24 avril 2025 par CADTM International , Collectif , L’Humanité

Photo : Womin
Un collectif de signataires juge insuffisantes les annonces du président de la République franaçaise à l’occasion du bicentenaire de l’indépendance d’Haiti.
Deux siècles après l’imposition d’une dette
Dette
Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
coloniale injustifiable à Haïti, la France continue de fuir ses responsabilités. Nous, collectifs, membres de la société civile et militantes solidaires, exprimons notre profonde indignation face à la déclaration du président Emmanuel Macron, qui refuse toujours de reconnaître pleinement la nature odieuse de cette dette et d’engager le processus de réparation.
Nous, actrices et acteurs de la société civile, membres d’organisations de solidarité internationale et défenseures de l’autodétermination des peuples, unissons nos voix pour rappeler une vérité longtemps occultée : Haïti est la victime d’une dette injuste, d’un mal-développement structurel et d’une violence historique dont la France demeure comptable.
Il aurait été temps que justice soit faite, que la France reconnaisse officiellement la dette odieuse qu’elle a imposée à Haïti.
Il aurait été temps qu’elle restitue ce qu’elle a extorqué. Qu’elle répare. Mais il n’en fut rien !
Le président Emmanuel Macron, ce 17 avril 2025, a manqué ce moment historique, sans geste solennel, sans discours à la hauteur des enjeux historiques et humains, il a esquivé le rendez-vous de ce bicentenaire en un silence assourdissant. Un mépris néocolonial de plus.
Haïti, première République noire indépendante, a conquis sa liberté en 1804 au terme d’une révolution anti-esclavagiste exemplaire. Mais cette victoire fut lourdement sanctionnée : en 1825, la France imposa à cette jeune nation une indemnité de 150 millions de francs-or pour « indemniser » les anciens colons – une exigence inique, extorquée sous la menace des canons.
Cette dette, qualifiée à juste titre d’odieuse, fut en réalité une rançon qui a étranglé l’économie haïtienne pendant plus d’un siècle. Pour la payer, Haïti a dû emprunter aux banques françaises et européennes, entrant dans une spirale d’endettement et de dépendance. La dernière tranche fut remboursée en 1947 – mais les conséquences économiques, sociales et politiques de cette dette continuent de peser.
Ce fardeau s’inscrit dans une continuité historique d’exploitation. Pillée pendant la colonisation, puis abandonnée à un ordre mondial inégal, Haïti fait aujourd’hui encore les frais d’un système où les puissances occidentales – dont la France – refusent de reconnaître leur responsabilité, où des Tonton Macoutes aux Gangs, est soumise à des régimes d’extrêmes droites d’une extrême violence…
À la dette coloniale s’ajoute désormais une dette climatique
Haïti, faiblement émettrice de gaz à effet de serre, subit pourtant les ravages des catastrophes climatiques, aggravés par la déforestation et l’insécurité alimentaire.
À cela s’ajoutent des décennies d’ingérences étrangères – notamment américaines – qui ont contribué à déstabiliser les institutions haïtiennes, remis en cause son agriculture, favoriser la corruption et les violences armées, et priver le peuple de sa souveraineté.
Haïti, autrefois surnommée « la perle des Antilles », est aujourd’hui prisonnière d’un mal-développement structurel : santé, éducation, infrastructures, sécurité – tout est en crise. Les urgences se superposent : violences extrêmes, féminicides, contrôle de territoires par des groupes armés, catastrophes naturelles, effondrement institutionnel.
Ce drame n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’une histoire de spoliation, de domination, de silence.
Nous exigeons : justice, restitution, réparation.
Face à cela, nous exprimons notre profonde indignation.
Nous attendions de la France un acte fort, historique, symbolique et concret.
Mais une fois encore, l’État français s’est dérobé à ses responsabilités.
Nous appelons donc à une mobilisation internationale pour exiger :
Nous ne nous tairons pas. Nous resterons mobilisées.
Pour Haïti. Pour la mémoire. Pour la vérité. Pour la justice.
La Plateforme Française de solidarité avec Haïti (PFSH)
Françoise Vergès, auteure, militante
Frédéric Thomas, politologue spécialiste d’Haïti, chargé d’études au Centre tri-continental (CETRI) à Louvain-la-Neuve (Belgique) et auteur de l’ouvrage Haïti notre dette
Verónica Carrillo Ortega, Promotora pour la Suspension du paiement de la dette publique au Mexique, membre du réseau CADTM AYNA, Mexique
Camille Chalmers, économiste, professeur, représentant de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), membre du réseau CADTM-AYNA et CADTM Internacional
Thérèse Di Campo, photojournaliste indépendante
Murielle Guibert & Julie Ferrua, Union Syndicale Solidaires
Laurence Marandola, Porte-Parole de la Confédération Paysanne
Maxime Perriot – CADTM International
Christian Delarue - Président CADTM France
Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique Latine et Caraïbes (FAL) et conseil d’administration du CRID
Ruth Pierre, Haut conseil de coopération et de développement pour Haïti ; cofondatrice Ayiti Chanje
Jean-Pierre Giordani, Président Centre Anacaona droits humains Haïti (CADHH)
Jane-Léonie Bellay, militante Enjeux et Mobilisations Internationales, ATTAC France
Priscillia Ludosky, Présidente du CLSE
Sadrac Charles, Festival Haïti Monde ; cofondateur Ayiti Chanje
Samuel Colin, Forum Haïtien pour la paix et le développement durable (FOHPDD)
Ornella Braceschi, Présidente Collectif Haïti de France (CHF)
Mackendie Toutpuissant, Président d’honneur de la Plateforme des associations franco- haïtiennes de France (PAFHA)
Marie-Michelle Legrand, Vice-Présidente de Konbit Agency
William Rolle pour l’association ASSOKA asosyation solidarité karayb
Christian Mahieux, syndicaliste & éditeur
Nils Anderson, Agir contre le colonialisme (ACCA)
Capdevielle Colette, députée Parti Socialiste, Bayonne
Adja Meissa Gueye, secrétaire générale de l’ADDEA Sénégal
Serigne Sarr, membre de l’association pour la Défense des droits à l’eau et à l’assainissement (ADDEA), Sénégal
Clémence Lukeba Dialakana, fondatrice du Parlement des Femmes, militante Franco-Congolaise
Tania Nioka, présidente de l’association Rdjeunes
Ilunga Désiré, Co-fondateur de Team-Congo
Nasteho Aden, conseillère municipale et territoriale Stains, présidente carré citoyen, afroféministe
Augusta Epanya Coordinatrice générale de la Dynamique Unitaire Panafricaine, Cameroun
Gérard Halie, ancien co-secrétaire national du Mouvement de la Paix
Collectif Viêtnam Dioxyne
Union pour le Reconstruction Communiste (URC)
Haut commissariat des Congolais HCCF-E
Réseau syndical international de solidarité et de luttes
Synergie Outre-Mer
Christian Mahieux, syndicaliste & éditeur
Patricia Pol, militante Attac France
David Redon, militant Guyanais
Cussey Marie-Claire, militante Guadeloupe
Paul Laury-Ann, militant Martinique
Morland Lourdy
Rudy Louis-Philippe
Saskia Lissa Maria Vierheilig
Source : L’Humanité
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Qui est le fait, l’œuvre de plusieurs individus.
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