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Version 2.0 de Un nouveau piège de l’endettement du Sud au Nord
Évolution de la dette extérieure des PED entre 2000 et 2019
Partie 1
par Eric Toussaint , Milan Rivié
11 janvier 2021

Nous publions une version actualisée des 3 premières parties de la série « Un nouveau piège de l’endettement du Sud au Nord » réalisée en septembre-octobre 2020.

Fin des années 1990, à l’aube du troisième millénaire, les pays en développement (PED) sortent d’une crise de la dette sans précédent, les « décennies perdues du développement », qui avait été initiée en 1982 par l’annonce du défaut de paiement du Mexique. Entre 1980 et 1999, il y a eu pas moins de 280 opérations de restructuration de la dette.

Face à la pression populaire et à l’ampleur de la crise, à cette époque, les créanciers ont mis en place des financements d’urgence ou des initiatives d’allègement de dettes. Depuis 1982, ces mesures servent surtout à assurer la continuation du service de la dette afin que les créanciers ne soient pas affectés par une suspension généralisée des paiements de dettes comme cela était arrivé dans les années 1930.

De plus, les nouveaux crédits accordés par les institutions multilatérales comme le FMI et la Banque mondiale sont assortis de conditionnalités qui ont largement affaibli les États et ont renforcé leur dépendance à l’endettement extérieur.

Ces politiques néolibérales ont également entraîné une dégradation des services publics de santé et cela a des conséquences très graves sur la capacité des pouvoirs publics à affronter la pandémie du Covid19.

De plus, la levée des protections douanières et la suppression des aides aux petits producteurs locaux les ont gravement affectés. Sans compter que, entre 2000 et 2019, la dette extérieure totale des PED a quadruplé et qu’en 2020, 19 pays étaient en suspension de paiement partiel ou total. Une nouvelle crise de la dette est en cours même si son extension et son approfondissement sont ralentis par la poursuite de la politique des taux d’intérêts très bas, proches de zéro, au Nord.

Si la crise est ralentie, c’est parce que cette politique des bas taux d’intérêt appliqués par les banques centrales du Nord combiné à l’injection massive de liquidités dans les circuits financiers par les mêmes banques centrales a pour conséquence que le grand capital du Nord continue à acheter des titres de la dette du Sud.

Le grand capital du Nord (ainsi que les capitalistes du Sud) continue à acheter des titres du Sud car ils offrent des rendements beaucoup plus élevés que les titres de la dette publique du Nord. Les capitalistes du Nord sont convaincus que si un grand nombre de pays du Sud est amené à suspendre le paiement de la dette en conséquence de la crise mondiale qui provoque une chute de leurs revenus en devises, le FMI et la Banque mondiale accorderont massivement de nouveaux prêts afin d’empêcher une situation généralisée de cessation de paiement. Ils sont persuadés qu’en tant que créanciers privés, ils seront prioritaires pour recevoir les remboursements car les crédits du FMI et d’autres organismes seront accordés à la condition que l’argent prêté serve en priorité à rembourser les créanciers privés. Et si, malgré tout, ils doivent faire face à certaines pertes, les capitalistes du Nord savent qu’ils pourront compter sur l’aide des puissants États du Nord sous la forme d’allègements d’impôts et d’aides financières. Pour les capitalistes, c’est : « Face : je gagne, pile : tu perds ». Ils gagnent à tous les coups ou presque.

Dans la première partie de cette série consacrée à l’évolution de la dette depuis le début des années 2000, nous analyserons en particulier les rapports entre le stock de la dette et les transferts nets. Les parties suivantes étudieront les menaces sur la dette des PED d’un point de vue global et par région.

1. Architecture de la dette extérieure des PED

Commençons par étudier l’architecture de la dette extérieure des PED du point de vue des créanciers (nous avons arrondi les chiffres fournis par la Banque mondiale concernant l’endettement des PED en 2019 – données indiquées en milliards $US) :

et du point de vue des débiteurs :

2. Évolution de la dette extérieure des PED entre 2000 et 2019

2.1 Liste des PED par catégories de revenu

Population des 135 PED en 2019 : 6 438 millions

  • Dont population des pays à faible revenu [1] en 2019 : 668 millions
  • Dont population des pays à revenu intermédiaire [2] en 2019 : 5 769 millions

Liste des 29 PED à faible revenu [3] : Afghanistan, Burkina Faso, Burundi, Centrafrique, Corée du Nord, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Haïti, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Ouganda, République démocratique du Congo, Rwanda, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Syrie, Tadjikistan, Tchad, Togo, Yémen.

Liste des 50 PED à revenu intermédiaire inférieur : Angola, Algérie, Bangladesh, Bénin, Bhoutan, Bolivie, Cambodge, Cameroun, Cap Vert, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Eswatini, Ghana, Honduras, Inde, Kenya, Kirghize Rép., Kiribati, Laos, Lesotho, Maroc, Mauritanie, Micronésie, Moldavie, Mongolie, Myanmar, Népal, Nicaragua, Nigeria, Ouzbékistan, Pakistan, Palestine, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Philippines, Salvador, Salomon (Îles), São Tomé et Principe, Sénégal, Sri Lanka, Tanzanie, Timor oriental, Tunisie, Ukraine, Vanuatu, Vietnam, Zambie, Zimbabwe.

Liste des 56 PED à revenu intermédiaire supérieur : Afrique du Sud, Albanie, Argentine, Arménie, Azerbaïdjan, Belize, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Botswana, Brésil, Bulgarie, Chine, Colombie, Costa Rica, Cuba, Dominique, Équateur, Guinée équatoriale, Fidji, Gabon, Géorgie, Grenade, Guatemala, Guyana, Indonésie, Irak, Iran, Jamaïque, Jordanie, Kazakhstan, Kosovo, Liban, Libye, Macédoine du Nord, Malaisie, Maldives, Marshall (Îles), Mexique, Monténégro, Namibie, Paraguay, Pérou, République dominicaine, Russie, Samoa, Samoa américaines, Serbie, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et Grenadines, Suriname, Thaïlande, Tonga, Turkménistan, Turquie, Tuvalu, Venezuela.


Tableau 1 : Évolution du stock de la dette et du transfert net (extérieure totale et publique) des PED entre 2000 et 2019

en milliards de $US Total PED
Dette extérieure
totale
 [4]
Dette extérieure publique
(long-terme)
 [5]
Dette due à la
BM (long-terme)
 [6]
Stock total Transfert net Stock total Transfert net Stock total Transfert net Avec prise en compte
de la commission [7]
2000 2040,8 -102,94 1324,24 -40,77 190,42 0,14 0,04
2001 2045,77 -52,8 1314,99 -26,31 193,36 -0,05 -0,15
2002 2093,97 -80,27 1387,81 -45,8 202,93 -6,92 -7,02
2003 2286,99 -7 1454,58 -59,79 213,92 -7,83 -7,93
2004 2434,51 13,49 1483,83 -50,98 222,14 -2,32 -2,43
2005 2429,27 25,75 1309,2 -93,14 213,46 -1,74 -1,84
2006 2635,5 73,11 1246,13 -107,7 187,31 -5,3 -5,41
2007 3143,18 323,28 1353,02 8,13 197,43 -0,5 -0,61
2008 3367,57 57,2 1413,84 -8,66 204,19 2,1 1,99
2009 3618,48 41,99 1596,47 52,02 220,57 12,96 12,79
2010 4301,43 571 1733,83 114,42 238,5 19,65 19,46
2011 5061,19 551,9 1869,16 82,88 242,21 2,52 2,38
2012 5612,79 391,28 2069,05 138,95 252,04 8,72 8,59
2013 6380,93 616,61 2259,03 140,18 265,86 10,18 10,03
2014 6821,78 328,53 2404,04 124,24 270,11 11,77 11,61
2015 6340,39 -537,48 2414,66 13 278,09 13,78 13,6
2016 6623,4 6,25 2559,34 65,9 287,41 10,22 10,06
2017 7317,42 479,61 2882,44 174,98 310,58 7,8 7,64
2018 7718,98 245,83 3053,04 107,9 319,73 8,99 8,81
2019 8139,14 72,52 3270,76 102,09 337,74 12,35 12,15

Montant de la dette extérieure publique des pays à faible revenu :

  • en 2000 : 83,7 milliards de dollars
  • en 2019 : 127 milliards de dollars

Montant de la dette extérieure publique des pays à revenu intermédiaire :

  • en 2000 : 1 239,5 milliards $US
    - Dont pays à revenu intermédiaire inférieur : 407,7 milliards $US
    - Dont pays à revenu intermédiaire supérieur : 831,7 milliards $US
  • en 2019 : 3 143,7 milliards $US
    - Dont pays à revenu intermédiaire inférieur : 988,5 milliards $US
    - Dont pays à revenu intermédiaire supérieur : 2 155,2 milliards $US


2.2 Explications sommaires

Le tableau 1 porte sur la période 2000-2019 [8]. Cette longue période comporte les mesures d’allègement de dettes appliquées par les créanciers publics (les États du Nord, le FMI, la Banque mondiale, les autres banques multilatérales régionales) suite à la crise de la dette du Tiers-Monde [9] débutée dans les années 1980.

Le grand capital du Nord et les capitalistes du Sud continuent à acheter des titres du Sud car ils offrent des rendements beaucoup plus élevés que les titres de la dette publique du Nord

La colonne 2 présente l’évolution du stock de la dette extérieure totale de l’ensemble des PED pour lesquels la Banque mondiale fournit des données [10] (dette à long terme, dette due et garantie par les pouvoirs publics des PED ainsi que la dette due par les entreprises privées des PED qu’elle soit à court ou à long terme). Intitulée « dette extérieure publique », la colonne 4 présente l’évolution du stock total de la dette extérieure à long terme seulement due et/ou garantie par les pouvoirs publics des PED. La colonne 6 intitulée « dette à l’égard de la Banque mondiale » présente l’évolution du stock de la dette extérieure à long terme des PED due à la Banque mondiale (BIRD et IDA).

Les colonnes 3, 5, 7 et 8 présentent le transfert net sur la dette sur les trois types de stocks évoqués ci-dessus.

Le transfert net sur la dette représente la différence entre ce qu’un pays reçoit sous forme de prêts et ce qu’il rembourse (capital et intérêts compris, appelé également service de la dette). Si le montant est négatif, cela signifie que cette année-là, le pays a remboursé davantage de prêts qu’il n’en a reçu (voir encadré).

Encadré : Le débat interne à la Banque mondiale sur le calcul du transfert net

En 1984, ce débat provoque un vrai remue-ménage dans la Banque mondiale. Une équipe d’économistes de la Banque mondiale produit un rapport qui remet en cause la manière dont la Banque présente les flux sur la dette extérieure [11]. Jusque-là, la Banque ne prenait en compte que les flux nets sur la dette (nets flows on debt) qu’elle définit comme la différence entre le capital prêté et le capital remboursé, sans y intégrer les intérêts... Pour l’équipe d’économistes, il faut au contraire inclure dans le calcul les intérêts remboursés.

Selon l’approche de la Banque mondiale, le transfert reste positif tout au long de la période prise en considération (1980-1987). Mais selon l’approche défendue par cette équipe d’économistes, le résultat est totalement différent. Positif jusqu’en 1982, le transfert net devient négatif à partir de 1983. Il est tout à fait justifié de calculer le transfert net sur la dette, en défalquant des montants prêtés les montants remboursés au titre de l’amortissement du capital et des intérêts versés. D’ailleurs, dans la mesure où la crise a été provoquée par la hausse des taux d’intérêt, on ne peut ni la visualiser ni la comprendre sans prise en compte de cette dimension.

A la lecture du rapport, les principaux dirigeants du staff réagissent négativement. Pour Ernest Stern, vice-président pour le département des Opérations de la Banque, il n’est pas question de présenter le paiement des intérêts comme un poids, il ne s’agit que d’une rémunération du capital prêté [12]. Sortant d’une réunion de la Réserve fédérale, il déclare dans un mémorandum destiné à la direction de la Banque : « La question des transferts nets […] a fait l’objet d’une véritable avalanche de commentaires négatifs de certains gouverneurs ainsi que d’autres participants. La Banque a aussi été attaquée par certains intervenants pour avoir mis en avant cette question [13]. »

Pour la direction de la Banque, ce débat affecte directement ses intérêts en tant que créancier. La Banque (tout comme le FMI) veut maintenir à tout prix son statut de créancier privilégié. Ainsi, elle peut prétendre être remboursée avant les autres créanciers (privés ou bilatéraux). Dans une note interne préparant un discours que le président de la Banque doit prononcer au Forum économique de Davos en janvier 1984, Ernest Stern explique que l’on doit refuser de demander aux banques privées de maintenir des transferts nets positifs (en incluant le paiement des intérêts) car cela pourrait se retourner contre la Banque mondiale. Cette exigence pourrait alors s’appliquer également à la Banque. Il faut donc noyer le poisson en ne parlant que de prêts nets (ou de flux nets sur la dette), c’est-à-dire en excluant du calcul le remboursement des intérêts.

Voici un extrait de cette note interne : « Si l’on tient les banques commerciales pour responsables dans le maintien de transferts nets … on dit alors que … la Banque mondiale elle-même pourrait être accusée de ne pas maintenir des transferts nets positifs. Ailleurs, nous mettons au contraire en avant que ce qui distingue la Banque mondiale des autres banques et justifie un traitement distinct en matière de rééchelonnement, c’est que nous garantissons des prêts nets – pas des transferts nets. Si nous acceptons l’argument des transferts nets dans un discours du Président, nous affaiblissons considérablement notre position qui consiste à rejeter des tentatives de nous imposer un rééchelonnement quand nos transferts nets deviendront négatifs [14]. »

La fin de l’extrait ci-dessus révèle deux points importants : 1) le dirigeant de la Banque mondiale prévoit déjà que le transfert net entre la Banque et ses clients va devenir lui aussi négatif ; 2) il craint qu’en conséquence, la Banque ne puisse plus refuser le (rééchelonnement) des dettes qu’on lui doit.

Une raison supplémentaire motive la Banque dans son refus de parler de transferts nets négatifs. Dans les années 1980, les pays à revenu intermédiaire comme le Mexique, le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, la Yougoslavie, sont les principaux pays affectés par la crise de la dette. Ils sont aussi les principaux clients de la Banque mondiale. Ces pays la financent au travers du paiement des intérêts (qui s’ajoutent au remboursement du capital emprunté). En effet, la Banque mondiale réalise des résultats positifs grâce aux intérêts payés par les pays à moyens revenus qui ont recours à ses services. Les pays riches ne financent pas la Banque mondiale (la BIRD) car celle-ci emprunte sur les marchés financiers. La Banque mondiale, via sa branche IDA, prête aux pays pauvres (pour en savoir plus sur l’origine de l’IDA et la raison de son existence voir l’annexe à la fin de l’article). Bref, ce sont les pays endettés à revenu intermédiaire qui permettent à la Banque de prêter aux pays pauvres à bas taux d’intérêt sans faire de perte. Il est vital pour la Banque de dissimuler cette réalité car sinon, les pays à revenu intermédiaire pourraient exiger d’avoir un droit de regard sur la politique que la Banque mène à l’égard des pays les plus pauvres. Or la définition de cette politique est une prérogative des pays riches qui dirigent la Banque.

Aujourd’hui encore, elle dissimule la commission qu’elle perçoit sur chaque prêt qu’elle octroie. Cette commission varie dans la majorité des cas entre 0,75 % et 1 % du montant total prêté ce qui est considérable. Suite à la pandémie de Covid-19 et des différentes mesures de financement d’urgence mise en place par les IFI, la Banque mondiale (et le FMI) a de nouveau fait valoir son statut de créancier privilégié. D’une part, en exigeant des pays endettés le remboursement d’arriérés de paiement à son égard afin d’être éligible à l’ISSD (Initiative de suspension du service de la dette). D’autre part, en excluant toute annulation de ses créances, même partielle, afin, selon la Banque mondiale, de conserver une bonne note sur les marchés financiers.
Tous les PED (en millions de dollars)
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987
Total de la
dette externe
541 629 716 782 826 929 1.020 1.166
Transfert net
sans intérêts payés
95 97 83 45 42 38 36 48
Transfert net
avec intérêts payés
51 41 20 -14 -22 -28 -25 -13
Source : World Bank, Global Development Finance 2005
Tous les PED (en millions de dollars)
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
Total de la dette
extérieure publique
due à la BM
190,42 193,36 202,93 213,92 222,14 213,46 187,31 197,43
Transfert net
sans intérêts payés
7,79 7,43 -0,31 -2,34 2,36 2,96 0,05 5,43
Transfert net
avec intérêts payés
0,11 -0,08 -6,94 -7,85 -2,35 -1,76 -5,33 -0,53
Source : World Bank, International Debt Statistics 2020
Source de cet encadré : Éric Toussaint, Banque mondiale : le Coup d’État permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington, édition Syllepse, Paris, 310 pages (2006), chapitre 15.


2.3 Interprétation du tableau

On peut distinguer deux périodes. Une première courant de 2000 à 2007-2008. Une seconde courant jusqu’en 2019.

Première période : De 2000 à 2007-2008, la dette extérieure totale stagne puis augmente à un rythme mesuré à compter de 2003. De 2 040,8 en 2000, elle atteint 3 143,18 milliards de $US en 2007. La dette extérieure publique reste quant à elle à un niveau constant sur l’ensemble de la période, passant de 1 324,24 en 2000 à 1 353,02 milliards de $US en 2007.

Dans le même temps, le transfert net (de la dette extérieure totale et publique) est largement négatif. Cela signifie que les PED remboursent plus qu’ils n’empruntent.

Plusieurs facteurs conjoncturels entrent en compte. Une majorité de PED vient de vivre ou subit encore une crise majeure de l’endettement et est limitée dans ses agissements. Bien que suivant une pente descendante entre 2000 et 2008, les hauts taux d’intérêt des principales banques centrales attirent les investissements vers les pays occidentaux tout autant qu’ils refroidissent les velléités d’emprunt des PED. Dans cette conjoncture, les liquidités à investir sont plus rémunératrices dans les pays du Nord. Pour les pays du Sud, c’est essentiellement une période de reflux des capitaux. Sévèrement impactés par les plans d’ajustement structurel exigés par les créanciers, plusieurs PED procèdent en parallèle à des remboursements anticipés pour se libérer des conditionnalités des créanciers officiels (créanciers bilatéraux et multilatéraux). C’est le cas notamment du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay, des Philippines, de l’Indonésie, de la Thaïlande, du Nigeria, de l’Algérie ou encore de la Russie qui profitent d’un rebond du prix des matières premières dès 2005 pour utiliser les devises étrangères engrangées au remboursement de la dette extérieure.

En l’espace de 7 années, les PED remboursent aux créanciers 424,5 milliards de $US, l’équivalent de 3 plans Marshall (voir encadré). Pourtant, la dette extérieure (totale et/ou publique) ne diminue pas.

Encadré : Le Plan Marshall [15]

Entre 1948 et 1951, les États-Unis consacrent plus de treize milliards de dollars de l’époque (dont onze milliards en dons) au rétablissement de dix-sept pays européens dans le cadre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE, aujourd’hui l’OCDE). Le montant total de l’aide correspond à un peu plus de 140 milliards de dollars de 2020. Les États-Unis demandent aux États acceptant l’aide plusieurs contreparties : d’abord que les pays européens coordonnent les dépenses de reconstruction au sein de l’OECE. Pour renforcer le bloc opposé au bloc soviétique, les États-uniens ont ainsi contribué à la coopération européenne, prélude à la construction européenne. Ensuite, les États-Unis exigent que l’argent serve à acheter des produits de l’industrie américaine.



En plus des dons accordés dans le cadre du Plan Marshall, il faut ajouter l’annulation partielle en 1946 de la dette de la France à l’égard des États-Unis (2 milliards de dollars annulés). De même la Belgique bénéficie de la part des États-Unis d’une réduction de dette en compensation de l’uranium fourni pour la fabrication des deux premières bombes atomiques américaines lâchées au-dessus des villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, y provoquant le premier holocauste nucléaire. L’uranium provenait de la mine de Shinkolobwé (près de Likasi ex-Jadotville) situé dans la province du Katanga au Congo belge.


Le raisonnement de Washington qui a abouti aux dons du Plan Marshall : Offrir l’argent plutôt que le prêter


La préoccupation du gouvernement des États-Unis à l’issue de la seconde guerre mondiale est de maintenir le plein emploi atteint grâce au colossal effort de guerre. Il veut également garantir un surplus commercial dans les relations des États-Unis avec le reste du monde [16]. Or les principaux pays industrialisés susceptibles d’importer les marchandises des États-Unis sont littéralement sans le sou. Pour que les pays européens puissent acheter des produits américains, il faut leur fournir des dollars en grandes quantités.

Mais sous quelle forme ? Des dons ou des prêts ?

Dit simplement, le raisonnement des États-Unis est le suivant : si nous prêtons aux Européens qui sont dans notre camp l’argent qu’ils vont utiliser pour nous acheter ce dont ils ont besoin pour reconstruire leur économie, avec quoi vont-ils nous rembourser ? Les dollars que nous leur avons prêtés, ils ne les auront plus puisqu’ils les auront utilisés pour faire leurs achats chez nous. Dès lors il n’y a que trois possibilités. Première possibilité : ils remboursent en nature. Deuxième possibilité : ils remboursent en dollars. Troisième possibilité : nous leur donnons l’argent aussi longtemps que ce sera nécessaire.

Prenons la première possibilité : s’ils nous remboursent en nature plutôt qu’en dollars, leurs produits vont concurrencer les nôtres sur notre marché intérieur, le plein emploi va être menacé chez nous, les profits de nos entreprises vont chuter. Ce n’est pas une bonne solution.

Prenons la deuxième possibilité : ils remboursent en dollars. Les dollars que nous leur avons prêtés, ils les ont déjà utilisés pour acheter nos produits. En conséquence, pour qu’ils puissent nous rembourser, nous devons leur prêter une deuxième fois le même montant (qu’ils nous doivent), plus l’intérêt. Le risque de repartir dans un cycle incontrôlable d’endettement (bloquant ou ralentissant à nouveau la bonne marche des affaires) se combine avec le risque évoqué dans la première possibilité. Si les Européens essayent de ne pas accumuler des dettes à notre égard, ils vont venir vendre sur notre marché leurs produits en concurrençant nos entreprises. Ainsi ils obtiendront une partie des dollars nécessaires à nous rembourser. Mais cela ne suffira pas pour les désendetter. En plus, cela fera baisser l’emploi chez nous [17].

Il reste la troisième possibilité : plutôt que de prêter massivement de l’argent aux Européens (via la Banque mondiale ou d’une autre manière), il convient de leur donner la quantité de dollars nécessaires à la reconstruction de leur économie, dans une période relativement courte. Les Européens utiliseront les dollars reçus pour acheter des biens et des services fournis par les États-Unis. Cela garantira un débouché pour les exportations américaines et, en conséquence, le plein emploi. Une fois la reconstruction réalisée, les Européens non endettés seront en mesure de payer la facture de ce qu’ils nous achèteront.

Source de cet encadré : Éric Toussaint, Banque mondiale : le Coup d’État permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington, édition Syllepse, Paris, 310 pages (2006), chapitre 4

Seconde période : A compter de 2008, la situation s’inverse sensiblement. En 11 ans, la dette extérieure va plus que doubler. De 3 367,57 à 8 139,14 milliards de $US pour la dette extérieure totale. De 1 413,84 à 3 270,76 milliards de $US pour la dette extérieure publique.

La courbe des transferts nets est renversée, elle devient positive. Les PED empruntent plus qu’ils ne remboursent.

Plusieurs facteurs sont à considérer. Le principal concerne les effets de la crise des subprimes. En 2007, la bulle des crédits subprimes éclate aux États-Unis. Très vite, la crise se propage à l’ensemble des grandes banques occidentales, toutes interconnectées. Le monde financier panique et craint un effondrement du système. Appelés à la rescousse, les États du Nord sauvent ces banques par un endettement public massif permis par l’intermédiaire des politiques de quantitative easing [18] appliquées en urgence par les principales banques centrales (Réserve fédérale des États-Unis, Banque centrale européenne, etc.). Les taux d’intérêts directeurs des banques centrales atteignent des niveaux historiquement bas. De 4,75 % et 4,25 % en 2007, les taux de la Fed et de la BCE passent respectivement à 0,25 % et 1 % en 2009, puis 0,5 % et 0,05 % en 2015. Soulagés, les investisseurs cherchent alors à investir leurs importantes liquidités dans les secteurs les plus rémunérateurs. La dette des PED leur offre cette perspective. Côté créancier, les profits à réaliser auprès des PED sont supérieurs à une économie occidentale en crise. Côté emprunteur, ils bénéficient de taux d’intérêt plus intéressants qu’à l’accoutumée. Dans le même temps, on assiste de 2008 à 2013 au « super cycle des matières premières », avec des prix aux sommets inégalés jusque-là. En conséquence, les PED augmentent leurs réserves de change grâce à leurs revenus d’exportation en hausse. Disposant d’une conjoncture favorable, ardemment courtisés par les investisseurs et poussés par les institutions financières internationales à recourir aux financements privés pour développer leurs infrastructures, les PED sont incités à s’endetter massivement, principalement via l’émission d’obligations sur les marchés financiers. Pour les pays du Sud c’est une période d’afflux de capitaux.

Les parties suivantes étudieront les menaces sur la dette des PED d’un point de vue global et par région.

Annexe : Pourquoi et comment la branche AID de la Banque mondiale a-t-elle été créée ?

Dès le début des activités de la Banque mondiale, les gouvernements des pays en développement, à commencer par ceux d’Amérique latine suivis ensuite par l’Inde, fin des années 1940-début des années 1950, ont critiqué le fait qu’il n’existait pas pour eux de facilités équivalentes au plan Marshall, lequel était limité à l’Europe.

Les prêts de la Banque sont accordés au taux d’intérêt du marché tandis que l’aide du plan Marshall était principalement attribuée sous forme de don. Une partie mineure de l’aide du Plan Marshall consistait en prêts sans intérêt ou à des taux d’intérêt inférieurs à ceux du marché. Ne disposant pas de Plan Marshall, les PED proposent la création d’un nouvel organe onusien, c’est-à-dire basé sur le système « un pays, une voix » facilitant les prêts à leurs industries : le SUNFED.

Le SUNFED (Special United Nations Fund for Economic Development) est alors mis en place fin des années 1950.

De 1950 à 1960, plusieurs pays du Tiers Monde ainsi que l’URSS et la Yougoslavie avaient mené systématiquement campagne au sein de l’ONU afin de donner corps au SUNFED, puis de le renforcer. Le gouvernement des États-Unis et ceux des autres grandes puissances industrielles, eux, ne veulent pas entendre parler d’un fonds spécial contrôlé par l’ONU et séparé de la Banque mondiale.

Parmi les raisons qui poussent les PED à exiger la mise en place d’une agence spécialisée de l’ONU pour financer leur développement, figure la question du droit de vote en son sein. Ils veulent une agence de l’ONU de manière à garantir l’application de la règle « un pays, une voix » par opposition à la règle de type censitaire appliquée à la Banque. C’est pour la même raison, mais en sens inverse, que les États-Unis et les autres puissances s’opposent frontalement à la proposition : les quelques pays riches veulent éviter d’être mis en minorité.
En 1958, le SUNFED, ce Fonds spécial des Nations unies est habilité à financer les préinvestissements dans les PED.

Malheureusement, le camp des pays du Tiers Monde se divise rapidement. L’Inde, qui au départ soutenait le SUNFED, change de camp et devient favorable à la deuxième contre-proposition des États-Unis. Celle-ci consiste en la création d’une Association internationale de développement (AID) liée à la Banque mondiale, comme alternative au SUNFED [19]. Le lobby indien pro-Washington est persuadé que l’Inde sera avantagée par l’AID car les grandes puissances qui dominent les institutions de Bretton Woods comprendront la nécessité de privilégier l’Inde en raison de la place stratégique qu’elle occupe. Et l’Inde voit juste : dès la première année de l’existence de l’AID, elle reçoit 50 % de ses prêts.

Le gouvernement des États-Unis, en proposant la fondation de l’AID, veut faire d’une pierre deux coups : d’une part, empêcher les Nations unies de poursuivre le renforcement du SUNFED et de répondre ainsi aux besoins des PED ; d’autre part, trouver un moyen d’utiliser les réserves en monnaies des PED que le Trésor états-unien avait accumulées depuis 1954 grâce à la vente de ses surplus agricoles dans le cadre de la loi 480 [20]. Plusieurs auteurs s’accordent à considérer que c’est le sénateur Mike Monroney de l’Oklahoma qui lança l’idée le premier : il soumet une résolution au Sénat qui propose l’établissement de l’AID en coopération avec la Banque et propose que les réserves en monnaies non convertibles soient versées à cette agence afin d’accorder des prêts à long terme et à bas taux d’intérêt, remboursables eux-mêmes en monnaie locale. Un des objectifs est de fournir des prêts à des pays pauvres afin que ceux-ci puissent acheter des surplus agricoles nord-américains [21]. Le président de la Banque Eugène Black déclarera plus tard : « En réalité, l’AID était une idée conçue pour contrer le désir d’un SUNFED » [22]. Il vaut la peine ici de citer les historiens de la Banque mondiale, Mason et Asher qui affirment : « En tant qu’organisation internationale affiliée à la Banque mondiale, l’AID est une fiction sophistiquée. Appelée « association » et dotée de statuts, de fonctionnaires, de membres de gouvernements à profusion et de tous les signes extérieurs des autres agences internationales, elle n’est, pour le moment, qu’un fonds administré par la Banque mondiale » [23].

Les États-Unis ont apporté au départ 42 % des fonds de l’AID, ce qui leur a assuré là-aussi la prédominance.

Parallèlement à la création de l’AID, le CAD (Comité d’aide au Développement de l’OCDE) est mis en place à Paris. Il s’agit de la structure qui « coordonne » l’aide au développement bilatérale des États les plus industrialisés. Le SUNFED est alors définitivement enterré, les États-Unis ont imposé les institutions qu’ils sont assurés de contrôler.

Source de cette annexe : Éric Toussaint, Banque mondiale : le Coup d’État permanent. L’Agenda caché du Consensus de Washington, édition Syllepse, Paris, 310 pages (2006), chapitre 3.


Notes :

[1Sont considérés par la Banque mondiale à faible revenu, les pays ayant un PIB annuel par habitant inférieur ou égal à 1 035 $US.

[2Sont considérés par la Banque mondiale à revenu intermédiaire, les pays ayant un PIB annuel par habitant compris entre 1 036 $US et 12 535 $US. La catégorie est elle-même subdivisée entre les pays à revenu intermédiaire inférieur (PIB annuel par habitant compris entre 1 036 $US et 4 045 $US, et les pays à revenu intermédiaire supérieure ayant un PIB annuel par habitant compris entre 4 045$US et 12 535 $US).

[3La liste des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire se réfère à celle déterminée par la Banque mondiale. Voir « World Bank Country and Lending Groups », consulté le 3 décembre 2020. Disponible à : https://datahelpdesk.worldbank.org/knowledgebase/articles/906519-world-bank-country-and-lending-groups

[4Les données comprennent la dette extérieure totale à court et long terme.

[5Les données comprennent la dette extérieure publique à long terme, dont celles dues au FMI.

[6Les données comprennent les montants dus à la BIRD et à l’AID.

[7La Banque mondiale met à charge des pays emprunteur une commission qui varie entre 0,25 % et 1 % sur chaque prêt accordé par la BIRD, et 0,75 % sur ceux de l’IDA. Nous avons réalisé une estimation basse et avons pris en compte ces frais de commissions car en réalité les pays reçoivent moins que ce que la Banque mondiale veut laisser croire dans les statistiques qu’elle publie.

[8Au moment de la rédaction du chapitre, les chiffres disponibles sur le site de la Banque mondiale courent jusqu’au 31 décembre 2019.

[9Nous faisons ici en particulier référence à l’initiative pays pauvres très endettés (I-PPTE) et à l’initiative pour un allègement de la dette multilatérale (I-ADM), respectivement lancées en 1996 et 2005 à destination de 39 pays.

[10Sauf mention contraire, les données fournies dans ce chapitre sont issues de l’International Debt Statistics de la Banque mondiale. Y sont référencés 122 pays en voie de développement. Parmi les pays pour lesquels la Banque mondiale ne fournit pas de données : Cuba, Irak, Libye, Corée du Nord. Pour de plus amples détails voir : https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/32382/9781464814617.pdf?sequence=7&isAllowed=y

[11IBRD, Operations Policy Staff, « Debt and Adjustment in Selected Developing Countries », SecM84-698, 1984 in KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, p. 615.

[12Fax message, Ernest Stern to Luis de Azcarate, director, CPDDR, May 15, 1984 in KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, p. 616

[13Memorandum, Ernest Stern to members of the Managing Committee, “Conference at the Federal Reserve Bank of New York,” May 11, 1984, p. 1 in KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, p. 616

[14Memorandum, Ernest Stern to Munir Benjenk, “Draft Speech For Davos”, January 16, 1984, p. 2, in KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, p. 616

[15Information et tableau tirés de l’encyclopédie Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Marshall

[16C’est bien ce qui s’est passé : la balance commerciale des États-Unis qui était déficitaire est restée positive jusqu’en 1971. Cela signifie qu’entre la deuxième guerre mondiale et 1971, les exportations des États-Unis étaient supérieures à leurs importations.

[17“L’opposition à un remboursement sous forme d’importations est une constante de ce pays au motif que cela provoque une concurrence pour les producteurs nationaux et contribue au chômage » Randolph E. Paul. 1947. Taxation for Prosperity, Bobbs-Merrill, Indianapolis, cité par PAYER, Cheryl. 1991. Idem., p.20.

[18Le quantitative easing consiste en une politique de rachats massifs des titres de la dette privée et publique permise par la création monétaire et ayant pour objectif affiché de relancer l’économie suite à une période de crise. Pour une analyse critique voir Éric Toussaint, « 2007-2018 : Les causes d’une crise financière qui a déjà 11 ans », CADTM, 25 juillet 2018. Disponible à : https://www.cadtm.org/2007-2018-Les-causes-d-une-crise-financiere-qui-a-deja-11-ans

[19KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 1127

[20VAN DE LAAR, Aart. 1980. p.57 ; GWIN, Catherine, in KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. p. 206 ; MASON Edward S. et ASHER, Robert E. 1973. p.386-387.

[21KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1, p. 1128

[22“IDA was really an idea to offset the urge for SUNFED”, MASON et ASHER, p.386.

[23MASON et ASHER, p.380-381.

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

Milan Rivié

CADTM Belgique
milan.rivie @ cadtm.org
Twitter : @RivieMilan