Climat : les Etats-Unis rejettent l’initiative de la Banque mondiale

1er mars 2009 par Anne-Sophie Simpere


Paris, le 26 février 2009 – La Banque mondiale a essuyé hier un camouflet très symbolique qui décrédibilise fortement son action contre les changements climatiques. Le Congrès américain a en effet refusé la participation des Etats-Unis au nouveau Fonds pour les technologies propres créé par la Banque, lui reprochant d’avoir inclus les centrales à charbon dans la liste de ses technologies « propres ». Les Amis de la Terre se félicitent de cette décision et demandent à la France de suivre cet exemple en se retirant du Fonds pour rediriger ses financements vers les mécanismes des Nations unies.

Depuis un an, la Banque mondiale Banque mondiale
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La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
poursuit une campagne de communication très active pour se placer en acteur incontournable du financement de la lutte contre les changements climatiques Elle a créé notamment de nouveaux « Fonds d’investissement Fonds d’investissement Les fonds d’investissement (private equity) ont pour objectif d’investir dans des sociétés qu’ils ont sélectionnées selon certains critères. Ils sont le plus souvent spécialisés suivant l’objectif de leur intervention : fonds de capital-risque, fonds de capital développement, fonds de LBO (voir infra) qui correspondent à des stades différents de maturité de l’entreprise. pour le climat », dont un Fonds pour les technologies propres censé soutenir un développement sobre en carbone dans les pays en développement. Ces mécanismes sont vivement critiqués car ils concurrencent les processus multilatéraux des Nations unies au profit d’une institution moins démocratique, et sans aucune légitimité en matière climatique. En effet, à côté de ses déclarations d’intention, la Banque mondiale finance toujours massivement des oléoducs, gazoducs, ou méga centrales à charbon parmi les plus polluants au monde.

« Signe de son addiction au carbone et de son incompétence complète sur le sujet, la Banque n’a pu s’empêcher de classer certaines centrales à charbon parmi les projets éligibles aux financements de son Fonds pour les technologies propres. » explique Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers pour les Amis de la Terre France.

Pour Karen Orenstein, des Amis de la Terre Etats-Unis, « les membres du Congrès soucieux du changement climatique, en particulier dans les pays en développement, n’allaient pas donner un chèque en blanc à la Banque mondiale. Des ressources publiques limitées ne doivent pas alimenter un Fonds pour lequel il est acceptable de financer du charbon « un peu moins sale » au nom de la lutte contre les changements climatiques. »

S’ils ont rejeté l’initiative de la Banque mondiale, les députés américains ont décidé de verser dix millions de dollars à un fonds climat des Nations unies. Ce montant est encore faible, mais le geste est crucial, car il s’agit de la première contribution des Etats-Unis à un mécanisme des Nations unies pour le climat.

Anne-Sophie Simpere conclut : « La France, qui affiche d’ambitieux objectifs en matière de lutte contre le changement climatique, est en train de se montrer plus archaïque que les Etats-Unis, en continuant à soutenir une initiative de la Banque mondiale qui n’est ni légitime, ni crédible. Nous demandons que les 500 millions d’euros que la France souhaite investir dans les Fonds climat de la Banque mondiale soient redirigés vers des mécanismes supervisés par la Convention cadre des Nations unies pour les changements climatiques, où chaque pays à une voix. C’est aujourd’hui le cadre le plus démocratique en matière de financement de la lutte contre les changements climatiques et de l’adaptation. »

Article original paru sur le site des Amis de la Terre



Anne-Sophie Simpere

Les Amis de la terre