Lors de la séance plénière finale de la Conférence de Porto Alegre, le 29 mars 2026

Intervention de Fernanda Gadea à la table ronde « Résistances, articulations, défis et alternatives : Un autre monde est possible »

9 avril par Fernanda Gadea


Légende : Fernanda Gadea à la tribune de la plénière finale de la conférence de Porto Alegre le 29 mars 2026. Photo : CADTM, CC



Nous sommes à Porto Alegre, nous serons en Argentine, au Mexique, à Bruxelles, à Ankara, à Cotonou, à toutes les réunions antifascistes

Je m’appelle Fernanda Gadea, membre d’ATTAC Espagne depuis environ 17 ans. Mon organisation, l’Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
Citoyenne, est étroitement liée à Porto Alegre ; elle est née en 2001 avec cette devise qui reste d’actualité aujourd’hui : « Un autre monde est possible ». Je vais commencer par la façon dont nous comprenons l’alter mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
des peuples.

Ce panel s’intitule Résistances, Articulations, Défis et Alternatives pour « Un autre monde est possible », donc je commencerai par vous dire notre position, qui est NON à abandonner la lutte, OUI aux à toutes les articulations qui font avancer le combat, OUI à accepter les défis, quoi qu’il arrive,... C’est une alternative, ce que nous faisons ici, que nous finalisons aujourd’hui après trois jours de conférences, d’activités autogérées et beaucoup de travaux antérieurs, c’est une alternative que nous présentons face à la montée du fascisme et de l’impérialisme dans le monde et en faveur de la souveraineté des peuples. Cette étape est la première marche d’un escalier que nous commençons à construire ici et qui nous rapprochera de cet « autre monde possible » plus nécessaire que jamais.

Très brièvement, je vais commenter les revendications concrètes et réalistes (j’insiste sur le « réaliste ») que l’ATTAC a lancées pour une altermondialisation des peuples. Premièrement, nous appelons à une fiscalité progressive des finances, puis à l’insistance sur le contrôle des flux de capitaux et à l’annulation des dettes injustes. De plus, nous exigeons des services publics universels et de qualité, ainsi qu’un NON retentissant aux privatisations et un OUI à la renationalisation des services publics déjà privatisés.

De plus, nous nous sentons très sérieusement engagés dans la bifurcation énergétique au-delà de la simple « transition », en proposant une économie souhaitable et possible qui représente réellement un défi social plutôt qu’un défi technique, puisque beaucoup des réponses que la technologie peut offrir sont déjà là. Ce sera une autre chose si nous les utilisons au profit du peuple, c’est un autre aspect du défi, d’utiliser toute la technologie, tout cet arsenal d’idées, cette connaissance universelle, au service de ceux qui comptent vraiment, au service du peuple, à notre service. Et enfin, chez ATTAC, nous nous déclarons fermement défenseurs des droits humains de toutes les personnes, en tout lieu. Je vais vous parler d’une campagne que nous menons en lien avec d’autres organisations concernant la régularisation des migrants, une campagne qui, fondée sur l’approche « personne n’est illégale » et « la migration est un droit », a conduit le gouvernement espagnol, après six ans de plaidoyer politique et communicatif face au racisme à tous les niveaux, à approuver une régularisation extraordinaire en janvier 2026.

Il n’y a pas de frontières pour le capital, alors comment admettre qu’il y en a pour les gens ? Migrer est un droit et le sera toujours, et nous n’accepterons pas non plus la criminalisation des migrants.

D’un autre côté, je voudrais souligner ici notre affinité avec le CADTM, le Comité pour l’Abolition des Dettes illégitimes. Ne pas payer ses dettes peut sembler un peu tiré par les cheveux, non ? Cela a même été considéré comme une utopie, mais c’est une réalité. Abolir les dettes illégitimes est possible, c’est déjà un fait ici en Amérique latine, en Équateur, par exemple, dans de nombreux autres endroits et à différentes époques de l’histoire, cela s’est déjà produit. Et nous allons continuer avec l’initiative, nous allons continuer à le faire. Parce qu’on peut le faire. La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
tue, et c’est quelque chose que nous devons garder à l’esprit. Le CADTM International organise ses sections et sessions partout dans le monde, toujours avec la même vision et approche : la dette tue.

Migrer est un droit et le sera toujours, nous n’acceptons pas la criminalisation des migrantes

« Nous ne payons pas parce que nous ne devons pas » ne sont pas nos dettes, pas en notre nom. Je pense que nous pouvons comprendre ce paradigme : la dette n’est pas la mienne, je ne vais pas la payer. Nos droits passent avant tout, et nous devrons découvrir ce que certaines personnes ont fait de cet argent qui devrait nous appartenir. La plupart des politiciens comprennent très bien ce langage ; si nous leur disons d’en bas ce qu’ils doivent faire, ils finissent par le faire.

En Espagne, quelque chose qui semblait impossible, comme la régularisation des migrants, est déjà un fait, c’est un petit progrès, puisque 800 000 migrant-es auront la possibilité d’obtenir quelque chose qui leur correspond de droit, mais c’est déjà quelque chose...

Et puisque je vois que le temps file vite, je vais maintenant dénoncer une question d’une importance vitale : après cette conférence, quoi ? Par où commencer pour assurer la continuité de notre action ?
Eh bien, pour le plus immédiat, on, pourrait annoncer une rencontre spécifique de l’Amérique latine qui pourrait avoir lieu dans la région du cône sud (l’Argentine, par exemple) puis être reproduite en Amérique du Nord (Mexique ou États-Unis eux-mêmes). Quant au Mexique, avec près de 3200 km de frontière avec l’empire, il est d’un intérêt maximal d’affronter le fascisme et l’impérialisme, mais nous n’oublierons pas qu’au cœur de l’empire il y a aussi une place pour la résistance, il ne s’agit que de nous organiser pour nous sauver, d’ajouter une cellule à une autre jusqu’à obtenir l’organisme qui fera que tout le mal commence à s’effondrer.

Je vous parle également de notre présence décisive à la 7e Réunion internationale écosocialiste à Bruxelles, du 15 au 17 mai 2026. À une époque où la survie de l’humanité est en jeu, nous avons besoin d’un mouvement qui repense l’espoir d’une alternative confrontée à l’extrême droite et au néolibéralisme. Cette réunion propose la lutte contre l’austérité budgétaire, ainsi que la demande de remboursement des dettes publiques aux marchés financiers, ce qui accélère la catastrophe écologique et climatique, ainsi que le transfert massif de richesses du Sud global vers le Nord et des classes ouvrières vers les capitalistes. Cela empêche une redistribution équitable des richesses dans le monde.

Nous avons un autre engagement à être présents, un contre-sommet lors de la réunion du G7 G7 Groupe informel réunissant : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. à Évian, en France, les 15 et 17 juin pour célébrer la présidence française du G7, eh bien, nous serons là aussi, soutenant les personnes qui se réuniront pour montrer leur rejet de ce Groupe des Sept qui ne nous représente pas et en leur tenant un miroir sous le visage : Nous sommes plus qu’eux, ils vont devoir commencer à penser que la peur va changer de camp dès que nous nous montrons unis et organisés.

Et il y a d’autre dates importantes à l’horizon proche : le sommet de l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004, l’Albanie et la Croatie en 2009, le Monténégro en 2017, la Macédoine du Nord en 2020, la Finlande en 2023 et la Suède en 2024.
à Ankara, en Turquie, les 7 et 8 juillet. Là, ils vont nous avoir en face d’eux, il est nécessaire que nous disions « Rien pour la guerre », NON à l’augmentation des budgets militaires déjà exorbitants depuis des décennies ; encore une fois, « PAS en notre nom. »

Et enfin, je veux parler de la 17e édition du Forum Social Mondial à Cotonou, au Bénin, en Afrique, le continent frère qui saigne à travers l’histoire. Cela doit finir. Il existe une dette historique que tous les pays du Nord global doivent assumer et réparer, par des actions concrètes, sans hypocrisie ni paroles en l’air. Le FSM nous attend, la Conférence antifasciste et anti-impérialiste doit être présente au Bénin pour poursuivre les alliances et actions sur lesquelles nous avons travaillé durant cette période.

Nous quittons cette conférence les mains pleines, ce qui me procure une satisfaction indescriptible.
Je dis adieu avec une phrase de José Martí, le politicien, le poète qui nous a tant inspirés : « une cause juste, même au fond d’une grotte, a plus de pouvoir qu’une armée. »

Les fascistes veulent nous voir au fond d’une grotte, mais nous n’y sommes pas. Nous sommes à Porto Alegre, nous serons en Argentine, au Mexique, à Bruxelles, à Ankara, à Cotonou, à toutes les réunions antifascistes.

Nous ne sommes dans aucune grotte et s’il y a une cause juste, c’est l’antifascisme.


Fernanda Gadea

Coordinadora de ATTAC España.

Traduction(s)