15 décembre 2023 par Farooq Tariq , Zaighum Abbas

Photo : Media Ninja, Flickr, CC BY NC 2.0, https://www.loe.org/shows/segments.html?programID=23-P13-00049&segmentID=3
Une délégation de deux membres du Pakistan Kissan Rabita Committee, membre de l’Asian People’s Movement on Debt and Development (APMDD), a participé à la 28e Conférence des Parties (COP28) qui s’est tenue à Expo City, à Dubaï. L’accord final est qualifié par les médias internationaux “d’accord historique sur la transition vers l’abandon des combustibles fossiles”. C’est pourtant loin d’être la réalité.
L’annonce d’une “réduction des émissions au lieu d’une élimination totale des combustibles fossiles” constitue un recul par rapport aux réalisations antérieures. Il s’agit d’un recul par rapport à la COP27. Ce revirement est attribué au fait que la COP28 était présidée par le directeur de la compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis. De nombreux mouvements et organisations de la société civile ont souligné qu’en termes de progrès vers la décarbonisation, nous avons en fait reculé. La formulation du texte actuel sur les combustibles fossiles est considérée comme pire que celle des deux dernières conférences des parties.
Alors que les deux dernières conférences des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques s’étaient engagées à “l’arrêt progressif de la production d’électricité à partir du charbon et à l’élimination progressive des subventions inefficaces accordées aux combustibles fossiles”, le texte final de la COP28 ne fait pas référence à une « élimination progressive » des combustibles fossiles, mais énumère huit options que les pays peuvent utiliser pour réduire leurs émissions.
Un autre point critique est que les pays en développement, y compris le Pakistan, qui était à l’avant-garde de la défense de l’« élimination progressive des combustibles fossiles », sont eux-mêmes les plus grands consommateurs de combustibles fossiles avec les plans d’expansion du pétrole, du gaz et du charbon les plus étendus. L’expansion des centrales électriques au charbon au Pakistan en est un exemple. Avec 21 producteurs indépendants d’énergie thermique, l’énergie à base de combustibles fossiles au Pakistan représente près de 60 % du total (32,3 % à base de gaz, 12,8 % à base de charbon et 14,3 % à base de pétrole), et le gouvernement n’a pas l’intention de la réduire, préférant promouvoir la production locale d’énergie à base de charbon. Cette hypocrisie se retrouve dans d’autres pays en développement qui demandent l’élimination progressive des combustibles fossiles tout en plaçant l’énergie à base de combustibles fossiles au cœur de leur production nationale.
La COP28 n’a pas non plus réussi à engager le montant nécessaire pour le Fonds pour pertes et préjudices. Bien qu’il ait été créé, la promesse de constituer le Fonds vert pour le climat dans son intégralité n’a représenté qu’un total de 725 millions de dollars, ce qui est bien inférieur à la fameuse promesse de 100 milliards de dollars pour 2020. Selon The Guardian, le montant promis au Fonds pour les pertes et préjudices couvrira moins de 0,2 % des 387 milliards de dollars estimés nécessaires chaque année pour financer les interventions visant à atténuer les effets du changement climatique. Il s’agit d’une perte totale pour les pays en développement, y compris ceux qui sont au cœur des catastrophes climatiques comme le Pakistan.
Le débat sur le financement de la lutte contre le changement climatique a été au cœur de la COP28 de cette année. Le principe fondamental des pertes et dommages est que tout le monde n’est pas également responsable des crises climatiques ou n’en subit pas les conséquences. Les nations riches, pollueurs historiques, devraient être tenues de financer les nations plus pauvres et vulnérables au climat, comme le Pakistan, qui se trouvent en première ligne de l’effondrement de l’environnement. Il n’a pas été fait mention des 10,7 milliards de dollars promis par les institutions financières internationales, les organismes donateurs et les partenaires de développement pour la réhabilitation, le redressement et la reconstruction des zones touchées par les inondations lors de la Conférence internationale de Genève sur le Pakistan résilient au changement climatique, organisée par les Nations unies et le Pakistan le 23 janvier 2023. Le fait est que 90 % des victimes des inondations n’ont pas été réhabilitées alors qu’un an et demi s’est écoulé, que les inégalités se creusent et que 20 millions de « nouveaux pauvres » se sont ajoutés.
Les négociations de la COP28 n’ont pas abordé le lien entre la vulnérabilité climatique et la dette
Dette
Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des pays en développement, alors que la dette mondiale devrait atteindre 97 000 milliards de dollars en 2023. Un rapport récent montre que 54 pays sont confrontés à une crise de la dette, les paiements de la dette extérieure par les pays du Sud ayant augmenté de 150 % depuis 2011. La dette extérieure du Pakistan a atteint 128,1 milliards d’euros en septembre 2023, augmentant de 29 % au cours de l’année fiscale 2023. Les recherches d’ActionAid International révèlent que 93 % des pays les plus vulnérables au changement climatique, dont le Pakistan, croulent sous les dettes. Au lieu d’annuler la dette, les institutions financières internationales ont augmenté la pression sur le Pakistan, ce qui a entraîné une hausse des impôts indirects sur les citoyens ordinaires au lieu de taxer les riches.
La partie la plus brillante de la COP28 a été l’unité entre les organisations de la société civile exigeant un cessez-le-feu immédiat en Palestine, pas de combustibles fossiles, l’annulation de la dette, et pas de justice climatique sans droits de l’homme, droits des femmes et droits des indigènes. Chaque jour, des dizaines de manifestations à l’intérieur du site ont permis de faire entendre la voix de ces questions cruciales. L’administration de la COP28 a autorisé ces manifestations avec de nombreuses restrictions. Pas de drapeaux, pas de noms de pays et pas d’accusations directes. Malgré cela, la Palestine a été le point central de toutes les manifestations et de tous les rassemblements restreints. De nombreux appels ont été lancés en faveur d’un cessez-le-feu. Le rassemblement du 9 décembre a été historique ; Dubaï, qui n’a autorisé aucune manifestation sur son territoire, n’a jamais vu des milliers de personnes défiler pour réclamer la justice climatique et un cessez-le-feu. La zone administrée par l’ONU autour du site de la COP28 a vu des centaines de banderoles, de slogans et de participants chargés de ce rassemblement historique, qui a fait le tour du site jusqu’à l’entrée de la zone verte. Farooq Tariq était l’un des principaux orateurs à la fin du rassemblement, avec plusieurs autres représentants de différentes circonscriptions. Le PKRC a pu faire entendre des voix fortes sur des questions brûlantes telles que la dette et les combustibles fossiles.
Le 10 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, Farooq Tariq, du Pakistan Kissan Rabita Committee, a soulevé la question du travail des migrants à Dubaï et dans d’autres pays du Moyen-Orient. « Nous exigeons l’égalité des droits de l’homme pour tous les travailleureusess migrantes, qui sont l’épine dorsale du développement dans ces régions ; ils sont traités comme des citoyennes de seconde zone, n’ont pas de salaires égaux, pas de santé et de sécurité, pas de droits du travail adéquats, et ne pourront jamais devenir des citoyens locaux ». Il a ajouté.
Certaines militantes de la société civile, dont le PKRC, ont pu organiser une manifestation unique lors de la conférence de presse du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le 11 décembre. Onze activistes de la société civile ont tenu une bannière, « Hold the Line », à l’intérieur de la salle, attirant l’attention des médias. Le slogan « Hold the Line » faisait référence au fait de ne pas franchir la barre des 1,5 °C et invitait le chef de l’ONU à adopter une position ferme à ce sujet.
Un autre aspect positif a été l’attention initiale portée par les médias aux manifestations et aux points de presse des militantes de la société civile brandissant des banderoles et scandant des slogans, ce qui n’avait jamais été vu sur le territoire des Émirats arabes unis. À la fin de la COP28, les médias étaient restés silencieux sur les manifestations quotidiennes à l’intérieur du site ; cependant, l’objectif d’attirer l’attention du monde sur un monde sans fossile a été atteint.
Il est maintenant temps d’éliminer totalement les combustibles fossiles, rapidement, équitablement et pour toujours. Les mots « combustibles fossiles » dans le texte n’ont aucun sens si le reste des pages est truffé d’échappatoires qui non seulement permettent mais exacerbent l’ère des combustibles fossiles. L’action en faveur du climat est affaiblie si les principaux responsables ne sont pas tenus de montrer l’exemple. Une élimination progressive est inutile si l’on ne dispose pas des outils nécessaires pour la mettre en œuvre. L’action
Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
climatique est inutile si elle condamne des milliards de personnes à la mort et à la destruction.
est le secrétaire général du Comité Kissan Rabita du Pakistan, un réseau de 26 organisations paysannes et un membre de la coalition de la plateforme internationale La Via Campesina.
17 septembre 2024, par Farooq Tariq , Israel Dutra
20 juillet 2023, par Farooq Tariq
13 septembre 2022, par Farooq Tariq
3 septembre 2021, par Farooq Tariq