David Murgia présente la composition d’un nouveau gouvernement en Belgique

14 avril par David Murgia , Wilfried Magazine


Une assemblée d’arbres, de plantes et d’animaux pour en finir avec le génocide du vivant

Peut-on être un pacifiste explosif ? Un défenseur de l’environnement doté d’un moteur à réaction ? Si oui, David Murgia en est : homme de théâtre et de cinéma (on l’a notamment vu dans les films de Tony Gatlif, Nabil Ben Yadir et Michaël R. Roskam), membre du vénéré Raoul Collectif, pilier et porte-voix du mouvement Still Standing for Culture, il est à la fois au four, au moulin, sur scène (en temps ordinaire) et à la révolution. Entre deux interventions essentielles, il a trouvé le temps de rêver pour « Wilfried » un gouvernement qui a du chien, de la gueule, un poing levé et une fleur à l’oreille.

MINISTRE DE L’ÉDUCATION

Marcel Liebman

Historien, auteur de plusieurs livres sur le mouvement ouvrier et le socialisme, il remplissait ses auditoires d’intelligence critique à l’université libre de Bruxelles. S’il refuse pour cause de décès prématuré (Marcel Liebman, né en 1929 est mort en 1986) je nommerai alors son ami et confrère, le sociologue Matéo Alaluf.


MINISTÈRE DES NON-HUMAINS

La Nature

Une assemblée d’arbres, de plantes, d’espèces et sous-espèces d’animaux, de poissons et d’insectes, organisée pour en finir avec le génocide du vivant. Premier projet de son agenda politique : la régulation de l’industrie alimentaire.


MINISTRE DE LA PETITE-ENFANCE

Léonor Rodriguez (Ma mère)

Pas parce que c’est ma mère, mais parce qu’elle est gardienne d’enfants auprès de l’ONE. Que dans cette profession, il n’y a pas de statut digne - marrant, on a la même ministre de tutelle elle et moi. Parce qu’elle fait son métier mieux que personne, et qu’aucun.e ministre ne devrait lui expliquer comment faire son métier.


MINISTRE DE L’ENVIRONNEMENT

Daniel Tanuro

Auteur de L’impossible capitalisme vert et infatigable pourfendeur du greenwashing. Tanuro connait suffisamment le côté obscur du développement durable pour le défendre adroitement.

Conseiller : Walter Benjamin

« Les plus vieux usages des peuples semblent nous adresser comme un avertissement : nous garder du geste de cupidité quand il s’agit d’accepter ce que nous reçues si abondamment de la nature ».


MINISTRE DE LA MIGRATION

Un sans nom, sans voix et sans visage

Quelqu’un qui a traversé la mer, qui est arrivé chez nous sur une barque ou à la nage, qui aura escaladé les barrières que nous avons dressées, contourné nos gardes-frontières avec ou sans uniforme. En tandem avec Carole Rackete, activiste allemande, capitaine d’un navire humanitaire.

Nota bene : prévoir une place de parking pour le Sea-Watch rue de la Loi.


MINISTRE DE L’ÉCONOMIE

Jean Ziegler

Il est sociologue, ex-rapporteur spécial auprès de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Quelqu’un qui soit capable d’expliquer avec beaucoup de calme et d’intelligence que le capitalisme ne peut pas être reformé. Qu’il doit être détruit, au même titre que l’esclavage, ou le colonialisme. Cela dit, je ne suis pas sûr qu’il accepterait le poste - ni même que ce soit sa matière préférée - mais ça vaudrait la peine de lui proposer. Demandons aussi à Frédéric Lordon qui aura sans doute quelques idées sur la question.


MINISTRE DE LA JUSTICE

Les parents de Mawda

Ou la maman d’Ibrahima. Ou le papa d’Adil. Des victimes des politiques répressives qui pourchassent et traquent, qui chassent les jeunes racisés, criminalisent les voyageurs paumés, leur pointe un révolver sur la tempe en guise d’accueil et qui, au tribunal, n’ont plus que leurs yeux pour observer l’impunité des policiers.


MINISTRE DE LA SANTÉ

Adèle Fège

Pour témoigner de la déstructuration volontaire et minutieuse de nos hôpitaux publics de ces dernières décennies, jusqu’à l’arrivée du temps des épidémies. Parce qu’on ne gère pas un hôpital comme si c’était une usine : le but ne peut pas être la rentabilité, mais d’offrir un service public de qualité. Adèle est sage-femme, membre du mouvement « la santé en lutte ». Elle apaiserait le travail des petites mains de la santé, et rendraient à ces métiers du temps, et de la douceur.


MINISTRE DE LA CULTURE

Federico Garcia Lorca

Quand il dit « l’homme ne vit pas que des pain. Si j’étais à la rue, affamé et démuni, je ne quémanderais pas un pain : je réclamerais la moitié d’un pain, et un livre. Et je m’insurge ici sans nuance contre ceux qui ne parlent que de revendications économiques sans évoquer jamais les revendications culturelles, qui sont celles que les peuples expriment à plus grands cris ».

Ou André Malraux, lui même ministre de la Culture quand il dit :
« La Culture, c’est ce qui résiste à la mort »

Ou Gabriel Celaya, poète espagnol de la génération 36, quand il chant
La poesia es una arma cargada de futuro.


MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Alexis Deswaef

Un pacifiste. Quelqu’un qui ne punira pas la pauvreté, qui formerait les policiers à aider les personnes âgées à traverser la rue, à renseigner les promeneurs perdus, et même à te raconter une blague pour que tu passes une bonne journée. Je proposerais ce poste à un humaniste, inévitablement. quelqu’un comme Alexis Deswaef , ancien président de la Ligue des Droits Humains. Ou quelqu’un comme Felipe Van Keirsblick, qui saura fédérer l’ensemble des ministères vers une transformation sociale, écologique et démocratique. S’il déclinent tout deux, je pense à Tchantchès. L’honnête homme par excellence.


PREMIER MINISTRE

Antonio Gramsci

Dans le spectacle Discours à la Nation, l’auteur Ascanio Celestini imagine un court instant un gouvernement porteur d’une autre vision du monde. Gramsci en était le premier ministre. Je partirai de là pour, au fatalisme de la raison, opposer l’optimisme de la volonté. Pour compter sur un premier ministre qui ne prétend pas savoir sans comprendre et sentir.

Philosophe, membre fondateur du Parti communiste Italien, homme de terrain. Il était capable d’allier le pessimisme de la raison à l’optimise de la volonté. Emprisonné par le régime mussolinien qui voulait « empêcher ce cerveau de fonctionner » il écrit sans relâche tout au long de son enfermement dans ses fameux cahiers de prison. Il est relâché quelques jours avant sa mort, au bout d’une longue maladie.

Mission : examination du bloc historique. Construction d’une contre-hégémonie.


MINISTRE DE LA DETTE Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.

Eric Toussaint

La dette est un problème politique majeur dont on ne fait rien : il lui faut un ministère. Chaque dette entraine un nouveau plan d’austérité, face auquel nous ne sommes pas tous égaux. Historien, porte-parole du réseau international du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, Eric Toussaint a une position radicale et courageuse sur le sujet. Son abolition pure et simple. J’y souscris.


MINISTÈRE DES FINANCES (ET DE LA DÉFINANCIARISATION)

Aline Farès

Aline est une ex-banquière. Elle a vu où partait l’argent, comment et à quelles fins. Alors elle a démissionné. Depuis, elle écrit et donne des conférences pour « désorceler la fiance », en rendre les clés de compréhensions plus abordables. Elle milite aussi - ça va de pair - pour le droit au logement. Une fille en or.


MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

Arnaud Zacharie

Si nous sommes riches, c’est parce que d’autres sont pauvres. Secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11), fine connaissance du globe, sait identifier les gagnants et les perdants de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
. Nous ne pourrons jamais réparer les atrocités que ls puissances occidentales ont commis des siècles durant. Mais il nous possible de les comprendre. Et d’agir à présent en conséquence.


MINISTÈRE DE LA LUTTE CONTRE LES INÉGALITÉS ET DE L’ÉRADICATION DE LA PAUVRETÉ

Christine Mahy

Ad vitam. Ses mots sont d’or. Sa force et son courage exemplaires. Pour moi, c’est ça, un.e intellectuel.le.
Elle aura la clé de tous les ministères.


MINISTRE DU TEMPS RETROUVÉ

Raoul Vaneigem


MINISTRE DE L’INFORMATION

Julian Assange

ben oui.


MINISTRE DU SENS DE LA VIE

Les Monthy Python et Alejandro Jodorowski,

Avec une conférence de presse tous les lundis.


Avec l’aimable autorisation de l’auteur




David Murgia

est un comédien belge.