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Forum social mondial 2004
Le CADTM à Mumbai
par Denise Comanne
11 février 2004

La délégation CADTM au Forum social de Mumbai était composée d’une vingtaine de délégués (Inde, Sénégal, Mali, Côte d’ivoire, Niger, Congo Brazzaville, République démocratique du Congo, Belgique, France, Suisse, Espagne).

Une démarche importante a marqué notre intervention : le souci de convergence. Dès la phase d’inscription des ateliers et séminaires, nous avons pris langue avec Jubilé Sud (Argentine, Brésil, Philippines...), les organisations européennes (Réseau citoyen pour l’Abolition de la Dette extérieure - RCADE, Espagne, Jubilé Allemagne...), les membres et partenaires asiatiques du CADTM (Vikas, Inde) et nos partenaires d’Amérique latine actifs sur la dette écologique, afin de ne pas faire double emploi dans les activités sur la dette et de multiplier ainsi leur impact. Cette démarche s‘est avérée payante au niveau de la participation du public à nos activités. A terme, elle renforce surtout notre travail commun. Elle s’inscrit dans la ligne proposée pour les prochains FSM : privilégier les regroupements, avancer ensemble sur un thème - sans redites, sans concurrence, sans « vedettariat » - de manière à faciliter l’organisation d’actions communes.

Le CADTM et ses partenaires se sont alors concentrés sur quelques thèmes forts : l’accès à l’eau comme bien commun inaliénable (l’Inde subit en ce moment de fortes attaques à ce sujet : privatisation de rivières, pompage de l’eau par Coca-Cola, etc.), le financement alternatif du développement, la dette odieuse (en mettant en exergue le cas de l’Irak), la responsabilité des pays riches industrialisés dans la dette écologique, la responsabilité pénale des institutions financières internationales - entre autres. Les délégués du CADTM ont pris la parole dans pas moins d’une quinzaine de conférences. Les interventions ont été prises en notes et synthétisées de manière à paraître au plus vite sur le site du CADTM.

Pendant toute la durée du Forum, le CADTM a tenu un stand aux côtés de l’organisation indienne partenaire, Vikas, partageant les généreux nuages de poussière soulevés par les milliers de personnes circulant dans les grands halls du Nesco, site industriel désaffecté. Les ventes de publications en anglais ont connu un beau succès, et le fichier d’adresses du réseau s’est utilement étoffé.

Le CADTM a été très actif également dans l’assemblée des mouvements sociaux : un de ses représentants a participé à la rédaction de la déclaration finale. Suivant les décisions de celle-ci, les membres du CADTM feront ainsi le maximum pour faire réussir la manifestation contre la guerre et l’occupation de l’Irak le 20 mars prochain, dans tous les pays où ils sont implantés.

Le CADTM a en outre fait partie du groupe de contact chargé d’évaluer les différentes positions entre les mouvements sociaux qui étaient répartis au FSM et dans d’autres initiatives qui ont eu lieu en même temps (Mumbai Résistance 2004, notamment). Il n’a pas été possible de trouver un accord à ce sujet - mais pas de quoi désespérer. Quand tout le monde est d’accord et se retrouve au même endroit, les médias parlent de « grand-messe », mais s’il y a des désaccords - et comment n’y en aurait-il pas quand on pense au nombre de mouvements qui entrent en contact au niveau planétaire -, ils parlent de « crise » du mouvement altermondialiste !

Le mouvement se construit patiemment : par rapport aux enjeux, le débat est essentiel pour gagner ces convergences. On oublie parfois que le processus du FSM n’a que quatre ans d’existence, que le mouvement « altermondialiste » n’est pas beaucoup plus vieux, et qu’il y a encore quelques années, personne n’aurait osé espérer le succès de ses mobilisations, aux quatre coins de la planète, que ce soit contre les réunions de l’OMC ou contre la guerre... Le succès du FSM de Mumbai est donc un pas de plus dans le renforcement du mouvement et de sa capacité de mobilisation - désormais y compris en Inde et en Asie.


Denise Comanne

Féministe engagée dans les luttes locales et internationales contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat, Denise Comanne avait créé le CADTM aux côtés d’Éric Toussaint et d’autres militant-e-s.
Révolutionnaire infatigable, Denise aura milité jusqu’au bout dans les mouvements sociaux.
Elle est décédée le 28 mai 2010, brutalement, peu après avoir participé activement à un Forum sur le cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo.