printer printer Cliquer sur l'icône verte à droite
Espagne : La reconnaissance de l’illégitimité de la dette en Europe et en Espagne et la proposition du non-paiement de celle-ci
Devant la perspective d’un sauvetage des banques qui alourdira la dette publique de l’Espagne, des experts et militants proposent un audit citoyen de la dette
par Campaña Quién Debe a Quién
12 octobre 2011

La rencontre « Viviendo en deudocracia : la deuda en los paises del Norte, aprendiendo del Sur » (Vivre en dettocratie : les pays du Nord amenés à apprendre de l’expérience du Sud), qui a réuni pendant deux jours plus de 300 participants, s’est terminée dimanche 9 octobre par une réunion à laquelle 20 organisations et des militants des mouvements sociaux dont les Indignés ont commencé à travailler ensemble pour l’organisation dans notre pays d’un audit citoyen sur la dette.

La rencontre organisée par le réseau pour l’abolition de la dette extérieure « ¿Quien debe a quien ? (Qui doit à qui ?) » qui s’est tenue vendredi 7 et samedi 8 octobre à Madrid a vu la participation de plus de 300 personnes. Pendant la journée, des militants et des experts d’Islande, de Grèce, d’Irlande, du Portugal, de Belgique et de l’Etat espagnol ont discuté de la situation de la dette dans leur pays, de l’approfondissement de la crise dans la zone euro et des alternatives proposées par les mouvements sociaux avec l’apport d’économistes critiques.

La rencontre a débuté vendredi 7 octobre avec un panel qui a abordé les différentes facettes de la crise et ses impacts généraux mais aussi plus spécifiques comme ceux relatifs à l’environnement, au travail ou à des questions financières. L’une des interventions les plus appréciées a été celle d’Amaia Pérez Orozco, experte en économie féministe, qui a analysé les impacts de la crise sur les femmes. Pour Pérez Orozco « la crise a conduit à des coupes dans les politiques d’égalité entraînant une augmentation des inégalités et de la dette sociale envers les femmes qui sont celles qui, par leur travail et les soins non rémunérés, permettent la reproduction sociale. » Les alternatives doivent aller dans le sens d’un nouveau modèle socio-économique basé sur un nouveau système financier et productif « respectueux de l’environnement » et assurant la justice sociale, des emplois décents et l’égalité pour garantir à tous et toutes « une vie digne d’être vécue. »

Samedi 8 Octobre, la journée a commencé avec l’intervention d’Eric Toussaint président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde en Belgique (CADTM), membre de la Commission d’audit intégral de la dette de l’Equateur et conseiller sur la dette publique pour plusieurs gouvernements latino-américains, qui a dénoncé « le caractère illégitime de la dette européenne dont l’augmentation est largement due aux politiques fiscales régressives et aux sauvetages du secteur financier. De plus, l’augmentation de la dette répond au chantage des marchés qui exigent l’imposition de plans d’austérité qui entraînent la violation des droits humains. " Eric Toussaint a examiné la situation de la dette dans les pays du Sud dans le but de montrer la ressemblance entre les programmes d’ajustement dans ces pays au cours des 30 dernières années et les mesures imposées en Europe aujourd’hui.

Dani Gómez-Olivé, chercheur à l’Observatoire de la Dette dans la Globalisation , a analysé la situation de la dette espagnole, indiquant l’accumulation de la dette privée, comme centrale par rapport à la dette publique. « Nous vivons dans notre pays une dictature financière qui impose aux citoyens le poids de la dette accumulée par le secteur privé pour financer la spéculation immobilière et les exportation de nos créanciers comme l’Allemagne« , a déclaré Gómez-Olivé,  »la réponse à y opposer est la répudiation et la mobilisation pour revendiquer nos droits. "

Compte tenu de l’éventuel défaut de la Grèce, Leonidas Vatikiotis, journaliste et économiste grec qui a conseillé les réalisateurs du documentaire « Debtocracy », a commenté les raisons de ne pas payer la dette et de ne pas accepter les « solutions » de restructuration proposées par l’Union Européenne. « Les propositions des créanciers cherchent à faire de la Grèce une zone franche avec de nouvelles, coupes budgétaires et des privatisations. Compte tenu de cela, nous disons : nous ne devons pas d’argent, nous ne payons pas, et ajoutons, nous ne vendons pas, nous nous opposons au plus important processus de privatisation d’Europe ». Luis Bernardo, d’ATTAC Portugal, a présenté le problème de l’endettement dans son pays comme la conséquence de la « financiarisation de l’économie, qui a conduit à la concentration des richesses et une augmentation des inégalités au Portugal, où 60 familles à elles seules contrôlent 40 % de la richesse et bénéficient de paradis fiscaux comme Madère. "

Les intervenants et le public ont convenu de la nécessité d’auditer la dette pour analyser ce qui se cache derrière celle-ci, quels en ont été les responsables et les bénéficiaires et surtout pour faire la lumière sur son illégitimité. Andy Storey, porte-parole de l’ONG Action from Ireland, enseigne l’économie politique du développement à l’Université de Dublin, nous a raconté son expérience récente en matière d’audit public de la dette souveraine irlandaise : « Nous avons constaté que les deux tiers de la dette publique sont dus à la nationalisation de la dette privée lors du sauvetage des banques. Nous savons que le poids de cette dette publique retombe sur les citoyens avec les mesures d’ajustements mais nous n’avons pas réussi à savoir qui sont les créanciers  ». Gunnar Skuli Armannsson d’ATTAC Islande a expliqué comment les citoyens islandais ont refusé à deux reprises par référendum de payer la dette aux autorités anglaises et néerlandaises. Gunnar Skuli a mentionné dans son discours que le mouvement des Indignés a été source d’inspiration pour les Islandais.

Les conclusions de la rencontre soulignent que la dette privée est au cœur du problème. De ce fait la dette souveraine résultant du renflouement des banques est illégitime. La transformation du système financier et de crédit est cruciale pour mettre fin à cette spirale de l’endettement. Cette transformation consisterait à récupérer la souveraineté sur la politique monétaire et à nationaliser les banques et le crédit pour les mettre au service du public. Au-delà de leurs impacts sociaux injustes les mesures d’ajustement et restrictions budgétaires ne sont pas à même d’aider à résoudre la crise, il est par conséquent nécessaire de construire à partir des mouvements sociaux des alternatives à celles-ci. Au centre de ces alternatives l’audit de la dette est un processus préalable à la répudiation.

Le dimanche 9 octobre au matin une réunion s’est tenue avec la participation de plus de 50 militants appartenant à une vingtaine d’organisations sociales et une dizaine de comités et d’assemblées locales d’Indignés de différentes villes espagnoles pour évaluer la possibilité de lancer une campagne d’audit de la dette de l’État espagnol. Eric Toussaint (CADTM), Leonidas Vatikiotis (Commission d’Audit en Grèce) et Luis Bernardo (ATTAC Portugal) ont fait part aux participants de précédentes expériences en matière d’audit. Le débat a porté ensuite sur la manière d’effectuer l’audit, les personnes et groupes sociaux qui doivent le réaliser et sa portée. La rencontre a eu un grand impact dans ​​les réseaux sociaux, en particulier Twitter, où le tag # deudocracia (dettocratie) a servi pour communiquer sur ce qui est ressorti de la rencontre. Dans les prochaines semaines le réseau ¿Quien debe a quien ? publiera dans sur son site les différentes présentations des conférenciers ainsi que des résumés et des documents audiovisuels élaborés suite à ces deux jours de formation-débat.


P.S. Le dimanche 9 octobre après-midi, la commission économique des Indignés de la Puerta del Sol de Madrid a invité Eric Toussaint à présenter son analyse de la crise en Europe et des solutions à apporter. 120 personnes réunies sur une pelouse du parc du Retiro au cœur de Madrid ont participé à cette conférence qui a duré trois heures jusqu’à la tombée de la nuit.

Traduction de l’espagnol par Virginie de Romanet.

Campaña Quién Debe a Quién