Face au capitalisme de désastre, construire la solidarité internationale

30 juin par Jawad Moustakbal


Nous publions ci-dessous l’intervention de Jawad Moustakbal, membre du Secrétariat national d’ATTAC CADTM Maroc, prononcée lors de la conférence de clôture de la 7ᵉ édition des Rencontres écosocialistes, tenues à Bruxelles les 15, 16 et 17 mai 2026. . Cette prise de parole revient sur les principales luttes sociales, écologiques et démocratiques au Maroc et souligne l’importance de renforcer les solidarités internationalistes face aux offensives néolibérales, extractivistes et autoritaires.



Chers amis et camarades,

C’est un immense plaisir d’être aujourd’hui parmi vous.

Ce genre de rencontre internationale est d’une grande importance pour nos organisations. Elle nous permet d’échanger nos expériences, de confronter nos alternatives et d’aiguiser nos arguments théoriques. Mais au-delà des débats, être ici, à vos côtés, nous permet de recharger nos batteries pour continuer, ensemble, le combat acharné face à toutes les formes de écofascisme, face au capitalisme vert et face à ce capitalisme de désastre qui détruit nos vies et nos territoires.
Le week-end dernier, notre organisation, ATTAC CADTM Maroc, a tenu sa 20e Université de printemps. Nous avons placé cet événement sous un thème qui résonne avec les discussions que nous avons eu lors de ces rencontres internationales : « Résistance des femmes, des jeunes et des victimes des changements climatiques pour la liberté, la dignité, la justice sociale et l’égalité ».

 « Des hôpitaux, pas des stades de foot ! » : La jeunesse de la Génération Z en première ligne

Parmi nous, la jeunesse du mouvement GENZ212 a pris la parole. Je tiens à vous rappeler la force de ce mouvement : à la fin du mois de septembre de l’année dernière, des jeunes se sont organisés à une vitesse fulgurante via les réseaux sociaux. En l’espace d’une seule semaine, leur serveur Discord a dépassé les 200 000 membres ! Ces milliers de jeunes sont descendus courageusement dans la rue pour exiger un Maroc de dignité et de justice sociale.

Ils n’ont pas hésité à scander un slogan implacable : « Nous voulons des hôpitaux, pas des stades de foot !  ». Ce cri de colère fait directement référence aux huit femmes mortes tragiquement à l’hôpital d’Agadir, quelques semaines auparavant, faute de structures de soins dignes. Pendant ce temps, les classes dominantes, déconnectées de la réalité, s’occupent d’investir des millions, voire des milliards, pour préparer la Coupe du Monde de football en 2030.
Cette vitrine publicitaire se paie au prix fort : elle s’accompagne d’un processus violent de gentrification, marqué par l’expulsion brutale de familles et la démolition de leurs maisons à Casablanca et à Rabat. Des représentants de ces familles expropriées étaient présents à notre Université pour témoigner de ce scandale.

 Ouvrières en lutte et victimes de la crise climatique : Un même coupable néolibéral

Camarades, notre Université a aussi vibré au rythme des résistances face à la surexploitation. Nous avons accueilli les femmes ouvrières de Secomic, de véritables exemples de courage, qui luttent dignement depuis cinq ans pour défendre leurs droits contre la cupidité du patronat et la complicité flagrante des autorités locales.

À cette convergence des luttes se sont jointes les victimes des inondations. Car le dérèglement climatique n’est pas une menace lointaine, il est déjà là. Après sept années d’une sécheresse exceptionnelle et dévastatrice, le Maroc a connu cette année de très fortes précipitations. Le bilan est lourd : nous avons dû évacuer en urgence la ville de Ksar El Kébir, tandi que 40 personnes ont trouvé la mort à Safi.

Soyons clairs : si les eaux montent, les vrais coupables sont les politiques néolibérales. Ce désastre est le résultat direct de décennies de désinvestissement dans les services publics, notamment la protection civile, et d’une marginalisation féroce des quartiers pauvres qui manquent cruellement des infrastructures de base pour faire face à ce genre de phénomènes.

 L’exemple de Figuig : Défendre l’eau et les savoir-faire ancestraux

Nous avons également reçu les représentants de la ville de Figuig, engagés dans une lutte historique contre la privatisation de leur eau.

Là-bas, les femmes de Figuig sont en première ligne. En se battant, elles ne défendent pas seulement leur principale source de vie, mais aussi des savoir-faire techniques ancestraux. Elles protègent le système traditionnel des khettaras, un modèle de gestion écologique de l’eau qui a été méprisé par les colons d’hier, puis par l’élite colonisée d’aujourd’hui, pour être remplacé par un système de canalisations en béton à ciel ouvert, totalement inefficace.

Ce genre de lutte pour la défense des territoires est une source d’inspiration immense. C’est à nous de lutter à leurs côtés, d’apprendre d’eux, car nous avons énormément à recevoir de ces communautés en résistance. Notre rôle est d’utiliser nos réseaux internationaux, comme celui-ci, pour organiser une solidarité concrète et sans faille.

 L’écosocialisme : Notre alternative

Chers amies, chers camarades,

Face au colonialisme et à l’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. vert imposés par les puissants du Nord dans nos pays du Sud, avec la complicité active des élites locales qui en tirent profit, nous devons opposer une rupture radicale. L’écosocialisme est notre alternative.

L’écosocialisme est notre réponse définitive au mythe du « rattrapage ». Il faut le dire haut et fort : le modèle de mal-développement occidental est socialement injuste et écologiquement impossible. Si le monde entier adoptait ce mode de vie, il nous faudrait cinq planètes !

L’écosocialisme est notre pari révolutionnaire, fondé sur la mobilisation de ceux d’en bas : les marginalisés, les exclus, les communautés locales qui sont déjà en mouvement pour défendre leurs terres et leur dignité.

Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de votre solidarité internationale. C’est pourquoi nous lançons une campagne urgente pour la libération des jeunes militants de la GENZ injustement ciblés par la répression. Rejoignez ce combat !

Vive l’écosocialisme !
Vive la solidarité internationale !


Jawad Moustakbal

Attac/Cadtm Maroc

Jawad Moustakbal est le coordinateur national au Maroc pour l’International Honors Programme : « Climate Change : The Politics of Food, Water, and Energy » à la School of International Training (SIT) dans le Vermont, aux États-Unis. Il a travaillé en tant que chef de projet pour plusieurs entreprises, dont l’OCP, l’entreprise publique marocaine de phosphates. Jawad est également un militant de la justice sociale et climatique, il est membre du secrétariat national d’ATTAC/CADTM Maroc, et membre du secrétariat partagé du Comité international pour l’abolition des dettes illégitimes. Il est titulaire d’un diplôme d’ingénieur civil de l’EHTP de Casablanca.