Série : 1944-2024, 80 ans d’intervention de la Banque mondiale et du FMI, ça suffit !

Face à l’échec patent de la Banque mondiale/FMI, mettre en œuvre une politique alternative

27 novembre 2024 par Eric Toussaint


Photo : Berenice Abbott (American, 1898 - 1991), Untitled (parkway below structure), New York, CC, https://www.getty.edu/art/collection/object/109G11

La Banque mondiale et le FMI ont 80 ans. 80 ans de néocolonialisme financier et d’imposition de politique d’austérité au nom du remboursement de la dette. 80 ans ça suffit ! Les institutions de Bretton Woods doivent être abolies et remplacées par des institutions démocratiques au service d’une bifurcation écologique, féministe et antiraciste. À l’occasion de ces 80 ans, nous republions tous les mercredis une série d’articles revenant en détail sur l’histoire et les dégâts causés par ces deux institutions.


  1. Autour de la fondation des institutions de Bretton Woods
  2. La Banque mondiale au service des puissants dans un climat de chasse aux sorcières
  3. Conflits entre l’ONU et le tandem Banque mondiale/FMI des origines aux années 1970
  4. SUNFED versus Banque mondiale
  5. Pourquoi le Plan Marshall ?
  6. Pourquoi l’annulation de la dette allemande de 1953 n’est pas reproductible pour la Grèce et les Pays en développement
  7. Domination des États-Unis sur la Banque mondiale
  8. Le soutien de la Banque mondiale et du FMI aux dictatures
  9. Banque mondiale et Philippines
  10. Le soutien de la Banque mondiale à la dictature en Turquie (1980-1983)
  11. La Banque mondiale et le FMI en Indonésie : une intervention emblématique
  12. Les mensonges théoriques de la Banque mondiale
  13. La Corée du Sud et le miracle démasqué
  14. Le piège de l’endettement
  15. La Banque mondiale voyait venir la crise de la dette
  16. La crise de la dette mexicaine et la Banque mondiale
  17. Banque mondiale et FMI : huissiers des créanciers
  18. Les présidents Barber Conable et Lewis Preston (1986-1995)
  19. L’opération de séduction de James Wolfensohn (1995-2005)
  20. La Commission Meltzer sur les IFI au Congrès des États-Unis en 2000
  21. Les comptes de la Banque mondiale
  22. De Wolfowitz (2005-2007) à Ajay Banga (2023-...) : les hommes du président des États-Unis restent à la tête de la Banque mondiale
  23. La Banque mondiale et le FMI ont jeté leur dévolu sur Timor Oriental, un État né officiellement en mai 2002
  24. Climat et crise écologique : Les apprentis sorciers de la Banque mondiale et du FMI
  25. L’ajustement structurel et le Consensus de Washington n’ont pas été abandonnés par la Banque mondiale et le FMI au début des années 2000
  26. Les prêts empoisonnés de la Banque mondiale et du FMI à l’Équateur
  27. Équateur : Les résistances aux politiques voulues par la Banque mondiale, le FMI et les autres créanciers entre 2007 et 2011
  28. Équateur : De Rafael Correa à Guillermo Lasso en passant par Lenin Moreno
  29. La Banque mondiale n’a pas vu venir le printemps arabe et préconise la poursuite des politiques qui ont produit les soulèvements populaires
  30. Le FMI et la Banque mondiale au temps du coronavirus : La quête ratée d’une nouvelle image
  31. La farce de la « prise en compte du genre » : une grille de lecture féministe des politiques de la Banque mondiale
  32. La Banque mondiale, le FMI et les droits humains
  33. Mettre fin à l’impunité de la Banque mondiale
  34. ABC Banque mondiale 2.0
  35. Abolir le duo Banque mondiale/FMI et créer une nouvelle architecture internationale démocratique
  36. Face à l’échec patent de la Banque mondiale/FMI, mettre en œuvre une politique alternative
  37. L’ABC du Fonds monétaire international (FMI) 2.0

La liste des gouvernements issus de coups d’État militaires et soutenus par la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

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est impressionnante.

Parmi les exemples les plus connus, citons la dictature du Shah d’Iran après le renversement du Premier ministre Mossadegh en 1953, la dictature militaire au Guatemala mise en place par les États-Unis après le renversement en 1954 du gouvernement progressiste du président démocratiquement élu Jacobo Arbenz, celle des Duvalier en Haïti à partir de 1957, la dictature du général Park Chung Hee en Corée du Sud à partir de 1961, la dictature des généraux brésiliens à partir de 1964, celle de Mobutu au Congo et de Suharto en Indonésie à partir de 1965, celle des militaires en Thaïlande à partir de 1966, celle de Idi Amin Dada en Ouganda et du général Hugo Banzer en Bolivie en 1971, celle de Ferdinand Marcos aux Philippines à partir de 1972, celle d’Augusto Pinochet au Chili, celle des généraux uruguayens et celle de Habyarimana au Rwanda à partir de 1973, la junte militaire argentine à partir de 1976, le régime d’Arap Moi au Kenya à partir de 1978, la dictature au Pakistan à partir de 1978, le coup d’État de Saddam Hussein en 1979 et la dictature militaire turque à partir de 1980, celle de Ben Ali en Tunisie de 1987 à 2011, celle de Moubarak en Égypte de 1981 à 2011 et, au Tchad, celle d’Idriss Déby de 1990 jusqu’au jour de sa mort le 20 avril 2021. Son fils Mahamat Idriss Déby lui a succédé et bénéficie du soutien de la Banque mondiale.

Parmi les autres dictatures soutenues par la Banque mondiale, notons encore celle des Somoza au Nicaragua jusqu’à son renversement en 1979 et celle de Ceaucescu en Roumanie.
Certaines sont encore en place au moment où ces lignes sont écrites, celle de Sissi en Égypte, et tant d’autres…
Il faut aussi rappeler le soutien aux dictatures en Europe : Franco en Espagne, Salazar au Portugal.
Très clairement, la Banque mondiale a soutenu méthodiquement des régimes despotiques issus ou non de coups de force, menant une politique antisociale et commettant des crimes contre l’humanité et des violations massives des droits humains. La Banque a fait preuve d’un manque total de respect pour les normes constitutionnelles de certains de ses pays membres. Elle n’a jamais hésité à soutenir des militaires putschistes et criminels économiquement dociles face à des gouvernements démocratiques. Et pour cause : la Banque mondiale considère que le respect des droits humains (expression que nous préférons à « droits de l’Homme ») ne fait pas partie de sa mission.
Le soutien apporté par la Banque mondiale au régime de l’apartheid en Afrique du Sud de 1951 jusqu’en 1968 ne doit pas disparaître de la mémoire. La Banque mondiale a explicitement refusé d’appliquer une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée en 1964, qui enjoignait à toutes les agences de l’Organisation des Nations unies (ONU) de cesser leur soutien financier à l’Afrique du Sud car elle violait la Charte des Nations unies. Ce soutien et la violation du droit international qu’il implique ne doivent pas rester impunis.
Enfin, comme ce livre le révèle, la Banque mondiale a, au cours des années 1950 et 1960, systématiquement octroyé des prêts aux puissances coloniales et à leurs colonies pour des projets qui permettaient d’augmenter l’exploitation des ressources naturelles et des peuples colonisés au profit des classes dirigeantes des métropoles. C’est dans ce contexte que la Banque mondiale a refusé d’appliquer une résolution des Nations unies adoptée en 1965, l’appelant à ne pas soutenir financièrement et techniquement le Portugal tant que celui-ci ne renonçait pas à sa politique coloniale [1].
Les dettes contractées dans les années 1950 par la Belgique, l’Angleterre et la France auprès de la Banque mondiale pour poursuivre l’exploitation de leurs colonies ont été imposées ensuite aux nouveaux pays au moment de leur accession à l’indépendance.

Le soutien de la Banque mondiale à des régimes dictatoriaux s’exprime par l’octroi d’un appui financier ainsi que par une assistance tant technique qu’économique. Cet appui financier et cette assistance ont aidé ces régimes dictatoriaux à se maintenir au pouvoir pour perpétrer leurs crimes. La Banque mondiale a également contribué à ce que ces régimes ne soient pas isolés sur la scène internationale car ces prêts et cette assistance technique ont toujours facilité les relations avec les banques privées et les entreprises transnationales. Le modèle néolibéral s’est progressivement imposé au monde à partir de la dictature d’Augusto Pinochet en 1973 au Chili et de Ferdinand Marcos aux Philippines en 1972. Ces deux régimes ont été activement soutenus par la Banque mondiale. Lorsque de tels régimes dictatoriaux prenaient fin, la Banque mondiale a systématiquement exigé des régimes démocratiques qui leur succédaient qu’ils assument les dettes contractées par leur prédécesseur. Bref, l’aide financière complice de la Banque aux dictatures s’est transformée en fardeau pour les peuples. Ceux-ci doivent aujourd’hui rembourser les armes achetées par les dictateurs pour les opprimer.

Dans les années 1980 et dans les années 1990, et lors d’une seconde vague entre 2011 et 2020, un grand nombre de dictatures se sont effondrées, certaines sous les coups de boutoir de puissants mouvements démocratiques. Les régimes qui leur ont succédé ont généralement accepté les politiques recommandées ou imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et ont poursuivi le remboursement d’une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
pourtant odieuse (voir plus loin). Le modèle néolibéral, après avoir été imposé à l’aide de dictatures, a été maintenu grâce au joug de la dette et de l’ajustement structurel permanent. En effet, depuis le renversement ou l’écroulement des dictatures, les gouvernements démocratiques ont poursuivi l’application de politiques qui constituent une rupture avec les tentatives de mettre en œuvre un modèle de développement partiellement autonome.

La nouvelle phase de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
, commencée dans les années 1980 au moment de l’explosion de la crise de la dette des pays dits du Tiers Monde, implique en général une subordination accrue des pays en développement (les pays de la Périphérie) par rapport aux pays les plus industrialisés (les pays du Centre), auxquels s’est ajoutée la Chine. On a également assisté à l’émergence de nouveaux régimes autoritaires comme au Brésil avec Jair Bolsonaro (2019-2022), Jeanine Áñez (2019-2020) en Bolivie, Sebastián Piñera au Chili (2018-2022), Iván Duque en Colombie (2018-2021), Rodrigo Duterte aux Philippines (2016-2022), Nayib Bukele en El Salvador (2019-…), Dina Boluarte au Pérou (2022-...), Javier Milei en Argentine (2024-...), Sheikh Hasina au Bangladesh (2009-2024). Tous ces gouvernements ont été ou sont soutenus par la Banque mondiale et le FMI. Sans oublier le régime saoudien qui est un pilier de la Banque mondiale et du FMI.

 L’agenda caché du Consensus de Washington

Depuis le démarrage des activités de la Banque mondiale et du FMI, un mécanisme à la fois simple à comprendre et complexe à instaurer a permis de soumettre les principales décisions de la Banque et du Fonds aux orientations du gouvernement des États-Unis. Quelquefois, certains gouvernements européens (Grande-Bretagne, France, Allemagne en particulier) et celui du Japon ont eu voix au chapitre mais les cas sont rares. Des frictions naissent parfois entre la Maison Blanche et la direction de la Banque mondiale et du FMI, mais une analyse rigoureuse de l’histoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale montre que jusqu’ici, c’est bel et bien le gouvernement des États-Unis qui a toujours eu le dernier mot dans les domaines qui l’intéressaient directement.

L’agenda proclamé du Consensus de Washington, mis en œuvre depuis les années 1990, vise à réduire la pauvreté par la croissance, le libre jeu des forces du marché, le libre-échange et l’intervention la plus légère possible des pouvoirs publics.
Mais fondamentalement, l’agenda caché du Consensus de Washington, c’est une politique visant à la fois à garantir le maintien du leadership des États-Unis à l’échelle mondiale et à débarrasser le capitalisme des limites qui lui avaient été imposées dans l’après Seconde Guerre mondiale. Ces limites étaient le résultat combiné de puissantes mobilisations sociales tant au Sud qu’au Nord, d’un début d’émancipation de certains peuples colonisés et de tentatives de sortie du capitalisme. Le Consensus de Washington, c’est aussi l’intensification du modèle productiviste et extractiviste.
Au cours des dernières décennies, dans le cadre de ce Consensus, la Banque mondiale et le FMI ont renforcé leurs moyens de pression sur un grand nombre de pays en profitant de la situation créée par la crise de la dette. La Banque mondiale a développé ses filiales (Société financière internationale (SFI), Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI), Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI CIRDI Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a été créé en 1965 au sein de la Banque mondiale, par la Convention de Washington de 1965 instituant un mécanisme d’arbitrage sous les auspices de la Banque mondiale.

Jusqu’en 1996, le CIRDI a fonctionné de manière extrêmement sporadique : 1972 est la date de sa première affaire (la seule de l’année), l’année 1974 suivit avec 4 affaires, et suivirent de nombreuses années creuses sans aucune affaire inscrite (1973, 1975,1979, 1980, 1985, 1988, 1990 et 1991). L’envolée du nombre d’affaires par an depuis 1996 (1997 : 10 affaires par an contre 38 affaires pour 2011) s’explique par l’effet des nombreux accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements (plus connus sous le nom de « TBI ») signés a partir des années 90, et qui représentent 63% de la base du consentement à la compétence du CIRDI de toutes les affaires (voir graphique)). Ce pourcentage s’élève à 78% pour les affaires enregistrées uniquement pour l’année 2011.

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)) de manière à tisser une toile dont les mailles sont de plus en plus serrées.
Par exemple, la Banque mondiale octroie un prêt à condition que le système de distribution et d’assainissement de l’eau soit privatisé. En conséquence, l’entreprise publique est vendue à un consortium privé dans lequel on retrouve comme par hasard la SFI, filiale de la Banque mondiale.
Quand la population affectée par la privatisation se révolte contre l’augmentation brutale des tarifs et la baisse de la qualité des services et que les autorités publiques se retournent contre l’entreprise transnationale prédatrice, la gestion du litige est confiée au CIRDI, à la fois juge et partie.
On en arrive à une situation où le Groupe Banque mondiale est présent à tous les niveaux : 1) imposition et financement de la privatisation (Banque mondiale) ; 2) investissement dans l’entreprise privatisée (SFI) ; 3) garantie de cette entreprise (AMGI) ; 4) jugement en cas de litige (CIRDI).
C’est précisément ce qui s’est passé à El Alto, en Bolivie, en 2004-2005 (voir en fin de volume l’annexe ABC de la Banque mondiale).
La collaboration entre la Banque mondiale et le FMI est aussi fondamentale afin d’exercer la pression maximale sur les pouvoirs publics. Et pour parfaire la mise sous tutelle de la sphère publique et des autorités, pour pousser plus avant la généralisation du modèle, la collaboration du duo Banque mondiale/FMI s’étend à l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
(OMC) depuis sa naissance en 1995.
Une différence fondamentale sépare donc l’agenda proclamé du Consensus de Washington de sa version cachée.
L’agenda caché, celui qui est appliqué en réalité, vise la soumission des sphères publique et privée de toutes les sociétés humaines à la logique de la recherche du profit maximum dans le cadre du capitalisme. La mise en pratique de cet agenda caché implique la reproduction de la pauvreté (non sa réduction) et l’augmentation des inégalités. Elle implique une stagnation voire une dégradation des conditions de vie d’une grande majorité de la population mondiale, combinée à une concentration de plus en plus forte de la richesse. Elle implique également une poursuite de la dégradation des équilibres écologiques qui met en danger l’avenir même de l’humanité.
Un des nombreux paradoxes de l’agenda caché, c’est qu’au nom de la fin de la dictature de l’État et de la libération des forces du marché, les gouvernements alliés aux transnationales utilisent l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
coercitive d’institutions publiques multilatérales (Banque mondiale – FMI - OMC) pour imposer leur modèle aux peuples.

 La rupture comme issue

C’est pour ces raisons qu’il faut rompre radicalement avec le Consensus de Washington, avec le modèle appliqué par la Banque mondiale.
Le Consensus de Washington ne doit pas être compris comme un mécanisme de pouvoir et un projet qui se limitent au gouvernement de Washington flanqué de son trio infernal. La Commission européenne, la plupart des gouvernements européens, le gouvernement japonais adhèrent au Consensus de Washington et l’ont traduit dans leurs propres langues, projets constitutionnels et programmes politiques.
La rupture avec le Consensus de Washington, si elle se limite à la fin du leadership des États-Unis relayé par le trio Banque mondiale - FMI - OMC, ne constitue pas une alternative car les autres grandes puissances sont prêtes à prendre le relais des États-Unis pour poursuivre des objectifs assez semblables. Imaginons un moment que l’Union européenne (UE) supplante les États-Unis au niveau du leadership mondial, cela n’améliorera pas fondamentalement la situation des peuples de la planète car cela constitue juste le remplacement d’un bloc capitaliste du Nord (un des pôles de la Triade Triade Les expressions « Triade » et « triadique » sont dues à K. Ohmae (1985). Elles ont été utilisées d’abord par les business schools et le journalisme économique, avant d’être adoptées très largement. Les trois pôles de la Triade désignent les États-Unis, l’Union européenne et le Japon, mais autour de ces pôles se forment des associations un peu plus larges. Selon Ohmae, le seul espoir d’un pays en développement - il faut y ajouter désormais les anciens pays dits socialistes - est de se hisser au statut de membre associé, même périphérique, d’un des trois « pôles ». Cela vaut également pour les nouveaux pays industrialisés (NPI) d’Asie, qui ont été intégrés par étapes, avec notamment des différences de pays à pays, dans le pôle dominé par le Japon (Chesnais, 1997, p. 85-86). ) par un autre. De toute manière l’UE, tout comme la Grande Bretagne, se place généralement dans le sillage des Etats-Unis. Quant au bloc formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, appelé les BRICS BRICS Le terme de BRICS (acronyme anglais désignant Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a été utilisé pour la première fois en 2001 par Jim O’Neill, alors économiste à la banque Goldman Sachs. La forte croissance économique de ces pays, combinée à leur position géopolitique importante (ces 5 pays rassemblent près de la moitié de la population mondiale sur 4 continents et près d’un quart du PIB mondial) font des BRICS des acteurs majeurs des activités économiques et financières internationales. , il s’est doté d’une Nouvelle Banque de Développement (NDB) tout en continuant à activement participer à la BM, au FMI et à l’OMC. Ce bloc, tout en étant d’une certaine manière en concurrence avec le bloc des puissances occidentales et du Japon, mène une politique basée sur la promotion du même modèle productiviste extractiviste exportateur que la Banque mondiale et le FMI et sur des traités de libre commerce tout comme les puissances du G7 G7 Groupe informel réunissant : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. . La politique des BRICS ne constitue pas une alternative [2].
Il faut remplacer le Consensus de Washington par un consensus des peuples fondé sur le rejet du capitalisme.
Il faut mettre radicalement en cause le concept de développement étroitement lié au modèle productiviste. Ce modèle de développement exclut la protection des cultures et de leur diversité ; il épuise les ressources naturelles et dégrade de manière irrémédiable l’environnement. Ce modèle considère la promotion des droits humains au mieux comme un objectif à atteindre à long terme (or, à long terme, nous serons tous morts) ; le plus souvent, la promotion des droits humains est perçue comme un obstacle à la croissance ; le modèle considère l’égalité comme un obstacle, voire un danger.

 Briser la spirale infernale de l’endettement

L’amélioration des conditions de vie des peuples par l’endettement public est un échec. La Banque mondiale prétend que pour se développer, les pays en développement (PED) [3] doivent recourir à l’endettement extérieur et attirer des investissements étrangers. Cet endettement sert principalement à acheter des équipements et des biens de consommation aux pays les plus industrialisés. Les faits démontrent jour après jour, depuis des décennies, que cela ne conduit pas au développement.

Selon la théorie économique dominante, le développement du Sud est retardé à cause d’une insuffisance de capitaux domestiques (insuffisance de l’épargne locale). Toujours selon la théorie économique dominante, les pays qui souhaitent entreprendre ou accélérer leur développement doivent faire appel aux capitaux extérieurs en utilisant trois voies : primo, s’endetter à l’extérieur ; secundo, attirer les investissements étrangers ; tertio, augmenter les exportations pour se procurer les devises nécessaires à l’achat de biens étrangers permettant de poursuivre leur croissance. Pour les pays les plus pauvres, il s’agit aussi d’attirer des dons en se comportant en bons élèves des pays développés.

La réalité contredit cette théorie : ce sont les PED qui fournissent des capitaux aux pays les plus industrialisés [4], à l’économie des États-Unis en particulier. La Banque mondiale ne disait pas autre chose dans un rapport publié en 2003 : « Les pays en développement pris ensemble sont des prêteurs nets à l’égard des pays développés » [5].

La situation n’a pas été améliorée au cours des vingt dernières années, au contraire. Le rapport de la Banque mondiale sur les dettes des « pays en développement », publié le 13 décembre 2023 [6], révèle une réalité alarmante : en 2022, l’ensemble des pays en développement ont dépensé un montant record de 443,5 milliards de dollars pour assurer le paiement de leur dette publique extérieure. Pour cette même année 2022, les 75 pays à bas revenus qui ont accès aux crédits de l’Association internationale de développement (IDA), l’institution de la Banque mondiale qui octroie des crédits aux pays les plus pauvres, ont payé à leurs créanciers un montant record de 88,9 milliards de dollars. La dette externe totale de ces 75 pays a atteint un montant record de 1 100 milliards de dollars, soit plus du double du niveau de 2012. Selon le communiqué de la Banque mondiale, entre 2012 et 2022, ces pays ont vu leur dette extérieure augmenter de 134 %, un taux supérieur à celui de l’augmentation de leur revenu national brut (RNB), qui a été de 53 %. Selon un autre rapport de la Banque mondiale cité par le Financial Times [7], entre 2019 et 2022, plus de 95 millions de personnes supplémentaires sont tombées dans l’extrême pauvreté.

Si on prend une perspective longue et qu’on fait un bilan de l’action de la Banque mondiale et du FMI qui sont nés il y a 80 ans, en 1944, on ne peut que constater l’échec complet de ces deux institutions multilatérales qui étaient censées permettre un solide développement et le plein emploi. On trouve d’ailleurs dans un important rapport présenté par le FMI en 2023 un aveu d’échec accablant. En effet, selon l’article du Financial Times mentionné plus haut, on apprend que dans le World Economic Outlook d’avril 2023, le FMI affirmait qu’il faudra 130 ans pour que les pays en développement réduisent de moitié le fossé qui sépare leur revenu par tête d’habitant de celui des pays développés. 130 ans pour réduire de moitié ce qui sépare le revenu per capita des pays en développement de celui des pays riches ! Cela a un moment où l’humanité est confrontée dans l’immédiat à des menaces à plus courte échéance pour son existence, à cause de la crise écologique qui a pris des proportions extrêmes. Mais le comble, c’est que dans le World Economic Outlook d’avril 2008, le FMI affirmait qu’il faudrait 80 ans pour réduire le fossé en question. La conclusion est simple : entre 2008 et 2023, le fossé entre pays en développement et pays développés a encore augmenté contrairement à la mission confiées aux institutions de Bretton Woods et aux soi-disant bienfaits du capitalisme.

Si des mouvements populaires accédaient au gouvernement dans plusieurs PED et mettaient en place leur propre banque de développement et leur propre fonds monétaire international, ils seraient parfaitement en mesure de se passer de la Banque mondiale, du FMI et des institutions financières privées des pays les plus industrialisés.
Il n’est pas vrai que les PED doivent recourir à l’endettement pour financer leur développement. De nos jours, le recours à l’emprunt sert essentiellement à assurer la poursuite des remboursements. Malgré l’existence d’importantes réserves de change [8], les gouvernements et les classes dominantes locales du Sud n’augmentent pas l’investissement et les dépenses sociales.
Il faut rompre avec la vision dominante qui voit dans l’endettement une nécessité absolue.
De plus, il ne faut pas hésiter à abolir ou répudier des dettes odieuses ou illégitimes.

 Abolir les dettes odieuses

Selon la doctrine juridique de la dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine, pour qu’une dette soit odieuse, et donc nulle, elle doit remplir deux conditions :
1) Elle doit avoir été contractée contre les intérêts de la Nation, ou contre les intérêts du Peuple, ou contre les intérêts de l’État.
2) Les créanciers ne peuvent pas démontrer qu’ils ne pouvaient pas savoir que la dette avait été contractée contre les intérêts de la Nation.

Il faut souligner que selon la doctrine de la dette odieuse, la nature du régime ou du gouvernement qui la contracte n’est pas particulièrement importante, puisque ce qui compte, c’est l’utilisation qui est faite de cette dette. Si un gouvernement démocratique s’endette contre l’intérêt de la population, cette dette peut être qualifiée d’odieuse, si elle remplit également la deuxième condition. Par conséquent, contrairement à une version erronée de cette doctrine, la dette odieuse ne concerne pas seulement les régimes dictatoriaux.
(voir : Eric Toussaint, « La Dette odieuse selon Alexander Sack et selon le CADTM » ).

Le père de la doctrine de la dette odieuse, Alexander Nahum Sack, dit clairement que les dettes odieuses peuvent être attribuées à un gouvernement régulier. Sack considère qu’une dette régulièrement contractée par un gouvernement régulier peut être considérée comme incontestablement odieuse... si les deux critères ci-dessus sont remplis.

Il ajoute : « Ces deux points établis, c’est aux créanciers que reviendrait la charge de prouver que les fonds produits par lesdits emprunts avaient été en fait utilisés non pour des besoins odieux, nuisibles à la population de tout ou partie de l’État, mais pour des besoins généraux ou spéciaux de cet État, qui n’offrent pas un caractère odieux ».

Sack a défini un gouvernement régulier comme suit :
« On doit considérer comme gouvernement régulier le pouvoir suprême qui existe effectivement dans les limites d’un territoire déterminé. Que ce pouvoir soit monarchique (absolu ou limité) ou républicain ; qu’il procède de la « grâce de Dieu » ou de la « volonté du peuple » ; qu’il exprime la « volonté du peuple » ou non, du peuple entier ou seulement d’une partie de celui-ci ; qu’il ait été établi légalement ou non, etc., tout cela n’a pas d’importance pour le problème qui nous occupe. »

Donc, il n’y a pas de doute à avoir sur la position de Sack, tous les gouvernements réguliers, qu’ils soient despotiques ou démocratiques, sous différentes variantes, sont susceptibles de contracter des dettes odieuses.
élaborée par Alexander Sack (1890-1955) en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir ;
2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Selon cette doctrine, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte.
Le père de la doctrine de la dette odieuse, Alexander Sack, dit très clairement que des dettes odieuses peuvent être attribuées à un gouvernement régulier. Selon Sack « une dette régulièrement contractée par un gouvernement régulier (peut) être considérée comme incontestablement odieuse… ». Sack définit un gouvernement régulier de la manière suivante : « On doit considérer comme gouvernement régulier le pouvoir suprême qui existe effectivement dans les limites d’un territoire déterminé. Que ce pouvoir soit monarchique (absolu ou limité) ou républicain ; qu’il procède de la « grâce de Dieu » ou de la « volonté du peuple » ; qu’il exprime la « volonté du peuple » ou non, du peuple entier ou seulement d’une partie de celui-ci ; qu’il ait été établi légalement ou non, etc., tout cela n’a pas d’importance pour le problème qui nous occupe. » [9]
Sack écrit qu’une dette peut être caractérisée comme odieuse si : « a) les besoins, en vue desquels l’ancien gouvernement avait contracté la dette en question, étaient ‘odieux’ et franchement contraires aux intérêts de la population de tout ou partie de l’ancien territoire, et b) les créanciers, au moment de l’émission de l’emprunt, avaient été au courant de sa destination odieuse. »
Il poursuit : « Ces deux points établis, c’est aux créanciers que reviendrait la charge de prouver que les fonds produits par lesdits emprunts avaient été en fait utilisés non pour des besoins odieux, nuisibles à la population de tout ou partie de l’État, mais pour des besoins généraux ou spéciaux de cet État, qui n’offrent pas un caractère odieux » [10].

Cette doctrine qui a été invoquée ou appliquée à plusieurs reprises dans l’histoire par différents gouvernements est également utile pour dénoncer comme odieuses les dettes réclamées par la Banque mondiale et le FMI aux pays du Sud et à des pays comme la Grèce.

 Recourir à des emprunts légitimes et financer l’État par des impôts juste socialement

Ceci étant dit, l’endettement public n’est pas une mauvaise chose en soi s’il est conçu d’une manière radicalement différente du système actuel.
L’emprunt public est tout à fait légitime s’il sert des projets légitimes et si ceux qui contribuent à l’emprunt le font de manière légitime.
La dette publique pourrait être utilisée pour financer d’ambitieux programmes de transition écologique plutôt que pour appliquer des politiques antisociales, extractivistes et productivistes qui favorisent la concurrence entre les nations.

En effet, les autorités publiques peuvent utiliser des prêts, par exemple, pour :

Un gouvernement populaire n’hésitera pas à forcer les grandes entreprises (nationales, étrangères ou multinationales) ainsi que les ménages plus riches à contribuer à l’emprunt sans en tirer aucun profit, c’est-à-dire avec un intérêt nul et sans compensation en cas d’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. .
Dans le même temps, les ménages des classes populaires qui ont une épargne seront invités à confier celle-ci aux pouvoirs publics pour financer les projets légitimes mentionnés ci-dessus. Ce financement volontaire par les classes populaires serait rémunéré à un taux réel positif, par exemple 4 %. Cela signifie que si l’inflation annuelle atteignait 3 %, les autorités publiques paieraient un taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
nominal de 7 %, pour garantir un taux réel de 4 %.
Un tel mécanisme serait parfaitement légitime car il permettrait de financer des projets réellement utiles à la société et parce qu’il contribuerait à réduire la richesse des riches tout en augmentant les revenus des classes populaires.
Il y a également d’autres mesures qui doivent permettre de financer de manière légitime le budget de l’État : obtenir à taux zéro un crédit de la banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. , établir un impôt sur les grosses fortunes et les très hauts revenus, prélever des amendes sur les entreprises responsables de la grande fraude fiscale, récupérer les biens mal acquis (dans le pays et à l’étranger) et les fortunes illicites placées à l’étranger [11], réduire radicalement les dépenses militaires, mettre fin aux subsides aux banques et à des grandes entreprises, augmenter les impôts sur les entreprises étrangères notamment dans le secteur des matières premières, etc.

 Les peuples se libéreront eux-mêmes

En 2020 pendant la pandémie du coronavirus, aucun gouvernement, à part celui de Cuba, n’a parlé de la nécessité d’un changement profond des règles du jeu en faveur des peuples. Les gouvernements de Chine, de Russie et des principaux PED (Inde, Brésil, Nigeria, Indonésie, Thaïlande, Mexique, Algérie, Afrique du Sud, etc.) n’expriment aucune intention de changer dans la pratique la situation mondiale au bénéfice des peuples.
Et pourtant, sur le plan politique, s’ils le voulaient, les gouvernements des principaux PED pourraient constituer un puissant mouvement capable d’imposer des réformes démocratiques fondamentales de tout le système multilatéral. Ils pourraient adopter une politique radicale : répudier la dette et appliquer un ensemble de politiques rompant avec le néolibéralisme.

La Chine a le pouvoir économique de prendre l’initiative d’une orientation véritablement alternative à celle de la Banque mondiale, du FMI et des principaux pays impérialistes, mais elle n’agit pas dans cette direction [12]. Le discours sur la solidarité Sud-Sud est en contradiction avec la réalité de la politique chinoise de ces dernières décennies. Elle est aujourd’hui à l’opposé de ce qui s’est passé dans les années 1950 et 1960, à l’époque de Mao Zedong, de Zhou Enlai, du mouvement des non-alignés Mouvement des pays non-alignés
Mouvement des non-alignés
MPNA
MNA
Groupe de pays prônant, à partir des années 1950, la neutralité face aux blocs dirigés par les deux super-puissances (États-Unis et Union soviétique), alors en pleine guerre froide. En avril 1955, une conférence de pays asiatiques et africains se réunit à Bandoeng (Indonésie) pour promouvoir l’unité et l’indépendance du tiers-monde, la décolonisation et la fin de la ségrégation raciale. Les initiateurs sont Tito (Yougoslavie), Nasser (Égypte), Nehru (Inde), Sukarno (Indonésie). Le mouvement des non-alignés naît véritablement à Belgrade en 1961. D’autres conférences suivront au Caire (1964), à Lusaka (1970), à Alger (1973), à Colombo (1976).

L’action du mouvement des non-alignés, composé de 120 pays, a eu au cours des dernières années une portée très limitée.
et de la conférence de Bandung en Indonésie. C’était l’époque où le gouvernement chinois soutenait une orientation opposée au système capitaliste, à l’impérialisme et critiquait fortement la stratégie de coexistence pacifique appliquée par Moscou. C’était il y a longtemps et la perspective de promouvoir une révolution anticapitaliste et anti-impérialiste a été abandonnée.

L’écrasante majorité des dirigeants actuels des PED sont totalement englués dans le modèle néolibéral. Dans la plupart des cas, ils sont tout à fait attachés aux intérêts des classes dominantes locales qui n’ont aucune perspective d’éloignement réel (sans même parler de rupture) par rapport aux politiques suivies par les grandes puissances industrielles, dont la Chine [13] ]] fait aujourd’hui partie. Une grande partie des capitalistes du Sud se cantonnent dans un comportement de rentiers et quand ce n’est pas le cas, ils cherchent tout au plus à gagner des parts de marché en exploitant au maximum tant les travailleureuses que la nature. C’est le cas des capitalistes brésiliens, sud-coréens, chinois, russes, sud-africains, indiens, etc. qui demandent à leurs gouvernements d’obtenir des pays les plus industrialisés telle ou telle concession dans le cadre des négociations commerciales bilatérales ou multilatérales. De plus, les concurrences et les conflits entre gouvernements des PED, entre capitalistes du Sud, sont réels et peuvent s’exacerber. L’agressivité commerciale des capitalistes de Chine, de Russie, du Brésil à l’égard de leurs concurrents du Sud provoque des divisions tenaces. Néanmoins, ils s’entendent (entre eux et entre le Sud et le Nord) pour imposer aux travailleurs et aux travailleuses de leur pays une détérioration des conditions de travail sous prétexte d’augmenter au maximum leur compétitivité.
Mais tôt au tard, les peuples se libéreront de l’esclavage de la dette et de l’oppression exercée par les classes dominantes au Nord et au Sud. Ils obtiendront par leur lutte la mise en place de politiques qui redistribuent les richesses et qui mettent fin au modèle productiviste destructeur de la nature. Les pouvoirs publics seront alors contraints de donner la priorité absolue à la satisfaction des droits humains fondamentaux.

 Sortir du cycle infernal de l’endettement sans tomber dans une politique de charité

Pour cela, une démarche alternative est requise : il faut sortir du cycle infernal de l’endettement sans tomber dans une politique de charité, qui vise à perpétuer un système mondial dominé entièrement par le capital, par quelques grandes puissances et par les sociétés transnationales. Il s’agit de mettre en place un système international de redistribution des revenus et des richesses afin de réparer le pillage multiséculaire auquel les peuples dominés de la périphérie ont été et sont encore soumis. Ces réparations sous forme de dons ne donnent aucun droit d’immixtion des pays les plus industrialisés dans les affaires des peuples dédommagés. Au Sud, il s’agit d’inventer des mécanismes de décision sur la destination des fonds et de contrôle sur leur utilisation aux mains des populations et des autorités publiques concernées. Cela ouvre un vaste champ de réflexion et d’expérimentation.

Nous devrions nous inspirer des propos tenus par Ernesto Che Guevara lors de la conférence d’Alger en février 1965 [14] sur le type de relations qui devraient être établies entre les pays en développement, les pays développés impérialistes et les soi-disant pays socialistes de l’époque. La conférence, qui s’est tenue à Alger a réuni des représentants de 63 gouvernements africains et asiatiques, ainsi que de 19 mouvements de libération nationale. La réunion a été ouverte par le président algérien Ahmed Ben Bella. Cuba a été invitée en tant qu’observateur à la conférence et Ernesto Che Guevara qui représentait le gouvernement cubain (au sein duquel il était ministre de l’Industrie) a fait partie du comité de présidence. Il a affirmé qu’entre des pays censés être frères et solidaires, il ne saurait être question d’appliquer les prix du marché mondial capitaliste. Che Guevara a déclaré : « Comment peut-on appeler « bénéfice mutuel » la vente à des prix de marché mondial de produits bruts qui coûtent aux pays sous-développés des efforts et des souffrances sans limites et l’achat à des prix de marché mondial des machines produites dans les grandes usines automatisées qui existent aujourd’hui ? Si nous établissons ce type de rapports entre les deux groupes de nations, nous devons convenir que les pays socialistes sont, dans une certaine mesure, complices de l’exploitation impérialiste. »" [15]. Che Guevara se référait principalement au bloc de pays dirigé par Moscou.

Lors de cette conférence, Che Guevara a demandé notamment l’annulation des dettes et l’octroi de dons plutôt que de prêts. Il a déclaré : « Nous pourrions entamer une nouvelle étape de la lutte contre l’impérialisme : Nous pourrions entamer une nouvelle étape d’une véritable division internationale du travail, basée non pas sur l’histoire de ce qui a été fait jusqu’à présent, mais plutôt sur l’histoire future de ce qui peut être fait. Les États dont les territoires recevront les nouveaux investissements auraient sur ceux-ci tous les droits inhérents à la propriété souveraine sans aucune obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. L’obligation est souvent l’objet de négociations sur le marché secondaire.
de paiement ou de crédits. »
. Che Guevara a aussi affirmé : « Le commerce extérieur ne doit pas déterminer la politique, mais doit au contraire être subordonné à une politique fraternelle envers les peuples ». Une dernière citation du discours de Guevara : « Il faut parvenir à l’établissement de nouveaux rapports sur un pied d’égalité entre nos pays et les pays capitalistes, en établissant une jurisprudence révolutionnaire pour nous protéger en cas de conflit et pour donner un nouveau sens aux relations entre nous et le reste du monde. Nous parlons un langage révolutionnaire et nous luttons honnêtement pour la victoire de cette cause. Mais souvent, nous nous empêtrons dans les filets d’un droit international créé à la suite d’affrontements entre les puissances impérialistes, et non de non de la lutte des peuples. Par exemple, nos peuples subissent la douloureuse pression des bases étrangères établies sur leurs territoires, ou bien ils doivent supporter le lourd fardeau d’une dette extérieure massive. L’histoire de ces retours en arrière est bien connue de nous tous. Des gouvernements fantoches, des gouvernements affaiblis par de longues luttes de libération ou par le fonctionnement des lois du marché capitaliste, ont autorisé des traités qui menacent notre stabilité interne et mettent en péril notre avenir. Le moment est venu de secouer le joug, de forcer la renégociation des dettes étrangères oppressives et d’obliger les impérialistes à abandonner leurs bases d’agression ».
Ses propositions devraient à nouveau être mises à l’ordre du jour des peuples du monde.

Un an avant le discours d’Alger, en mars 1964, à la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement tenue à Genève, Che Guevara avait également fait des déclarations qui gardent entièrement leur valeur. En voici un extrait :

« Il est inconcevable que les pays sous-développés (…) qui par la saignée permanente du paiement des intérêts ont remboursé au centuple la valeur des investissements impérialistes, doivent faire face à la charge de plus en plus lourde de l’endettement et de son remboursement, tandis que leurs exigences les plus justes sont ignorées.
La délégation de Cuba propose que soient suspendus tous les paiements de dividendes, de paiement d’intérêts et de remboursement (…) » [16]
Soixante après qu’il ait été prononcé à Genève, ce discours de Che Guevara reste d’une grande actualité.

 Abolir la Banque mondiale ainsi que le FMI et les remplacer par d’autres institutions multilatérales

La mobilisation d’agriculteurs et de pêcheurs du Gujarat (ouest de l’Inde), victimes des effets environnementaux et sociaux d’une centrale à charbon financée par la Société financière internationale (SFI), qui est chargée au sein du Groupe Banque mondiale du financement d’entreprises privées, a entraîné un jugement important de la Cour suprême des États-Unis, le 27 février 2019. Les juges ont décidé que la SFI ne pouvait se prévaloir de l’immunité des organisations internationales lorsqu’elles financent des activités commerciales. Cela montre que l’action populaire peut donner des résultats.

Il faut aller plus loin et abolir la Banque mondiale et le FMI pour les remplacer par d’autres institutions mondiales caractérisées par un fonctionnement démocratique. La nouvelle Banque mondiale et le nouveau FMI, quelle que soit leur nouvelle appellation, doivent avoir des missions radicalement différentes de leurs prédécesseurs : elles doivent garantir la satisfaction des traités internationaux sur les droits humains (politiques, civils, sociaux, économiques et culturels) dans le domaine du crédit international et des relations monétaires internationales. Ces nouvelles institutions mondiales doivent faire partie d’un système institutionnel mondial chapeauté par une Organisation des Nations unies radicalement réformée. Il est essentiel et prioritaire que les pays en développement s’associent pour constituer le plus tôt possible des entités régionales dotées d’une Banque commune et d’un Fonds monétaire commun. Lors de la crise du Sud-Est asiatique et de la Corée de 1997-1998, la constitution d’un Fonds monétaire asiatique avait été envisagée par les pays concernés. La discussion avait avorté suite à l’intervention de Washington. Le manque de volonté des gouvernements avait fait le reste. En Amérique du Sud, sous l’impulsion du gouvernement d’Hugo Chavez, les fondements d’une Banque du Sud ont été mis en place en 2008 mais finalement cela n’a pas abouti [17]. En 2007-2009, le gouvernement équatorien a affronté ses créanciers et a obtenu une victoire mais les autres gouvernements de gauche de la région n’ont pas suivi.

 Avec l’épidémie Covid-19, on se rend compte que la Banque mondiale et le FMI ont contribué à dégrader les systèmes de santé

En 2020, la crise sanitaire mondiale provoquée par le coronavirus a montré à quel point les politiques dictées par le duo Banque mondiale / FMI et appliquées par les gouvernements ont dégradé les services publics de santé et ont permis à l’épidémie de faire des ravages. Si, tournant le dos au Consensus de Washington et au néolibéralisme, les gouvernements avaient renforcé les instruments essentiels d’une bonne politique de santé publique aux niveaux du personnel employé, des infrastructures, des stocks de médicaments, des équipements, de la recherche, de la production de médicaments et de traitements, de la couverture de santé dont bénéficie la population, la crise du coronavirus n’aurait pas atteint de telles proportions.
En effet, si les gouvernements avaient rompu avec la logique austéritaire de la Banque mondiale et du FMI, une augmentation radicale des dépenses de santé publique aurait eu également des effets bénéfiques très importants pour combattre d’autres maladies qui accablent surtout les pays du Sud global.
Au lieu de cela, aujourd’hui, de nombreux États consacrent davantage de leurs ressources au rebroussement de la dette qu’en dépenses en santé.
Selon le Rapport sur le paludisme dans le monde, publié en décembre 2019, 228 millions de cas de paludisme ont été détectés en 2018 et on estime à 405 000 le nombre de décès dus à cette maladie. Par ailleurs, la tuberculose est l’une des 10 premières causes de mortalité dans le monde. En 2018, 10 millions de personnes ont contracté la tuberculose et 1,5 million en sont mortes (dont 251 000 porteurs du VIH). Ces maladies pourraient être combattues avec succès si les gouvernements y consacraient des ressources suffisantes.
D’autres mesures complémentaires pourraient permettre également de combattre la malnutrition et la faim qui détruisent la vie quotidienne d’un être humain sur 10 (soit plus de 800 millions d’habitant-e-s de la planète). Environ 2,5 millions d’enfants meurent chaque année, dans le monde, de sous-alimentation, directement ou de maladies liées à leur faible immunité due à la sous-alimentation.
De même, si des investissements étaient réalisés pour augmenter massivement l’approvisionnement en eau potable et l’évacuation/assainissement des eaux usées, une réduction radicale des décès par maladies diarrhéiques, qui s’élèvent à plus de 430 000 par an (source : OMS 2019), deviendrait possible.
Alors qu’il faudrait abolir les dettes illégitimes réclamées aux peuples, la Banque mondiale, le FMI et la majorité des gouvernants ne parlent que de report de paiement et proposent des nouvelles formules d’endettement. Le Covid-19 a été utilisé pour renforcer un nouveau cycle d’endettement massif avec des conditions qui accentuent l’austérité et affectent le bien être des générations futures.

 Suspension immédiate du paiement des dettes publiques combinée à un audit à participation citoyenne afin d’annuler la partie illégitime

La suspension immédiate du paiement des dettes publiques doit être combinée à un audit à participation citoyenne afin d’en identifier la partie illégitime et l’annuler.
Une chose doit être claire : si l’on recherche l’émancipation des peuples et la pleine satisfaction des droits humains, les nouvelles institutions financières et monétaires tant régionales que mondiales doivent être au service d’un projet de société en rupture avec le néolibéralisme, l’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. , le productivisme, et pour tout dire, le capitalisme.
Il faut contribuer autant que possible à ce qu’un nouveau puissant mouvement social et politique soit capable d’aider à la convergence des luttes sociales et de contribuer à l’élaboration d’un programme de rupture avec le capitalisme en mettant en avant des solutions anticapitalistes, antiracistes, écologistes, féministes, internationalistes et socialistes.
Il est fondamental d’agir :


Notes

[1La Banque mondiale accorda des prêts au Portugal jusqu’en 1967.

[2Éric Toussaint, «  Les BRICS et leur Nouvelle banque de développement offrent-ils des alternatives à la Banque mondiale, au FMI et aux politiques promues par les puissances impérialistes traditionnelles  ?  », CADTM, publié le 22 avril 2024, https://www.cadtm.org/Les-BRICS-et-leur-Nouvelle-banque-de-developpement-offrent-ils-des-alternatives et «  Un sommet des BRICS en Russie qui n’offre pas d’alternative  », publié le 26 octobre 2024, https://www.cadtm.org/Un-sommet-des-BRICS-en-Russie-qui-n-offre-pas-d-alternative Voir aussi : Centre tricontinental, BRICS+ : une alternative pour le Sud global  ?, Cetri/Syllepse, 2024, https://www.cetri.be/BRICS-une-alternative-pour-le-Sud

[3Le vocabulaire pour désigner les pays auxquels la Banque mondiale destinait ses prêts de développement a évolué au fil des années : au départ elle a employé le terme «  régions arriérées  », puis elle est passée à «  pays sous-développés  » pour arriver au terme «  pays en développement  » dont certains sont appelés «  pays émergents  ».

[4Milan Rivié, «  Flux financiers illicites : Afrique première créancière au monde  », CADTM, publié le 15 octobre 2020, http://cadtm.org/Flux-financiers-illicites-Afrique-premiere-creanciere-au-monde.

[5«  Developping countries, in aggregate, were net lenders to developed countries.  » (World Bank, Global Development Finance 2003, p. 13). Dans l’édition 2005 du Global Development Finance, p. 56, la Banque écrit : «  Les pays en développement sont maintenant exportateurs de capitaux vers le reste du monde.  » («  Developping countries are now capital exporters to the rest of the world.  » World Bank, GDF 2005, p. 56).

[7Martin Wolf, “The global economy holds up yet limps on”, 11 October 2023.

[8Les réserves de change sont des avoirs en devises étrangères et en or détenues par une banque centrale. Elles prennent aussi la forme de bons et obligations du Trésor d’États étrangers, en particulier les bons du Trésor des États-Unis.

[9Alexander N. Sack, Les effets des transformations des États sur leurs dettes publiques et autres obligations financières : traité juridique et financier, Recueil Sirey, Paris, 1927. Voir le document presque complet en téléchargement libre sur le site du CADTM : http://cadtm.org/IMG/pdf/Alexander_Sack_DETTE_ODIEUSE.pdf.

[10Éric Toussaint, «  La dette odieuse selon Alexandre Sack et selon le CADTM  », CADTM, publié le 18 novembre 2016, https://www.cadtm.org/La-dette-odieuse-selon-Alexandre-Sack-et-selon-le-CADTM.

[11Il y a des moyens légaux qui permettent nationalement ou internationalement de récupérer des biens mal acquis. Par exemple, la Suisse a rétrocédé des biens mal acquis par des dirigeants politiques corrompus à des pays comme les Philippines (après la chute du dictateur Ferdinand Marcos en 1986)

[12Éric Toussaint, «  [Étude] Questions/réponses sur la Chine comme puissance créancière de premier ordre  », CADTM, publié le 29 octobre 2024, https://www.cadtm.org/Etude-Questions-reponses-sur-la-Chine-comme-puissance-creanciere-de-premier
Consulté le 20/11/2024.

[13[[Éric Toussaint, «  [Étude] Questions/réponses sur la Chine comme puissance créancière de premier ordre  », CADTM, publié le 29 octobre 2024, https://www.cadtm.org/Etude-Questions-reponses-sur-la-Chine-comme-puissance-creanciere-de-premier

[14ERNESTO CHE GUEVARA, «  DISCOURS D’ALGER 26 février 1965  » https://archive.org/details/alger_202105/page/n7/mode/2up , consulté le 10 février 1963.

[15Les citations du discours d’Alger de Che Guevara proviennent du livre édité chez Maspero : Ernesto Che Guevara Le socialisme et l’homme, Petite collection Maspero n°19, 1970, p. 72-73.

[16Extraits du discours de Genève prononcé le 25 mars 1964 : La position de Cuba à la Conférence mondiale sur le commerce et le développement (publié dans Cuba Socialista, n°33 mai 1964. Publié en français dans Che Guevara, Œuvres révolutionnaires 1959-1967, écrits II, Edition François Maspero, Paris, 1968, 300 pages.

[17Éric Toussaint, «  L’expérience interrompue de la Banque du Sud en Amérique latine et ce qui aurait pu être mis en place comme politiques alternatives au niveau du continent  », CADTM, publié 10 mai 2024, https://www.cadtm.org/L-experience-interrompue-de-la-Banque-du-Sud-en-Amerique-latine-et-ce-qui

Eric Toussaint

Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Banque mondiale - Une histoire critique, Syllepse, 2022, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

Traduction(s)