Angola-Nigeria : Mobilisations contre l’ordre établi aux pays de l’or noir

14 décembre 2020 par Jean Nanga


(CC - Wikimedia)

En octobre 2020, commençant par l’anniversaire de son indépendance (1er octobre 1960), le soixantième en l’occurrence, le Nigéria a connu presque deux semaines de mobilisation du mouvement contre la violence policière, #EndSARS, constitué en majorité de jeunes. Alors qu’en Angola, après une manifestation contre la corruption en octobre, à la suite d’autres, le jour même du 45e anniversaire (11 novembre 2020) des jeunes sont descendu·e·s dans la rue, manifestant une fois de plus leur colère concernant leur relégation sociale. Des mobilisations qui peuvent être considérées comme les derniers bilans de décennies post-coloniales par une nouvelle génération, dans deux États bien classés économiquement.

 Mobilisation populaire dans la première économie et première productrice de pétrole en Afrique

Le soixantième anniversaire de l’indépendance du Nigéria s’est déroulé dans l’ambiance morose créée par la SARS-CoV-2. Mais cela va changer les jours suivants, suite à la dernière forfaiture de la brigade spéciale de la police chargée de la lutte contre le grand banditisme, la SARS (Special Anti-Robbery Squad - SARS), s’étant transformée, au fil des ans, en praticienne constante de la violation des droits humains, voire d’un certain gangstérisme (de l’extorsion des objets à des individus ayant croisé leur chemin aux exécutions sommaires, en passant par des actes de torture et demandes de rançon). Une énième exécution sommaire (filmée) le surlendemain dudit anniversaire a, par la suite, réactivé la demande de sa dissolution pure et simple, #EndSARS. Avec cette fois-ci une mobilisation assez populaire – principalement des jeunes, constituant apparemment la cible préférée de la SARS, sur la base de leur look –, ayant quitté les “réseaux sociaux” pour occuper les rues le 8 octobre, en pleine pandémie de Covid-19, au-delà d’Abuja (capitale fédérale) et de Lagos (capitale économique). Des gays et lesbiennes parvenant à y participer, malgré l’homophobie ambiante [1], la Feminist Coalition s’avérant centrale dans l’organisation de la solidarité, malgré la phallocratie, ambiante aussi [2]. Revendication de dissolution que les autorités ont affirmé avoir entendue, avec quatre autres dont la hausse des salaires des policier·e·s. Mais, sans toutefois susciter une démobilisation des manifestant·e·s, d’une part craignant d’être dupé·e·s une nouvelle fois : le remplacement de la SARS par SWAT (Special Weapons and Tactics) étant considéré comme un simple ravalement de la façade. D’autre part, du fait qu’à la dénonciation de la violence policière s’est ajoutée celle d’autres injustices, sociales. Autrement dit la dénonciation de la violence sociale infligée à la majorité de la population, qu’exprimaient des pancartes revendiquant aussi « #end unemployment, #end commercialization of education, #end hunger, #end lack of free medical care… » [3].

En effet, la première économie africaine en matière de produit intérieur brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
, première productrice africaine de pétrole (principalement par les majors mondiaux du secteur : Chevron, Exxon, Shell, Total) – 94 % des recettes d’exportation –, très extractiviste et extravertie, réputée économiquement dynamique aussi pour la croissance de ses capitalistes (millionnaires et milliardaires en dollars), se caractérise, en même temps, par un taux très élevé de pauvreté (70 % de la population d’environ 210 millions d’habitant·e·s est considéré comme vivant sous le seuil de pauvreté), de chômage (27,1 %, dont 53 % de jeunes), avec ses 13 millions d’enfants non scolarisé·e·s – surtout des filles –, ses « usines à bébés » pour la vente, l’approvisionnement du marché international de la prostitution féminine, etc. Une situation sociale populaire qui s’est aggravée avec la baisse, depuis 2014, des cours du pétrole brut. À laquelle s’est ajoutée récemment la baisse de la demande occasionnée par l’impact de la pandémie de Covid-19 (expression de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale) sur l’économie mondiale. Et comme si cela n’impactait pas déjà trop les classes populaires, après avoir procédé à une hausse de la TVA, le gouvernement (avec une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
correspondant à 48 % du PIB, en croissance inquiétante depuis 2019), embarqué dans des accords avec des institutions financières internationales/IFI (FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, voire Banque africaine de développement), s’est plié, au mois de septembre, à l’injonction néolibérale de mettre un terme à la subvention de l’électricité et du carburant. De laquelle ne peut que résulter une nouvelle hausse de leurs prix. Les conséquences négatives de celles-ci sur les budgets des classes moyennes inférieures, des classes populaires – la modique hausse du salaire minimum conquise l’année passée n’est pas appliquée dans près d’un tiers des États de la fédération –, par répercussion de cette hausse sur les prix, par exemple, des denrées alimentaires et des transports, n’ont manqué de susciter des mouvements spontanés de désapprobation dans les quartiers populaires.

Ce qui a poussé les principales centrales syndicales des salarié·e·s (Nigerian Labour Congress, Trade Union Congress) à appeler à une grève illimitée. Mais celle-ci a, par la suite, été « techniquement suspendue pour deux semaines [4] » la veille de la date fixée (28 septembre 2020) par les directions syndicales. Soit quelques jours avant l’imprévue mobilisation #EndSARS. Par ailleurs, avait été accordée auparavant au gouvernement la suspension de la grève des médecins du secteur public (syndiqué·e·s à la National Association of Residents Doctors, 40 % des médecins, revendiquant, entre autres, le paiement des arriérés de salaires datant de 2014-2016, la hausse des salaires). La santé publique étant, en logique néolibérale privilégiant le privé, une des principales victimes des coupes claires budgétaires – ce qui n’est pas une exclusivité nigériane ou africaine. Tant pis pour les pauvres ! Il en est ainsi aussi de l’éducation publique, où, par contre, les universitaires de l’Academic Staff Union of Universities, ont maintenu leur grève paralysant, depuis mars (jusqu’en cette deuxième semaine de décembre), les universités publiques. Ainsi, à la mi-octobre, le gouvernement nigérian va considérer cette grève comme favorisant la participation massive des étudiant·e·s aux mobilisations #EndSARS. Pourtant, affirmait une universitaire, « tout ce que nous demandons c’est un juste traitement comme enseignant·e·s […]. Nous ne demandons pas d’exorbitantes gratifications, mais quelque chose qui nous place au-dessus du seuil de pauvreté [5] ». En fin septembre, la Coalition for Revolution (CORE) appelait à une manifestation nationale le 1er octobre 2020, dénonçant entre autres, les « politiques anti-peuple », les « exécutions extra-judiciaires », une « politique d’endettement extérieur mal conçue constituant un fardeau et réduisant en esclavage les générations futures » [6].

La mobilisation #EndSARS, dans plusieurs États du Nigéria, apparaît ainsi, certes dans un contexte international de lutte contre les violences policières aux États-Unis et en France, mais aussi et surtout dans un contexte social local d’actions de résistance contre l’agression néolibérale des classes populaires, ce qui n’est pas actuellement une particularité du Nigéria. L’occupation par des manifestant·e·s, pendant deux semaines, du péage de l’autoroute de Lekki, à Lagos (capitale économique), n’est pas dépourvue de symbolique : la cité de Lekki est celle du business, une zone de libre-échange… [7] D’ailleurs, des figures principales du capitalisme nigérian ont été montrées du doigt pour tentative de diviser et faire cesser le mouvement en sollicitant l’adhésion de certains individus médiatiques de celui-ci au ravalement de façade (passage de la SARS à SWAT), afin que le business reprenne son cours habituel [8]. Avec elles, paraît-il, des fondations philanthrocapitalistes (MacArthur Foundation, Open Society Foundation), chargées du dorage des chaînes de la domination capitaliste. Mais sans succès, la mobilisation a continué.

Ainsi, probablement, l’option prise – après avoir recouru les jours précédents à des hommes de main contre les manifestant·e·s, sans parvenir à briser la mobilisation – de tirer sur des manifestant·e·s, au péage de Lekki (une dizaine de mort·e·s) et autres meurtres de manifestant·e·s, auxquel·le·s nous rendons hommage, à travers le territoire nigérian. Comme s’il s’agissait de rappeler que la violence de la SARS n’était pas un tout mais n’était que la violence « la plus visible, la plus quotidienne, pour tout dire, la plus grossière d’une structure donnée », pour parler comme Frantz Fanon, à propos d’autre chose [9]. Celle de la force publique, voire d’un État néocolonial dont l’histoire est assez marquée par trois décennies de succession à sa tête de putchistes, hiérarques de l’armée (1966-1998). À l’instar de l’actuel chef de l’État nigérian, Muhammadu Buhari (président putschiste de 1984 à 1985, après avoir participé à un précédent putsch) revenu au pouvoir en 2015, par les urnes, mais qui semble ne pas être suffisamment délesté de sa culture de caserne. Une force publique qui s’avère impuissante depuis une décennie face aux groupes armés islamistes (Boko Haram et consorts) qui violentent, tuent la population dans le Nord, mais ne se montre implacable, aguerrie que face à des manifestant·e·s pacifiques. Comme l’a rappelé quelqu’un « le système de police est principalement conçu, dans ses origines et son idéologie, pour protéger l’élite politique aux dépens des citoyens ordinaires. La police nigériane a été créée et réglementée, jusqu’à il y a quelques semaines, par une loi coloniale de 1943. Cette loi a elle-même été promulguée pour réglementer un système de police établi en 1930 [10] ». Ce qui est une bonne expression du post-colonialisme néocolonial. D’où le manque de déploration particulière des manifestant·e·s tué·e·s à Lekki et ailleurs par le chef de l’État nigérian, exprimant par contre, par solidarité interne à la classe dirigeante, sa désolation concernant, par exemple, la destruction et le pillage, par des manifestant·e·s enragé·e·s par le « massacre de Lekki », de la résidence « inviolable » [11] de l’Oba (roi traditionnel) de Lagos, où manifestant·e·s et soldats – appartenant aussi néanmoins aux classes populaires – se sont partagé ses réserves de riz, entre autres denrées alimentaires stockées. Au cours de l’expression de leur rage, des manifestant·e·s découvrant, en plus d’un endroit, l’existence de stocks de denrées alimentaires destinés aux pauvres pendant la crise sanitaire, mais ayant été comme détournés par des dignitaires du pouvoir (fédéré, fédéral), les ont, avec d’autres pauvres (soldats compris), finalement informellement “récupérés”. En attendant la réalisation du « plan de sortir de la pauvreté 100 millions de Nigerian·e·s dans les 10 prochaines années, la création d’un Fonds national d’investissement pour la jeunesse de 75 milliards de nairas… » évoqué par le chef de l’État pendant son discours post-massacre de Lekki [12].

Plan qui semble destiné à demeurer une promesse. Eu égard aux accords conclus par l’État nigérian avec les membres du néocolonialisme collectif que sont ces IFI (FMI, BM, BAD) pour l’approfondissement de la néolibéralisation, la poursuite des « réformes structurelles », en échange d’un endettement, profitable aussi, évidemment, à ces IFI créancières. Parmi lesdites réformes, il y a la privatisation d’une dizaine d’entreprises d’État rentables [13] dont la Nigerian National Petroleum Company (ayant une dizaine de filiales), centrale dans le produit national brut PNB
Produit national brut
Le PNB traduit la richesse produite par une nation, par opposition à un territoire donné. Il comprend les revenus des citoyens de cette nation vivant à l’étranger.
nigérian. Autrement dit de nouveaux cadeaux qui vont être faits aux principaux bénéficiaires habituels de l’indépendance néocoloniale du Nigéria, d’autres constitutifs du néocolonialisme collectif passé en mode néolibéral : le capital transnational, les capitalistes autochtones souvent lié·e·s aux gouvernant·e·s politiques (du fédéré au fédéral) dont, la réputation de kleptomanie accumulatrice de capital, outre la niaiserie consumériste, d’(auto-)attribution des marchés publics, etc., noyés dans le terme de corruption, n’est plus à faire.

 ... Et manifestations dans la deuxième productrice de pétrole, sixième économie africaine et suredenttée

La commémoration critique de l’indépendance a été plus évidente en Angola : des jeunes, en majorité, ont bravé l’interdiction de manifester le 11 novembre 2020 (45e anniversaire d’une indépendance arrachée, en faveur du Mouvement pour la libération de l’Angola/MPLA, après 13 ans de guerre de libération nationale, dans le contexte, en métropole coloniale portugaise, de la “révolution des œillets” – 1974-1975, contre, entre autres, les guerres coloniales –, suivie d’une guerre civile angolaise de 27 ans – 1975-2002 –, l’un des terrains chauds de la guerre dite froide [14], ayant détruit une bonne partie des infrastructures). Ils se sont ainsi exposés à la répression, les policiers ayant aussi tiré à balles réelles, mais sans un équivalent du « massacre de Lekki », faisant semble-t-il un mort. Pour les manifestants, 45 ans d’injustices sociales, c’était trop. Comme au Nigéria, ce n’était pas une manifestation sans antécédent.

Depuis la dernière décennie du régime de démocrature de José Eduardo Dos Santos (1979-2017), avec la fin de la guerre civile (en 2002), la jeunesse angolaise a pris l’habitude de manifester son mécontentement. Malgré, par exemple, l’intimidation, par le régime, de l’association dite Mouvement révolutionnaire d’Angola, souvent présenté comme social mais apolitique, ayant appelé à la révolution en mars 2011 (dans le contexte africain des soulèvements populaires dans sa sous-région septentrionale), initiant ainsi la dynamique diversifiée dite des Revús (révolutionnaires) considérant alors que 32 ans d’un pouvoir reproducteur d’injustices sociales, c’était trop. Ou l’opération répressive qui a été menée, quelques années plus tard (2015-2016) sous forme de procès de certain·e·s desdits revús dit·e·s “15 + 2” (15 hommes et 2 femmes) accusé·e·s de se préparer « à réaliser des actes visant à porter atteinte à l’ordre et à la sécurité du pays » (30 juin 2015) sur la base d’une réunion de lecture collective d’un livre considéré comme subversif par le régime de Dos Santos. Son ancien ministre de la Défense et remplaçant à la tête de l’État, le général à la retraite João Laurenço, n’est pas épargné par cette dynamique, même sous la crise sanitaire de la Covid-19, l’état d’urgence. Celui-ci semble d’ailleurs marqué par, entre autres, des actes de violences policières qui, sans comparaison avec celles quasi-systématiques de la SARS en temps ordinaire déjà, ont été plusieurs fois meurtrières : « Les meurtres commis par les policiers s’accumulent et continuent, ils ne savent rien faire d’autre que de tirer sur la gâchette, de tuer les pauvres gens et les habitants des banlieues, dans les coins paumés », affirmait un journaliste local, en attirant l’attention sur la pauvreté, généralement, des victimes [15]. Nous rendons aussi hommage à toutes les victimes de cette violence.

Avec le détournement des fonds publics et l’auto-attribution des marchés (plutôt que la “corruption”) par les gouvernants, la pauvreté et le chômage sont les principaux sujets mobilisant les jeunes depuis 2011. Les manifestant·e·s angolais·es du 11 novembre 2020, essentiellement des jeunes, ayant bravé un dispositif policier supposé dissuasif, parlaient encore de leur chômage, leurs ventres vides, la faim qui leur était plus quotidienne que la Covid-19. En effet, malgré une croissance du PIB (6e rang africain) ayant, avant 2014 (baisse des cours du pétrole brut), atteint jusqu’à 20 % chez ce 2e producteur pétrolier d’Afrique (40 % du PIB) – dont une grande partie découle de la domination angolaise du Cabinda – et 7e mondial de diamant, la redistribution des richesses y est, comme au Nigéria, particulièrement inégalitaire : le nombre de pauvres (en s’en tenant au seuil complaisant d’1,90 $ états-unien) y est très élevé et en croissance [16], du fait aussi d’un fort taux de chômage (32,7 %). Ce qui est, évidemment, la conséquence de la réalité de l’insertion de l’Angola dans l’économie capitaliste mondiale, comme économie dominée par le capital international (chinois compris) et plus extractiviste que le Nigéria, ainsi que de la kleptomanie des gouvernant·e·s, réalisant aussi leur accumulation capitaliste privée aux dépens du trésor public. Une coutume particulièrement flagrante en Afrique centrale, avec le chef de l’État et sa famille assurant le pilotage de la forfaiture. Les 38 ans de pouvoir de José Eduardo Dos Santos ont ainsi été le moment de constitution et de développement de La dos Santos Company [17] et autres fortunes/entreprises de dignitaires du MPLA, de leurs prête-noms/associé·e·s, animant, avant comme après 2014, aussi bien la dynamique capitaliste privée autochtone que celle d’ailleurs – le capital angolais a investi sur tous les continents [18], avec une préférence particulière pour l’ancien pays colonisateur ayant poussés certains à parler, même après 2014, de “colonisation à l’envers”, de “rachat du Portugal par l’Angola”, etc. –, paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
inclus.

Comme pour exprimer une sensibilité à la croissance de la pauvreté et du chômage des jeunes, João Lourenço avait promis, comme candidat puis président élu, la création de centaines de milliers d’emplois, dans une économie pourtant déjà en récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. (à partir de 2016). Non seulement la promesse n’a pas (encore) été tenue, mais la hausse du chômage risque plutôt de continuer. Car dans le cadre d’un accord avec le FMI, le gouvernement angolais surendetté (dette estimée à plus de 110 % du PIB) s’est engagé, lui aussi, en 2018, à accomplir des « réformes structurelles » néolibérales, devant permettre une croissance économique ayant pour moteur le secteur privé. Ainsi, est, par exemple, programmée la privatisation de 190 entreprises d’État, surtout les plus rentables dont la pétrolière nationale, Sonangol, la diamantaire Endiama. Ce qui non seulement profitera au capital transnational, aux capitalistes autochtones et affairistes du MPLA (famille Dos Santos désormais exclue), mais s’accompagnera aussi de licenciements plutôt que de création d’emplois. Avec, fort probablement, la perte par les salarié·e·s de certains droits – flexibilisation néolibérale oblige, pour attirer les investisseurs, sous le regard du co-organisateur de la domination de classe qu’est Doing Business. Malgré une apparente sensibilité du FMI au social populaire, à l’« inclusion », les dépenses budgétaires dites sociales ne peuvent échapper à l’ajustement au principe austéritaire, dans un pays où l’accès à la santé et l’éducation publiques demeure assez limité, avec une qualité souvent déplorée.

Quant à la “lutte contre la corruption”, promise aussi, le régime de Lourenço a certes marqué des points en s’attaquant à la Dos Santos Company et sa clientèle politique et/ou affairiste. Cependant, elle est aussi critiquée comme étant menée sous forme de règlement de comptes à la fraction Dos Santos, fermant les yeux et les oreilles concernant d’autres acteurs de ladite “corruption”. Par exemple, les manifestations d’octobre 2020, réprimées par la police, dénonçaient le maintien à son poste du directeur de cabinet, aussi considéré comme bras droit, de João Lourenço, un affairiste notoire présumé s’être attribué des marchés publics et avoir détourné des fonds publics. Le 9 novembre, des manifestants exprimaient même le souhait de voir partir l’employeur de celui qui est traité de voleur mais semble ne pas intéresser la justice. Quoi qu’il en soit, la détermination de João Lourenço à réaliser « les réformes structurelles » néolibérales (avec le soutien particulier de son épouse, une ancienne ministre angolaise et ancienne administratrice à la Banque mondiale) pourra réduire les détournements de fonds publics (“corruption”), conséquemment à la privatisation des poules aux œufs d’or, la “petite corruption” se perpétuera sans doute à cause de la paupérisation des fonctionnaires, mais la dite détermination ne pourra pas résoudre les problèmes de chômage et de pauvreté, des injustices sociales, qui relèvent de la nature de l’économie capitaliste, optée par les dirigeants angolais.

 De la critique des classes dirigeantes

C’est le refus pratique, empirique, de la prolongation de cette option, commune aux classes dirigeantes de ces deux pays pétroliers, le rêve d’un autre Angola (« un Angola meilleur » que souhaiterait aussi João Lourenço [19]), d’un autre Nigéria (« Nous sommes plus résolu·e·s de continuer non pas juste pour l’obtention de la justice, mais pour un nouveau et meilleur Nigeria où tous/toutes les citoyen·ne·s seront en sécurité et pourront prospérer/bien se porter [20] »), qu’ont plus ou moins exprimé les manifestant·e·s angolais·es et nigérian·e·s. Sans souvent dénoncer le « néocolonialisme » ou le « néolibéralisme ». D’ailleurs, les manifestant·e·s n’hésitent pas à recourir au langage des IFI, en prônant la « bonne gouvernance » comme l’un des objectifs de leur lutte – les mots ne manquent pas d’importance – et en se revendiquant sans motivation politique [21], ce qui est assez logique.

Toutefois, ces mouvements ne sont pas dépourvus d’hétérogénéité. Ainsi, dans le cas nigérian, au lendemain du « massacre de Lekki », alors que des collectifs de manifestant·e·s, condamnant les actes de destruction des biens publics (commissariats de police…) et privés, de pillage des centres commerciaux et autres, appelaient à quitter la rue, à opérer une retraite sur les “réseaux sociaux”, l’Alliance on Surviving Covid and Beyond (ASCAB) [22], par exemple, exprimait de son côté le souhait d’une (re)dynamisation des luttes sociales, dans un langage que certains diraient idéologique : « Nous les organisations soussignées et représentatives du peuple travailleur organisé apportons notre soutien non équivoque aux manifestant·e·s d’#EndSARS protestors et au mouvement de masse protestataire et appelons nos membres à joindre le mouvement en cours. Nous appelons à une intervention consciente du peuple travailleur et ses organisations, de manière pouvant favoriser un dialogue structuré et soutenu au sein du mouvement et parmi les gens opprimé·e·s et résistant·e·s, pour le faire avancer. Le Gouvernement et l’élite dirigeante sont en ce moment très faibles et divisés, ne sachant pas quoi faire. C’est maintenant le moment de faire avancer nos revendications syndicales. Les travailleurs/travailleuses de la santé pourraient relancer leurs grèves. Les enseignant·e·s pourraient organiser des actions autour des promesses qui leur ont été faites par Buhari. Le NLC et le TUC pourraient planifier une action sur la hausse des prix du carburant et de l’électricité ainsi que sur la mise en œuvre intégrale du salaire minimum dans tous les États, aussi bien que sur le bâillonnement brutal des manifestations populaires par le gouvernement [23] ».

Quant à l’hétérogénéité du mouvement angolais, elle s’est récemment manifestée par les réponses apportées à l’invitation au dialogue par João Lourenço. Des organisations de la jeunesse manifestante, y ont répondu favorablement et participé le 26 octobre 2020, la considérant comme une opportunité pour trouver ensemble, avec le pouvoir, des pistes pour la résolution des fléaux sociaux motivant les mobilisations. Tandis que pour d’autres, du MPLA gouvernant depuis 45 ans, dans un mépris certain du peuple, lui envoyant la police, meurtrière à certaines occasions, il ne peut être espéré quelque changement de nature ou abandon de ses intérêts contraires à ceux du peuple angolais. Toutefois, les unes et les autres s’activent pour l’organisation des premières élections municipales, en espérant, sans doute, une défaite du MPLA et une possible pression populaire sur les élu·e·s, parmi lesquel·le·s des revús. Position qui peut être profitable au principal parti d’opposition, l’UNITA, soutenant la jeunesse manifestante tout en ne s’opposant aucunement aux orientations générales du néocolonialisme collectif, actuellement néolibéralisé, dont les intérêts sont de plus en plus partagés par le MPLA au pouvoir, et générateur de la gravité de la situation sociale contestée par une partie de la jeunesse d’Angola. Tout comme celle du Nigéria, à la suite d’autres en Afrique et, on ne peut que le souhaiter, avant et en même temps encore que d’autres [24]. Ce qui est presque la promesse d’une alternance sans alternative (économique, sociale, politique…), en Angola, caractéristique des élections dites démocratiques – quand elles ont lieu – en Afrique, voire ailleurs, à l’instar du Nigéria post-régimes militaires.

En Angola, au Nigéria, comme ailleurs, ces manifestations contre les violences policières, la “corruption”, pour la justice sociale, peuvent être l’amorce d’une conscience de la nécessité, optée, d’une alternative, globale et émancipatrice, au néocolonialisme. Quelles que soient les particularités locales, déterminantes, l’alternative ne sera néanmoins possible qu’à partir, au moins, de l’auto-organisation combative des classes populaires, des femmes et des jeunes damné·e·s de ces terres, permanente, diversifiée et fédérée – dépassant les instrumentalisations de l’ethnicité et de la religion dénoncées par la dynamique de #EndSARS, par exemple – élaborant collectivement, de la façon la plus large et démocratique possible, sur la société, le mouvement et ses perspectives, sans oublier les contextes africain et mondial. Malgré l’accélération censée caractériser notre époque [25], ce travail ne peut être effectué que sans précipitation, avec en mémoire la trajectoire des soulèvements populaires récents en Afrique (“récupération” par des représentants politiques des intérêts anti-émancipation populaire), comme ailleurs dans le monde [26], ayant prouvé la résilience du néocolonialisme collectif, confirmé de nouveau la force du capitalisme comme système multidimensionnel, à l’immense capacité d’ensorcellement (y compris au sein du “camp” anti-néolibéral, voire anticapitaliste) et s’avérant aussi autoritaire. Pas plus qu’hier et ailleurs, il n’y a pas aujourd’hui, en Angola et au Nigéria, en Afrique et ailleurs, de raccourci pour une auto-émancipation soucieuse de léguer aux générations futures non seulement des sociétés basées sur les principes de souveraineté populaire, d’égalité sociale et des genres, de respect de la liberté d’expression, de la dignité humaine, des différences (orientations sexuelles, par exemple), etc., mais aussi une terre en bonne santé. Ceci n’est pas possible sous le capitalisme.

À luta continua !




Notes

[1Adeniyi Ademoroti, « #EndSARS excluded queer protesters. What will it take for acceptance ? », African Arguments, 28 october 2020, https://africanarguments.org/2020/10/28/endsars-excluded-queer-protesters-what-will-it-take-for-acceptance/.

[2La féministe Angel Nduka-Nwosu (#SayHerNameNigeria, travaillant sur « les expériences genrées de femmes entre les mains de la police nigériane » a attiré l’attention sur les faits, entre autres, (s’étant produits aussi ailleurs qu’au Nigéria) que « Dans l’une des manifestations #ENDSARS dans l’État d’Edo State, trois femmes de Bénin ont été violées par des hommes […] des hommes manifestant contre la brutalité de SARS. À Lagos, il y a plusieurs histoires de femmes molestées, harcelées et même ayant reçu un coup de poing à la figure par des manifestants ayant dit explicitement ‘Nous n’allons pas laisser une femme nous diriger’ », A. Nduka-Nwosu, « #ENDSARS : Is a Woman’s Place Really in the Revolution ? », African Feminism, 25 october 2020, https://africanfeminism.com/endsars-is-a-womans-place-really-in-the-revolution/.

[3Femi Aborisade, « Nigeria’s movement against brutality and poverty », in Femi Aborisade et Andy Wynne, « #EndSARS : Nigeria’s Mass Movement Protest », Roape, october 27, 2020, https://roape.net/2020/10/27/endsars-nigerias-mass-movement/.

[4Abiodun Bagmiboye, Chinedu Bosah, « SPN [Socialist Party of Nigeria] Condemns Suspension of Strike by NLC and TUC Leadership », Democratic Socialist Movement, 29 september 2020, http://www.socialistnigeria.org/4741/2020/09/29/spn-condemns-suspension-of-strike-by-nlc-and-tuc-leadership/

[5Citée par Kabiru Yusuf, « Nigerian universities on strike for one of every five years since 1999, data shows », Premium Times, november 4, 2020, https://www.premiumtimesng.com/news/headlines/426119-nigerian-universities-on-strike-for-one-of-every-five-years-since-1999-data-shows.html. Pour se faire une idée de l’état de l’université publique nigériane, cf. par exemple, l’interview du président de l’Academic Staff Union of Universities, Prof. Abiodun Ogunyemi, par Iyabo Lawal, « Strike will continue as long as govt withholds our salaries, says ASUU », Guardian, 29 october 2020, https://guardian.ng/features/strike-will-continue-as-long-as-govt-withholds-our-salaries-says-asuu/.

[6Alfred Olufemi, « October 1 : #RevolutionNow organisers call for nationwidw protest », Premium, September 25, 2020, https://www.premiumtimesng.com/news/more-news/416862-october-1-revolutionnow-organisers-call-for-nationwide-protest.html.

[7Par ailleurs, « Pour une partie de la rue, l’élite politico-affairiste de Lagos constatant le blocage de ses affaires et de ses entreprises, aurait en effet une part de responsabilité dans ce bain de sang », affirme Jean-Christophe Servant, « Au Nigeria, le grand dessillement », Les blogs du Diplo, 6 novembre 2020, https://blog.mondediplo.net/au-nigeria-le-grand-dessillement.

[8Dimeji Akinloye, « Dangote, Elumelu Under Fire for ‘Attempting to Corner’ #EndSARS Protesters », Business Elite Africa, october 15, 2020, https://businesselitesafrica.com/2020/10/14/dangote-elumelu-under-fire-for-attempting-to-corner-endsars-protesters/ ; Alfred Olufemi, « #EndSARS : Kwara Governor speaks on controversial meeting with Dangote, Wizkid, others », Premium Times, october 15, 2020, https://www.premiumtimesng.com/regional/north-central/421092-endsars-kwara-governor-speaks-on-controversial-meeting-with-dangote-wizkid-others.html. Il a été aussi question de tentative de division du mouvement par instrumentalisation des identités ethniques et religieuses, le chef de l’État étant originaire du nord et musulman, où ont surgi des pro-SARS, et les mobilisations étant plus dynamiques au sud où se trouvent, par exemple Lagos, et des États pétroliers où le chômage des jeunes est aussi massif qu’ailleurs (cf., par exemple, Seye Olumide, « Rights group urges Nigerians to reject ehnic sentiment on “EndSARS protests », Guardian, 1er novembre 2020, https://guardian.ng/news/rights-group-urges-nigerians-to-reject-ethnic-sentiment-on-endsars-protests/).

[9C’est l’adaptation d’un propos de Fanon sur le racisme dans son intervention au 1er Congrès des Écrivains et Artistes noirs (Paris, 1956) : « Le racisme n’est pas un tout mais l’élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d’une structure donnée », F. Fanon, « Racisme et Culture », republié dans Pour la révolution africaine : écrits politiques, Paris, La Découverte, 2006 [François Maspero, 1964], (p. 37-52), p. 39.

[10Ayo Sogunro, « Why #EndSARS won’t quit », Africa Arguments, octobre 15, 2020, https://africanarguments.org/2020/10/15/why-endsars-wont-quit/.

[11« FULL SPEECH : Buhari’s address on #EndSARS protests », october 22, 2020, https://healthwise.punchng.com/full-speech-buharis-address-on-endsars-protests.

[12Idem.

[13La privatisation de l’entreprise nationale d’électricité en 2013 n’a pas réglé les problèmes du réseau électrique national nigérian, bien au contraire, la situation a empiré.

[14Le MPLA étant soutenu par l’URSS et Cuba, alors que ses adversaires l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola/UNITA et le Front national de libération de l’Angola/FNLA avaient le soutien des États-Unis, de l’Europe occidentale et de l’Afrique du Sud de l’apartheid.

[15Simão Hossi, « Angola : la police abat un jeune de 23 ans pour infraction aux règles de confinement, selon les médias locaux », Global Voices en Français, 24 août 2020, (traduit par Laim Anderson et Véronique Danzé), https://fr.globalvoices.org/2020/08/24/255136/. Cf. aussi, par exemple, du même « En Angola, des manifestant·e·s réclament justice pour Sílvio Dala, un médecin décédé en garde à vue », Global Voices en Français, 25 septembre 2020 (traduit par Laila Le Guen), https://fr.globalvoices.org/2020/09/25/256609/.

[16Selon la Banque mondiale, se référant au seuil très complaisant de 1,9 $ états-unien, « le nombre absolu de pauvres en Angola a crû de 4.9 millions à 8.7 billions entre 2000 et 2014, atteignant plus de 10 millions en 2018 » sur une population d’environ 31 millions de personnes, World Bank, Angola Poverty Assessment, june 24, 2020, p.ii, https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/34057.

[17Selon le titre de l’ouvrage d’Estelle Maussion (journaliste à Jeune Afrique), La dos Santos Company. Mainmise sur l’Angola, Paris, Karthala, 2019. Cf. aussi les Luanda Leaks de l’International Consortium of Investigative Journalism (ICIJ, https://www.icij.org/investigations/luanda-leaks/.

[18Cf., par exemple, la longue liste établie par un des membres de l’ICIJ, Max de Haldevang, « All the Companies tied to Isabel dos Santos », Quartz, january 19, 2020, https://qz.com/1787088/all-the-companies-tied-to-isabel-dos-santos/.

[19Ce qu’il a déclaré à une délégation de la jeunesse manifestante qu’il a reçue le 26 novembre 2020, pour un dialogue.

[20« We are more resolved to press not just for justice but for a new and better Nigeria where all citizens are safe and can thrive », Coalition of Protest Groups, « A Statement from The Coalition of Protest Groups Accross Lagos and Nigeria », (cpgnigeria.medium.com, october 23, 2020, https://cpgnigeria.medium.com/a-statement-from-the-coalition-of-protest-groups-across-lagos-and-nigeria-524ff25e1a64).

[21« Les manifestations n’ont jamais été politiquement motivées. Ce n’est pas sur l’ethnisme ou le tribalisme. La jeunesse à travers le pays est en train de demander la justice, la bonne gouvernance, la responsabilité et des réformes », Coalition of Protest Groups, idem. D’où, comme partout ailleurs dans le monde, la revendication, face à la croissance des inégalités sociales, d’une supposée juste redistribution des richesses, sans remise en cause du capitalisme, dans une nostalgie mal fondée du capitalisme des « Trente Glorieuses », de l’« État providence »/du « Welfare State ». C’est ce qui distingue de nos jours l’anti-néolibéralisme (anti-anticapitaliste) de l’anticapitalisme.

[22Une coalition d’organisations de travailleurs/travailleuses salarié·e·s et une septantaine d’organisations de la société civile créée « pour la protection des intérêts des travailleurs/travailleuses et les personnes vulnérables pauvres d’un impact économique et socio-culturel de grande envergure de la Covid-19 au Nigéria », Sahara Reporters, « Covid-19 : Falana Heads New Coalition to Champion Workers’ Interest, Welfare », April 29, 2020, http://saharareporters.com/2020/04/29/covid-19-falana-heads-new-coalition-champion-workers’-interest-welfare.

[23Extrait de la déclaration insérée dans Andy Wynne, « #EndSARS Protestors in Nigeria Need Our Solidarity », in Femi Aborisade et Andy Wynne, op. cit..

[24Au moment où s’achève la rédaction de cet article, le mouvement #EndSARS essaie de se relancer, malgré les menaces de répression ouvertement exprimées par le chef de la police nigériane, à demi-mot par le chef de l’État, soutenus d’une certaine façon par des organisations de la société civile (y compris un syndicat étudiant) – la société civile étant aussi le champs d’intérêts divergents, voire contradictoires –, exprimant leur hostilité à l’égard d’une nouvelle mobilisation, en arguant d’une inévitabilité des destructions et pillages qui s’ensuivraient. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé une très légère baisse du prix du carburant à la pompe, ayant subi en quelques mois cinq hausses, et n’exclut pas une baisse à venir du prix de l’électricité.

[25Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, 2010 [Berlin, 2005].

[26Par exemple, dans un entretien, le co-fondateur du mouvement burkinabé Le balai citoyen, l’artiste Smockey affirme qu’« On a vu ce qui est arrivé aux Podemos, en Espagne, et on en a tiré les leçons, on a trouvé d’autres moyens pour plonger dans l’eau sans se mouiller [rires]. On verra le résultat dans quelques années », Smockey (propos recueillis par Séverine Kodjo-Grandvaux), « La vraie question est de savoir si ce sont les élites qui ont trahi les peuples », Le Monde, 5 octobre 2020, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/10/05/smockey-la-vraie-question-est-de-savoir-si-ce-sont-les-elites-qui-ont-trahi-les-peuples_6054856_3212.html.

Jean Nanga

est militant du CADTM en Afrique, il collabore régulièrement à la revue Inprecor.

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