Atelier sur les échanges dette-nature organisé par le réseau CADTM lors de la première Conférence internationale antifasciste et antiimpérialiste de Porto Alegre le 28 mars 2026

18 mai par Pablo Laixhay


La Conférence internationale antifasciste et antiimpérialiste tenue du 26 au 29 mars à Porto Alegre fut un franc succès réunissant des milliers de participant.e.s d’Asie, d’Afrique, d’Europe et bien entendu d’Amérique latine. Durant ces 3 jours de nombreux ateliers, plénières et des espaces de rencontres et de discussions furent organisés.



Le réseau international CADTM, présent sur place avec une délégation de plus d’une vingtaine de membres, a coordonné 9 ateliers et discussions, parmi lesquels un atelier sur les échanges de dettes-contre-nature, mécanismes financiers vendus comme une solution pour lutter à la fois contre le surendettement public et pour la conservation de la biosphère.

Lors de cet atelier, Marie Elena Saludas d’Attac CADTM Argentine et Pablo Laixhay du CADTM Belgique sont intervenu.e.s. Après une introduction sur la financiarisation de la nature et la logique extractiviste imposée par une diversité de plus en plus large de mécanismes financiers, parmi lesquels, la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, l’exposé s’est concentré sur différents exemples d’échanges de dettes-contre-nature, parmi lesquels : celui réalisé par le Gabon pour 500 millions de dollars, celui du Belize pour 553 millions et celui de l’Équateur pour environ 1 600 millions de dollars.

Pour rappel, comment fonctionnent ces mécanismes ?

  1. Une (très grosse) ONG, presque toujours issue des pays les plus industrialisés, négocie avec différents acteurs pour racheter au rabais une partie de la dette d’un Etat à ses anciens créanciers. Cela implique l’émission d’une obligation Obligations
    Obligation
    Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. L’obligation est souvent l’objet de négociations sur le marché secondaire.
    qui permettra d’acquérir les fonds nécessaires, mais également une ribambelle de services, conseils, assurances pour rendre ce produit financier (l’obligation) le plus attractif possible. Parmi les principales « ONG » impliquées dans ces mécanismes, trois se démarquent : World Wilde life Fund (WWF), Conservation International (CI) et, la plus importante, The Nature Conservancy (TNC).
  2. Avec ces fonds, l’« ONG » rachète la créance
  3. L’Etat débiteur d’une part rembourse dès lors l’ « ONG » qui rembourse à son tour l’obligation, mais aussi, et c’est là que c’est important, les différents intermédiaires (cabinets de conseils juridiques, financiers, les assurances et institutions, etc.). D’autres part, il verse des financements pour un projet de conservation élaboré par l’ « ONG ».

Présentés comme une solution innovante, les échanges dette-nature donnent l’illusion d’un combat mené et poussent davantage à l’inaction sur deux fronts qui nécessitent des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
urgentes et radicales.

D’une part, ils ne comblent en rien le manque abyssal de volonté politique et d’investissement pour enrayer le changement climatique et la crise écologique en cours.

D’autre part, loin de s’attaquer au problème du surendettement, les échanges dette-nature préservent un statu quo maquillé. Le remboursement des dettes et le paiement des intérêts souvent usuraires qui les accompagnent drainent aujourd’hui la quasi-totalité des capacités économiques des pays des Suds vers les marchés financiers et les pays du Nord. Seule une annulation des dettes illégitimes, accompagnée d’audits citoyens transparents, permettra de restaurer la souveraineté des États, de leur rendre les moyens d’adopter des politiques adéquates en termes de lutte contre la crise écologique et d’assurer la justice climatique et sociale.

Pour plus d’informations, consultez les différents articles présents sur le site du CADTM :

Cette discussion est malheureusement d’une actualité brulante à l’heure où trois pays d’Afrique sont en négociation avec TNC pour la signature d’accords à hauteur de 500 millions de dollars et alors que différents gouvernements, à l’image de celui de G. Meloni, mettent en place des mécanismes de conversion de dettes.

Après différents échanges sur la nature de ces mécanismes, sur les acteurs impliqués et plus largement sur la problématique de la dette tant publique que privée en Amérique Latine, les discussions ont convergé vers la nécessité urgente de mise en place de solutions radicales et plus ambitieuses, tant sur les questions dites environnementales, que sur les problèmes liés à la dette.


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