citoyennes qui ne participent pas habituellement aux réunions de la gauche radicale. Une vraie réussite dans un contexte où l’unité d’action entre celles et ceux qui résistent est plus nécessaire que jamais. Il est rare de voir une telle diversité et c’est important de souligner que la lutte contre les dettes illégitimes constitue une thématique qui peut faire converger tout ce monde.
Ce n’était pas facile à réaliser.

Le lieu de la projection n’avait pas été choisi par hasard : le cinéma en plein air appartient au syndicat des travailleurs de l’entreprise publique de distribution d’eau, que le gouvernement grec est disposé à privatiser sous la pression des créanciers. Dans le sous-sol du cinéma qui est situé sur un flan de la colline Licabeth, se trouve le principal château d’eau d’Athènes. Après l’intervention très applaudie d’un dirigeant syndical qui a expliqué le combat contre la privatisation de l’eau, trois prises de parole ont été réalisées : Léonidas Vatikiotis, Nikos Konstantopoulos et moi-même. Dans mon intervention qui était consacrée au thème Allemagne/Grèce : qui doit à qui ?, j’ai annoncé que le mercredi 19 juillet, une délégation de la gauche allemande allait remettre à l’eurogroupe à Bruxelles une pétition signée en Allemagne par 170 000 personnes qui se prononcent contre la privatisation de l’eau en Grèce. Andrej Hunko, député au Bundestag fera partie de la délégation qui la remettra. Léonidas Vatikiotis a dénoncé la campagne orchestrée par le gouvernement et par la presse dominante sur le thème : la Grèce retourne sur les marchés financiers, tout va bien. Nikos Konstantopoulos a plaidé pour une bataille en faveur du rétablissement de la primauté des droits humains par rapport aux droits des créanciers.

La séance a dû être interrompue car, fait exceptionnel à Athènes en juillet, il s’est mis à pleuvoir. Zoe Konstantopoulou a dû prendre la parole dans le bar du cinéma et il n’a pas été possible de procéder à la projection du film L’audit de la dette de Maxime Kouvaras. Ce sera partie remise.

L’activité du lundi 17 juillet a été précédée dix jours plus tôt par une conférence internationale organisée par le parti Unité populaire (LAE) créé en août-septembre 2015 par la gauche de Syriza, qui a protesté contre la capitulation de juillet 2015.

La conférence a eu lieu le vendredi 7 juillet dans un quartier populaire d’Athènes, il y avait dans la salle plus de 200 participants attentifs. Le titre de la conférence : La réponse de la gauche en Europe contre l’Union Européenne du néolibéralisme, de l’austérité et du racisme. Ont pris la parole Nikos Chountis, eurodéputé d’Unité populaire, ex-vice ministre dans le premier gouvernement Tsipras ; Yannis Albanis, ex porte-parole de Tsipras, membre du réseau de gauche radicale grecque ; Djordje Kuzmanovic, de la France Insoumise ; Jesús Romero, député de Podemos, membre d’Anticapitalistas, Andalousie-Espagne ; Filipe Teles, du magazine « Praxis », Portugal ; Constantin Braun, Die Linke, Allemagne ; John Rees, écrivain et activiste, Royaume-Uni ; et moi-même pour le CADTM. 

La conférence était réellement intéressante. Dans la salle étaient présent-e-s Zoe Konstantopoulou, qui anime le mouvement politique Trajet de Liberté (qui a pris la parole le lendemain à une autre conférence réalisée dans le cadre de ce festival organisé par unité populaire), Costas Isychos, ex-vice ministre de la défense (janv - juin 2015), Dimitris Stratoulis (ex-vice ministre des retraites (janv - juin 2015), Panagiotis Lafazanis (ex ministre du nouveau modèle productif et de l’énergie (janv - juin 2015), de nombreux syndicalistes...

Le Conseil d’administration de la commission pour la vérité sur la dette grecque s’est réuni à Athènes le 11 juillet avec la participation de Zoé Konstantopoulou, Giorgos Kassimatis, Leonidas Vatikiotis, Thanos Contargyris et moi-même.

Nous avons fait le point sur les activités que la commission a réalisées à Athènes ces derniers mois. Notamment la réunion publique du 4 avril 2017 (2 ans après le début officiel des travaux de la commission au parlement grec) avec près de 150 personnes, 60 personnes ont laissé leurs coordonnées en souhaitant apporter leur soutien à la poursuite des travaux. Le Conseil d’Administration de la commission a discuté des prochaines activités et de la participation des 60 volontaires répartis en plusieurs groupes de travail.

Un livre en grec reprenant une partie de mes travaux sur la Grèce, publié par RedMarks, a été présenté à Athènes le 11 juillet en soirée dans le centre culturel La Commune. Une centaine de personnes étaient présentes. La salle principale était tout à fait remplie avec plus de 70 personnes. Une trentaine de personnes suivaient la présentation via écrans et diffuseurs dans 3 autres pièces. Le média alternatif Pressproject transmettait en streaming. Sont intervenus au cours de la présentation : Panos Kosma, Panagiotis Lafazanis (ex ministre du gouvernement Tsipras 1, leader de l’Unité populaire), Zoe Konstantopoulou (ex-présidente du parlement grec, dirigeante du mouvement politique Trajet de Liberté) et moi-même.

En résumé : la lutte pour l’abolition des dettes illégitimes réclamées à la Grèce se poursuit.

L’article traduit en grec


Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.