printer printer Cliquer sur l'icône verte à droite
Investiture du premier Président noir des Etats-Unis : Obama démarre avec la greffe Clinton
par Momar DIENG
26 janvier 2009

Le premier Président afro-américain devra tenir ses promesses de campagne qui ont coïncidé avec la plus grave crise économique et financière que l’Amérique connait depuis quelques décennies. Barack peut bien tourner le dos aux politiques de désastre menées par Georges Bush Jr depuis plusieurs années, mais sera-t-il en mesure d’échapper à la griffe des oligarchies financières de Wall Street dont d’éminents représentants ont été intégrés à l’équipe de rupture qu’il avait promis de mettre sur pied après son élection ? Aura-t-il les moyens politiques d’une approche plus juste de la question palestinienne en dépit de ses amours déclarés envers Israël ? Autant de questions qui témoignent de la réalité des incertitudes qui entourent cette présidence tant souhaitée de par le monde.

Ce 20 janvier 2009 est, pour des dizaines de millions d’Américains, un formidable évènement politique qu’il sera difficile d’égaler, même au pays de tous les miracles possibles. L’intronisation du métis Barack Hussein Obama (BHO) à la tête des Etats-Unis d’Amérique constitue pour eux le début d’une « ère nouvelle » après plusieurs décennies de souffrance morale et citoyenne dans ce qui est considéré, à tort ou à raison, comme la plus achevée des démocraties pluralistes dans le monde. L’espoir, ou mieux même, l’espérance est sans doute justifiée au regard des sacrifices consentis par les uns et les autres au cours d’une campagne électorale impitoyable et longue. Elle est également justifiée, cette espérance, car BHO jouit d’une extraordinaire légitimité à l’orée d’une présidence qui sera absolument difficile, l’une des plus périlleuses de l’histoire des Etats-Unis.
C’est justement en rapport avec les attentes, sans fin, suscitées par la victoire du désormais ex-sénateur de l’Illinois qu’il serait possible d’apprécier les perspectives de progrès, de mieux-être, de sécurité ainsi offertes après la fin de huit années de cauchemar républicain. Or, selon nombre d’observateurs privilégiés de la vie politique américaine, la prudence doit être de rigueur car, tant au plan politique que dans le domaine économique, les choix opérés par le Président élu laissent perplexe et sont même en mesure d’empêcher la rupture tant attendue.
Si Obama a été préféré au très affable républicain John Mc Cain, il le doit en particulier à ses promesses d’améliorer le niveau de vie de ses compatriotes frappés, comme rarement cela a été le cas dans l’histoire, par d’irresponsables politiques économique et sociale dont l’un des aboutissements tragiques a été la crise dite des subprimes. BHO veut changer l’économie et la mettre au service des Américains, mais certains de ses choix sont discutés et sévèrement contestés. Contre toute attente, il a fait appel au service d’ultras libéraux connus pour leur intransigeance en faveur du marché autorégulateur.

DES ECONOMISTES GRILLES

Le plus critiqué d’entre eux, relèvent les spécialistes, est Lawrence Summers. Ancien Secrétaire au Trésor sous Clinton, économiste en chef de la Banque mondiale entre 1991 et 1993, cet homme de 54 ans est un partisan acharné de la déréglementation au niveau international. Par ces méthodes et convictions appliquées aux traitements « inhumains » des crises économiques et financières des années 80 et 90 (Chili, Argentine, Indonésie, Thaïlande, Corée du Sud…), il est considéré aujourd’hui encore comme un des icônes du Capitalisme le plus productiviste, ce qui n’est pas tout à fait un éloge. Nommé directeur du Conseil économique national de la Maison Blanche, Summers devrait reconsidérer certaines de ses positions dont celle, catastrophique, sur l’Afrique. « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés… Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. » (Eric Toussaint & Damien Millet, Obama choisit ceux qui ont échoué, Edition internationale de Voltaire, 1er décembre 2008). Question de transparence et de lutte contre la corruption, ce protégé « soumis » au banquier David Rockefeller, comme le précise l’économiste canadien Michel Chossudovsky, est le principal « artisan de l’infâme Financial services Modernization Act (Ndlr : Loi de modernisation financière), qui, purement et simplement, légitima le délit d’initié et la manipulation financière ». C’est en effet sous son impulsion qu’a été supprimé en 1999 le Glass Steagall Act, une disposition « pertinente » datant du New Deal de Roosevelt destinée à endiguer les dérives financières et la corruption à grande échelle. En cela, il est étiqueté comme un déclencheur à la fois immédiat et lointain de la banqueroute financière qui sévit officiellement depuis le 15 septembre 2008. Patron jusqu’avant sa nomination d’un fonds spéculatif dénommé D.E. Shaw Group, Lawrence Summers, « sioniste notoire » se voit reconnaître néanmoins de réelles qualités de gestionnaire dues à sa très bonne connaissance des arcanes de Wall Street. Chossudovsky indique par exemple que Shaw Group, alors que les mastodontes financiers de la place boursière de New York périclitaient, augmentait ses revenus de 22% par rapport à l’année 2007. On lui attribue bien volontiers une « médecine économique » catastrophique lorsqu’il servait à la Banque mondiale, avec une devise qui en disait long sur son idéologie : « Souffrance à court terme pour gains à long terme. » Même le Sénégal en sait quelque chose !

Désigné directeur du Conseil pour la Reconstruction économique, Paul Volcker, 81 ans, est un vieux cheval de retour. Ancien président de la Fed (Banque centrale), c’est à lui qu’a été imputé la « déréglementation financière » ayant « favorisé la foule de faillites, fusions et acquisitions menant à la crise financière de 1987. Il est aussi marqué que le remuant Timothy Geithner, nommé Secrétaire au Trésor. Geithner est un « élève » de Summers et de Robert Rubin, le dernier Secrétaire au Trésor de Bill Clinton. Un « trio infernal » prêt à « défendre les grandes institutions financières, sourd aux droits humains fondamentaux bafoués aux Etats-Unis comme ailleurs suite aux politiques économiques qu’il défend avec véhémence », s’insurgent Eric Toussaint et Damien Millet. Le Président Barack Obama avait promis aux Américains un tout autre destin que celui d’un « capitalisme du désastre » pour reprendre l’expression de Naomi Klein.

UNE DIPLOMATIE ULTRA PRO-ISRAELIENNE

L’autre volet des interrogations relatives aux nominations du nouveau président américain concerne le secrétariat général de la Maison Blanche et le Département d’Etat. Le premier poste, stratégique par nature, a été confié depuis longtemps à Rahm Emanuel. Ce réserviste officier de renseignement israélo-américain qui a servi comme civil lors de la première guerre du Golfe, est la cheville ouvrière de l’Administration Obama. Sa nomination intervenue au lendemain de la présidentielle du 4 novembre est pour Barack Obama à la fois une façon de récompenser celui qui a été un de ses plus actifs collecteurs de fonds pour la campagne électorale. C’est aussi un gage donné à Israël et à la très puissante communauté juive américaine. A 48 ans, Emanuel est en effet un sioniste partisan d’une ligne de soutien inconditionnel à l’Etat hébreux. Sur la question des Territoires occupés par Israël par exemple, il ne s’est jamais gêné pour dire haut et fort que l’assassinat de dirigeants politiques palestiniens est « clairement justifiée comme l’application du droit à l’autodéfense » d’Israël. Dans l’échec de l’achat de six ports américains par la société Dubaï Ports World, Emanuel a cosigné la lettre de dissuasion envoyée au Président Bush par quelques dizaines d’élus américains en 2006. « Les Emirats Arabes Unis se sont engagés à fournir un soutien financier au gouvernement de l’Autorité Palestinienne dirigée par le Hamas et participe ouvertement au Boycott de la Ligue Arabe contre Israël », lit-on dans la correspondance. Pour Rahm Emanuel et ses amis, cette transaction « mettrait non seulement en danger la sécurité des ports américains, mais renforcerait la capacité des Emirats Arabes Unis à renforcer le régime du Hamas et ses efforts pour promouvoir le terrorisme et la violence contre Israël ». (Toms Williams, Dems Tie Israel, Ports, Forward, 10 mars 2006).

Après les joyeusetés de la campagne électorale et son appui franc et massif à Obama, Hillary Clinton s’est quasiment imposée comme une Secrétaire d’Etat incontournable après qu’il lui a été exigé que son mari Bill Clinton rende public les noms des bienfaiteurs de la fondation qu’il dirige. Sa grande proximité avec Israël que l’on juge opportuniste fait dire à des observateurs qu’elle est l’une des rares personnalités américaines qui entre à l’ambassade de l’Etat juif à Washington sans prendre rendez-vous ! Elle mènera une vraie politique d’alignement sur les positions d’Israël dans le conflit palestinien.
Dans cette entreprise qui prend, pour elle, les allures d’une mission religieuse depuis sa conversion au Sionisme chrétien, Hillary Clinton peut compter sur deux secrétaires d’Etat adjoints tout aussi convaincus qu’elle et « amis » d’Israël, James Steinberg, un ancien conseiller à la Sécurité nationale, et Jacob Lew, un poulain de l’ancienne Secrétaire d’Etat Madeleine Albright. Steinberg, faut-il le rappeler, a été un des rédacteurs du discours pro-israélien prononcé par le candidat Obama le 4 juin 2008 devant l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le plus puissant des lobbies juifs.


Momar DIENG