Lutte contre la dictature de la dette :

Elyès Fakhfekh contre vents et activistes anti-dette

18 novembre 2013 par Hafawa Rebhi


Pour donner un nouveau souffle à la campagne internationale pour l’annulation de la dette du dictateur Ben Ali, commencée peu après la fuite de celui-ci, un collectif de la société civile « La rencontre citoyenne pour la lutte contre la dictature de la dette » a déclaré, hier, une guerre ouverte aux concepteurs de la politique économique du pays.

Les « aberrations » d’Elyès Fakhfekh

Le premier à se trouver dans la ligne de mire de ce collectif citoyen composé entre autres des experts de RAID-ATTAC, des étudiants de l’UGET, des jeunes chômeurs de l’UDC, ou encore des jeunes travailleurs de l’UGTT n’est autre qu’Elyès Fakhfekh.

Et pour cause, « ses aberrations et son discours manipulateur », a ainsi justifié Fethi Chemkhi, le porte-parole de RAID, section tunisienne de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
citoyenne.

Le ministre provisoire des Finances a en effet déclaré le 5 novembre au JT de la chaîne Wataniyya que « la Tunisie s’endette pour financer la subvention des matières de base. »

« C’est totalement faux ! Les subventions sont financées par les recettes fiscales qui proviennent à 80% des impôts imposés aux travailleurs », s’est indigné Fethi Chemkhi. « Le ministre n’a évoqué que les 4000 millions de dinars de la subvention, a-t-il renchéri. Pourquoi n’a-t-il rien dit sur les 4070 millions de dinars alloués dans le cadre du budget de 2013 au remboursement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du régime de Ben Ali ? »

Aussi outré que perplexe, Fethi Chemkhi s’est ainsi montré dépassé par, a-t-il dit, « l’attitude d’Elyès Fakhfekh qui n’a pas trouvé mieux, comme ultime solution au déficit budgétaire du pays, que de proposer de limiter les dépenses destinées aux subventions (sic !) ».

Pour Fethi Chemkhi et ses associés dans la rencontre citoyenne, le déficit chronique du budget, apparenté à une «  déclaration de guerre au peuple tunisien », n’est pas en effet dû aux subventions énergétiques, ni à l’argent injecté dans la caisse générale de compensation : « Le déséquilibre a plutôt pour cause l’acharnement des politiciens de l’après-révolution à rembourser les crédits de Ben Ali et à leur course fiévreuse vers l’endettement extérieur », a-t-il insisté.

« Obstination et frénésie endettrice »

Depuis les évènements du 14 janvier 2011, les responsables des différents gouvernements transitoires ont en effet veillé à rembourser les dettes du régime Ben Ali. Le montant du remboursement a atteint les 7326 millions de dinars. Mais selon les initiateurs de la campagne, la Tunisie aurait tout remboursé, et ce, depuis 2007. Ce qui est alloué au remboursement des crédits extérieurs, au titre des différents budgets, comme les 4070 millions de dinars non mentionnés par le ministre des Finances, servirait plutôt à rembourser les intérêts de la dette.

Marie-Christine Vergiat, membre active de la campagne et députée européenne dont le groupe parlementaire, la Gauche unitaire européenne, plaide depuis des années pour un audit des dettes des pays du Tiers-monde, ne comprend pas, elle non plus, l’obstination des gouvernements successifs tunisiens à rembourser les dettes du régime de Ben Ali. « La Tunisie a scrupuleusement remboursé ses dettes. Si les gouvernements l’ont fait par obsession pour la notation, les notes n’ont depuis fait que diminuer ! », a-t-elle noté.

En effet, malgré ce souci, les agences de notation n’ont cessé depuis janvier 2011 d’abaisser la note du pays. « Moody’s et Fitch Ratings l’ont fait à 5 reprises, Standard& Poor’s a diminué la note 3 fois », a fait remarquer Fethi Chemkhi.

Partis des ces faits, les initiateurs de la campagne des deux rives de la Méditerranée se sont dits plus motivés que jamais à continuer la bataille, et contre la dette, et contre la « frénésie endettrice ».

Les activistes tunisiens essaieront ainsi de récupérer le mécontentement de la classe moyenne à propos des récentes déclarations du ministre des Finances concernant la diminution des subventions. Ils feront du débat de la loi des finances 2014 leur cheval de bataille, tout en présentant des alternatives et des solutions « humaines ».

Dans le parlement Européen, quelque 120 députés, dont Marie-Christine Vergiat, se réuniront, le 12 novembre sous la voute du parlement belge afin de donner un nouvel élan à la cause de l’audit de la dite dette tunisienne.

Source : http://www.leconomistemaghrebin.com/2013/11/09/elyes-fakhfekh-contre-vents-et-activistes-anti-dette/