Agriculture industrielle : produire à mort #DATAGUEULE 69

8 février 2017 par Nicolas Sersiron , Datagueule


Nous publions cette vidéo #Datagueule numéro 69 dont l’analyse rejoint celles du CADTM.

En effet, l’agriculture industrielle qui s’est développée à un rythme effréné au sortir de la seconde guerre mondiale en 1945 est une des causes majeures de la dette écologique actuelle. Surexploitation des sols, déshumanisation de la production, accaparement des terres et de l’eau, spéculation financière sur le prix des produits alimentaires, distorsion mondiale des marchés alimentaires, accélération du changement climatique, endettement des agriculteurs et des paysans sont autant de conséquences dramatiques de ce mode de production agro-capitaliste.

Rappelons notamment qu’en raison de ce modèle productiviste, ceux qui souffrent de la faim dans le monde sont en majorité des paysans, producteurs de denrées alimentaires et paysan-ne-s sans terre.

En revanche, l’agro-écologie, prend en compte les dynamiques locales, la biodiversité, la vente des produits en circuits court, la non-importation d’intrants et fédère les producteurs locaux, etc. Ce sont quelques-uns des éléments majeurs à mettre en place pour viser une souveraineté alimentaire respectueuse de la terre et capable de nourrir l’ensemble des êtres vivants de la planète.

Pour toute personne voulant approfondir le sujet, plusieurs chapitres du livre d’Olivier Bonfond Il faut tuer TINA, qui sera envoyé avec l’AVP le 20 février 2017, évoquent les alternatives à mettre en place au système agricole et alimentaire industriel. Le prochain numéro de l’AVP qui sortira en avril 2017 sera lui consacré aux dettes privées, et tout un chapitre traitera de l’endettement paysan. Nicolas Sersiron du CADTM France répond également à cette problématique dans son ouvrage Dette et extractivisme.



Retour d’expérience de Nicolas Sersiron (CADTM France) à propos de la vente directe

"Ci dessous la petite histoire que j’ai vécu il y a 40 ans.

Moi-même j’ai pu gagner ma vie comme agriculteur-éleveur uniquement parce que je commercialisais moi-même ma production. Si je vendais mes fromages au « coquetier », j’aurais eu beaucoup de mal à m’en sortir. Cet homme passait avec son camion, un tube Citroën dans les vallées de montagne de la Drôme. Il vendait et achetait un peu tout.

Pourquoi ? (Chiffres approximatifs car c’était dans les années 70). Le coquetier m’achetait mes « picodons » environ 1 franc français (FF), indépendamment qu’ils soient frais ou affinés.

Admettons que mes coûts - que je n’ai jamais calculés précisément en raison de la complexité et de l’absence de salaire versé - aient été de 90 centimes par fromage, j’aurais gagné avec mes 350 fromages par jour en période de pleine production : 350 x 0,1 FF = 35 FF par jour, soit 1000 FF par mois, comme bénéfice/salaire.

En les mettant dans ma voiture à 4h du matin le samedi et en les emportant pour les vendre sur le marché de Gap à 2h de route, j’ai multiplié mon/notre bénéfice, ma femme et moi, de façon extraordinaire.

Nous les vendions 2,5 FF pièce. Le coût supplémentaire était négligeable en regard du bénéfice. L’essence et le temps passé en une journée pour une personne nous revenait maximum à 0,5 FF par fromage vendu et encore sans doute moins. Nous en vendions plus ou moins un millier dans la matinée, parfois vers 10h nous n’avions plus rien.

Le bénéfice était alors de 2,5 - 1 = 1,5 FF par picodon soit 15 fois le bénéfice que le coquetier m’offrait en passant avec son camion devant la ferme. Je ramenais souvent 2500 FF en billet et monnaie chaque samedi de Gap. Le reste de la production était vendu sur place au même prix qu’à Gap.

Le chiffre d’affaire total (CA) par mois en pleine production était d’environ :

  • CA : 350 fromages x 30 jours x 2,5 FF = 26250 FF
  • Frais : 350 x 30 x 0,95 = 9975 FF
  • Bénéfice mensuel = 26250 - 9975 = 16275 FF à comparer au 1000 FF, dans le cas de la vente au « coquetier ».



Bénéfice multiplié par 16 en faisant de la vente directe"



Sources utilisées pour la réalisation de la vidéo
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Bonus :


Source : #DataGueule

Nicolas Sersiron

auteur du livre « Dette et extractivisme »
Après des études de droit et de sciences politiques, il a été agriculteur-éleveur de montagne pendant dix ans. Dans les années 1990, il s’est investi dans l’association Survie aux côtés de François-Xavier Verschave (Françafrique) puis a créé Échanges non marchands avec Madagascar au début des années 2000. Il a écrit pour ’Le Sarkophage, Les Z’indignés, les Amis de la Terre, CQFD.

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Datagueule

est une émission de télévision et une websérie. Elle propose des vidéos d’animation traitant de l’actualité sur un mode ludique et condensé dans un but didactique. Chaque épisode hebdomadaire tente de révéler et décrypter les mécanismes de la société et leurs aspects méconnus.