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Compte-rendu de la rencontre internationale du CADTM
FMI, Banque mondiale : 60 ans, c’est l’âge de la retraite !
par Damien Millet , Julie Castro
9 novembre 2004

Le 9 octobre 2004, le CADTM a organisé à Liège (Belgique) une journée internationale de débats consacrée à la dette et aux institutions financières internationales dans le cadre de la mondialisation néolibérale, ainsi qu’aux résistances qui lui sont opposées aux quatre coins de la planète.

Voici un compte-rendu.

A partir de 9H30, les participants ont été accueillis dans le hall par les rythmes brésiliens du groupe Abada-Capoiera.

Signalons d’emblée que chacun des exposés résumés ci-dessous a fait l’objet d’un débat avec le public.

La séance plénière était présidée par Vicky Goossens (présidente d’ATTAC-Liège) et par Arnaud Zacharie (directeur du service d’étude du Centre national de coopération au développement - CNCD).

FMI ET BANQUE MONDIALE
(intervention d’Eric Toussaint, président du CADTM Belgique)

Déséquilibres originaux et persistants

En 1944, suite à la première conférence monétaire et financière des Nations unies, les vainqueurs de la seconde guerre mondiale ont souhaité mettre en place des mécanismes de régulation qui empêcheraient la survenue de nouveaux krachs financiers et donc de nouvelles guerres. C’est ainsi que le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM) furent créés et contrôlés dès leur naissance par les grandes puissances capitalistes, et parmi elles particulièrement par les Etats-Unis (EU) et la Grande-Bretagne (GB). En effet, bien que 44 pays aient été présents lors de la naissance de ces institutions, certains l’étaient de façon purement formelle (par exemple l’Inde dont les votes étaient automatiquement « donnés » à sa puissance colonisatrice, la GB). Les EU détenaient alors 35% des droits de vote et la GB 14% (plus 5% provenant de l’Inde), soit, à eux deux, plus de 50% des droits de vote. Le déséquilibre extrême entre pays est donc présent dès les origines des IFI (Institutions Financières Internationales), et en quelque sorte constitutif de ces institutions. L’examen des droits de vote en août 2002 montre que le déséquilibre persiste : les EU ont 17% des droits de vote, la Chine 2,94%, l’Inde 2,4%, et l’Arabie Saoudite 3,24%. Au-delà de l’analyse des politiques formulées par les IFI, cette répartition profondément déséquilibrée des droits de vote est révélatrice des rapports de force ainsi que des modalités de prise de décision. En effet, la majorité requise est fixée à l’obtention de 85% des votes, ce qui signifie que les EU et eux seuls possèdent une capacité de veto.

Illustrons cela par un exemple : si 183 des 184 pays présents aujourd’hui dans les IFI venaient à demander une réforme de ces institutions, les EU pourront s’y opposer du fait de cette minorité de blocage !

D’ailleurs, l’ensemble des Etats africains subsahariens, représentés par seulement deux administrateurs (soit un administrateur pour environ 20 pays), a par le passé demandé deux postes supplémentaires, et, sans grande surprise, les EU s’y sont opposés.

Concrètement, les décisions d’importance sont prises par les EU qui en discutent avec les autres grandes puissances à l’occasion de sommets du G7. Il ne reste plus alors qu’à avaliser ces décisions lors des assemblées des IFI. Ce circuit bien rôdé s’est illustré tout récemment, avec les assemblées générales des IFI qui ont eu lieu quelques jours seulement après le G7.

D’ailleurs, qui sont les dirigeants des IFI ? Depuis leurs origines, la tradition veut que le président de la BM vienne des EU, et que le directeur général du FMI soit européen. Aujourd’hui, le président de la BM s’appelle James Wolfensohn, australien d’origine et naturalisé états-unien afin de pouvoir briguer ce poste ! Le directeur général du FMI est Rodrigo Rato, espagnol.

La dette

Quelques chiffres : aujourd’hui la dette extérieure publique et privée des pays en voie de développement s’élève à 2430 milliards de dollars, dont 1530 milliards de dollars pour la part publique. C’est sur cette dernière somme que portent les exigences d’annulation émanant des militants.

On peut aussi définir la dette en fonction des créanciers qui la détiennent :

- La part multilatérale est la part de la dette contractée auprès du FMI, de la BM ou d’autres institutions multilatérales (Banque interaméricaine de développement-BID par exemple). Elle s’élève aujourd’hui à 480 milliards de dollars.

- La part bilatérale est la part due par les pouvoirs publics du Sud aux pouvoirs publics du Nord, et elle s’élève à 430 milliards de dollars. C’est essentiellement le Club de Paris qui gère cette fraction de la dette.

- La part privée est la part due à des banques, fonds de pension, sociétés d’assurance, sociétés vautours, etc. Elle est de 1520 milliards de dollars.

A première vue ces chiffres peuvent sembler exorbitants, mais il est intéressant de les mettre en perspective : la dette extérieure publique de la France est de 1250 milliards de dollars, celle de la Belgique de 280 milliards de dollars, et les dettes totales (publiques et privées) des EU de 29 000 milliards de dollars ! Les dettes publiques du Tiers Monde représentent moins de 5% des dettes mondiales ! L’argument selon lequel l’annulation de la dette des pays du tiers monde provoquerait la banqueroute des Etats et/ou des IFI est donc totalement erroné.

Une dette qui rapporte beaucoup

Alors, si elle pèse si peu dans les l’échiquier financier mondial, pourquoi ne pas l’annuler ? La raison à cela est très simple : le service de la dette rapporte beaucoup, à savoir 350 milliards de dollars par an. Cette somme, qui est donc remboursée par les PVD représente 7 fois l’Aide Publique au Développement (APD), dont une partie est d’ailleurs constituée de prêts.

Depuis la crise de la dette (début des années 80), la dette a été multipliée par 3,4 pour l’Afrique subsaharienne, et par 7 pour l’ex-bloc soviétique. L’Afrique a remboursé 4,2 fois ce qu’elle devait au début des années 80, et se trouve néanmoins 3,4 fois plus endettée aujourd’hui qu’elle ne l’était alors ! Les nouveaux emprunts ne servent donc qu’à financer les anciens emprunts, et ne représentent en aucun cas un apport de fonds pour le développement : c’est ce que l’on appelle le « roll over ».

Mais il faut garder à l’esprit que ce cycle d’endettement conduit à augmenter continuellement le service de la dette. Estimé à plus de 80 milliards de dollars en 1980, il s’élève à plus de 350 milliards de dollars en 2001.

Selon les institions financière sinternationales (IFI), le principal problème des pays en voie de développement (PVD) est le manque structurel d’épargne (c’est-à-dire une insuffisance de capitaux qui pourraient générer un cycle de croissance), et cela explique qu’il faille leur apporter des capitaux. Mais comme nous venons de le voir, les PVD remboursent plus chaque année au titre du service de la dette que ce qu’on leur accorde comme prêts : le transfert net de la dette est négatif. Ainsi, contrairement au discours véhiculé par les IFI et qui légitime l’endettement, le flux d’argent va du Sud vers le Nord. Les prêts n’apportent donc pas de capitaux. Ils servent seulement à entretenir la pompe à soutirer des capitaux du Sud.

(A noter que le transfert net est lui aussi négatif pour la partie prêt de l’APD depuis 1996).

Un autre point est intéressant à relever : si on examine les montants déposés par les capitalistes des PVD dans les banques du Nord et qu’on les compare avec les montants des prêts des banques du Nord accordés à ces mêmes PVD, on réalise que ce sont en fait les capitalistes des PVD qui sont créanciers des banques du Nord ! Il faut donc ajouter à l’analyse de la problématique Nord/Sud la dimension de classe : les capitalistes des PVD volent leurs classes dominées et placent les fonds usurpés dans les banques du Nord. De plus, à partir des places financières du Nord, ils achètent des titres de la dette publique de leur pays d’origine. Cette lecture éclaire le refus des capitalistes des PVD d’annuler la dette : une annulation leur porterait préjudice. Elle ferait diminuer leurs bénéfices.

La dette, instrument de domination

Les choix des IFI sont systématiquement motivés par des critères stratégiques et géopolitiques. A ce titre, les quelques exemples donnés ci-après parlent d’eux-mêmes :

- au Chili, quand Allende fut élu, les prêts accordés par la BM diminuèrent drastiquement, pour réaugmenter en 1973 lors de l’accession au pouvoir d’Augusto Pinochet.

- au Brésil, la BM n’a rien prêté entre 1961 et 1965 (sous le régime progressiste de Joao Goulart). Dès le coup d’Etat en 1965 qui a porté au pouvoir une dictature militaire, la BM s’est mise à prêter de façon massive au Brésil.

- au Zaïre, le rapport Blumenthal, pourtant commandité par le FMI, a conclu à des détournements massifs, ce qui n’a pas empêché de poursuivre (et d’augmenter) les prêts qui constituaient un levier géopolitique particulièrement important dans cette région, sorte de rempart contre les voisins socialistes.

- en Roumanie, la BM a prêté massivement à Ceaucescu afin de l’éloigner le plus possible de l’influence de Moscou.

- très récemment, concernant l’Irak, les EU ont demandé l’annulation totale d’une dette pourtant largement contractée par un régime qui n’avait vraiment rien de démocratique.

LE CAS DE HAÏTI ET DE L’AMERIQUE DU SUD (intervention de Camille Chalmers, secrétaire général de la Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif -PAPDA - Haïti)

Le rôle central des IFI

Le FMI, la BM et la BID jouent un rôle central dans le système de domination mondial. Leur but est de garantir l’hégémonie des grandes puissances, d’organiser et de sécuriser les transferts de valeur du Sud vers le Nord. D’autres mécanismes jouent également ce rôle : la dette, le rapatriement des bénéfices par les multinationales, la fuite des cerveaux, l’échange inégal, la fuite des capitaux grâce à la libéralisation économique, les privatisations...

Les IFI jouent aussi un rôle clé dans la gestion de l’aide publique au développement, présentée comme un mécanisme de redistribution des richesses, alors qu’il s’agit d’un mécanisme d’organisation du pillage, puisque pour un dollar d’aide, entre 8 et 10 dollars sont récupérés par les capitalistes du Nord. Le discours officiel de réduction de la pauvreté cache en fait une accélération de la paupérisation. De plus, les IFI sont censées gérer le système mais on assiste à une accélération des crises. Il y a donc échec technique dans le cadre même du rôle revendiqué par les IFI.

Les IFI jouent également un rôle central dans le discours et la survie de l’idéologie du développement. Elles propagent un discours anti-Etat dans le but de réduire sa présence, un discours économiciste prônant la religion des taux de croissance et le fondamentalisme du marché.

Cette démarche atteint son paroxysme sur le continent américain avec l’ALCA (ou, en français, ZLEA - Zone de libre-échange des Amériques), dans laquelle les droits des entreprises sont supérieurs aux droits humains et à la souveraineté des Etats.

Le modèle productiviste ainsi prôné provoque des dégâts écologiques et des dégâts envers les agricultures dans le Sud, tout en favorisant l’expansion du capital financier.

Dans ce contexte, la corruption est intrinsèquement liée au marché de l’aide et doit être analysée dans son ensemble. Il s’agit avant tout de la valorisation des industries et des capitaux du Nord via le système des conditionnalités.

Par ailleurs la BM et le FMI contrôlent les centres de recherche et de production du discours. Les ministres des Finances ou les gouverneurs de banque centrale au Sud sont souvent d’anciens cadres de ces institutions. Dans certains pays, il n’y a pas de statistiques officielles autonomes et ces pays dépendent de l’expertise du FMI.

Le fonctionnement des IFI rappelle celui des sectes fondamentalistes : le Sud applique les politiques qu’elles préconisent, qui les conduisent à un échec patent, mais le Sud est déclaré responsable, par exemple en stigmatisant la corruption.

Le discours officiel adopté par les IFI est celui du manque : vous êtes pauvres car il vous manque quelque chose (des capitaux, des infrastructures, des technologies...), que le Nord peut fournir. Les mêmes recettes sont donc imposées à des pays fondamentalement différents. Les conditionnalités sont de plus en plus importantes : initialement macroéconomiques (inflation, taux d’intérêts...), elles sont également devenues politiques et institutionnelles (comme les cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté - CSLP).

La « participation », la « lutte contre la pauvreté », la « gouvernance » sont les expressions favorites des IFI, mais les CSLP ne sont que le théâtre de la participation, où les options macroéconomiques ne sont pas discutables. Le contrôle par les IFI des politiques définies dans le Sud est total.

Depuis 1999, la BM et le FMI se livrent à une sorte de mea culpa. En effet, les conséquences négatives des programmes d’ajustement structurel sont indéniables : selon la CNUCED, 45 pays sont plus pauvres qu’il y a vingt ans, parmi lesquels 23 sont en régression rapide.

Aujourd’hui, la gestion politique est globalisée, les Etats ont un rôle réduit et les décisions fondamentales sont prises par d’autres institutions.

La ZLEA qui se prépare est une extension à tout le continent de l’ALENA (ou TLC : Traité de Libre Commerce) instauré entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Elle va entraîner une forte réduction de la production des pays d’Amérique du Sud, au profit des multinationales états-uniennes. Mais des foyers de résistance existent, remarqués par le soulèvement zapatiste de janvier 1994 et structurés par l’émergence de mouvements indigènes nouveaux, non corporatistes, visant une transformation globale de la société.

Le cas d’Haïti

Haïti est un exemple typique de destruction institutionnelle depuis 1982, accélérée en 1986-1987. Le retour au pouvoir du président Aristide en 1994 avec le soutien des Etats-Unis impliquait l’instauration de politiques d’ajustement structurel. Suite à cela, Haïti connut une crise alimentaire sévère et 45 % de la population souffrent de la faim. Pourtant, le pays était autosuffisant en riz auparavant. Mais suite à la libéralisation, les quantités de riz importé des Etats-Unis sont passées de 7000 tonnes en 1985 à 350000 tonnes en 2003, pendant que la production locale baissait de 134000 tonnes à 76000 tonnes, provoquant la fuite de nombreux paysans vers l’un des 357 bidonvilles de Port-au-Prince abritant au total 1,5 million d’habitants.

La destruction écologique est aussi une conséquence du pillage. La dette de l’indépendance, au début du 19e siècle, a conduit à la vente des ressources forestières pour rembourser la dette. Aujourd’hui la couverture forestière n’est plus que de 2 % du territoire, révélant l’ampleur de la catastrophe.

Les indicateurs humains sont alarmants : 65 % de la population survit avec moins de 1$ par jour, la proportion s’élevant à 82 % en milieu rural. La mortalité maternelle est l’une des plus élevées au monde : 500 pour 10000 accouchements.

Le gouvernement de transition n’a pas de légitimité, il est piloté par les Etats-Unis. Le boycott financier subi par le pouvoir Aristide pendant trois ans a été juste rompu pour financer une zone franche Levi’s dans une zone fertile rasée, à la frontière de la République dominicaine...

LE CAS DU NIGER
(intervention de Salissou Obandoma, délégué du Réseau National Dette et Développement -Niger)

Quelques généralités

Il est tout à fait important de connaître les enjeux et les impacts des politiques du FMI et de la BM, car ces institutions sont les garantes de l’ordre mondial actuel. Pour pouvoir le contrer, il faut donc d’abord le comprendre. En ce qui concerne l’Afrique, ce « règne » des IFI est venu remplacer la colonisation.

Le Niger compte 11 millions d’âmes, pour une superficie égale à 2,5 fois la France. En 2003, le pays figurait à l’avant dernière place dans le classement des pays selon l’IDH (Indice de Développement Humain). On y trouve seulement un médecin pour 4700 habitants. Ce pays est pourtant entouré de pays possédant de nombreuses richesses naturelles, comme le Tchad et l’Algérie. Pourquoi cette pauvreté extrême alors ? Alors que la dévaluation continue à faire sentir ses effets notamment au Niger, les IFI fêtent leur soixantième anniversaire en compagnie de dirigeants africains qui profitent de façon incroyable de leurs politiques. Ces dirigeants se voient d’ailleurs félicités par les IFI pour les politiques anti-sociales qu’ils mènent. Ces politiques expliquent en grande partie la situation actuelle du Niger. Parmi les mesures néolibérales, la privatisation des entreprises bat actuellement son plein. Quelques exemples : la société nationale des eaux est aujourd’hui privatisée, de même les sociétés nigériennes de cimenterie, de textile, de communication. D’autres sont sur le point de l’être : société nigérienne d’électricité, société d’exploitation du plus grand hôtel du pays, etc. Une fois que toutes les entreprises auront été privatisées, il ne restera plus aux IFI qu’à proposer la gestion privatisée de l’Etat nigérien lui-même !

Initiative PPTE

L’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) s’inscrit dans le changement de politique de la BM suite aux vives critiques adressées aux Programmes d’Ajustement Structurel (PAS). Un nouveau cadre général a été adopté, celui de « stratégies de lutte contre la pauvreté ». La société civile est censée participer à élaborer cette stratégie en rédigeant conjointement aux autorités un CSLP, cadre stratégique de lutte contre la pauvreté. En fait cette participation est factice (ONG créées à dessein, clientélisme, rejet de certaines organisations sur des critères politiques, etc.) et ne sert qu’à maquiller la poursuite des mêmes logiques prévalant déjà pour les PAS.

Lancée en septembre 1996 au Niger, l’initiative avait comme objectif annoncé de réduire la dette extérieure publique pour la ramener à un niveau supportable. En fait, il s’agissait de permettre au Niger de rembourser mieux les sommes encore dues, sans irrégularité ni interruption. Dès 1999 l’échec est patent, et on constate que l’initiative ne permet pas de dégager des ressources suffisantes pour sortir de la pauvreté. Ainsi l’annulation prévue porte sur seulement 83 milliards de francs CFA, alors que le stock de dette s’élève à 1114 milliards de francs CFA. Pire, le service de la dette a même augmenté en 2003 : non seulement l’initiative portait sur une fraction minime de la dette, mais elle n’a aucunement empêché le stock de la dette de continuer à augmenter. Sorte de PAS renforcé, l’initiative dans son ensemble est inefficace d’un point de vue financier et catastrophique d’un point de vue social (privatisations, coupes franches dans les budgets publics, réduction des subventions de l’Etat aux produits de première nécessité, etc.). Cinq ans après, on constate que le problème de la dette reste entier. Pourtant, les médias, complices des IFI, n’ont eu de cesse de se féliciter de cette initiative.

Aujourd’hui, dans l’ensemble des pays concernés par l’initiative PPTE, le budget consacré au service de la dette excède encore et toujours celui consacré à l’éducation et à la santé.

Appel à la mobilisation

On assiste actuellement à une prise de conscience de la société civile de ces enjeux cruciaux. Les mouvements sociaux, au Niger mais au-delà en Afrique en général doivent intensifier cette prise de conscience populaire et approfondir le travail d’éducation sur les enjeux de la dette.

Dans cette perspective de mobilisation accrue, le partenaire du CADTM au Niger a élaboré un projet de caravane de la dette, qui devrait sillonner le pays pour sensibiliser les populations à ces questions à chaque étape.

Deuxième séance présidée par Paul Blanjean (délégué par la Confédération des Syndicats Chrétiens) et par Daniel Richard (délégué par la Fédération Générale des Travailleurs de Belgique)

LE CAS DE LA RDC
(intervention de Victor Nzuzi, responsable du NAD - République démocratique du Congo)

Victor Nzuzi est paysan dans le bas Congo, il anime le NAD (Nouvelles Alternatives pour le Développement).

Les peintures présentées ici et réalisées par des artistes de RDC représentent des éléphants blancs qui ont fortement endetté le pays. Le barrage d’Inga représente 25 % de la dette du pays, mais les coupures d’électricité sont nombreuses à Kinshasa et les villages du Bas-Congo n’y ont même pas accès. La sidérurgie de Maluku n’a pas fonctionné et les machettes tramatina sont importées du Brésil. Les stations terrestres de télécommunications, appartenant à l’Office congolais des postes et télécommunications, vont être cédées au privé. La corruption du régime de Mobutu (1965-1997) est évidente et les sommes détournées ont été placées au Nord avec la complicité des banques privées. Aujourd’hui, le pays est géré par ceux-là même qui ont participé à l’endettement. Le président Laurent-Désiré Kabila (1997-2001) a essayé de refuser cette logique mais il a été assassiné, et son fils Joseph applique une politique en phase avec les exigences des IFI. Les dégâts environnementaux sont énormes, la quête de l’ivoire a conduit aux massacres de dizaines d’éléphants, le bois précieux a été pillé, les maladies persistent. L’économie belge a longtemps fonctionné en ponctionnant les richesses congolaises. Les élites exercent une domination psychologique, se présentant comme experts pour s’approprier les décisions. L’un des vice-présidents, Jean-Pierre Bemba, est le fils de l’ancien patron des patrons congolais. La domination passe également par les médias, où le représentant de la BM est omniprésent. Le document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) instaure une réforme du code minier, du code forestier, etc., dans un sens favorable aux investisseurs. Pendant ce temps, le salaire d’un enseignant est équivalent à 4 euros par mois, et la BM cherche à réformer l’éducation et à diviser par deux le nombre d’enseignants. L’entreprise minière publique, la Gécamines a vu ses effectifs passer de 22000 à 11000, les personnes licenciées touchant des indemnités fort insuffisantes. Enfin, le pays continue de subir la guerre sur son territoire.

LA REFORME AGRAIRE AU BRESIL
(intervention de Sonia Costa, présidente de FIAN Brésil)

Sonia Costa est brésilienne, juriste, et membre d’un réseau d’avocats populaires. Elle nous a exposé le programme de réforme agraire appuyé par la BM, au Brésil.

Généralités

Le Brésil compte 178 millions d’habitants, dont 24 millions vivent sous le seuil de pauvreté. Il existe un gros problème de concentration des revenus et des terres. Ainsi, 10% de la population détiennent 50% des revenus et une infime minorité de propriétaires détient l’écrasante majorité des terres. Parmi eux, un propriétaire détient à lui seul 10 millions d’hectares !

Réformes agraires

En 1988, une loi de réforme agraire très ambitieuse a été promulguée, qui garantissait une plus grande égalité, mettait un terme au système latifundiaire, et élaborait également un plan de lutte contre la marginalisation sociale. L’application de cette loi a cependant rencontré plusieurs difficultés, notamment la lenteur d’application par les gouvernements successifs.

En 1996, une nouvelle réforme agraire a vu le jour. Il s’agit de la réforme agraire de marché, dont les modalités d’accession à la terre sont très dangereuses et pourtant insuffisamment dénoncées par les différents dirigeants. En effet, cette réforme prévoit de prêter aux paysans afin qu’ils puissent acquérir des terres. Initialement appliquée dans le Nordeste du Brésil, elle a progressivement concerné les autres Etats brésiliens. Le créancier de cette réforme est la BM, qui a donc prêté des fonds aux paysans. Première limite de cette réforme, les prix exigés par les grands propriétaires terriens étaient très élevés puisqu’ils fixaient le prix à leur guise. Et pour ceux qui ont pu acheter, il faut préciser que l’identification même des terres vendues était imprécise. On peut formuler une autre critique : la BM a financé cette réforme sous couvert de lutte contre la pauvreté, celle-ci étant définie exclusivement en terme de revenus. Or ceux qui ont accédé à la terre n’en sont pas pour autant devenus riches. Pour cela, il aurait fallu qu’ils aient également accès aux technologies leur permettant de générer des revenus à partir de l’exploitation de ces terres. Mais aucune subvention ou aide n’a été prévue dans ce sens, et bien souvent les nouveaux propriétaires ont rapidement fait faillite et ont perdu la terre nouvellement acquise puisqu’ils ne pouvaient pas rembourser les prêts alloués par la BM. Parmi toutes les aberrations de cette réforme, il est intéressant de relever qu’elle recourt systématiquement à l’endettement des paysans, et donc qu’elle est structurellement incompatible avec le prétendu objectif de lutte contre la pauvreté.

Plus qu’un échec, cette réforme agraire officielle a donc renforcé la concentration des terres entre les mains d’une poignée. Rapidement, des paysans se sont donc organisés pour résister à cette modalité injuste et anti-démocratique d’accès à la terre.

Un grand espoir est né lorsque Lula a été élu, mais bien qu’il se soit engagé à réinsérer 400 000 familles de sans terre, seules 15 000 familles ont été effectivement réinstallées pendant la première année suivant son élection. En fait, on peut distinguer deux niveaux de responsabilité dans la problématique de la terre : responsabilité directe de la BM d’une part, et défaut de volonté politique d’autre part. Les engagements vis-à-vis des IFI sont ainsi toujours considérés comme prioritaires par rapport aux engagements sociaux.

Des politiques équitables d’accès à la terre permettraient pourtant de réduire la pauvreté. Et plus généralement, il est à rappeler que pauvreté et marginalisation sociale ne pourront être résolues sans une action politique adaptée. Les médias reflètent cette absence de volonté politique : l’occupation des terres par les sans terre est toujours fortement médiatisée alors que les conditions dans lesquelles les grands propriétaires ont acquis leurs terres ne sont jamais exposées, ce qui permettrait pourtant de contextualiser cette résistance.

Les politiques élaborées doivent inclure le respect de la culture de tous les peuples brésiliens, et les modalités d’accès à la terre doivent être discutées avec eux.

LE CAS DE L’INDE
(intervention d’Ajit Muricken, directeur de VAK - Inde)

Un grand nombre d’associations ont déjà demandé aux IFI de quitter l’Inde. Il y a 60 ans, Gandhi avait demandé aux Anglais de quitter l’Inde, c’est maintenant au tour de la Banque mondiale et du FMI. Non seulement il faut abolir la dette, mais aussi les IFI telles qu’elles sont car elles sont responsables de cette dette. Elles ont ainsi pu, avec la bourgeoisie néolibérale indienne, imposer un nouvel esclavage. Cette stratégie qu’elles développent a des conséquences tragiques pour le pays. Entre 1960 et 1990, l’Inde essayait de ne pas trop emprunter, contrairement aux années 1990 pendant lesquelles les emprunts furent importants, accompagnés de programmes d’ajustement structurel, de dévaluations, de privatisations, etc. Les conséquences ont été dramatiques pour les industries locales et l’agriculture, et désormais, le chômage atteint 30 % de la population active. Les industries minières ont été privatisées, les populations rurales ont été déplacées et privées de leur moyen de subsistance, n’ayant d’autre recours que de migrer vers les bidonvilles. Comment peuvent-elles survivre alors que l’agriculture est de plus en plus mécanisée et contrôlée par les multinationales ? L’accroissement des richesses profite à une petite tranche de la population qui légitime la logique de la Banque mondiale. Il faut restructurer l’économie indienne en s’occupant des pauvres et de ceux qui ont été dépossédés, et pour cela il faut s’assurer du départ du FMI et de la Banque mondiale. Il faut stopper la privatisation des ressources naturelles, comme l’eau, alors que les multinationales en ont un accès quasi illimité pendant que le gouvernement n’a pas les ressources suffisantes pour assurer un accès de tous les habitants à l’eau potable. L’accès à l’eau est donc devenu la responsabilité du citoyen alors qu’il devrait être celle de l’Etat. Alors, faut-il transformer ou supprimer les IFI ? Contrairement à la démarche libérale et à l’orthodoxie de droite, la position de gauche radicale analyse la situation économique dans laquelle les IFI sont discréditées, les inégalités croissantes et la pauvreté galopante. Les IFI ont été incapables de réglementer le commerce et les échanges, imposant au contraire une dérégulation complète. Leur remplacement par des institutions régies par la justice, l’équité et la démocratie s’impose. Mais les responsabilités du G7 et des multinationales, cachées derrière les IFI, ne doivent pas être sous-estimées. Il est donc important de dégager des stratégies communes sur les trois continents du Sud pour l’abolition des IFI.

Troisième et dernière séance présidée par Claire Pirson (responsable mobilisation d’Oxfam Solidarité) et Claudine Drion (déléguée du Collectif liégeois de la Marche mondiale des Femmes)

LE CAS DU VENEZUELA
(intervention de Gonzalo Gomez, responsable de la Red Venezolana contra la Deuda - Vénézuela, responsable du site internet www.aporrea.org )

Une rencontre comme celle de Liège participe à la construction d’un chemin digne et respectueux de notre souveraineté.

Les premiers mouvements populaires au Venezuela contre le « packetting neoliberal » remontent à 1989, et faisaient suite à l’application de mesures néolibérales quelques jours seulement après des élections. Ce soulèvement fut durement réprimé et des milliers de personnes y perdirent la vie. Suite à ce carnage, un mouvement de contestation au sein même de l’armée vénézuélienne a vu le jour, mouvement dont est issu l’actuel président Hugo Chavez. Après l’élection de celui-ci en 1998, une nouvelle Constitution fut élaborée avec la participation du mouvement populaire d’opposition au modèle néolibéral. Elle comprenait des mesures progressistes (mesures sur la terre, participation du peuple aux projets publics...). Cette participation populaire aux collectivités locales notamment a rencontré dès le début une opposition farouche des classes dominantes qui tenaient à conserver le pouvoir. Peu à peu, ces classes ont élaboré une véritable politique de « coup d’Etat » qui a bénéficié de lourds appuis de l’extérieur et qui fut formidablement aidée par la propagande des médias privés. Ceux-ci sont d’ailleurs allés jusqu’à tenir des propos ouvertement racistes au sujet de Chavez. La tension monte, et le 11 avril 2002 survient un véritable coup d’Etat maquillé par la participation de la classe moyenne. Spontanément, le peuple sort alors dans les rues pour occuper les quartiers, monter sur les chars, et se rendre jusqu’au palais présidentiel. La capture de l’Etat par l’oligarchie est alors telle que le tribunal suprême de justice établit qu’il ne s’agit pas d’un coup d’Etat mais d’une « dépossession du pouvoir » ! Deux jours plus tard, Chavez reprend les rênes du pays et le peuple sort vainqueur de la confrontation.

Quelques mois plus tard, l’opposition entreprend de mettre la main sur la source principale de richesse du pays : l’industrie pétrolière, dont le Venezuela dépend. Les cadres déclenchent une grève générale qui entraîne une chute importante des exportations (et donc des pertes économiques énormes pour le pays). Mais le pouvoir tient bon et la manœuvre de l’opposition est un échec.

Il existe aujourd’hui une conscience anti-impérialiste au Venezuela très forte, même si des progrès restent à faire en particulier dans le domaine des actions. On assiste d’ailleurs actuellement à une formidable expansion des mouvements sociaux (associations, coopératives, média libres, agences de communication libres et alternatives...). C’est une ébullition sociale fantastique qui permet que la conscience politique au Venezuela continue de se développer. Il faut donc poursuivre ce processus révolutionnaire maintenant que Chavez a gagné le référendum révocatoire. Le Venezuela doit aussi s’unir à d’autres pays d’Amérique du Sud, notamment pour mettre en place d’autres règles concernant la problématique de la dette et pour faire tomber le FMI.

Il faut également être très vigilant quant aux infos reçues en Europe sur le Venezuela, car les medias ont déformé les infos, présentant Chavez comme un dirigeant dictatorial ayant massacré la population (alors que ceux qui tiraient le faisaient contre les militants pro-Chavez !).

LA SITUATION AUX ETATS-UNIS
(intervention d’Ahmed Shawki, directeur de la revue International Socialist Review)

On observe globalement une radicalisation de la gauche aux EU depuis les années 90. Elle s’accompagne de l’émergence de nouvelles formes d’existence et d’actions sur la scène publique, mais ces actions restent parcellaires. La période électorale qui se déroule actuellement met en présence deux candidats qui défendent tous deux des positions pro-guerre, pro-néolibérales. Cette uniformité des discours a entraîné une réduction dramatique de l’espace politique.

Au cours des 25 à 30 dernières années, le recul subi par le mouvement social et syndical a donné naissance à un nouveau mouvement qui s’est organisé autour de la thématique de la globalisation. Ailleurs, il était apparu dès les années 80 en réaction aux programmes d’ajustement structurel. Aux EU, les manifestations de Seattle lui ont fait faire un bond en avant formidable, et il s’est alors internationalisé et a tissé des liens avec les autres mouvements altermondialistes. Dans ce contexte, le 11 septembre 2001 a provoqué un profond bouleversement dans le mouvement : d’une part l’attaque a été instrumentalisée pour affaiblir le mouvement (ceux qui étaient contre Mac Donald étaient nécessairement pour Al-Qaieda), d’autre part le « patriot act » a permis de réprimer fortement ce mouvement contestataire. En plus de ces pressions, certaines sections du mouvement altermondialiste ne savaient pas quoi dire sur la guerre, ce qui a généré un « vide » dans leur discours politique. Parallèlement, une série de manifestations ont eu lieu aux EU contre la guerre en Afghanistan mais sans qu’aucune organisation ne travaille de façon approfondie sur la question, limitant ces manifestations à des événements sans lendemain. Plus récemment, en mars, avril et mai 2004, presque aucun citoyen des EU n’était pour cette guerre en Irak, mais cette contestation n’a pas su s’organiser et développer une réflexion approfondie.

Aujourd’hui, les enjeux du mouvement altermondialiste états-unien sont d’ordre politique et se posent de façon cruciale et délicate. Bush ne doit pas revenir, mais, en face de lui, on a un Kerry dont la candidature est à la fois à droite et à gauche de Bush (il est pour la guerre mais pas pour qu’elle soit menée de cette façon là). Dans les mouvements de gauche, la question qui se pose est donc de savoir quoi faire devant ce choix qui n’en est pas un. Certains prônent la politique du « moins pire » (Kerry), d’autres ne peuvent s’y résoudre.

Comme nous l’avons vu au début, le mouvement a été endormi par ce débat électoral. Il lui faudra se réveiller une fois les élections passées car les défis qu’il doit relever seront nombreux : les inégalités raciales persistantes et aggravées, la gestion par le nouveau gouvernement de la situation en Irak, le soutien au mouvement anti-guerre qui se développe au sein de l’armée US. A partir de ces trois combats, le mouvement peut se régénérer ; il doit aussi se nourrir de ce qui se passe en Amérique du Sud et en Europe.

CONCLUSION
(intervention d’Aminata Touré Barry, présidente du CAD - Mali)

Le constat de l’impact dévastateur des programmes d’ajustement structurel est dressé, l’appui aux dictatures de la part des IFI a été prouvé. La question est donc : faut-il garder la BM et le FMI ? Au Mali, les dégradations dans les domaines de la santé et de l’éducation sont énormes, par exemple la mortalité infantile atteint 123 pour mille. Alors faut-il continuer à rembourser les prêts à la BM ? Nous devons faire savoir à la BM et au FMI que nous sommes mobilisés et engagés. Nous devons exiger l’arrêt des remboursements, l’arrêt des privatisations et des politiques néolibérales. 60 ans, c’est l’âge de la retraite pour ces deux institutions !

CONCLUSION
(intervention de Denise Comanne, responsable du CADTM Belgique)

L’organisation de cette journée avec de nombreux intervenants étrangers fut un véritable tour de force pour les différentes formalités administratives. Le nombre d’heures, de journées à essayer de contacter et convaincre les administrations (ambassades, Ministère de l’Intérieur, Office des Etrangers, Ministère des Affaires étrangères) dépasse l’imagination. Obtenir un visa à l’heure actuelle relève du parcours du combattant : chaque ambassade a pour mission d’exiger de plus en plus de papiers, de preuves, de garanties de manière à bloquer les personnes invitées. Cela se passe à tous les niveaux : monde académique, monde culturel, monde de la solidarité internationale... Ce grave problème de circulation des personnes est organisé par la coordination des Ministères de l’Intérieur de l’espace Schengen : c’est donc chez nous que le problème est posé. La Belgique (et le reste de l’Europe) devient ainsi une prison où nous n’avons même plus « le droit de visite » ! Face à ce déni de justice, nous devons faire savoir que personne ne nous empêchera d’échanger et de lutter ensemble, mouvements sociaux du Sud et du Nord.

Gonzalo Gomez a employé tout à l’heure une expression qui m’a fait frémir. Il a parlé de « l’instinct du peuple » qui se révélait au Venezuela. Dans les pays du Nord, nous devons retrouver cet instinct ! Ici aussi, nous subissons l’augmentation des inégalités sociales, du chômage, les privatisations, les coupes dans les budgets sociaux, les désastres écologiques. Ici aussi, le FMI, la Banque mondiale, les gouvernements néo-libéraux, les transnationales sont à l’œuvre pour passer nos droits à la moulinette. Relevons-nous, retrouvons le rythme de la lutte !

La journée se clôt avec les tambours du Burundi.

Compte-rendu rédigé par Julie Castro et Damien Millet, CADTM France.


Damien Millet

professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), auteur de L’Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec Frédéric Chauvreau des bandes dessinées Dette odieuse (CADTM-Syllepse, 2006) et Le système Dette (CADTM-Syllepse, 2009), co-auteur avec Eric Toussaint du livre Les tsunamis de la dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec François Mauger de La Jamaïque dans l’étau du FMI (L’esprit frappeur, 2004).

Julie Castro