Dans le cadre de l’Assemblée régionale du CADTM AYNA à Bogota ( en Colombie)

« Comprendre le système d’endettement et les alternatives pour les pays du Sud »

Premier séminaire, le 23 novembre 2023 , organisé par l’UNEB, le Syndicat national des employés du secteur bancaire, avec des interventions du CADTM AYNA et du CADTM International

25 novembre 2023 par Pablo Laixhay , Anne Theisen


Peinture colombienne dans le bureau du syndicat ANABRE : lutte sociale pour la libération des dettes

Du 23 au 29 novembre, le CADTM se réunit à Bogota, la capitale colombienne, pour participer à une série de forums, d’ateliers et de conférences. Ces rencontres seront également l’occasion pour le CADTM AYNA de se retrouver lors de l’assemblée annuelle du réseau.

Ce jeudi 23 novembre, le CADTM organisait l’atelier « Comprendre le système d’endettement et les alternatives pour les pays du Sud » avec la UNEB, le Syndicat national des employés du secteur bancaire (Unión Nacional de Empleados Bancarios en espagnol), organisation colombienne membre du réseau CADTM depuis 2003. Sont intervenus lors de cet atelier comme modérateur William Gaviria, membre de la UNEB, Monica Soto Elizaga de la Promotora Nacional por la Suspension del Pago de la Deuda Publica (Mexico), Eric Toussaint porte-parole du CADTM international, Jairo Bautista(économiste et activiste colombien), Abner Denis ( doctorant au Chili sur la dette portoricaine), Maria Elena Saludos ( coordinatrice du CADTM AYNA et membre de l’ATTAC CADTM Argentine, de la Autoconvocatoria para la Suspencion de Pagos) ainsi que Daniel Alberto Libreros Caicedo (professeur de droit à l’Université Nationale de Colombie) …. Ensuite quelques questions soulevées par des participants de la salle ont débouché sur des compléments de réflexions très enrichissants.



Dans son introduction, William Gaviria a rappelé la genèse du réseau CADTM AYNA. Différentes organisations de femmes, de paysan.nes, d’étudiant.es, de syndicats et des mouvements sociaux issus des pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont soulevé la question centrale de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. En Équateur, en Argentine, au Brésil d’abord puis à Haïti, au Mexique et au Venezuela, chaque fois, l’analyse des problèmes humains revenaient autour de cette problématique. En Colombie, des organisations bancaires ont commencé par étudier la dette depuis 2003. En 2008, toutes ces organisations partenaires d’Amérique latine et des Caraïbes se sont rassemblées à Bogota pour former le CADTM AYNA (Abya Yala / Nuestra América ), tierra nuestra, dont nous célébrons maintenant le 15e anniversaire !

Pour en savoir plus : Réseau CADTM Ayna

Ensuite William aborde les difficultés de cette lutte contre les dettes illégitimes, notamment en raison de l’ alternance des gouvernements, de leur instabilité, de ce passage constant des politiques progressistes de gauche à des régimes d’extrême droite. En Argentine , après quelques espoirs, la situation est devenue tellement catastrophique puisque le vote électoral de 2023 a choisi Javier Milei, un anarchiste de droite radicale ! C’est effrayant et décourageant. Mais d’un autre côté les mouvements sociaux et de belles initiatives se poursuivent : aujourd’hui, en Colombie, les syndicats bancaires sont en grève et exigent des changements au niveau fiscal.

Mónica Soto Elizaga explique que la dette publique est une véritable hémorragie des ressources et que de plus elle est actuellement « impayable » au Mexique. C’est un instrument de domination et d’exploitation et son remboursement va à l’encontre des intérêts des peuples surtout après la pandémie où cet argent devrait plutôt servir à répondre aux urgences sociales.

Lire aussi : Mexique : Campagne de la coalition pour la suspension du paiement de la dette

Étudier la dette, en créant « la Promotora des Suspensions de Pagos » au Mexique avec des organisations sociales, syndicales des travailleur.ses est très important. À partir de ce travail , il faut faire prendre conscience c’est-à-dire sensibiliser la population au piège des dettes, des taux d’intérêts croissants qui ne cessent de l’appauvrir. Monica met aussi l’accent sur les dettes internes en pesos qui grossissent au fur et à mesure que les dettes externes en devises étrangères s’aggravent. Car les deux phénomènes sont étroitement liés au Mexique. Des fonds privés comme Black Rock sont plus puissants que des gouvernements rassemblés et ils profitent de ces endettements ! En écrivant « L’Historia de la deuda de Mexico » mais aussi en montrant qu’il existe des solutions alternatives, comme faire des audits pour identifier les dettes illégales, illégitimes, odieuses insoutenables, et refuser de les payer, comme cela s’est réalisé en Equateur sous la présidence de Rafaël Correa, la Promotodora de Mexico essaie de réagir au 10.5 billions( 10 500 milliards ) de pesos de dettes externes en 2018 qui risque d’atteindre 16 billions ( 16 000 milliards ) de pesos à la fin du mandat du président Andres Manuel Lopes Obrador en 2024 . Selon Monica, il faut un mouvement social au niveau mondial d’abolition des dettes pour que cela puisse fonctionner.

Eric Toussaint est devenu une référence mondiale dans le domaine de la dette. Il a rappelé son passé de syndicaliste et a expliqué comment il a été amené progressivement à s’intéresser à la problématique à la dette, en Belgique puis dans les pays du Sud. Après l’application en 1983 d’un plan d’ajustement structurel Plan d'ajustement structurel En réaction à la crise de la dette, les pays riches ont confié au FMI et à la Banque mondiale la mission d’imposer une discipline financière stricte aux pays surendettés. Les programmes d’ajustement structurel ont pour but premier, selon le discours officiel, de rétablir les équilibres financiers. Pour y parvenir, le FMI et la Banque mondiale imposent l’ouverture de l’économie afin d’y attirer les capitaux. Le but pour les États du Sud qui appliquent les PAS est d’exporter plus et de dépenser moins, via deux séries de mesures. Les mesures de choc sont des mesures à effet immédiat : suppression des subventions aux biens et services de première nécessité, réduction des budgets sociaux et de la masse salariale de la fonction publique, dévaluation de la monnaie, taux d’intérêt élevés. Les mesures structurelles sont des réformes à plus long terme de l’économie : spécialisation dans quelques produits d’exportation (au détriment des cultures vivrières), libéralisation de l’économie via l’abandon du contrôle des mouvements de capitaux et la suppression du contrôle des changes, ouverture des marchés par la suppression des barrières douanières, privatisation des entreprises publiques, TVA généralisée et fiscalité préservant les revenus du capital. Les conséquences sont dramatiques pour les populations et les pays ayant appliqué ces programmes à la lettre connaissent à la fois des résultats économiques décevants et une misère galopante. de la ville de Liège qui a impliqué une diminution de 25% des salaires des travailleurs communaux, la diminution des pensions et de nombreuses privatisations, il était devenu évident pour lui que le remboursement de la dette publique pesait trop lourdement sur la population, ce qui nécessitait un audit et une annulation de dette. Puis Éric a entendu parler de Fidel Castro et de sa campagne mondiale pour le non-paiement de la dette à Cuba ! Il s’est intéressé et s’ est engagé dans des mouvements de gauche d’Amérique latine et d’Europe.
En 1990, il a contribué à fonder le Comité pour l’Abolition de la Dette du Tiers Monde ( devenu le Comité pour l’Abolition des Dettes Illégitimes puisqu’elles concernent tout aussi bien les pays du Nord que du Sud, les pouvoirs publics et les classes populaires). Le CADTM aujourd’hui regroupe 30 pays (16 en Afrique et le reste en Amérique latine, en Asie et en Europe).
Le CADTM a mis en évidence le système dette mondial en étudiant une série de crises de dettes de grande ampleur. Celles-ci se sont succédées à partir de 1816 jusqu’à aujourd’hui comme inhérentes au capitalisme.
Les relations internationales ne peuvent se comprendre sans aborder le thème de la dette.
Ainsi, déjà en 1820, Simon Bolivar en Amérique du Sud et les indépendantistes mexicains se sont endettés par rapport aux banquiers d’Angleterre pour acheter des armes pour leurs luttes. Les conditions des prêts accordés étaient déjà abusives.
Le paiement des dettes tout comme les accords de libre-échange expliquent les rapports de subordination et de manipulation économiques.
De plus, ce sont souvent des crises du capitalisme dans les pays du Nord qui ont provoqué de graves crises économiques en Amérique latine  : c’est le cas de la crise bancaire à Londres de 1825, puis de la crise de 1929 qui éclata aux USA et aujourd’hui, de la crise déclenchée d’une part par la décision de la réserve fédérale américaine, des banques centrales européennes et anglaises d’augmenter le taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
et d’autre part par l’augmentation du prix des aliments et des combustibles qui affectent les pays importateurs des marchandises. Depuis 2020, ce sont encore des chocs exogènes (pandémie, guerre en Ukraine, spéculations sur les céréales, les fertilisants, les combustibles) qui provoquent une forte augmentation de la dette publique dans le Sud global. Actuellement, la situation catastrophique en Argentine, au Ghana (élève modèle du néolibéralisme), de Porto Rico et du Sri Lanka ne peuvent se comprendre sans tenir compte du poids de leur dettes publiques colossales.

Aujourd’hui les pays du Sud doivent promettre des taux d’intérêt élevéspour convaincre les fonds d’investissement Fonds d’investissement Les fonds d’investissement (private equity) ont pour objectif d’investir dans des sociétés qu’ils ont sélectionnées selon certains critères. Ils sont le plus souvent spécialisés suivant l’objectif de leur intervention : fonds de capital-risque, fonds de capital développement, fonds de LBO (voir infra) qui correspondent à des stades différents de maturité de l’entreprise. capitalistes du Nordd’acheter les titres souverains qu’ils émettent, ils doivent promettre des rendements de 9-12ou du 15% pour être compétitifs sur les marchés. Ensuite, ces pays tombent en incapacité de remboursement devant ces taux de plus en plus élevés. Alors, ils font appel à des crédits d’urgence du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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( à des taux oscillants entre du 4 et du 8´%)
. Depuis 2020, en 3 ans, le FMI a accordé des crédits à 100 pays. Mais nous savons que ces prêts ne sont pas sans conditions. Par exemple, au Pakistan, le FMI exige la privatisation de 203 entreprises publiques en conséquence du prêt octroyé par l’institution financière internationale.

Lire aussi : Congrès national et international sur les banques centrales, le système financier et le développement économique

Aujourd’hui, le secteur bancaire international est particulièrement fragile.
Trois banques américaines importantes ont fait faillites en mars-avril 2023 ( First Republic Bank, Silicon Valley Bank et Signature Bank) suivies par le Crédit Suisse. Une crise bancaire peut ressurgir à tout moment, comme en 2007-2008, déclenchée par le moindre événement. Même des banques qui déclarent de hauts bénéfices et distribuent d’important dividendes à leurs actionnaires peuvent se trouver au bord de la faillite, dans le Nord, comme dans le Sud. Il suffit d’un retrait massif et soudain de dépôts comme nous avons pu le voir dans le cas de la faillite de la Silicon Valley Bank ou du Crédit Suisse !

Abner Denis approfondit son étude de la dette de Porto Rico dans le cadre d’une thèse qu’il poursuit dans une université au Chili mais aussi à travers la Commission citoyenne de l’audit de la dette impulsée par des mouvements sociaux. Il explique que Porto Rico après avoir été une colonie espagnole pendant plus de 400 ans est devenu depuis une centaine d’année un État des USA. Sa monnaie est le dollar, les portoricains ont la nationalité américaine et 5 millions d’entre eux vivent actuellement aux USA alors que seulement 3 millions résident encore à Porto Rico !
La crise de la dette à Porto Rico est gravissime. Il est très difficile de l’analyser, d’identifier la part illégale, illégitime, car beaucoup de documents restent confidentiels ou classés secrets. Abner se penche aussi sur la loi de Stabilité Économique, d’Administration et Supervision de Porto Rico ( surnommée la PROMESA) qui a été promulguée par Barack Obama le 30 juin 2016 pour permettre une restructuration de la dette de Porto Rico et pour obtenir plus de « responsabilité fiscale » . Selon lui, elle a imposé des amendes et des contrôles fiscaux sur les autorités de Porto Rico. Elle a provoqué de nouvelles luttes étudiantes, des grèves syndicales, des mouvements de défense des pensions en prouvant que si les dettes publiques augmentaient et qu’il fallait les rembourser en priorité, alors il n’y avait plus assez d’argent pour les dépenses publiques essentielles. Il est apparu important d’enquêter sur les causes et conséquences des dettes avec des experts mais aussi avec des citoyens non spécialisés et de vulgariser les résultats, avoir recours à de bons communicateurs pour que tout le monde comprenne les enjeux. Par exemple, l’idée de former des pensionnés à former d’autres pensionnés a très bien fonctionné et cela a même abouti à une petite victoire par rapport aux retraites.
Mais Abner insiste sur le danger des fonds vautours Fonds vautour
Fonds vautours
Fonds d’investissement qui achètent sur le marché secondaire (la brocante de la dette) des titres de dette de pays qui connaissent des difficultés financières. Ils les obtiennent à un montant très inférieur à leur valeur nominale, en les achetant à d’autres investisseurs qui préfèrent s’en débarrasser à moindre coût, quitte à essuyer une perte, de peur que le pays en question se place en défaut de paiement. Les fonds vautours réclament ensuite le paiement intégral de la dette qu’ils viennent d’acquérir, allant jusqu’à attaquer le pays débiteur devant des tribunaux qui privilégient les intérêts des investisseurs, typiquement les tribunaux américains et britanniques.
qui sont les mêmes que ceux qui sévissent au Mexique et qui spéculent sur les dettes pour s’enrichir (ils achètent des dettes à bas prix quand les pays sont en crise pour ensuite exiger des remboursements avec des taux d’intérêts plus élevés, des pénalités de retard etc.). Abner aborde encore le problème de l’électricité. Depuis l’ouragan ravageur de 2017 qui a fait plus de 4000 morts, les populations ont été privées d’électricité pendant 8 à 9 mois dans certains endroits et il y a eu aussi des coupures d’eau importantes. Comme il fallait payer la dette et réduire les dépenses publiques, les investissements nécessaires pour faire face à cette catastrophe naturelle et à ses destructions n‘ont pas été possibles dans l’immédiat .

Jairo Bautista apporte des éclaircissements intéressants sur la situation en Colombie. Il évoque les différents changements liés à la règle fiscale de Colombie ( en 2011 où elle est instaurée, en 2021 où elle est suspendue et en 2023 où il y a une proposition de changement de cette règle pour favoriser l’activité économique des entreprises et le remboursement des dettes publiques ). Comment faire pour que la fiscalité ne serve pas uniquement à rembourser la dette publique ou privée ?
Qui n’a aucun produit de crédit dans la salle ? Presque personne : pour acheter un logement, une voiture, faire des études, se soigner…quasiment tous ont recours tôt ou tard à l’emprunt : nous sommes tous appauvris, dépossédés !
Pourquoi ?
La rémunération du travail ne cesse de diminuer aussi bien pour les hommes que pour les femmes ; le coût de la vie augmente considérablement ; les gens sont sans cesse excités par le besoin entretenu de consommer ; le prix de la terre devient inaccessible ; étudier est hors d’atteinte…
Le problème de l’endettement n’est pas uniquement économique et financier : il est aussi social, anthropologique et touche aux valeurs, aux habitudes, aux croyances, au comportement social.
Nombreux sont ceux qui croient encore que « le banquier est celui qui prend soin de notre épargne ». Aujourd’hui, un jeune achète 42m2 en s’endettant alors qu’avant, il construisait sa propre maison lui-même sans s’endetter. Avant on pensait qu’étudier permettait la promotion sociale : aujourd’hui le diplôme a perdu de sa valeur ; l’étudiant s’endette pour obtenir un actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dont la valeur chute. Quant à la précarisation du travail des jeunes, elle est terrible ! Comment peut-on accepter que les banques s’approprient les pensions des salariés pour spéculer ? Pourquoi personne ne se demande ce qui justifie que la facture des banques augmente tout le temps ? Même pas la gauche ne remet cela en question !

Lire aussi : L’illusion colombienne : du « modèle » néolibéral latino- américain aux manifestations réprimées dans le sang

Nous sommes manipulés et dépossédés. La cause et les conséquences de cette stratégie, ce sont des petits crédits avec des taux d’intérêts brutaux qui déterminent les conditions des classes populaires  ! La dette est devenue un système de vie institutionnalisé (reposant en plus sur des activités illégales). Il ne s’agit donc pas de tout attendre des grandes politiques publiques mais il est possible d’agir à travers les mouvements sociaux et syndicaux en réclamant un salaire juste, une pension digne, des études accessibles ; de plus en plus se perd l’idée d’avoir des droits à des services publics accessibles. Il faut changer nos manières de voir et de penser et lutter contre cette dépossession des classes populaires. Certains trouvent que c’est normal de ne pas pouvoir manger pour pouvoir payer d’abord une carte de crédit, de payer des dettes publiques plutôt que de développer un pays. Les réformes fiscales proposées par le président colombien Gustavo Petro veulent favoriser ou priorisent le remboursement de la dette étrangère via la règle fiscale. Elles appauvrissent pour la fiscalité et sont tout à fait incohérentes par rapport à la politique des impôts préconisée. En Argentine, si les gens votent pour Milei c’est parce que même les progressistes n’ont pas su trouver une solution pour soutenir le train de vie des appauvris. Les dettes sont devenues tellement impayables que cela n’a plus de sens de continuer ainsi à rembourser. Cela creuse cruellement les inégalités. Des rêveurs se paient des navettes spatiales pour faire du tourisme dans l’espace tandis que d’autres triment pour s’acheter des chaussures de seconde main.

Quelles sont les alternatives possibles en Colombie ?

Le professeur Daniel Libreros complète en déclarant qu’il est impossible dans une logique progressiste de survivre dans ce système international financier. Il observe le déclin des luttes internationales de gauche pour l’abolition des dettes et fait remarquer que dans la plupart des mouvements sociaux actuels, ce thème crucial n’est pas souvent relevé. Il regarde l’État, le système politique, la règle fiscale, l’autonomie des banques centrales et en déduit que les banques centrales sont irresponsables face au politique. Elles se placent au-dessus des parlements, des gouvernements. Cela se vérifie aussi bien en Colombie qu’en Argentine. Il n’y a pas assez de contrôle du capital. Les taux d’intérêts ne sont pas plafonnés et à cause de leur augmentation effrénée, des personnes ne pouvant plus rembourser leurs prêts hypothécaires n’ont même pas pu obtenir la valeur qu’ils ont investi au départ en revendant leur maison pour presque rien sur le marché secondaire ! On augmenterait les taux d’intérêt pour juguler l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison.  ? Pas du tout, car l’augmentation du taux d’intérêt fait augmenter les coûts de la vie et causent au contraire de l’inflation. Un taux d’intérêt directeur de 5,25% , cela signifie des taux de 13,5 à 25% en Colombie ! De quoi asphyxier les gens même avec au départ de petites sommes empruntées.
Quelles solutions ?
Premièrement, il est essentiel de contrôler l’autonomie des banques centrales et le capital.
Deuxièmement il faut revoir la règle fiscale en Colombie qui favorise le remboursement de la dette externe.
Troisièmement refuser la politique du FMI qui consiste à faire grimper le prix du pétrole Colombien sur le marché intérieur pour qu’il soit vendu au même prix que celui du pétrole international de la bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). de Chicago. Cette mesure d’augmentation du prix du pétrole a entraîné une flambée des prix de l’alimentation, du transport et a détruit les espoirs que la population portait sur Gustavo Pétro en remettant en cause sa légitimité.
En effet, ces mesures agissent sur trois causes importantes de la récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres consécutifs. économique actuelle. Aujourd’hui la dette externe est de 92 millions alors que rien que les taux d’intérêts représentent 54 millions !
Quatrièmement, on peut changer la politique d’imposition sur les multinationales (notamment leur imposer des réparations financières par rapport à la destruction des sols).
En Colombie, le président ne combat pas le système financier international, les diktats du FMI, de la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

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Le pays est en pleine transition pour plus de droits humains après des années de guerre et de violences des Paramilitaires, de l’armée …mais aussi des déplacements forcés à cause des activités des multinationales. La population a assez payé !
La lutte contre la corruption reste une priorité. Un exemple de dette illégitime pour raison de corruption est le cas d’AVAL. La Colombie est sanctionnée par les USA et doit payer 80 millions de dollars à cause des malversations de ce groupe. Or il est aussi propriétaire de 43% des fonds de pensions privées des colombiens et d’autres titres qui servent à la construction de routes et d’infrastructures nécessaires !

Ensuite, après avoir applaudi l’arrivée de Maria Elena Saludas, la coordinatrice du CADTM AYNA , membre d’ ATTAC CADTM Argentine , participant activement à l ’audit de la dette Argentine pour la suspension des dettes illégitimes, les intervenants ont répondu aux questions des participants dans la salle :



1. Pouvez-vous expliquer comment l’Équateur a pu annuler ses dettes ?

L’expérience positive de l’audit et de l’annulation partielle des dettes illégitimes en Équateur mais aussi à Chypre et en Islande nous montre que l’abolition de dettes illégitimes est possible.
En 2007, un audit intégral de la dette d’Equateur auquel le CADTM a participé activement est organisé par le président équatorien Rafael Correa. Des dettes illégitimes, illégales et odieuses sont identifiées et la décision de ne pas les rembourser est acceptée officiellement. On parle d’audit intégral car il ne s’est pas uniquement penché sur le montant des taux d’intérêt, le calendrier de remboursement mais il a aussi analysé les impacts humains, sociaux et environnementaux de ces dettes. Ce travail a duré 14 mois avec 12 compagnons, des membres des mouvements sociaux, 6 étrangers (dont Eric Toussaint représentant du CADTM) et 4 représentants de l’État équatorien. Le gouvernement a su sur la base de l’audit suspendre ne partie de la dette et a réussi à vaincre les créanciers. D’autres expériences ont connu un certain succès dans ce sens comme en Islande par exemple .

2. Pourquoi le CADTM n’est pas favorable aux échanges de dettes contre nature ?
Tout d’abord cela implique une reconnaissance des dettes alors que le CADTM veut identifier par un audit leur légitimité/légalité. Pas besoin de les échanger si elles doivent être tout simplement annulées.

Lire aussi : Pourquoi le CADTM n’est pas d’accord avec les échanges « dette contre action climatique » ?

Ensuite, les échanges de dettes-natures sont réalisées par l’intermédiaire d’acteurs financiers privés (banques commerciales Banques commerciales
Banque commerciale
Banque commerciale ou banque de dépôt : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.
, ONG très puissantes et qui fricotent avec le secteur privé ) favorables à l’endettement et qui s’enrichissent sur le dos des pays surendettés ; les taux d’intérêts et échéances de remboursement appliqués aux bonds verts/bleus dans lesquels les dettes souveraines sont converties, sont variables mais pas souvent favorables aux pays débiteurs. Les fonds de préservation de l’environnement qui sont créés en échange de la réduction de dette sont souvent gérés de manière majoritaire par des acteurs privés étrangers et donc l’État débiteur perd de sa souveraineté sur ses territoires naturels. De surcroit les négociations se font souvent en secret avec peu de transparence et les habitants de la zone à protéger ne sont pas consultés alors qu’ils vivent et travaillent sur ces domaines ce qui pose un problème de démocratie.

3. La banque des BRICS BRICS Le terme de BRICS (acronyme anglais désignant Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a été utilisé pour la première fois en 2001 par Jim O’Neill, alors économiste à la banque Goldman Sachs. La forte croissance économique de ces pays, combinée à leur position géopolitique importante (ces 5 pays rassemblent près de la moitié de la population mondiale sur 4 continents et près d’un quart du PIB mondial) font des BRICS des acteurs majeurs des activités économiques et financières internationales. , est-elle une bonne alternative ?

La banque des BRICS a son siège à Shangaï et la Chine y joue un rôle important. Les critères de financement et d’investissement de cette banque et des pays qui sont ses actionnaires soutiennent les projets extractivistes exportateurs dans le sud et le système néolibéral que nous critiquons. Il ne présente pas une véritable alternative par rapport à la Banque Mondiale et d’autres banques multilatérales. Par contre, la banque du Sud proposée par Chavez en 2006-2007 aurait pu représenter une solution pertinente mais cet espoir n’a pas abouti.

4. Comment sortir des griffes des banques et de la dette ? Un front commun contre les dettes est-il possible ?
Les syndicats peuvent jouer un rôle important. La grève actuelle des syndicats du secteur bancaire peut donner des résultats intéressants. Il faut envisager différentes stratégies. Les gens s’intéressent à la dette publique quand il y a une forte crise et peuvent se mobiliser pour son non-paiement mais tant que la situation n’est pas insupportable, c’est plus facile de sensibiliser sur les dettes privées en faisant le lien avec les obstacles, les difficultés qu’elles causent dans la vie quotidienne des citoyens. Il faut mobiliser largement la population, les femmes, les paysan.nes, les étudiant.es, les travailleur.euses, les syndicats, les chômeur.euses, les pensionné.es…
Des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
au niveau local national mais aussi international sont nécessaires. Éveiller une conscience publique et internationale, élire et rassembler des gouvernements progressistes, prêts à des changements constitutionnels, susciter les débats en bas et les emmener en haut, partager entre pays les expériences et le matériel de vulgarisation pour développer l’éducation populaire…progressivement, constituer un front commun pour l’abolition des dettes illégitimes.

Deux représentantes du CADTM Mexique ,Veronica et Monica et William Gaviria, représentant syndical de l’UNEB, devant la salle du Syndicat ANABRE en Colombie, le 24 novembre 2023, juste avant le premier séminaire organisé par le CADTM de Colombie.


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